Stef a écrit:
Bonjour à tous,
J'ai vaguement entendu parler de la croisade des enfants, mais j'aimerais si c'est possible avoir plus de précisions, ou une bibliographie.
Merci
Bonjour,

Pour un éclaircissement rapide, je vous conseille la lecture d'un article de Peter Raeds, paru dans la revue L'Histoire, repris dans Les Croisades (point Seuil), pp 55-71.
En résumé, la croisade des enfants, ou plutôt celle baptisée ainsi, voit le jour en 1212.
Mais P. Raeds précise que "
reconstituer les faits n'est pas chose aisée : nos informations sont fragmentaires, et nul n' a été témoin du mouvement de bout en bout. Ce qui n'empêcha pas les imaginations de s'enflammer : dans diverses annales, des petits poèmes de deux ou trois vers (...), qui trouve donc sa place dans les récits populaires. Une renommée somme toute légendaire qui, loin de s'estomper avec le temps, a survécu jusqu'à nos jours"
Il y eut un mouvement populaire certes, parti de la région de Cologne, entre Pâques et Pentecôte.
Leurs motivations sont multiples :
_ Volonté de Dieu, (principal motif)voyant l'inefficacité de rois et des princes à reconquérir la Terre Sainte.
_Echapper à la misère, que le contexte économique, avait conduit beaucoup d' entre eux à devenir domestiques sur leurs propres terres des seigneurs locaux, quant, pour les puînés exclus des héritages, ils ne tombaient pas dans la mendicité.
Philippe Auguste, après avoir consulté les maîtres parisiens, décide de renvoyer chez eux les pèlerins , qui lui obéirent.
Aucune source française ne mentionne la "
moindre tentative pour se rendre en Terre Sainte et libérer Jérusalem"
Pourtant, la légende se poursuivit, et une quarantaine d'années plus tard, "
une nouvelle génération de chroniqueurs rassemble tous les éléments épars pour en faire une histoire cohérente, qui raconte comment, dans la France et l'Allemagne tout entières, des enfants se rassemblèrent autour d'un jeune prophète et se rendirent sous sa conduite en Terre Sainte"
Avec force détails, ils fabriquèrent un conte merveilleux et héroïque, et c'est"
sous cette forme que la "Croisade des Enfants" est passé dans notre culture européenne, (...) et qui a inspiré (...) nombre de romans historiques"
La chronique d'Albéric, la plus touchante et la plus souvent utilisée est sujette à caution : "
Il n'est pas certain que le passage consacré à la Croisade des Enfants soit de sa plume "
Il y signale un "
déplacement des masses des croisés entre Saint-Denis et Marseille. Or aucune chronique, au sud de la Loire, ne fait mention d'un tel déplacement"
Et l'historien précise qu ' un tel mouvement ne pouvait échapper à l'attention des chroniqueurs !
Mais le mieux, c'est que cette légende soit due à une mauvaise traduction et interprétation du mot latin
puer. Littéralement, enfant.
Mais, pour faire court, sa signification est plus large dans le contexte de l'époque. G. Duby a précisé qu'il ne renvoie pas
" à un groupe d'âge, mais que le terme est utilisé principalement dans les campagnes pour désigner les laboureurs et les ruraux salariés, ainsi que les fils puînés exlus de l'héritage (...), une classe nouvelle donc, composée d'exclus de la révolution économique du XIIè siècle"
Voilà en gros pour la démythification !
