Merci pour ta réponse argumentée, ça fait plaisir de confronter des argumentations !
Bob a écrit:
Il est peut être important de souligner que cette mesure d'évacuation n'est prise que par et pour les Athéniens. Pour le reste de leurs alliés, soit ils ne s'en doutent pas, soit on leur minimise la situation. Il est difficile d'imaginer Thémistocle arrivant au congrès de l'Isthme en déclarant la fuite du peuple d'Athènes et l'abandon de la ville. L'image rendue aux alliées péloponnésiens aurait été désastreuse...
Raison de plus pour douter de la réalité de cet exil antérieur aux premiers combats. Comment croire que l’exil d’une population de 40-50 000 citoyens, avec leurs familles, leurs esclaves et de quelques dizaines de milliers de métèques, puissent passer inaperçue ??? Et ce n’est pas l’image vis-à-vis des Péloponnésiens qui serait désastreuse, mais vis-à-vis des non Péloponnésiens dont on exige l’assistante. Le congrés à lieu sur l’Isthme ! En se balladant sur la plage, les délégués ont sous les yeux le golfe de Salamine ! Comment veux-tu qu’ils ne voient rien ? D’autant que les Trézéniens, premiers concernés, sont présents ! Or ce soit-disant décret de Thémistocle est pris avant la décision des alliés de se porter aux Thermopyles. Les Alliés assistent donc aux va-et-viens des dizaines de milliers d’habitants de l’Attique, avec arme et bagage ! Un partie a même due arriver par mer et se frayer un passage dans ce mic-mac ! Et Hanson veut faire croire que personne n’a rien vu ???
Bob a écrit:
Je pense plutôt que les Athéniens n'ont pas communiqué sur cette fuite honteuse...
Encore une fois, cette décision ne concerne absolument pas les alliés, si ce n'est pour râler mais ce ne peut être le cas dans ce scénario, puisque les Alliés n'ont encore rien décidés. Thémistocle n’a donc rien à annoncer, encore moins à inventer de toute pièce. Le conseil est là pour déterminer la conduite de la guerre et les effectifs que chaque cité s’engage à fournir, et quand. En quoi le déménagement des Athéniens est censé concerner les Corinthiens, Arcadiens et compagnie. Cela n’a même pas à être abordé, c’est de la politique intérieure. Tant que les Athéniens tiennent leurs engagements, ils font ce qu’ils veulent. Donc à supposer qu’une telle décision a été prise, elle a été prise à Athènes avant le Congrés de l’Isthme, et Thémistocle n’a rien à inventer. Cette histoire rocambolesque d’un Thémistocle qui prend tout seul une décision de cette importante devant des étranger est absurde !
Ensuite, cela n’a rien d’une fuite honteuse puisqu’il s’agit de mettre les civils à l’abri en sacrifiant ses terres afin de poursuivre une lutte désespérée. C’est sûr, que prise avant même l’approche des Perses, c’est furieusement incompréhensible, surtout dans la panique, alors qu’ils n’ont pas bronché en 490. Mais après les Thermopyles, un tel mouvement n’a plus rien d'incompréhensible ni de honteux, bien au contraire, c’est une des plus grande gloire d’Athènes qui célèbrera son acharnement et son sacrifice pour les siècles suivants. A chaque oraison funèbre, hop, on ressort le topos du sacrifice de l’Attique…
Bob a écrit:
Il est presque sûr que Léonidas soit parti persuadé qu'une armée de renfort viendrait le rejoindre. Visiblement lui aussi était connu pour ses talents d'orateur... Il semble qu'il ait réussit a se renforcer de milliers d'hommes venus de Phocidie et de Béotie...
Là aussi, cela contredit la thèse de la « trahison » tant Lacédémonienne (qui sacrifie un roi et l’élite de ses troupes ? Mieux, un roi suffisamment clampin pour qu’il ait tout ignoré de la véritable stratégie commune ? Il a servi à quoi alors le congrés de l’Isthme ?), qu’Athénienne (qui se taille pendant ce temps au vu et su de tous). L’armée de Léonidas est certes une avant-garde hâtivement levée destinée à bloquer le temps que la mobilisation se face, d’où les effectifs bas : ce qu’ils avaient sous la main pour un départ immédiat. Mais une fois tout accumulé, c’est tout de même une troupe de plus de 7 000 hoplites (4000 Péloponnésiens, un peu plus de 1000 Béotiens, 1000 Locriens, 1000 Phocidiens, en théorie suffisante pour tenir un défilé aussi étroit, ce que les premiers jours de combats confirmèrent. Le problème vient du très rapide contournement imprévu qui bouleverse leur stratégie. C’est alors seulement que les Péloponnésiens commencent à fortifier l’Isthme. Si cela avait été prévu dès l’origine, dès l’origine les Péloponnésiens auraient commencer. Et les Locriens et Béotiens se seraient abstenus… (les Phocidiens pas forcément : tant qu’ils peuvent enquiquiner les Thessaliens, ils sont partant, d’où les fluctuation de leur politique : tant ques les Thessaliens sont pro-grecs, eux sont favorables aux Perses. Dès que les Thessaliens se sont ralliés aux Perses, hop, ils deviennent les champions de la cause hellénique ! Une longue histoire d’amour entre ces deux peuples….).
Bob a écrit:
Ils sont reconnus pour être officieusement pro-perses (du moins la faction dirigeante), et n'ont envoyé que 1000 hoplites. Pourquoi aussi peu? Et pourquoi les envoyer? En faisant ça les Béotiens gagnent sur les deux tableaux:
- ils ne se mouillent pas trop histoire de ne pas trop fâcher les perses et garde ainsi une position quasi neutre sur le conflit.
- ils se débarrassent des éléments anti-perses dans une mission quasi suicidaire
Il faut relativiser : d’une part la Béotie dans son ensemble n’est pas accusée de médisme, uniquement les Thébains, à tort ou à raison… qui sont pourtant parmi les seuls à réagir. C’est vrai que l’apathie des autres cités est pour le moins perturbante. Je me demande même si la prise de partie de Thèbes en faveur des alliés n’a pas justement entraîné en réaction la méfiance des autres… Vu la popularité de Thèbes à cette époque auprès de ses voisins…
Ensuite, 400 Thébains, c’est autant que Corinthe, à peine moins que Mantinée et Tégée. Est-ce si méprisable, dans ce laps de temps ? De plus, les Béotiens ont-ils eu le temps matériel de se rendre à l’Isthme (ont-ils seulement été conviés ?) ? le Congrés a-t-il véritablement rassemblé tous les alliés, ou uniquement les Péloponnésiens et leurs proches voisins, à savoir les Athéniens ? Les effectifs emporté me semble plutôt opter pour la seconde proposition.
Pour le reste, je suis d’accord avec toi, il s’agit de gagner du temps.
Mais gagner du temps ni signifie en aucun cas sacrifier l’élite de l’armée aux Thermopyles et de la flotte à l’Artémision, ni sacrifier toute la Grèce centrale et l’Attique en prime ! Cette première ligne est censée à court terme se renforcer. Mais vus qu’ils ne tiennent que trois jours… Le sacrifice de Léonidas est un pis-allé, ce n’était pas prévu au départ ! Or c’est bien ce que sous-entend le scénario Hanson avec abandon préliminaire de l’Attique. Ou l’Artémision défini comme un « combat de retardement ». Ils retraitent uniquement après l’échec terrestre des Thermopyles. Il ne s’agit pas de les ralentir, dans un cas comme dans l’autre, mais de les stopper jusqu’à l’arriver des renforts. Faut-il rappeler les effectifs engagés à l’Artémision ? 271 trières, sachant qu’un fort contingent restait en arrière pour faire face à l’escadre perse qui contourne l’île par le nord. L’acharnement des combats et la retraite tardive, quand leur tâche était devenue inutile après la disparition de Léonidas, montre là aussi que leur tâche n’est pas un sacrifice. Les Perses perdent autant de navire à l’Artémision qu’à Salamine. Les effectifs des grandes flottes (Athènes, Corinthe, Mégare, Egine, etc.) sont quasi identiques aux deux batailles : ils ne se sont vraiment pas économisé à l’Artémision. La différence tient d’une part au retour de l’escadre qui attendait la flotte perse du revers, et d’autre par un recrutement plus large, des peuples trop éloignés (en particulier les insulaires et la façade occidentale) pour participer à la première expédition (et encore une fois, sans doute absent du congrès de l’Isthme). Si les Grecs avaient été vaincus à l’Artémision, Salamine n’aurait pas eu lieu : avec quelle flotte ?
Bob a écrit:
Le récit d'Hérodote a été écrit lors de son séjour à Athènes. A ce moment là, les Alcméonides sont majoritaires et ils ont dû se mobiliser pour donner leur version à Hérodote. Pourquoi? Parce qu'ils ont été la famille la plus touchée par la décision d'abandon d'Athènes. Ils possédaient beaucoup de chose. Donc il semble évident qu'ils avaient un profond ressentiment pour Thémistocle, l'homme qui leur a fait subir autant de perte. On le remarque aisément tout au long de son récit où il ne fait pas un portrait glorieux de Thémistocle (du moins la plupart du temps).
Là par contre, imaginer une collusion entre Hérodote et les Alcméonides contre Thémistocle est franchement intenable. Les relations d’Hérodote avec les Alcméonides sont pour le moins ambigües, il leur bave dessus insidieusement et gratuitement à plusieurs reprise (Cylon ; Pisistrate ; Marathon…). Thémistocle ne déroge pas à la règle d’Hérodote : en apparence plus ou moins flatteur (valait sans doute pas trop se les mettre à dos non plus), mais distillant son fiel en multipliant les allusions, les rumeurs les plus infondées, etc.
Bob a écrit:
Hanson par un calcul estime que si l'on suit la version officielle, la ville se serait vidée en 48h de tout ses habitants, sans la moindre organisation...
????? J’aimerai bien savoir comment il arrive à ce chiffre… J’attends impatiemment le développement !
De plus, qui dit que le départ ne fut pas organisé ? Qui dit que des structures d’accueil n’ont pas été mis en place officiellement par Trézène, sous la forme donnée par le traité de Nicagoras ou une autre. Au contraire, Aristote par exemple, suivi par Plutarque, insiste sur le rôle organisationnel de l’Aréopage, qui redore par là son blason terni. De plus, après les Thermopyles, un nouvel avantage de taille se présente : où se rassemble la flotte des alliés, celle qui combattra à Salamine ? Ben oui, à Trézène même où ils n’ont rien d'autre à faire qu'attendre les retardataires. Un sacré renfort pour aider aux transbordements de la population (les trières étaient assurément accompagné de vaisseaux ronds pour le ravitaillement), qui peuvent s’ajouter aux puissantes flottes marchandes de Mégare, de Corinthe et d’Egine qui ont leurs ports dans un mouchoir de poche.
De plus, rappelons que les Athéniens ont su recommencer l’opération quelques mois plus tard, lors de l’approche de Mardonios. Visiblement, ils savent s’y prendre. Et surtout, ils ont tout ce qu'ils faut: plusieurs ports, une flotte marchande et militaire abondante (sans oublier les barques de pêche...).
Bob a écrit:
Il peut sembler évident que les Athéniens aient voulu cacher ce sombre passage. On verra ensuite plus tard d'autres cité états qui retourneront leur veste au bon moment...
Et comment se fait-il alors qu’aucun autre historien n’ai jamais présenté une version concurrente, alors qu'encore une fois, ce soit disant décret est visible de tous ? Car si les Trézéniens l'ont forcément recopié de quelque part, s'ils ne l'ont pas inventé. Et les Athéniens n’ont pas le monopole de l'écriture historique. Plutarque en particulier se serait fait un plaisir de le rappeler, lui qui déteste Hérodote. De même les délégués corinthiens de la Ligue Péloponnésienne en 431 n’ont pas grand-chose à gagner à suivre une version purement athénienne…
Bob a écrit:
Dans ce cas là Athènes a besoin de toute les forces possible, l'ensemble des personnes valides ayant été envoyé comme rameurs sur les trières... Et encore cela ne suffisait pas, dans le décret on note certains équipages de 100 rameurs alors qu'il en fallait bien plus. Toutes les trières n'étaient pas complètes.
Justement, parlons-en des équipages de la flotte décrite, soit disant "toutes les forces possibles"… 10 hoplites par navires, 4 archers, 100 rameurs, soit en tout 20 000 paires de bras, 2000 hoplites, 800 archers… Quatre fois moins d’hoplites qu’à Marathon, alors qu’en 490 une partie devait encore garder les remparts. Où sont les autres ? Tu me rétorqueras que seuls les tranches entre 20 et 30 ont été mobilisées. Certes. Mais pourquoi ? Il peuvent s'offrir un tel luxe ? En plus, la moitié seulement part au combat, pour quoi ne pas les avoir renforcés pour l'occasion ? Les Athéniens, en préparation d’une bataille aussi vitale, mobilisent moins d’hoplites que pour le siège de Potidée… Les autres font bronzette sur les plages de Salamine. Ensuite les archers fleurent bon l’anachronisme, ce corps s’est organisé après 480 (apparemment en même temps que la cavalerie, en bénéficiant des revenus de la Ligue), même si leur présence n'a rien d'invraisemblable. Quand à 20 000 rameurs seulement en raclant les fonds de tiroirs, alors que parait-il les métèques sont mobilisés… Ils sont censés parler de l’Athènes de 480 ?
Quoique, effectivement, au début du IIIe, date de la rédaction, les Athéniens auraient eu du mal à faire mieux…
Bob a écrit:
Quand au retour des ostracisés, une seconde théorie est possible. Athènes ne veut pas que les ostracisés se rangent du côté perse et soutiennent Xerses dans ses choix de stratégie. C'est pour cela que le décret indique les régions où les ostracisés peuvent se rendre (sauf les territoires perses).
Hérodote déjà attribue la levée de l'ostracisme à la crainte du ralliement des exilés aux Perses (comme Hippias en 490). Mais si c'était pour leur offrir en prime une nouvelle injure, celle de les garder sous surveillance sans rien leur accorder, j'ai du mal à comprendre ce qu'ils espèrent. D'autant qu'un ostracisé n'est pas un criminel.
Encore une fois, pourquoi aucune source athénienne ne l’a jamais indiquée ? Comment Hanson explique-t-il la royale unanimité des sources grecques des V-IVe ? Alors que je ne vois pas trop en quoi cet aspect institutionnel est censé « déranger les vainqueurs » (car j’ai cru comprendre que c’est l’unique excuse pour justifier le silence et l’unanimité des sources athéniennes…). (Hippias est déjà mort à cette date, et n’a pas été ostracisé ; tu confonds peut-être avec Hipparchos ; mais mis à part pour Miltiade, le sort des autres ostracisés est autant que je sache inconnu).
Bob a écrit:
Il y a sujet à polémiquer c'est vrai mais cette théorie est plus que probable, car le congrès de l'Isthme était là pour des prises de décisions urgentes. Si on estime que les porte paroles des diverses cité états devaient faire un compte rendu dans leur cité, revenir à l'Isthme avec la réponse (droit de véto)... ce congrès n'aurait jamais pu prendre des décisions aussi importantes qu'elle l'a fait..
Le délégués était sans doute habilité à prendre certaines décisions au nom de la cité, dans des limites clairement définies, et assurément pas de se comporter selon ses caprices du moment ! Sans compter qu'ils n'étaient pas seuls, les ambassades étaient plus probablement collégiales. A plus forte raison dans une cité démocratique qui vit dans la hantise de la tyrannie. Et je le répète, l’évacuation de l’Attique n’est en rien une décision fédérale, elle concerne Athènes et Athènes seule, la question n’a pas à être abordée sur l’Isthme, encore moins pour un supposé effet d’annonce mensonger…
Pour son organisation, je pense qu’il faudrait comparer avec la Ligue Péloponnésienne. La finalité est très proche, tout comme les participants, et même le lieu de réunion.