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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 13 Fév 2013 15:26 
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Plutarque
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S'il est vain d'espérer retrouver la trace d'une histoire en analysant les récits bibliques sur le séjour des Hébreux en Égypte, on ne peut toutefois négliger la possibilité d'arriver à y identifier celle d'une mémoire qui aurait conservé, ici ou là, des bribes de souvenirs d'événements précis.

À titre d'hypothèse, voici comment les traditions sur l'exode (traditions samaritaines à l’origine) auraient pu arriver en Juda. Vers 725, le roi Osée d’Israël veut s'allier à un pharaon nommé « Sô » pour secouer le joug assyrien [2 R 17, 4]. La réaction à cette velléité de rébellion se fait pas attendre : l'empereur d'Assyrie Salmanazar V arrive dare-dare à la tête d'un important corps d'armée. C'est d'abord la débandade : des milliers d'Israélites fuient Samarie et ses environs pour se réfugier à Jérusalem, où ils sont accueillis. Parmi ceux-ci, certains, sans doute des prêtres, amènent avec eux les rouleaux sacrés de leur his­toire. On ignore si « Sô » a envoyé une armée au secours d'Osée. Sans doute n'en avait-il pas les moyens. Toujours est-il que Samarie se retrouve rapidement encerclée et mise en état de siège par les Assyriens. Nul n'en peut plus sortir. La ville résiste trois ans, avant de succomber, sous Sargon II, dans des conditions épouvan­tables. La royauté est éradiquée et les élites samaritaines, de même qu'une partie de la population, sont déportées dans le nord de la Mésopotamie et en Médie. L'ancien royaume d'Israël, trans­formé en province assyrienne et repeuplé en partie de colons étrangers, disparaît à jamais de l'Histoire.

De son côté, le royaume de Juda, resté fidèle à son suzerain, n'a pas été inquiété. En quelques décennies, sous l'égide obligée de la pax assyriaca, Jérusalem devient une ville d’importance. C'est alors que les Judéens com­ment à s’accaparer le passé de leur ennemi intime, reprenant à leur compte le folklore et les textes sacrés qu’avaient amenés dans leurs bagages les scribes et les clercs de Samarie. Les traditions nor­distes sont réécrites dans une perspective judéenne et une saga d'Abraham est mise en forme, calquée sur celle de Jacob à qui on l'unit par le fil d'une généalogie fic­tive. La saga de Jacob sera cependant conservée, ornée de quelques retouches dissémi­nées çà et là.

Les sources égyptiennes et bibliques mentionnent bien l'arrivée et l'installation dans le delta d’immigrés cananéens. Reste à savoir si un certain nombre de ces étrangers pourraient corres­pondre aux ancêtres des Hébreux présentés par la Genèse et l'Exode. En suivant l'opinion commune situant la descente en Égypte au cœur de la Deuxième Période Intermédiaire (1720-1550), on pourrait, toujours à titre d'hypothèse, envisager qu'un groupe de nomades constitué d'Hébreux en devenir, chassé de ses terres d'errance par la famine (ou par ses « frères », d'autres bédouins), ait été autorisé par les Hyksôs à s'installer dans la région s'étendant à la frange est du delta. Il aurait pu y devenir un de ces groupes de Petits Hyksôs dont l'historiographie égyp­tienne, hélas, n'a rien voulu retenir mais qui, lui, garda longtemps le souvenir de ce pays de cocagne où il avait trouvé à profusion « des poissons qui ne coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx » [Nb 11, 5]. La mise par écrit tardive de l’installation de ce groupe en « Goshen » le place dans l'Égypte très postérieure que le narrateur avait sous les yeux au temps où il écrivait. Une Égypte où la domi­nation des Hyksôs avait depuis longtemps été effacée de la mémoire popu­laire.

Selon les sources bibliques, le havre béni de Goshen, où le clan de Jacob avait été installé, va devenir un lieu d'oppression où ses descendants seront soumis aux travaux forcés, obligés de fabriquer des briques sous l’œil d'un garde-chiourme au fouet impitoyable.

Historiquement, qu'aurait-il pu se passer entre temps qui justifiât un tel retournement de situation ?

Sous la pression des premiers pharaons asiatiques, les dynastes égyptiens avaient été contraints de se retrancher dans le sud du pays, où, dans des cir­constances qui ne nous sont pas connues, la XVIIe dynastie était venue rem­placer la déliquescente XIIIe. Mais tout va mal pour ces nouveaux dirigeants. Ils sont, sinon assiégés, du moins coincés dans leur capitale, Thèbes, et quelques villes refuges comme Edfou et El-Kab. Heureusement, au fil du temps, les occupants vont s'égyptianiser et, en quelque sorte, s'amollir. On voit alors les Thébains reprendre du poil de la bête. Jusqu'à ce qu'éclose une situation conflictuelle qui trouvera son dénouement avec la reddition des Hyksôs et l'expulsion d'une partie de leurs élites sous Ahmès II (Ahmosis).

L'unique source biblique sur le séjour des Hébreux en Égypte est le Livre de l'Exode. Cet ouvrage fut sans doute mis en forme pour la première fois à Jérusalem sous le règne de Josias (640-609), très certainement à partir d'un noyau d'anciennes traditions israé­lites dont l'existence est suggérée par les allusions des prophètes nordistes Amos et Osée, que l'on peut situer en Samarie, un siècle auparavant, vers 750 [cf. Am 2, 10 et 9, 7 ; Os 11, 1 et 13, 4]. Ce livre s'ouvre sur l'as­servissement des descendants de Jacob par les Égyptiens. Il nous contera ensuite leur délivrance sous l'égide de Yahvé.

Selon Ex 12, 40, le séjour des Hébreux en Égypte aurait duré « quatre cent trente ans ». On a noté depuis longtemps que ce chiffre ne correspondait pas à celui donné par Gn 15, 13 (« quatre cents ans »), et encore moins à celui de Gn 15, 15 (« quatre générations »). La plupart des chercheurs accordent un certain crédit à une durée de 430 ans, mais sans jamais expliciter la raison de ce choix. On sait pourtant que la tradition la plus ancienne, en partie conservée dans le Pentateuque samaritain et la Sep­tante, incluait dans ces 430 ans le séjour en Canaan des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, réduisant ainsi considérablement la période égyptienne. Selon la Septante : « le séjour que les fils d'Israël avaient fait "es gê Aigupto kai es gê Chanaân" [dans la terre d'Égypte et dans la terre de Canaan], avait duré quatre cent trente ans. » Cette mention des seuls « fils d'Israël » montre que le traducteur du verset en grec puise à une source déjà altérée du texte primitif (ou le déforme) car le Pentateuque samaritain parle du « séjour des enfants d'Israël "et de leurs pères" en Égypte et en Canaan ». Selon le texte samaritain, que l'on considère généralement comme plus conforme au texte hébreu originel, il s'était donc écoulé 430 ans entre le jour où Abraham quitta Harrân pour se rendre en Canaan et celui où les Hébreux quittèrent l'Égypte. Cela change tout.

Moins nombreux pourtant sont les chercheurs qui retiennent une durée de « quatre générations ». Si l'on admet que des ancêtres des Hébreux auraient pu être mêlés aux Hyksôs, une durée de quatre générations est plus conforme à celle donnée par le P. Turin (108 ans), par la tradition manéthonienne révélée par la copie arménienne d'Eusèbe (103 ans) et par la généalogie de Moïse donnée en Ex 6, 14-20, pour fictive et tardive qu'elle soit. Cette généalogie nous apprend que Lévi, fils de Jacob, enfanta Kehat (1e généra­tion), qui enfanta Amram (2e génération), qui enfanta Moïse et Aaron (3e génération). Cette 3e génération quittera l'Égypte avec Moïse, puis errera pendant quarante ans au désert avant de s'éteindre. Et c'est la génération suivante (la 4e) qui atteindra Canaan sous la conduite de Josué, corroborant Gn 15, 15 : « C'est à la quatrième génération qu'ils reviendront ici ».

Si les Hébreux sont arrivés en Égypte peu après le début du règne des Grands Hyksôs, un séjour de 430 ans renverrait leur expulsion sous Ramsès II ou sous son fils Mérenptah, voire sous Séthi II ou Siptah. Un séjour de quatre générations, par contre, situerait l’exode sous Ahmès II, fondateur de la XVIIIe dynastie, corroborant la version donnée par Mané­thon, dont il n'y a aucune raison de croire qu'il se soit trompé ou ait été abusé.

1 R 6, 1 aurait pu « apporter de l’eau au moulin » car il situe le début de la construction du Temple de Jérusalem en la 4e année de règne de Salomon, « 480 ans après la sortie d'Égypte ». Salomon étant censé avoir vécu dans la première moitié du Xe siècle, 480 ans nous renverraient à nouveau au début de la XVIIIe dynastie. Hélas, on ne peut tenir compte de ce chiffre qui est le produit de 12 périodes (une par tribu) de 40 ans. Or la formule « 40 ans » dans la Bible représentent souvent un aveu dissimulé d’ignorance. Ainsi, les auteurs du Livre de l’Exode, ignorant tout de Moïse, lui attri­buèrent-ils 120 années de vie : 40 ans en Égypte, 40 en Madiân et 40 ans au désert. On avait oublié la longueur du règne de David : 40 ans. Idem pour Salomon : 40 ans…

Enfin l’argument qui met le plus à mal une durée de 430 ans de séjour est son vide narratif. Comment accepter qu’aucun souvenir, aucune anecdote, n’ait survécut de cette période frôlant le demi-millénaire, alors que les scribes bibliques se sont prétendus instruits de tant de détails minutieux sur les époques précédentes et suivantes. En effet, il ne se passe rien, stricte­ment rien, entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse.

Le livre de l'Exode s'ouvre sur un bref rappel de l'engeance de Jacob, manière pour le compilateur de rattacher ce livre à celui de la Genèse. Il s'agit d'une généalogie tardive qui ne faisait pas partie du texte initial [BJ 1989 : 105, a]. L'histoire commence véritablement au verset 8. On entre de suite dans le vif du sujet : « Il s'éleva sur l'Égypte un nouveau roi qui n'avait point connu Joseph ». Le livre précédent, la Genèse, nous a appris que Joseph avait 30 ans lors de son élévation et qu'il mourut âgé de 110 ans, soit 80 ans plus tard (2 périodes de 40 ans, comme par hasard). Si le séjour des Hébreux en Égypte avait duré 430 ans, il aurait été évident dans l’esprit du narrateur qu'un roi monté sur le trône quelque trois siècles et demi après la mort de Joseph n’avait pu le connaître ! Dans ce cas, pourquoi le préciser ? Bien que les indications chronologiques de la Bible soient toujours à prendre cum grano salis, il semble que, pour ce rédacteur, le laps de temps écoulé entre entre l’accueil des Hébreux et leur mise en servitude fut beaucoup plus court que ce que les nombreux transcripteurs ultérieurs nous ont portés à imaginer. Ce verset pourrait également faire référence à un changement dynastique. Or celui qui correspond le mieux à l'ambiance xénophobe ici décrite est celui qui vit la chute des Hyksôs et l'avè­nement de la XVIIIe dynastie.

Ce roi dit à son peuple : « Voilà les enfants d'Israël qui forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. Allons ! Montrons-nous habiles à son égard ; empê­chons qu'il ne s'accroisse et que, s'il survient une guerre, il ne se joigne à nos ennemis pour nous combattre en montant du pays » [Ex 1, 9-10]. Voici les Hébreux soudainement mal considérés par ce nouveau pharaon. Son discours, tel que rendu par le Bible, évoque celui que la Tablette Carnavon prête à Kamès, prédéces­seur et sans doute précepteur d'Ahmès II. Les Égyptiens avaient dû finir par comprendre que la mainmise des Hyksôs sur la Vallée du Nil avait été favorisée par le nombre important d'étrangers arrivés dans le delta depuis la fin du Moyen Empire. Le texte hébreu semble bien rendre bien la crainte du roi de voir ces gens lui livrer bataille wa alah min ha erets, « en montant du pays » ( dans la Septante : ekseleusontai ek tês gês, « en sortant de la terre »), c'est-à-dire de l'intérieur même de l'Égypte. Comme l'avaient fait les Hyksôs.

La suite au prochain n° : la prétendue construction de Pi-Ramsès, le nom inconnu du pharaon oppresseur et la naissance merveilleuse de Moïse.

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 13 Fév 2013 19:26 
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Jules Michelet
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Didoumès a écrit :
Merci à tous pour ces messages pleins de gentillesse. J'avais l'impression d'enquiquiner tout le monde et me disais qu'il serait peut-être plus sage de m'orienter vers d'autres sujets.
Nous continuerons donc à partager.

Enquiquiner ? Surtout pas. Vous nous avez donné pas mal d'info. J'ajouterai que vous êtes humble malgré vos grandes connaissances sur le sujet. Bravo pour vos interventions.

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Skipp


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 14 Fév 2013 10:55 
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8-| Lez moins qu'on puisse dire, c' est que vous êtes très calésur le sujet :wink:


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 14 Fév 2013 18:12 
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Pour la suite, il va falloir attendre un peu car j'ai rencontré quelques problèmes suite à mes interventions dans la rubrique "Qui était Abraham".
En ce qui concerne "Moïse et l'histoire", il n'est pas exclu que le sujet soit déplacé.

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 15 Fév 2013 15:18 
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« Et l'on établit sur [le peuple d'Israël] des chefs de corvées, afin de l'ac­cabler de tra­vaux pénibles » [Ex 1, 11a]. Si on se remémore le passage précédent (dernier paragraphe du dernier post), on se demande comment les Égyptiens auraient pu accabler de corvées des gens « plus nombreux et plus puissant » qu'eux.

« C'est ainsi qu'il [le peuple d'Israël] bâtit les villes de Pithom et de Ramsès, pour servir de magasins à Pharaon » [Ex 1, 11b]. Ce demi verset, qui attribue aux Hébreux l'érection de villes nommées Pithom et Ramsès, est à l'origine de l'hypothèse identifiant Ramsès II au pharaon oppresseur. Le toponyme Ramsès évoque la ville de Pi-Ramsès créée par Ramsès II. On localisa d'abord cette cité sous l'important tell de l'actuelle Sân el-Haggar en raison des innombrables blocs, statues, colosses, obélisques et autres objets inscrits au nom de Ramsès II retrouvés sur le site par les premiers fouilleurs du XIXe siècle. Mais on remarqua bien vite que la plupart de ces matériaux avaient été retaillés, donc remployés. En d'autres termes, que cette ville (ultérieurement identifiée comme étant Tanis, l'ancienne Djanet) avait été en grande partie construite avec les ruines de Pi-Ramsès, laquelle, logiquement ne pouvait se trouver bien loin. Il fallut tout de même trente ans pour qu'on la découvre enfin à 20 km plus au sud. On s'aperçut alors que la glorieuse Pi-Ramsès, avait été en partie bâtie sur les ruines d'Avaris, l'ancienne capitale des Hyksôs.

Si le bâtisseur de la cité nommée Ramsès dans la Bible avait été le roi oppresseur des Hébreux, pourquoi le rédacteur aurait-il persisté à l’appeler « Pharaon » ? Il serait tout de même surprenant qu'il se soit souvenu du nom de la ville mais pas de celui — parfaitement identique — de son constructeur ! En Gn 47, 11, le pharaon bienfaiteur de Joseph avait installé Jacob et ses fils en une contrée déjà appelée « terre de Ramsès ». Or aucun historien ou bibliste, dans ce contexte, n'a jamais songé à identifier cet aimable monarque à Ramsès II. Il est maintenant unanimement admis que dans la Genèse, l'utilisa­tion du nom de Ramsès est un anachronisme. Il n'existe aucune raison valable pour qu'il n'en soit pas de même dans l'Exode. La « terre de Ramsès » devrait plutôt être rappro­chée de la région de Pithom - Avaris, et la ville de Ramsès de la ville d'Avaris. Le « pays de Goshen » s'étendait vraisemblablement au sud-ouest d'Avaris, pas très loin de la résidence royale : « Tu habiteras dans le pays de Goshen et tu seras près de moi », avait déclaré Joseph à son père Jacob [Gn 45, 10]. Voilà pour l'interprétation biblique.

Sur le plan archéologique, le passage mentionnant l'érection des villes de Pithom et Ramsès par les Hébreux pourrait faire référence à la transformation d'édifices hyksôs en vue de leur réutilisation par les Égyptiens. Manfred Bietak, le principal fouilleur d'Avaris, a amplement prouvé qu'après le départ des Hyksôs, Ahmès II fit démonter (et non démolir) la citadelle d'Avaris pour reconstruire à son emplacement, avec les mêmes matériaux, un palais-forteresse assez semblable à celui que Taâ et Kamès avaient érigé à Deir el-Bal­las. Un portique d’Amenemhat Ier (XIIe dyn.), déjà réutilisé par les Hyksôs, fut même remonté et remployé dans le mur défensif comme point d’entrée à la rampe d’accès du bâtiment [Bietak dans Caubet (dir.) 1994 : 49 et aussi 77, fig. 16]. Toujours selon cet auteur, de la main d’œuvre constituée d'Asiatiques aurait été affectée à cette tâche [Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2007, Vol. 151, n° 2, pp. 749-780], ce dont la Bible aurait pu garder le souvenir en attribuant ces travaux aux seuls Hébreux.

Enfin, le texte massorétique a beau qualifier les cités de Pithom et Ramsès de arê miske­noth, « villes magasins », celui de la Septante, plus ancien, les nomme poléis ochuras, « villes fortifiées » (de ochura, « forteresse »). Flavius Josèphe, citant Manéthon, décrit lui aussi Avaris comme une ville que les Hyksôs avaient entourée « d'une muraille haute et forte » [Contre Apion, I, XIV, 86-87].

Après la mise hors service du palais-forteresse d’Ahmès II vers le milieu de la XVIIIe dynastie, le port d'Avaris et son temple de Seth restèrent en acti­vité. La main-d’œuvre asiatique restée sur place fut simplement mise, de gré ou de force, au service des Égyptiens. Deux cents ans plus tard, lorsque Ramsès II fit construire Pi-Ramsès, la nouvelle ville engloba les installa­tions portuaires d'Avaris et le temple de Seth, divinité dont les fondateurs de la dynastie se réclamaient. Deux autres siècles plus tard, avec le délaissement (pour cause d'ensablement) de Pi-Ramsès au profit de Tanis, le nom d'Avaris sombra dans l'oubli. Et quatre cents ans après cet abandon, à l'époque de la rédaction primitive du Roman de Joseph et des premières tentatives d'harmonisation des traditions sur l'exode, la seule chose dont on se souvenait encore était qu'à l'endroit où la mémoire situait le séjour des Hébreux, s'était élevé une ville contenant dans son nom le mot « Ramsès ». Les Égyptiens eux-mêmes avaient oublié que les ruines des faubourgs méridionaux de cette cité recouvraient le site l'ancienne capitale des Hyksôs.

Quant au nom de la ville de Pithom, il est sans doute la forme hébraïque de Per-Atoum, « Maison d’Atoum », localité située entre l'ouadi el-Toumilât et Avaris, et d'où partait une route menant au port de Péluse.

Il faut également souligner que l’esclavage au sens commun du terme (c'est-à-dire en tant que système socio-économique reposant sur l’exploitation de personnes considérées comme de la marchandise, soumises à un pou­voir tyrannique et maintenues dans cet état), était pratiqué en Égypte dans une bien moindre mesure qu'au Levant. Dans la Vallée du Nil, les seules personnes que l'on aurait pu considérer comme esclaves étaient des prisonniers de guerre, plus rarement des condamnés de droit commun, mais leurs conditions de vie n'étaient pas plus pénibles que celle des agri­culteurs ou des ouvriers du bâtiment, voire de la soldatesque lorsqu'il leur arri­vait d’être incorporés dans l'armée. En maints endroits, le texte biblique dépeint les Hébreux, non pas dans un ghetto ou un univers concentrationnaire, mais vivant en famille parmi les Égyptiens et possé­dant demeure personnelle, lopin de terre, animaux d'élevage et institutions propres, ainsi que devaient sans doute vivre les populations rurales hyksôs. Les passages qui les décrivent sous les traits de captifs asservis sont issus d'une tradition plus tardive [Rachet 2003 : 444 et aussi La Bible de Jérusalem en diverses notes trop nombreuses que pour être citées ici]. Dans le Deutéronome, un discours prêté à Moïse puise à la source la plus ancienne. Il rappelle aux Hébreux : « le pays dont tu vas entrer en possession [Canaan] n'est pas comme le pays d'Égypte, d'où vous êtes sortis, où tu jetais dans les champs ta semence et les arro­sais avec ton pied comme un jardin potager » [Dt 11, 10]. Cet arrosage avec le pied fait réfé­rence aux petites rigoles d'irrigation qu'encore de nos jours, et pas seule­ment en Égypte, le fellah ouvre ou obture en déplaçant la terre avec le pied. L'Égypte décrite par ce verset n'a rien d'une terre de souffrances.

Bibliographie :
- Bietak Manfred, L'acrobate au taureau - Une citadelle royale à Avaris, Actes du colloque organisé au musée du Louvre le 03/12/1994, La Documentation Française, Paris, 1999.
- Bietak Manfred, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2007, Vol. 151, n° 2.
- Flavius Josèphe, Contre Apion, trad. R. Harmand, Leroux, Paris, 1900. (http://remacle.org/bloodwolf/historiens/flajose).
- Rachet Guy, La Bible, mythes et réalités, Le Rocher, Monaco, 2003.

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 15 Fév 2013 17:51 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 27 Jan 2013 18:47
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Bonsoir Didoumès

En gros j’ai la même analyse ICI

Qcq points sur votre message :
a) Gn (47,11) … ici la « terre/pays de Ramsès » est désigné par anticipation car à la date de l’installation supposée des Hébreux cette ville n’existait pas encore,

b) la distance entre Avaris et Pi-Ramsès est d’environ un kilomètre,

c) Gn (45,10) … avec « Gossem/Gésem » … si effectivement elle peut désigner une région du Delta oriental (vers Zagazig) … les Septante parle de « Gésem d’Arabie » ce que d’ailleurs témoignent d’anciens géographes et nous avons « Késem » désignant le vingtième nome/district de la Basse-Egypte.

d) Ex (1,11) … Les Septante ajoute une troisième ville « et On qui est la ville du Soleil/Héliopolis ».


Cordialement, Epsilon


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 16 Fév 2013 11:08 
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Plutarque
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Inscription : 08 Fév 2013 10:15
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« Le roi d'Égypte parla aux sages-femmes des Hébreux, nommées l'une Schiphra et l'autre Pua. Il leur dit : Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux […], si c'est un garçon, faites-le mourir ; si c'est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes […] ne firent point ce que leur avait dit le roi d'Égypte […] Alors Pharaon donna cet ordre à tout son peuple : Vous jetterez dans le fleuve tout garçon qui naîtra et vous laisserez vivre les filles » [Ex 1, 13-22]. Deux seules sages-femmes pour un peuple prétendument plus nombreux que les Égyp­tiens, c'est peu. Venons-en à la méthode : elle est ridicule et son résultat incertain. Il est évident qu'un roi qui aurait voulu se débarrasser d’une communauté indési­rable n'aurait pas usé d'une procédure aussi empirique. D'autre part, si cette intention homicide coïncide avec le premier dessein royal qui était d'empê­cher le peuple hébreu de proliférer, elle entre en contradiction avec son second objectif qui était de le faire travailler à ses projets de construction.

Le Coran corrobore la mal­veillance du pharaon [Coran 7, 127 et 141, et 14, 6] mais remplace la noyade par l'égorgement [Coran 28, 4]. Tel était peut-être le projet d'exécution de la tradition primitive car on devine que la mouture décrivant la volonté du roi de faire jeter au Nil tous les nouveaux-nés hébreux de sexe masculin n'a été insérée là que pour introduire le récit de la naissance merveilleuse de Moïse placé en ouverture du chapitre suivant. À l’origine, les deux malheureuses sages-femmes des Hébreux étaient sans doute celles de la petite tribu de Lévi dont Moïse était issu. Il est manifeste que l'hostilité royale ne concernait primitivement que le seul Moïse car après la naissance du bébé et son exposition sur le fleuve, il ne sera plus jamais question de l’élimination des nouveau-nés hébreux.

Dans ses Antiquités judaïques, Josèphe justifie l'animosité du roi par une donnée légendaire assez classique : « Un des hiérogrammates, gens fort habiles à prédire exactement l'ave­nir, annonce au roi qu'il naîtra quelqu'un en ce temps chez les Israé­lites, lequel abaissera la supré­matie des Égyptiens, relèvera les Israé­lites une fois parvenu à l'âge adulte, surpas­sera tout le monde en vertu et s'acquerra une renommée éternelle » [Antiquités judaïques, II, IX, 205.]. Selon cette légende, Pharaon aurait craint pour son trône. Il s'agit d'un cliché récur­rent dans ce type de récit.

L'épisode de l'exposition de Moïse est bien connu. Sa mère, éplorée à l'annonce de la décision royale, enferme l'enfant âgé de trois mois dans un « coffre » (hébr. tebah) enduit de bitume et de poix (pra­tique mésopotamienne inusitée en Égypte, soit dit en passant). Elle ne va pas abandonner ce coffret au gré du courant, ainsi qu'on l'imagine souvent, mais le déposer parmi les plantes bordant la berge du Nil. Peu de temps après, arrive la fille de Pharaon, venue se baigner en compagnie de ses servantes. Alertée par les pleurs du bébé, la princesse repère le frêle esquif, l'ouvre et y reconnaît sans hésitation un enfant hébreu (sans doute, dans l'esprit du rédacteur, au fait qu'il était circoncis, mais le texte ne le précise pas). Prise de pitié, elle décide d'adopter le nourrisson.

Cette touchante saynète est invraisemblable.
1) Parce que les princesses égyptiennes n'allaient pas patauger le long des berges fangeuses du fleuve pour s'adonner à leur toilette, au risque de se faire piquer par un ser­pent ou happer par un crocodile. L'au­teur de l’interpolation de cette fable semble ignorer qu’en Égypte, les femmes d'un certain rang social — a fortiori celles de sang royal — accomplissaient leurs ablutions à domicile dans des salles de bain, à grand renfort d'eau chaude et d'huiles parfumées.
2) Parce que l'épisode ne se déroule pas en Goshen, où les Hébreux avaient été cantonnés dans le contexte du récit, mais au pied du palais : le coffre contenant l’enfant est en effet déposé à un endroit où la fille du pharaon le trouve dès son arrivée. Il est manifeste que le scribe ne s'est pas représenté la princesse effectuant d’abord plusieurs kilomètres à pied (distance Avaris-Goshen) avec toute sa suite pour aller se baigner, avant que d’en refaire autant en sens inverse pour rentrer chez elle (bonne à relaver de haut en bas).
3) Parce que l'on doit douter de l’historicité d’un épisode lorsqu’il est évident que celui qui le relate utilise les clichés d’un certain genre littéraire. Or l'histoire merveilleuse de l'enfant exposé à la merci des éléments ou des bêtes sauvages (souvent suite à la crainte d'un roi de se voir un jour détrôné par lui), puis recueilli et élevé en secret, et qui accédera finalement aux plus hautes fonctions, est un thème fabuleux bien attesté. En témoigne la légende entourant la naissance de Sargon l'Ancien (roi d’Akkad, en Mésopotamie, vers le XXIIIe siècle), dans le miroir de laquelle se reflètent celle de Moïse, de Cyrus, de Persée, de Sémiramis et de bien d’autres.

Les invraisemblances du récit ne s’arrêtent pas là : « L'enfant fut pour elle comme un fils et elle lui donna le nom de Moïse car, dit-elle, je l'ai retiré des eaux » [Ex 2, 10]. L'étymologie biblique du nom de Moïse par liaison à l'hébreu masha, « retirer », n'est pas plausible. Masha est un verbe hébreu et l'on voit mal une princesse égyptienne faire des jeux de mots en langue hébraïque. De plus, « retiré » se dit mashou et non pas moshe, qui signifierait plutôt « retirant ». Cette volonté, typiquement sémitique, de donner au nom d'un personnage la valeur d'un étymon est également inspirée de la légende de Sargon, dans laquelle le nom du puiseur d'eau, Aqqi, sau­veur de Sargon enfant, signifie, lui aussi, « retirant ».

L'anthroponyme Moshé est probablement d'origine égyptienne.
- Soit il proviendrait de l'égyptien mès (parfois translittéré mose), « engen­dré ». Dans ce cas, il aurait été lié à un nom théophore, comme celui des rois Ahmès (Iâh mès, « Iâh l'a engen­dré »), Thoutmès (Djéhouty mès, « Thot l'a engen­dré ») ou Amen­mès (« Amon l'a engendré »). L'élément divin entrant dans sa composi­tion de ce nom ayant été supprimée, puis oubliée, il ne serait plus resté que mès, ou mose, qui aurait donné Moshé en hébreu.
- Soit il dériverait de l'égyptien mou hésy (de mou, « eau », et hésy, « favori ») et signifierait « favori de l'eau », sous entendu « du Nil ». Cette étymolo­gie, déjà donnée en partie par Philon d'Alexandrie et reprise par Josèphe, semble n'être qu'une tenta­tive d’explication ration­nelle de l’étymologie biblique. Elle présente cependant l'atout de « fonctionner » en égyptien ancien et pourrait être l’indice qu'une mouture locale de la naissance merveilleuse de Moïse existait en Égypte à l'époque de Philon. Il est peu vraisem­blable que cet auteur, juif hellénisé qui ne parlait pas l'égyptien (et peut-être même pas l'hébreu), ait inventé cette explication.
- Mais peut-être aussi le nom Moshe n'est-il pas égyptien mais hébreu et d'étymologie inconnue.
Il reste cependant étrange que d'autres membres de la parentèle de Moïse semblent, eux aussi, porter un nom d'origine égyptienne : sa sœur Miryam (peut-être de mérit yam, « aimée de Yam »), son petit-fils Mérari (peut-être de méri râ, « aimé de Râ »), son petit-neveu Phinéas (où l’on retrouve pa-néhésy, « le Noir »), anthroponymes suggèrant des Hébreux et un Nubien égyptianisés.

On notera également que Moïse ne reçoit son nom de la part de la princesse qu’une fois sevré, donc longtemps après sa venue au monde. Avant de recevoir son identité, il est toujours appelé « l’enfant », ce qui sous-entend, soit que ses parents ne lui avaient pas donné de nom à sa naissance, chose impensable, soit que celui-ci était inconnu du transcripteur du mythe, soit enfin, et c’est l'hypothèse la plus vraisemblable, qu'il s'appelait déjà Moïse dans d'autres légendes le concernant.

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 16 Fév 2013 12:53 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Jan 2013 18:47
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Bonjour Didoumès

Encore une fois je suis globalement d’accord avec votre message … qcq remarque ttfois :

a) déjà dans votre avant dernier message je n’ai pas voulu relevé votre phrase concernant Ex (1,11a) ou vous dites … « on se demande comment les Égyptiens auraient pu accabler de corvées des gens « plus nombreux et plus puissant » qu'eux » … Je ne comprends pas … voulez-vous dire que le « peuple d’Israël » (dans ce contexte ceux présents en Egypte à ces temps là) étaient plus « nombreux/puissants » que les Egyptiens ???

Et ici vous revenez sur ce thème de « plus nombreux » en disant au sujet de Ex (1,13-22) … « Deux seules sages-femmes pour un peuple prétendument plus nombreux que les Égyptiens, c'est peu » !!!

Au sujet de ces « deux sages-femmes » et de la « méthode utilisée » … effectivement comme vous le dites cela semble « ridicule » … mais dans ce « ridicule » ce que vous ne signalez pas, et qui mérite attention, c’est de savoir si ces « sages-femmes des Hébreux » sont Egyptiennes ou Hébreues ???

En suivant le récit et donc son « ridicule » il semble plus « logique » que Pharaon ait confié cette tache à des « sages-femmes » Egyptiennes … d’autre part le fait d’en mentionner deux ne veut absolument pas dire qu’elles n’étaient numériquement que deux au service de cette tache … mais bien deux représentantes de la « corporation » des sages-femmes ayant à leur services, si besoin, d’autres sages-femmes.

Effectivement nous pouvons/devons faire un parallèle entre Moïse et Sargon en effet … la naissance de Moïse n’est qu’un copie collé de celle de Sargon :

Tablette du VIII siècle av JC au sujet de la légende de la naissance de Sargon :
« Ma mère, la prêtresse, me conçut en secret, elle m’enfanta. Elle me mit dans une corbeille de roseau avec de l’asphalte, elle ferma le couvercle. Elle me jeta dans la rivière qui ne m’engloutit pas. Le fleuve me porta et m’emmena vers Akki […]. Il me plaça comme son jardinier. Durant mon jardinage, Ishtar m’aima ».

Ainsi la légende de ce sauvetage miraculeux de Sargon … légitime la royauté de cet enfant illégitime aimé d’une déesse … Sargon en Akkadien veut dire « le roi est la vérité ou le roi est stable/fidèle/légitime ».

Concernant Moïse se poursuit la deuxième partie du message concernant l’esclavage » :

B) Moïse :

Quand est’il du Moïse Historique et quel est son rôle ?..

Moïse est présenté comme un homme d’exception que « Dieu a connu face à face » en De (34,10) … il est unique comme il n’y en « aura plus en Israël » en De (34,10).

Ce qui semble vrai d’un point de vue Historique semble se réduire à peu de choses :
- son nom Moïse (Mosheh en hébreu) dérive de l’Egyptien Mose (bien attesté dans les noms des Pharaons Ahmosès, Toutmosès/Toutmosis, Ramsés,... ),

- et son mariage avec une Madianite.

Ceci ne peut être une invention de la Tradition :
R. de Vaux « cette tradition Mandianite est certainement ancienne ... Elle doit avoir un fondement historique … si l'on considère l'hostilité envers les Madianites qui transparaît dans les récits de Baal Pe'or en Nb (30,6-9), de la guerre sainte contre Madian en Nb (31), de Gédéon en Ju (6-8), la tradition n'a pas inventé que Moïse avait eu une femme madianite, qu'il avait reçu sa révélation en Madian qu'un Madianite avait participé à l'organisation du peuple".

De plus comme le montre Nb (12,1) le mariage du fondateur de la religion israélite avec une étrangère madianite (en plus) ne sera pas sans poser de pb à une époque plus tardive.

La Tradition Biblique est unanime sur l'existence d'un lien matrimonial entre Moïse et un prêtre de Madian … de mm le fait que Moïse fasse paître le troupeau de son beau-père en Ex (3,1) ce qui en soi n'a rien de glorieux ?.

La mission de Moïse est de faire sortir d'Egypte les Hébreux, pour sanctifier le Nom de YHWH en Ex (3,18), ne doit concerner qu'un nombre limité de personnes probablement le clan de Moïse (et/ou celui de Yétro son beau-père) … YHWH étant la divinité dont Yétro était le prêtre.

L’option « minimale », concernant Moïse, d’après Smend étant :
« Il porte un nom Egyptien, vraisemblablement il vit ou a vécu en Egypte, en relation avec une tribu bédouine dans la région du Sinaï, et marié avec la fille du prêtre local. C’est pour cela qu’il a un pied en dedans et un pied en dehors de l’Egypte ».

Son Rôle (selon la tradition biblique) est d’être un Médiateur (un homme de transition) et ceci à plus d’un titre :
- il délivre les Hébreux de l’esclavage pour en faire un peuple libre,
- il délivre son peuple de l’autorité de Pharaon pour le mettre sous l’autorité de Dieu,
- il assure la transition entre les noms divins, révélation du nom de YHWH, en lieu et place d’Elohim …
- il est l’intermédiaire entre la Loi de Dieu et les anciennes,
- à lui tout seul il résume les tribulations géographiques de son temps né en Egypte, il s’enfuit à Madian, retourne en Egypte, va au Sinaï, pour finir au désert à la « porte » de la Terre Promise,
- d’un point de vue Théologique c’est lui qui reçoit les Tables de la Loi écrites de la main de Dieu,
- passage de relais entre la vie nomade des Patriarches et la vie sédentaire suite à l’installation en Terre Promise,
- il est l’intermédiaire entre Dieu et son peuple qui avait peur de s’adresser directement à Dieu,
- il est aussi le Médiateur entre les 12 tribus d’Israël étant lui-même membre de la tribu des Lévi, tribu ici aussi pas tout à fait comme les autres (n’ayant pas de territoire en propre),
- et de la classe des prêtres, qui par définition, assure la médiation entre Dieu et le peuple….

Mais chose bizarre aussi bien sa tombe « que personne ne connaît » en De (34,6) que la montagne Sainte Sinaï/Horeb sont dans un no-man’s land impossible à localiser donc en dehors du présent en dehors du temps en dehors d’Israël ?.. ici aussi pour mieux les rendrent communs à tous.

Cet Ecrit est donc une relecture « au présent (lors de la mise par écrit) » de l’Histoire afin d’en faire ressortir les éléments permettant à une Culture de s’extérioriser et de s’identifier en reconstruisant le passé à sa manière ... Moïse est au cœur de la Saga de l’Exode permettant ainsi la transition entre l’esclavage en Egypte et la liberté en Terre Promise sous la conduite de YHWH.

Source documentaire : Ronald Hendel (Université de Californie).



Cordialement, Epsilon


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 16 Fév 2013 13:16 
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Pierre de L'Estoile
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Je vous suis avec un grand intérêt tous les deux ! D'un point de vue plus général, le nombre de peuples qui ont, au fil de la Bible, été déclarés ennemis infréquentables comme les Madianites, est impressionnant. Le nombre d'amis d'Israël était proche de zéro! :P

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Léon Tolstoï.


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 16 Fév 2013 14:10 
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Plutarque
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" Voilà les enfants d'Israël qui forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. " [Ex 1, 9]

" Le roi d'Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux, nommées l'une Schiphra, et l'autre Pua. " [Ex 1-15]

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 16 Fév 2013 15:38 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Jan 2013 18:47
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Didoumès a écrit :
" Voilà les enfants d'Israël qui forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. " [Ex 1, 9]

Effectivement … m’a méprise est que certaines Bible ont « trop » à la place de « plus » ... sorry.

Bref … ici les égyptiens avaient peur qu’en cas de nouvelles attaques/invasions des « Asiatiques » les Hébreux se joignent à eux … ceci du fait que « Gossen » était en qcq sorte une « porte » d’entrée au Nord-Est

Didoumès a écrit :
" Le roi d'Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux, nommées l'une Schiphra, et l'autre Pua. " [Ex 1-15]

Oui oui « des Hébreux » … ceci ne veut pas dire que ces sages-femmes sont elles mêmes du peuple Hébreux … mais bien qu’elles officient chez eux.

Il serait douteux … d’un point de vue de l’efficacité … que les autorités Égyptiennes confient une telle tâche à des non Égyptiennes.


Cordialement, Epsilon


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 17 Fév 2013 9:53 
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Moïse, devenu adulte (son âge n'est pas précisé mais on peut déduire d'autres passages qu'il était alors âgé de 40 ans), voyant un garde égyptien en train de frapper un ouvrier hébreu, le tue. Pharaon, ayant appris la chose, prononce à son encontre une sentence de mort, ce qui ne tient pas debout. Il va de soi que le petit-fils adoptif de Pharaon n'aurait pu être inquiété pour le meurtre d'un simple garde-chiourme. Ce qu'on ignore en général, c'est qu'une version alternative le décrivait comme un Hébreu parmi les autres, qui n'avait pas été exposé sur le Nil (et n'avait donc pas été adopté par une princesse) et qui était astreint, lui aussi, à la fabrication des briques. C'est sans doute dans ce contexte que le meurtre fut originellement ajouté, avant d'être transposé dans une version alternative.

Pour éviter l’exécution de la sentence, Moïse va s'enfuir au pays de Madiân, dans le nord-ouest de l'Arabie, où il épousera la fille du chef local. Cet épisode de la fuite trouve son origine dans un conte égyptien bien connu : le conte de Sinouhé. Une autre légende donne également à Moïse la stature de fonctionnaire royal attri­buée à Sinouhé. C'est Flavius Josèphe qui nous la rapporte dans ses Antiquités. Moïse y est mis en scène à la tête d'une armée égyptienne menant campagne en un pays confondu par les traducteurs grecs avec l'Éthiopie. Il s'y mariera également avec la fille du roi local, avant de revenir en Égypte.

Si Sinouhé n'a suscité qu'un seul conte, il a dû en exister bien davantage sur Moïse. Outre les récits mentionnées ci-avant, il existe deux versions de son séjour en Madiân, deux (voire trois) versions de sa rencontre avec un dieu au pied d'une montagne sacrée et une mouture où la fuite en Madiân n'existe pas et où la rencontre avec la divinité se déroule en Égypte. Il existe aussi une tradition parallèle qui en fait un personnage si hautement considéré que les Égyptiens lui remettent leurs richesses à sa simple demande. Certains auteurs le rattachent, sans doute à raison, à des tribus de l'est du Sinaï, d'autres aux Madianites. Et c'est probablement là son origine. Il semble davantage lié à la pénétration dans le nord de Canaan d'un groupe allochtone qu'à l'exode des Hébreux.

Le reste de la geste mosaïque relève de la perception théologique du personnage et ce n'est pas le lieu ici de l'aborder. Il reste juste à préciser que ceux qui s'approprièrent le Moïse légendaire pour l'introduire dans le corpus biblique, alors en formation, furent très probablement des scribes du royaume du Nord : Israël. En effet la saga de Moïse est un parallèle de celle de Jacob et non de celle d’Abraham, comme le fait observer Alain Marchadour [Marchadour 1999, 196] :
- Jacob s'était enfui après avoir volé le droit d'aînesse de son frère Ésaü. // Moïse s'enfuira après avoir été contesté par ses frères à la suite du meurtre du contremaître égyptien.
- Jacob avait rencontré la bergère Rachel, fille du notable régional, près d'un puits et avait fini par l'épouser après avoir travaillé 14 ans comme berger pour son beau-père. // Moïse rencontrera la bergère Tsipporah, fille du chef de Madiân, près d'un puits et finira par l'épouser. Il travaillera ensuite 40 ans comme berger pour son beau père.
- Yahvé avait renvoyé Jacob en son pays natal après l'avoir assuré de sa protection. // Yahvé renverra Moïse en son pays natal après l'avoir assuré de sa protection.
- Sur le chemin du retour, en un lieu où il avait passé la nuit, Jacob avait été attaqué par l'ange de Yahvé en raison d'une transgression rituelle. // Sur le chemin du retour, en un lieu où il avait passé la nuit, Moïse sera attaqué par Yahvé en raison d'une transgression rituelle.

Mais nous verrons plus loin, que Moïse est absent de la version la plus ancienne du récit de l'exode.

Bibliographie
Marchadour Alain, Genèse, Bayard/Centurion, Paris 1999.

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Roger


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 17 Fév 2013 13:31 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Jan 2013 18:47
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Didoumès a écrit :
Moïse va s'enfuir au pays de Madiân, dans le nord-ouest de l'Arabie

Si effectivement le « pays de Madian » se trouve au N-O de l’Arabie (Est du golfe Elamite/Aqaba) … cela ne veut pas dire que tous les Elamites y soient … pour ce qui concerne la tribu dont Raguël/Jéthro est le chef … nous pouvons penser qu’il a, pour des besoins de transhumance, occupé une partie de la côte Ouest du golfe c-à-d le cap le plus méridional du Sinaï lors de la « fuite » de Moïse … s’il y a donc bien deux traditions différentes elles ne sont, a priori, pas contradictoires.

Il est à remarquer que le crime « originel » de Moïse trouvera sa « solution » par un inversement des rôles (contrairement à Sinouhé) … en effet l’Alliance avec Dieu permet à Moïse de passer du statut de criminel à celui de victime (et inversement pour Pharaon).


Cordialement, Epsilon


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 18 Fév 2013 4:18 
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Inscription : 26 Fév 2011 9:10
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Didoumès a écrit :
Les sources égyptiennes et bibliques mentionnent bien l'arrivée et l'installation dans le delta d’immigrés cananéens. Reste à savoir si un certain nombre de ces étrangers pourraient corres­pondre aux ancêtres des Hébreux présentés par la Genèse et l'Exode. En suivant l'opinion commune situant la descente en Égypte au cœur de la Deuxième Période Intermédiaire (1720-1550), on pourrait, toujours à titre d'hypothèse, envisager qu'un groupe de nomades constitué d'Hébreux en devenir, chassé de ses terres d'errance par la famine (ou par ses « frères », d'autres bédouins), ait été autorisé par les Hyksôs à s'installer dans la région s'étendant à la frange est du delta.


Quelles sont les sources egyptiennes et a quelle periode indiquent - elles cette installation dans le delta d'immigrés cananéens ?
L'"opinion commune" se base sur quelles sources (autres que bibliques) pour penser à cette migration ait eu lieu a cette epoque?
Autres que bibliques parce qu'il y a suffisament d'anachronies dans ces sources pour ne pouvoir les utiliser dans une tentative de rapporchement historique aux dates citées. je pense par exemple aux chameaux cités par la bible avec lesquelles cette migration vers l'egypte aurait eu lieu (selon les sources bibliques) alors que le chameau n'est attesté en Egypte qu' à partie du VI eme siècle avant JC ( une anachronie parmi tant d'autre mais celle là est frappante)

A vous lire sur les sources egyptiennes donc.


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 Sujet du message : Re: Moise et l'histoire
Message Publié : 18 Fév 2013 12:35 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 26 Fév 2011 9:10
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Localisation : france
En attendant la precision sur les sources egyptiennes j'ai vu que vous aviez utilisé la reference à manethon , en fin pour etre precis a ce qui est considéré avoir été ecrit par manethon dans ses Ægyptiaca , recité par des historiens chrietiens , et recompilé par une moine byzantin au VIII em siecle ap JC.
Autant dire que la source doit etre prise avec precaution , d'autant plus que Manethon melange pas mal de mythes et legendes à son histoire egyptienne.

toujours est il que certain, Flavius Josephe en premier ... y voient la preuve de l'existence historique de Moise... en le confondant avec l'histoire (ou la legende) d'un roi Hyskos nommé Apopi. histoire (ou legende) qu'aurait relayé Manethon.

Flavius Josèphe (Contre Apion I: 237-266):

Les hommes enfermés dans les carrières souffraient depuis assez longtemps, lorsque le roi, supplié par eux de leur accorder un séjour et un abri, consentit à leur céder l’ancienne ville des Pasteurs [Hyksos], Avaris, alors abandonnée. Cette ville, d’après la tradition théologique, est consacrée depuis l’origine à Typhon [Seth/Baal]. Ils y allèrent et, faisant de ce lieu la base d’opération d’une révolte, ils prirent pour chef un des prêtres d’Héliopolis nommé Osarseph et lui jurèrent d’obéir à tous ses ordres. Il leur prescrivit pour première loi de ne point adorer de dieux, de ne s’abstenir de la chair d’aucun des animaux que la loi divine rend le plus sacrés en Égypte, de les immoler tous, de les consommer et de ne s’unir qu’à des hommes liés par le même serment. Après avoir édicté ces lois et un très grand nombre d’autres, en contradiction absolue avec les coutumes égyptiennes, il fit réparer par une multitude d’ouvriers les murailles de la ville et ordonna de se préparer à la guerre contre le roi Aménophis [?]. Lui-même s’associa quelques-uns des autres prêtres contaminés comme lui, envoya une ambassade vers les Pasteurs chassés par Tethmôsis [Ahmosis], dans la ville nommée Jérusalem, et, leur exposant sa situation et celle de ses compagnons outragés comme lui, il les invita à se joindre à eux pour marcher tous ensemble sur l’Égypte. Il leur promit de les conduire d’abord à Avaris, patrie de leurs ancêtres, et de fournir sans compter le nécessaire à leur multitude, puis de combattre pour eux, le moment venu, et de leur soumettre facilement le pays. Les Pasteurs, au comble de la joie, s’empressèrent de se mettre en marche tous ensemble au nombre de 200000 hommes environ et peu après arrivèrent à Avaris. Le roi d’Égypte Aménophis, à la nouvelle de leur invasion, ne fut pas médiocrement troublé, car il se rappelait la prédiction d’Aménophis, fils de Paapis. Il réunit d’abord une multitude d’Égyptiens, et après avoir délibéré avec leurs chefs, il se fit amener les animaux sacrés les plus vénérés dans les temples et recommanda aux prêtres de chaque district de cacher le plus sérement possible les statues des dieux (…) Lui-même passa (le Nil) avec les autres Égyptiens, au nombre de 300 000 guerriers bien exercés, et rencontra l’ennemi sans livrer pourtant bataille; mais pensant qu’il ne fallait pas combattre les dieux, il rebroussa chemin vers Memphis, où il prit l’Apis et les autres animaux sacrés qu’il y avait fait venir, puis aussitôt, avec toute son armée et le peuple d’Égypte, il monta en Éthiopie; car le roi d’Éthiopie lui était soumis par la reconnaissance. Celui-ci l’accueillit et entretint toute cette multitude à l’aide des produits du pays convenables à la nourriture des hommes, leur assigna des villes et des villages suffisants pour les treize ans d’exil imposés par le destin à Aménophis loin de son royaume, et n’en fit pas moins camper une armée éthiopienne aux frontières de l’Égypte pour protéger le roi Aménophis et les siens. Les choses se passaient ainsi en Éthiopie. Cependant les Solymites [ceux de Salem] firent une descente avec les Égyptiens impurs et traitèrent les habitants d’une façon si sacrilège et si cruelle que la domination des Pasteurs paraissait un âge d’or à ceux qui assistèrent alors à leurs impiétés. Car non seulement ils incendièrent villes et villages, et ne se contentèrent pas de piller les temples et de mutiler les statues des dieux, mais encore ils ne cessaient d’user des sanctuaires comme de cuisines pour rôtir les animaux sacrés qu’on adorait, et ils obligeaient les prêtres et les prophètes à les immoler et à les égorger, puis les dépouillaient et les jetaient dehors. On dit que le prêtre d’origine héliopolitainne qui leur donna une constitution et des lois, appelé Osarseph [Aaousseré-Apopi], du nom du dieu Osiris adoré à Héliopolis, en passant chez ce peuple changea de nom et prit celui de Moïse.

***

De prime abord j'ai quelque doutes sur la fiabilité de cette source qui ressemble plus a une legende ( 300 000 guerriers bien exercés / caricature des Solymites etc ...) et sur une interpretation de cette legende pour y voir Moise ... à tout prix. Qu'en pensez vous ?


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