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Message Publié : 17 Juil 2020 23:07 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
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Je vous présente une fiche de lecture sur Pompée le Grand d'Eric Teyssier. Le texte étant long je vais le couper en plusieurs parties, sectionner la vie de Pompée en gros pour que ce soit plus "digérable" par les forumeurs. J'attendrai quelques jours pour mettre la suite. cette première partie va de ses débuts jusqu'à son retour à Rome après la victoire contre Sertorius en Espagne.


POMPEE
l’anti-César
Par
Eric TEYSSIER
(Paris, Perrin, 2013)



Pompée est né en 106 avant JC, dans le Picenum, région de l’Est de l’Italie, entre les Apennins et l’Adriatique (les actuelles Marches, en Italie centrale, autour d’Ancône), d’une famille romaine de notables provincial. Son père Cnaeus Pompeius Strabo est un riche propriétaire terrien, de la classe des chevaliers. La famille est d’origine obscure est ne peut se hisser au même rang que les grandes familles patriciennes qui gouvernent à Rome. Le grand-père de Pompée est le premier qui a réussi à entrer au Sénat romain.
Pompée passe les premières années de sa vie à étudier. Il fait alors la connaissance du jeune Cicéron qui étudie en même temps que lui. Mais alors que ce dernier va étudier l’art oratoire et devenir le grand orateur que l’on sait, Pompée va négliger cette matière et suivre son père à l’armée. Celui-ci est en effet général et va être chargé par la République romaine de lutter contre les Italiens qui se sont révoltés contre l’Urbs.

En effet, c’est l’époque de la guerre sociale qui voit les alliés italiens de Rome se révolter contre elle afin de la forcer à leur octroyer le droit de cité romain. Des généraux émergent car on a besoin d’eux pour lutter contre ces rebelles. C’est ainsi que, alors qu’un certain Cornelius Sylla lutte contre eux dans le sud de la péninsule, Pompéius Strabo est chargé par le Sénat de les combattre dans le nord. Dans ces occasions, son fils le suit, ce dont il est ravi car cela le change de ses études. Ainsi assiste-il son père lors des victoires de celui-ci contre les Marses. Lors de cette guerre, Pompeius Strabo se montre très cupide lors du partage du butin, ce dont ne se feront pas faute de souligner ses légionnaires lors de son triomphe.

Eclate alors, en Orient, la guerre contre Mithridate, roi du Pont. Celui-ci a pour ambition de chasser les Romains de la Méditerranée orientale et fait mettre à mort tous les citoyens romains qu’il trouve. Le Sénat doit envoyer une armée. Strabo voudrait bien la commander. Mais en fait c’est Sylla qui est choisi, à la grande déception du père de Pompée. Sylla est victorieux de Mithridate, mais ne peut envahir ses Etats car il est préoccupé par la guerre civile qui couve à Rome.
En effet, deux camps s’affrontent :

- Les Optimates, partisan du Sénat.
- Les Populares, le parti démocratique.

Pompeius Strabo est chargé par le Sénat de maintenir l’ordre, soit de lutter contre le parti des Populares. Ainsi participe-t-il à la guerre civile, notamment en faisant tuer par ses soldats le consul Rufus, du parti des Populares. Le jeune Pompée est en cette occasion à l’école de la vie politique et perd désormais toutes ses illusions envers son père que jusque-là il admirait. D’autant plus que Strabo continue à ne penser qu’à ses intérêts personnels en refusant de mettre fin à la guerre civile en écrasant définitivement les Populares. Il veut en effet que tout se passe dans la légalité et qu’on règle les problèmes par des élections. Il espère surtout que celles-ci lui seront profitables et qu’il sera élu consul. Mal lui en prend, car du coup la guerre s’éternise, la dysenterie se déclare dans l’armée, et qui en est la plus importante victime ? Pompéius Strabo, bien sûr, qui meurt brutalement en 87 av JC, laissant son fils seul face à d’immenses responsabilités.

D’abord, celui-ci doit faire face à certaines accusations sur l’instigation du parti des Populares. Un procès lui est en effet intenté pour s’être rendu coupable de détournements de fonds. Finalement il est acquitté grâce au prêteur Antistius, qui en même temps le prend en amitié et lui donne en mariage sa fille Antistia. Pompée est ravi car, lui, petit provincial, entre dans une grande famille romaine.




I. Dans l’ombre de Sylla.

Entre-temps, les Populares à Rome se livrent à une véritable « St-Barthelemy » des Optimates, un massacre. La guerre civile est relancée. Sylla doit revenir d’Orient pour lutter contre eux. Le jeune Pompée, bien sûr, prend parti pour lui, à la suite de son père, et combat en Italie du nord, à l’aide de troupes qu’il a levé dans son fief, le Picenum. Avec sa petite armée, il vient rejoindre Sylla qui vient de débarquer en Italie du sud. Il est royalement accueilli par celui-ci qui l’appelle d’emblée « imperator », et qui en fait son principal lieutenant. Un autre de ses lieutenants est un certain Marcus Licinius Crassus, de dix ans l’aîné de Pompée.
Très vite, les deux hommes vont entrer en rivalité, et Crassus ne va pas voir sans méfiance la faveur privilégiée accordée par Sylla à Pompée.

Ensemble, Sylla et Pompée combattent victorieusement les Populares dirigé par le consul Carbo et Marius le jeune, le fils du grand Marius qui vient alors juste de rendre l’âme. C’est la bataille de la porte Colline et les troupes de Sylla entrent pour la deuxième fois à Rome. Toute l’Italie est aux mains des optimates, mais les derniers partisans des Populares se sont enfuis :

- en Sicile.
- en Afrique.
- en Espagne.

Sylla, qui s’est fait dictateur, envoie Pompée combattre ceux-ci en Sicile et en Afrique.

Auparavant, il l’a obligé à divorcer avec Antistia, pour le marier illico avec sa belle-fille Aemilia car il veut faire entrer son lieutenant dans sa famille. La pauvre Antistia est folle de chagrin, mais Pompée accepte sans trop d’état d’âme car il pense surtout à sa carrière. D’ailleurs Aemilia, qui elle-même avait été obligée par le dictateur de quitter son mari alors qu’elle était enceinte, mourra en couche trois mois après son mariage avec Pompée.

Pompée part donc en Sicile combattre les Romains du parti marianiste. Son succès est rapide et il finit par capturer le consul Carbo lequel subit l’exercice de sa justice, est condamné par lui et exécuté.

Puis sur ordre de Sylla, il se rend en Afrique mettre à la raison les troupes romaines commandées par Domitius. Là, il se gagne la sympathie de ses soldats par sa bonhomie. Il bat d’abord une première fois les troupes de Domitius, après que beaucoup de défections aient affaiblie celui-ci, lors d’une bataille rangée. Puis il donne l’assaut au camp ennemi où se sont retranchés les derniers survivants. Domitius est tué lors du combat. Pompée pour l’occasion a combattu sans casque ce qui fait beaucoup pour sa légende. Il est acclamé Imperator par ses soldats.

C’est à ce moment-là que ceux-ci commencent à l’appeler Magnus, Pompée le grand. Du reste le modèle de ce dernier est Alexandre le grand.

Sylla lui ordonne de licencier ses légions sauf une seule, puis de revenir à Rome. Pompée est embarrassé car il aurait voulu jouir de sa victoire plus longtemps. Ses soldats aussi, car eux aussi n’étaient pas pressés de rentrer en Italie. Ils se rebellent même à Utique, exigeant que leur général rompe avec Sylla. Mais Pompée fait preuve de maturité, dompte la révolte et reprend la situation en main. Il obéit à Sylla et rentre à Rome.

Dans l’Urbs, Sylla a réformé la République en optant pour la solution oligarchique, soit en renforçant les pouvoirs du Sénat, contre la plèbe et les chevaliers. Ainsi promulgue-t-il une loi décidant d’un certain âge pour briguer les honneurs. Cela nuit aux projets de Pompée qui est alors beaucoup trop jeune pour être élu à une magistrature, même s’il n’a pas à se plaindre puisqu’il est après tout le plus jeune général de l’armée romaine.

Jouant au risque-tout, il exige de Sylla qu’il lui accorde le triomphe pour ses victoires en Sicile et en Afrique, alors que juridiquement il n’y a pas droit ! Il joue sa vie, car Sylla en a fait exécuter pour moins que ça. Mais le vieux dictateur, désabusé, finit par accorder ce triomphe à ce gamin. Lors de celui-ci, Pompée se signale par un certain faste. Il fait encore preuve de maturité en ne cédant pas à ses soldats qui lui font comprendre, comme à son père, sa manière personnelle de partager le butin (en fait celui d’Afrique était assez maigre).

Pompée veut voler de ses propres ailes, est ambitieux ce qui agace Sylla.

Estimant achevée son œuvre réformatrice, celui-ci quitte le pouvoir en 80. Pompée est alors plus libre et fait ce qu’il veut. Ainsi soutient-il la candidature d’un certain Lepide au consulat, contre l’avis de Sylla qui est furieux et qui désapprouve l’initiative de ce jeune crétin. Sylla meurt finalement en 78, à 60 ans. Dans son testament, il fait des legs à tout le monde sauf à Pompée qui l’a décidément trop déçu. Surtout, c’est Lucullus, et pas lui, qui est désigné pour prendre soin de ses enfants.
Sur ce, le Sénat envoie Pompée combattre Sertorius en Espagne, dernier représentant du parti marianiste.



II. La guerre contre Sertorius.


Très intelligent, Sertorius s’est appuyé là-bas sur les peuples espagnols, sans pour autant renoncer à la romanité. Il a reconstitué une manière de Sénat romain. En face de lui, se trouve déjà le vieux Metellus qui s’efforce de le combattre au nom de Rome. Mais il ne parvient pas à le vaincre et c’est pour l’aider que le Sénat lui envoie Pompée. Celui-ci accepte, mais, loyal, refuse d’être commandant en chef, ne voulant pas humilier Metellus sous les ordres de qui il s’est battu en Italie au nom de Sylla.

Pompée se rend donc en Espagne, en passant par la Gaule transalpine, soit le Midi de l’actuelle France.
Il veut en effet ménager ses arrières, s’assurer une base d’opération fiable qui puisse lui donner une sécurité en Espagne et par laquelle il pourra recevoir des approvisionnements. Il doit carrément la reconquérir, car les peuples celtes présents-là ont tendu à secouer le joug romain à la faveur des guerres civiles.

Surtout, il se livre là à un excellent travail administratif et va être réellement le fondateur de la Gaule narbonnaise. Il renforce en effet la romanisation, fonde des villes, dont Pampelune « ville de Pompée » (actuelle capitale de la Navarre, en Espagne), au sud de Roncevaux. Il se fait des clients partout, octroie le droit de cité, donne la sécurité aux marchands italiens qui pourront alors commercer plus facilement.

Après cela, un an après, il entre en Espagne rejoindre Metellus.

Mais il a beaucoup de mal à vaincre Sertorius. En effet, les troupes de Pompée sont mal adaptées à la géographie de la péninsule ibérique très accidentée et reçoivent difficilement leur ravitaillement. Pompée a surtout avec lui des légionnaires romains secondées par quelques tribus indigènes. C’est le contraire chez son ennemi Sertorius qui a peu de Romains mais beaucoup de guerriers espagnols très entraînés à la guérilla. Sertorius connaît très bien le pays et peut s’appuyer sur lui pour triompher, ce qui n’est pas le cas de Pompée. Aussi, les premières rencontres entre les deux adversaires tournent-elles plutôt au désavantage de Pompée, et Sertorius se targue de renvoyer ce gamin en Italie. Metellus remporte plus de succès. Pompée ne parvient à la rigueur qu’à vaincre Perpenna, lieutenant de Sertorius. Finalement, il remporte sur son ennemi, de justesse, la bataille de Sagonte, pas loin de la côte, mais c’est une victoire à la Pyrrhus car Sertorius s’enfuit et cherche à attirer son adversaire vers le centre de la péninsule qu’il connaît bien.

En définitif, Sertorius finit par s’enliser dans le pays. Il est finalement assassiné par son lieutenant Perpenna. Celui-ci livre bataille à Pompée, est capturé. Pompée le fait égorger. Vainqueur avec Metellus, il peut enfin rentrer en Italie.

Au cours de ces guerres en Espagne, Pompée a fait la connaissance de celui qui sera son bras droit toute sa vie, Afranius.

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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

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Message Publié : 18 Juil 2020 10:33 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 13 Jan 2013 13:11
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Bon résumé, facile à lire et intéressant. Je connais très peu le personnage (juste pour sa lutte contre les pirates ciliciens puis contre César mais sans plus). Vivement la suite


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Message Publié : 22 Juil 2020 20:09 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
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Deuxième épisode de la fiche de lecture sur Pompée : son oeuvre politique à Rome et la guerre contre les pirates. C'est le feuilleton de l'été sur Passion-Histoire B) :wink:





III. L’œuvre politique de Pompée à Rome.

Nous sommes en 72 avant JC et sévit dans la péninsule la révolte des esclaves commandée par Spartacus. Le Sénat a trouvé l’homme qu’il fallait pour le combattre c’est-à-dire Crassus, rival de Pompée. Ce dernier est sommé de rester cantonné à la frontière de l’Italie avec ses troupes. Il est furieux car il ne peut rien faire tandis que les bandes d’esclaves ravagent ses terres du Picenum. Mais Crassus perd son sang-froid et, alors qu’il a laissé Spartacus s’échapper du Bruttium, demande au Sénat d’appeler Pompée à l’aide. Celui-ci entre alors dans le pays. Crassus a cependant réussit à écraser les troupes de Spartacus. Mais subsistent quelques bandes d’esclaves qu’il faut réduire. Pompée est donc mis à contribution et en extermine une. Cela lui permet de craner fièrement auprès des Romains, voire de supplanter la gloire de Crassus, surtout quand il dit « Crassus a vaincu le mal, mais moi j’en ai arraché la racine » ! Visiblement, ce n’est pas la modestie qui l’étouffe.

Il obtient du Sénat un nouveau triomphe, ce qui n’est pas le cas de Crassus, lequel est absolument furieux. En fait, Pompée reçoit les honneurs du triomphe pour sa victoire contre Sertorius. Crassus, lui, n’a droit qu’à l’ovation, un triomphe de 2nd ordre (il est à pied), ce qui accroit sa jalousie envers pompée, bien sûr (le Sénat, de toute façon, se refusait à lui accorder le triomphe sur des esclaves, ennemis trop vil).

C’est alors que les deux armées, celle de Pompée et celle de Crassus, restent sous les armes aux portes de Rome ! La menace est lourde, car on a peur que l’un des deux fasse entrer son armée dans l’Urbs et prennent le pouvoir de vive force, comme du temps de Sylla. En fait, chacun refuse de licencier son armée tant que l’autre ne l’a pas fait d’abord. C’est l’impasse.

Finalement, les deux hommes obtiennent d’être consul, pour une année. Pourtant, Pompée n’y a pas droit car il n’a pas suivi la carrière des honneurs, pas même été prêteur, auparavant ; c’est un scandale. Cependant, le nouveau consul se refuse à faire de nouveau verser le sang, comme à l’époque des proscriptions.

Consul, il va contribuer à démolir toute l’œuvre de Sylla.

En effet, uniquement pour satisfaire son ambition personnelle et pour s’imposer aux sénateurs, et alors qu’auparavant avec Sylla, il était du parti des Optimates, il tourne casaque en donnant satisfaction aux chevaliers, la classe dont il est issu, et à la plèbe :
Il rend en effet aux chevaliers leur place dans les tribunaux aux côtés des sénateurs,
Il leur accorde la dîme d’Asie,
Il redonne aux tribuns leur droit de veto.

Toutes ces mesures, on s’en doute, ne lui donne pas la faveur du sénat et il s’attire dans la haute assemblée de solides inimitiés, surtout parmi les plus conservateurs.

Puis, à la fin 70, en même temps que Crassus, il quitte sa charge de consul et devient sénateur, à l’âge de 37 ans. Jusque-là il s’est montré très fort pour acquérir toute la gloire possible, ce qui lui confère un très grand prestige. Concernant son rival Crassus, lui ce n’est pas la gloire qu’il sait acquérir, mais l’argent. Pour cela, il s’y connaît ! Il accumule et accumule au possible.

Pompée se retire de la vie politique momentanément. Mais il s’ennuie et ne veut pas rester trop longtemps simple particulier. Il lui faut une nouvelle guerre. Une opportunité d’obtenir un nouveau commandement va alors lui être donné grâce à :


IV. La guerre contre les pirates.

Le vide politique laissé par les royaumes hellénistiques avait en effet permis à ceux-ci de sévir. Les conquêtes romaines avaient même accentué ce fléau. En effet, quand une ville était prise, tous ses habitants n’étaient pas forcément réduits en esclavages, certains parvenaient à s’enfuir. Pour eux, le sel moyen de survivre était alors de se faire brigands. Quand c’était sur terre, il était relativement aisé de les réduire. Mais sur mer...

Effectivement, ces pirates ont très vite obtenu des vaisseaux de guerre tout à fait redoutables. Si on les attaquait, soit ils étaient vainqueurs, soit ils s’enfuyaient et allaient sévir ailleurs. Toute la Méditerranée subissait leurs méfaits. Pour Rome, le problème était épineux, car ils nuisaient au ravitaillement de l’Urbs. En effet, ils allaient jusqu’à piller les ports de Sicile (peut être avec la complicité de son gouverneur Verrès), et tentèrent même un raid sur Ostie, le principal port de l’Urbs. Les commerçants n’osaient plus prendre la mer tant les risques étaient grands. Cela ne pouvait plus durer, il fallait que Rome intervienne. Or, une première armée romaine avait été vaincue par ces redoutables prédateurs, en Orient. Il fallait donc engager des moyens plus grands. Mais à qui donner cet énorme commandement ? Il était en effet dangereux de le donner à un individu qui pourrait s’en servir pour satisfaire ses ambitions personnelles contre la République.

Certains éléments au Sénat œuvraient en faveur de Pompée, notamment un jeune sénateur de 32 ans qui, en l’occasion, fit pour la première fois son entrée dans la vie politique. Son nom : Caius Iulius César.
Neveu du grand Marius, celui-ci avait repris les débris de l’ancien parti des Populares, après leur décimation par Sylla. S’il avait pris parti pour Pompée, ce n’était pas par amour désintéressé pour lui, mais parce qu’en profitant de son prestige, il pourrait ainsi travailler à ses intérêts personnels.

Finalement, le tribun Gabinius, derrière qui il fallait voir probablement l’action de Pompée, le fait donner à ce dernier par la loi Gabinia. Pompée obtient l’imperium sur toutes les rives de la Méditerranée avec 74 km à l’intérieur des terres ! Jamais avant lui, aucun consul ni dictateur n’avait eu un pouvoir aussi exorbitant.

Pompée s’en sert à bon escient, d’autant plus qu’il sait qu’il peut compter sur l’efficacité de ses lieutenants. En effet, il divise toute la Méditerranée en 13 zones d’opération. Chacun de ses commandants de flotte doit tout de suite prendre en chasse les pirates dès qu’ils passent à sa portée, éventuellement aider ses collègues. C’est comme un filet dressé au-dessus de toute la mer intérieure. Grâce à ce système, ces forbans sont rapidement chassés de la Méditerranée occidentale. Reste la partie orientale et principalement le secteur le plus chaud, la Cilicie (sud de l’actuelle Turquie), domaine d’action que Pompée s’est réservé personnellement. Habile, celui-ci fait savoir que si les pirates se rendent librement ils seront épargnés. Ainsi, il se contente simplement de prendre possession de leurs navires. Une bataille décisive a lieu cependant sur les côtes de la Cilicie. Les pirates ne parviennent pas à forcer la ligne des vaisseaux de Pompée, lesquels sont près de 500. Ils finissent par se rendre.

Pompée est magnanime avec les vaincus. Théoriquement, si un pirate était capturé, le tarif était la croix. Mais Pompée préfére les libérer tout en leur donnant bien sûr des moyens de subsistance. Ainsi les fixe-t-il sur des terres situées loin des côtes maritimes, notamment à l’intérieur du Péloponnèse. Il les fixe surtout en Cilicie dans des villes dépeuplées par la guerre contre Mithridate et Tigrane ce qui permet précisément de les repeupler, tout particulièrement dans une ville que le général baptise, en toute modestie, Pompeiopolis.
Après cela, Pompée s’accorde quelques vacances, son imperium devant durer encore deux ans. Il les met à profit pour visiter Athènes ainsi que les cités grecques d’Asie mineure, d’Ionie, ce qui lui permet de parfaire sa culture hellénique, au départ assez faible. Partout, il est royalement accueilli, lui qui a débarrassé des pirates toutes les cités, surtout par les publicains, les negociatores, ces milieux financiers qui peuvent enfin reprendre leurs affaires. Il se fait faire des statues sur le modèle de celles d’Alexandre le grand qu’il admire.

Ajouté à sa fondation de Pompeiopolis, ces détails inquiétent les sénateurs à Rome. Pompée, par hasard, voudrait-il se faire roi lui-même ?

Surtout, le général victorieux regarde vers l’Orient qui fascine tout le monde. Le grand évènement qui prime tout alors dans cette partie du monde est la guerre contre Mithridate.

Mithridate VI Eupator (le « bien né »), roi du Pont, avait alors près de 70 ans et était un vieux lion. Fils de Mithridate V, autrefois allié des Romains, il était devenu roi à douze ans et avait fait place autour de lui en tuant sa mère, son frère pour affermir son pouvoir. Ambitieux, il avait assujetti à son royaume toutes les régions autour de la mer noire. Evidemment, il s’était heurté aux Romains qui n’avaient pas voulu laisser grandir sa puissance sans réagir. Mithridate leur fit la guerre toute sa vie et pensa même un temps les chasser d’Asie mineure. Sylla lui fit la guerre, le bâtit, mais fut obligé de conclure avec lui l’armistice de Dardanos qui ne réglait rien. Plus tard, la guerre reprit contre Lucullus, ancien lieutenant de Sylla. Celui-ci obtient de nombreux succès contre Mithridate et son allié Tigrane II, roi d’Arménie. Mais il eut aussi des revers et surtout ne parvint pas à le détruire puisqu’il restait roi du Pont.

C’est dans ce contexte que certains milieux à Rome envisagèrent de confier le commandement de la guerre à Pompée. Ce dernier l’obtint à l’issue du vote de la loi Manilia.

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Message Publié : 23 Juil 2020 11:46 
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Message(s) : 6986
Curieux, ce phénomène de piraterie de grande ampleur. Est-ce que certaines cités n'étaient pas complices ? (Il faut un port, comme base, pour une activité maritime...)

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Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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Message Publié : 23 Juil 2020 11:58 
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Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
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la piraterie a un phénomène qui a traversé les âges en Méditerranée. On doit la retrouver à la plus haute époque et le dure jusqu'à l'époque moderne (voire peut-être plus)...Je lis l'ouvrage de Jacques Heers, les Barbaresques,...Effectivement il y une certaine organisation, des infrastructures parfois et des alliances en l'occurrence avec le sultan de Constantinople (et accessoirement le roi de France). la piraterie à l'époque de Pompée était elle vraiment organisée ? Il y avait surement des cités complices ou peu regardantes...

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Message Publié : 31 Juil 2020 15:07 
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Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
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Voila lé suite du feuilleton sur Pompée : il ne restera que le moment de la guerre civile et la conclusion dans un prochain numéro... la semaine prochaine...






V. Pompée en Orient.

Tout de suite, il va en Orient récupérer les légions de Lucullus. Avec lui il a une entrevue assez orageuse. Les deux hommes se connaissent et ont été rivaux à l’époque de Sylla ; de dix ans l’aîné de Pompée, Lucullus a eu la préférence du dictateur dans son testament. Tout de suite, il dit à son rival venu pour le remplacer que point n’était besoin de continuer car, dit-il, la guerre est finie. En fait, pompée n’est pas convaincu, estime Lucullus trop laxiste, et, lui, compte vraiment se battre ; les deux hommes en viennent finalement aux mains, il faut les séparer.

1. La guerre contre Mithridate.

Pompée a donc sous ses ordres des forces assez substantielles et masse des troupes près du royaume de Mithridate. D’abord resté dans l’expectative, Mithridate décide de l’attaquer. Pompée lui inflige une défaite lors d’une bataille nocturne sur l’Euphrate, avant de le laisser s’enfuir, désormais « roi-fantôme », dans son royaume du Pont. En effet, tous les fidèles de Mithridate l’abandonnent peu à peu, excepté sa maîtresse.

Au lieu de le poursuivre (les choses ne pressent pas), Pompée décide de s’occuper d’abord de l’Arménie, alliée de Mithridate.
Celle-ci était alors à l’apogée de sa puissance et était sept fois plus étendue que l’Arménie actuelle. Pompée parvint à ses frontières et eut la satisfaction de voir s’avancer vers lui le prince Tigrane, fils de Tigrane II et qui trahissait son père au profit du Romain. Mais le roi d’Arménie, très politique, accéda sans problème à tous les désirs de Pompée et l’accueillit dans sa capitale. Finalement, le général Romain le favorisa au détriment de son fils, le maintint dans son royaume en lui imposant un tribut, lui enlevant quelques territoires cependant.

En l’occurrence, il s’est montré très habile et aussi très humain. C’eut en effet été idiot d’annexer tous ces territoires dont Rome n’aurait su que faire. Il est bien plus intéressant d’imposer un tribut, lequel peut pallier à ses problèmes d’argent.
Entretemps, Pompée reçoit de mauvaises nouvelles de Rome. Jules César commence en effet à faire parler de lui. Devenu tribun du peuple, il en a profité pour donner une nouvelle vigueur au parti des Populares, notamment en faisant relever les statues de Marius. Cela agace Pompée, qui ne supporte pas que quelqu’un soit plus populaire que lui dans la capitale, ni César, ni un autre d’ailleurs.

2. La marche vers la mer Caspienne.

Après avoir réglé les affaires d’Arménie, Pompée bifurque vers l’Est, vers la mer Caspienne, et entre en lutte contre les Albains (avec à leur tête le roi Orosès) et les Ibères, dans le Caucase, deux peuples contre lesquels Alexandre le grand n’avait jamais lutté, ce dont Pompée est très fier (il recherchait toujours l’exploit resté encore inaccompli).

Il les bat l’un et l’autre et parcourt le Caucase, le pays des légendaires Amazones (les légionnaires, cependant, se soucient fort peu de rencontrer ces redoutables guerrières, si tant est qu’elles existaient).

Puis il tente de pousser vers la mer Caspienne, du seul fait que son modèle, Alexandre, y était allé. Aucun Romain n’y est allé avant lui. On ne savait rien de cette mer, restée très méconnue. Pompée, en fait se contente d’envoyer trois éclaireurs qui lui rapportent de l’eau de cette mer pour qu’il la goûte (comme avait fait Alexandre). Cela fait, il rebrousse chemin. Pragmatique et prudent, il ne voulait pas risquer son armée dans ces régions de peu d’intérêt (qui plus est infestées de serpents !). Il n’est pas allé lui-même jusqu’à la Caspienne, certes, mais ses éclaireurs y sont allés, c’est tout comme.

Il rentre alors dans le royaume de Syrie, reste dérisoire de l’ancien empire des Séleucide, sur le trône duquel régnait Antiochos XIII, installé par Lucullus. Pompée le dépose et réduit le royaume en province romaine, ce qui permet aux publicains, ses amis, de s’enrichir par la collecte des impôts.

Son désir est ensuite d’aller vers la Phénicie (l’actuel Liban) et de là d’entrer dans la riche Egypte. Mais avant, il faut entrer à Jérusalem, qui est sur le chemin.

3. La guerre en Judée.

Précisément, il s’occupe de la Judée.

Jusqu’ à présent, les Juifs n’avaient pas eu de problèmes majeurs avec les Romains. Au moment où Pompée arrive règne la dynastie des Asmonéens. Deux frères se disputent le trône, Hyrcan et Aristobule. Les deux viennent solliciter la protection de Pompée. Mais Aristobule s’y prend très mal et ose parler d’égal à égal avec le Romain. Finalement, il vient s’enfermer dans Jérusalem et se décide à combattre les envahisseurs. Après avoir vainement tenté de négocier, car Pompée cherche toujours à éviter le combat par des moyens diplomatiques, le Romain met le siège devant la ville. Mais elle est très bien défendue. Heureusement, la chance le favorise, car règne la division. En effet, dans la ville, la secte des Sadducéens, soutien d’Hyrcan, s’oppose à celle des Pharisiens, soutien d’Aristobule. Les Sadducéens s’allient à Pompée et le font entrer dans la ville. Mais il reste à s’emparer du temple, véritable forteresse. Avec ses alliés sadducéens, Pompée donne l’assaut et triomphe. S’ensuivent des massacres, non du fait des Romains mais de leurs alliés sadducéens qui égorgent leurs rivaux. Pompée entre dans le temple de Salomon. Il ramène du butin et réserve Aristobule pour son triomphe.

Il apprend ensuite que Mithridate vient de rendre l’âme.
En effet, le vieux roi, devant les défections qui se multipliaient, s’est mis à massacrer à tour de bras autour de lui, y compris ses propres enfants. Complètement déconnecté par rapport à la réalité, il envisageait même d’envahir l’Italie ! Finalement, l’un de ses fils, Pharnace, a pris la tête d’un complot. Livré à lui-même et seul, le vieux roi a tenté de s’empoisonner. Mais sa « mithridatisation » (il s’était peu à peu habitué au poison pour éviter les tentatives d’assassinat) a trop bien marché. Il finit par mourir tué par ses ennemis dans une vraie boucherie.
Si ses légionnaires sont ravis (Mithridate était vraiment un grand ennemi de Rome depuis longtemps), Pompée est moyennement content, car sa guerre ne se justifie plus puisque son adversaire est mort. Aussi ne peut-il plus aller vers la Phénicie et l’Egypte sous peine de voir le Sénat le condamner pour avoir voulu indument prolonger la guerre.
Aussi, il y renonce et gagne Amysos sur la mer noire (en Turquie actuelle), où là il va organiser ses conquêtes, l’Orient, au profit de Rome.


4. La réorganisation de l’Orient.

C’est la politique des princes-clients inaugurée par Pompée.

Quantité de quémandeurs, de princes, viennent alors le solliciter. Partout, il crée, au profit de Rome, des royaumes-client : la Commagène, la Bithynie, la Cappadoce, la Colchide… Il maintient Pharnace dans son royaume du Pont (en lui enlevant les conquêtes de son père, cependant). A tous, il impose tribut, bien entendu. Il fait en sorte que les royaumes alternent avec les provinces romaines ; aucun prince n’est assez fort pour s’opposer à Rome. Tout ceci est bien plus économique que de réduire toutes ses conquêtes en provinces. C’est seulement graduellement que ces petits royaumes seront absorbés par l’Urbs, ainsi naissent les empires solides.

Il reçoit aussi des ambassadeurs envoyés par le roi des Parthes, mais il les traite dédaigneusement. En effet, il n’admet pas de traiter d’égal à égal avec cet empire et exige que celui-ci rétrocède la Gordyène à l’Arménie, vassale de Rome.
Généreux, il accorde à tous ses soldats une somme très substantielle. Sur ce point, il se différence beaucoup de son père, le ladre Pompéius Strabo. Il accorde aussi la citoyenneté romaine à la ville de Mytilène, pour complaire à son ami Posidonios, dont c’est la patrie.

Mais s’il est généreux avec tout le monde, il est aussi mesquin, car tous ceux qui viennent lui demander de confirmer les requêtes auxquelles a accédé Lucullus sont rejetés par lui avec mépris. Le géographe Strabon en est victime.
Il lui faut rentrer à Rome, mais il prend son temps. Ainsi va-t-il séjourner à Rhodes, pour y écouter les leçons des philosophes grecs. Conscient de sa faiblesse sur le plan culturel, lui qui a très vite quitté l’école pour connaître la vie militaire, il est passionné par ces sujets. Précisément, il connaît ses limites et saura toujours s’entourer d’hommes compétents destinés à les y pallier, ainsi Posidonios.


5. Le retour à Rome.

A Rome, Pompée, qui a bien pris soin de sa propagande, est très populaire, dans le peuple tout au moins. Il en va autrement au Sénat dont bien des membres s’inquiètent. Pompée victorieux va-t-il entrer à Rome aves ses soldats et prendre le pouvoir ? Va-t-on revoir les jours sombres de la dictature de Sylla ? Les plébéiens accepteraient volontiers son pouvoir.

Mais, coup de théâtre, une fois arrivé à Brindes, en Italie du sud, Pompée licencie son armée !

A la limite, il se met presque contre la loi, car il aurait du attendre d’avoir fait son triomphe pour cela. Il va donc triompher sans ses soldats! Certes, il s’est montré ainsi très loyal et très humain, car, comme toujours, il se refuse à faire couler le sang et à faire renaître la guerre civile. Mais tout le monde est surpris.

Sur le chemin de Brindes à Rome, son parcours est un triomphe. Il est royalement accueilli aux portes de la capitale, y compris par les sénateurs qui ne peuvent faire autrement, mais qui, méfiants, ne songent qu’à lui rogner ses griffes.

Son triomphe est réellement fastueux, même sans ses soldats (seulement avec ses officiers). Il dure deux jours pendant lesquels défilent tous les trésors de l’Orient. Le conquérant montre qu’il a fait la guerre sur trois continents, ce qui, prétend-il, est avoir mieux fait qu’Alexandre. Contrairement aux usages, les princes vaincus ne défilent pas enchaînés et plus ou moins dénudés, mais sans chaînes et portant leurs plus beaux vêtements, ce car, conformément au principe qu’il faut magnifier le vaincu pour glorifier le vainqueur, Pompée veut impressionner les Romains en leur montrant quelle sorte d’ennemi il a vaincu. Après cela, il ne les fait pas mettre à mort, comme c’est la coutume, mais les renvoie chez eux, dans leur royaume. Il est très humain et cela fait autant de clients pour lui.

Un point noir cependant : il apprend que durant son absence, sa femme l’a trompé avec César. Peu importe, il la répudie, ce qui va lui permettre de se remarier et de conclure ainsi une alliance matrimoniale avec une famille des Optimates.

Ainsi demande-t-il la main des deux nièces de Caton, champion de la tradition républicaine, une pour lui, l’autre pour son fils Cnaeus. Mais Caton refuse dédaigneusement car il ne supporte pas qu’un homme essaye de se hisser au-dessus des autres et pense que Pompée ne veut s’introduire dans son milieu que pour mieux mettre à bas la République. Un comble, quand on pense qu’il a tout de suite licencié ses troupes !


VI. Pompée dans l’arène politique.

Au moment du retour de Pompée à Rome, nous sommes en 63 avant JC. Cicéron vient d’être consul et a exercé sa charge en triomphant de la conspiration de Catilina. De son côté, Jules César, qui avait joué un rôle ambigu lors de cette conspiration, a préféré partir en Espagne voir si l’air était meilleur, pour exercer sa charge de propréteur.

Pompée va très vite se heurter à la méfiance des sénateurs. Par l’intermédiaire de Lucullus, qui n’a pas digéré d’avoir été humilié par le général en Orient, ceux-ci refusent de voter l’octroi de terres en Italie pour ses vétérans d’Orient. Il a certes fait élire consul son bras droit, le légat Afranius, mais, tout comme son supérieur, il est absolument nul en politique.
En effet, Pompée s’en tire très mal avec le Sénat, ses discours le montrent. Il ne sait pas faire des choix et laisse froid tout le monde, que ce soit les sénateurs, la plèbe ou les chevaliers.

Finalement, il ne peut s’en tirer tout seul et est obligé de chercher des alliances. C’est ainsi qu’il va s’allier avec Jules César. Celui-ci vient de revenir d’Espagne, où il vient de remporter ses premières victoires contre les Ibères. Il est ambitieux et veut lui aussi le pouvoir. Mais lui aussi ne peut être seul. Pour avoir les moyens de ses ambitions, il s’est arrangé avec Crassus qui lui a prêté beaucoup d’argent, notamment pour offrir des spectacles au peuple du temps où il était prêteur. Il va donc rechercher l’alliance de Crassus, pour son argent, et de Pompée, pour sa gloire. Le problème est que les deux hommes ne peuvent pas se souffrir. Il parvient cependant à les rapprocher, par le sentiment de leur intérêt bien compris, et fonde avec eux le Premier triumvirat, en fait une association de malfaiteurs visant à mettre la main sur l’Etat romain.

Ce pacte permet à César de se faire élire consul en 59, avec pour collègue Bibulus. Mais ce dernier, subjugué par la personnalité de César, préfère rester chez lui, car il n’est pas un vrai homme d’action (c’est très classique ; aujourd’hui, malheureusement, certains de nos hommes politiques sont très « bibuliens »). Les Romains s’habituent ainsi peu à peu au pouvoir personnel.
Tout consul qu’il est, César agit en fait en tribun et oblige le Sénat à octroyer enfin des terres aux soldats de Pompée, lesquels, pour faire pression sur la haute assemblée, parcourent avec leurs armes les rues de la capitale. Les légionnaires de Pompée se fixent donc sur leur terre, ce qui, de fait, rendra très difficile leur éventuelle mobilisation.

Il ne faut cependant pas se leurrer : c’est César qui exerce réellement le pouvoir, non Pompée qu’il manipule à son grès. Vraiment pas finaud sur le plan politique, ce dernier n’est en fait qu’un instrument.

Pour concrétiser leur alliance, César donne sa fille Julia en mariage à Pompée. Certes, la femme précédente de celui-ci l’a trompé avec César ! Mais après tout, nécessité politique oblige, on est bien obligé de faire quelques entorses à la morale. Aussi, Pompée va-t-il épouser la fille de l’amant de sa femme, c’est comme ça. Du reste, notre homme est très heureux avec sa jeune compagne, de vingt ans plus jeune que lui, laquelle, de son côté, adore cet homme mûr. Il vit le bonheur auprès d’elle dans leur villa au bord de la mer, ce qui arrange César, car ainsi Pompée se désintéresse de la vie politique.
Il n’est pas complètement naïf, cependant, et cherche à contribuer à l’embellissement de Rome. Il a vu de magnifiques amphithéâtres de pierre dans ses pérégrinations en Orient et est affligé de voir que l’Urbs reste une ville de bois ! Aussi fait-il construire un immense amphithéâtre (aujourd’hui disparu) sur le champ de mars pouvant accueillir 20000 spectateurs.

Ce faisant, César a recruté des soldats pour pouvoir conquérir la Gaule, son ambition. Ces légionnaires sont plus jeunes que ceux de Pompée (qui ont alors près de 45 ans). Avides et désireux de s’enrichir à la guerre, ils sont prêts à soutenir le général qui le leur permettra. Avec tous ces hommes, César commence la guerre des Gaule dès 58.

Cherchant malgré tout à participer à la vie politique, Pompée s’acoquine avec Clodius, un affreux démagogue qui se sert de la violence populaire pour s’imposer au Sénat. Il s’avère cependant que Clodius domine Pompée. Il finit même par se retourner contre lui et à l’insulter publiquement, ce qui dégoute le triumvir de la vie politique et l’incite à s’en retirer. Probablement complice de Clodius, César est ravi car il ne tient pas à ce que son collègue soit trop actif à Rome durant son absence.

Du reste, l’étoile de César monte dans la capitale, car ses conquêtes lui permettent de rattraper la gloire de Pompée. Il conquiert beaucoup de villes en Gaules, des sanctuaires très riches qui lui donnent beaucoup d’argent. Les negociatores sont attirés en Gaule par le butin, les affaires lucratives qu’ils peuvent mener, notamment avec la vente d’esclaves. César devient donc très riche, ce qui lui permet de financer sa vie politique.

Ses deux comparses s’inquiètent et veulent se rapprocher pour mieux lutter contre sa puissance (alors qu’ils ne peuvent pas se blairer !). C’est ainsi que Crassus et Pompée viennent retrouver César à Lucques en Italie. Les trois hommes s’entendent alors très bien contre la République, l’apogée de leur association. César veut en effet renouveler le triumvirat pour pouvoir terminer sa conquête de la Gaule ; Pompée le veut car il veut continuer à s’imposer au Sénat ; quant à Crassus, jaloux de la gloire militaire des deux autres, il veut en profiter pour mener une campagne en Orient contre les Parthes. Le triumvirat est donc renouvelé.
Entretemps, la famine a sévi à Rome, générant des troubles populaires, car son fournisseur de blé, l’Egypte, connaît l’instabilité politique. Le roi Ptolémée XII (le père de la fameuse Cléopâtre) a du mal à s’imposer à ses sujets, le ravitaillement en blé est stoppé. Le Sénat se refuse à envoyer Pompée en Egypte (il se méfie trop de lui) mais lui donne cependant le commandement d’une flotte destinée à faire venir des provinces le blé nécessaire à l’Urbs. Ainsi Pompée réobtient un commandement important qui rappelle celui qu’il avait acquis contre les pirates.

Sur ce, deux coups de foudre viennent remettre en question la position de Pompée :
La mort de Julia, son épouse.

Elle meurt en couche. Pompée est désespéré car il l’aimait beaucoup. César aussi d’ailleurs, c’était sa fille. Celui-ci lui offre bien en remplacement sa petite-nièce Octavie, sœur du jeune Octave, mais il refuse dédaigneusement.

La mort de Crassus en Orient, au cours de la bataille de Carrae contre les Parthes, en juin 53.

On ne saura jamais quel aurait été le poids du triumvir dans les rapports entre les deux autres. Comme c’est lui qui tendait à faire l’équilibre, c’est la rivalité entre ses deux collègues qui s’annoncent.

Pompée, se remarie alors, pour la cinquième fois, avec une fille du clan des Metelli, toujours avec une femme de vingt ans de moins que lui, et avec qui il va encore vivre le parfait amour.

Ce faisant, à la suite de l’assassinat de Clodius par Milon son ennemi, de violents troubles éclatent à Rome et il faut absolument rétablir l’ordre. Le sénat pense alors à Pompée mais hésite à le nommer dictateur. Finalement, il décide de le nommer consul unique, sans collègue (ce qui revient au même), et Pompée est consul pour la troisième fois. Effectivement, il rétablit l’ordre, sans faire d’excès, lutte contre la corruption, mais son gouvernement manque d’originalité, frappe par son dilettantisme politique. Il agit comme un réformateur partial dans la mesure où il sacrifie ses anciens alliés au détriment des nouveaux. Il n’innove pas, ne propose aucune solution nouvelle et la république continue d’aller à la dérive.

Cicéron a bien étudié la différence entre César et Pompée dans le jeu politique.

Pompée est très fort pour conquérir rapidement le pouvoir. Mais cela fait, cela ne l’intéresse plus, il n’agit plus. En fait, son côté hautain ne fait que masquer un très fort manque d’assurance. César, lui, est un joueur d’échec. Froid, calculateur, il prévoit, au moins avec trois coups d’avance, les réactions de ses adversaires. En politique, Pompée est un amateur, César est un professionnel.
Précisément, l’affrontement avec César se précise.

Celui-ci vient d’obtenir la capitulation de ses ennemis à Alésia et a pris bien soin de soigner sa propagande à Rome. Pompée est confiant et affirme au sénat qu’il suffit qu’ « il tape du pied pour que des armées de fantassins sortent du sol». Très justement, ses anciens légionnaires viennent pour la plupart le rejoindre, pensant à une mobilisation très temporaire. Mais il attend, prend son temps. César, lui, a fait préparer le terrain par ses partisans en Italie. C’est ainsi que son lieutenant Marc Antoine, élu tribun, a mis son veto pour que les anciens soldats de Pompée ne rejoignent pas leur patron, ce qui freine le recrutement. César veut cependant avoir le bon droit pour lui et fait toutes les ouvertures possibles, mais en vain.

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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
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Message Publié : 31 Juil 2020 20:33 
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Merci Oulligator


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Message Publié : 31 Juil 2020 23:56 
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Oui, c'est intéressant à suivre !

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Message Publié : 06 Août 2020 8:55 
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Jean Froissart
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Voila enfin l'épilogue sur la vie de Pompée.... Et en complément quelques notes prises lors d'un cour de J.-M. Roddaz, qui a été professeur à l'université Michel Montaigne Bordeaux III, et qui a fait sa thèse sur Marcus Agrippa (1984).




VII. La guerre civile.

1. La situation en Italie.

Finalement, la guerre civile éclate et l’on apprend que la XIIIe légion de César a franchi le Rubicon. C’est la panique à Rome et les sénateurs découvrent, atterrés, que Pompée n’a pour ainsi dire rien fait pour préparer la guerre.
De son côté, effectivement, le général, en bon militaire qu’il est, réalise que la situation est difficile en Italie pour lui. Rome est indéfendable. Les fortifications n’ont pas été entretenues et de plus un mouvement populaire en faveur de César peut survenir à l’intérieur. Dans la péninsule, finalement, peu d’anciens vétérans de Pompée l’ont rejoint. Pompée, du reste, a vieilli ; il a 56 ans. A force de vivre avec des épouses de beaucoup plus jeunes que lui, il s’est un peu amolli. Ses officiers ont vieilli aussi, depuis la guerre en Orient.
Ainsi, le conflit entre César et Pompée est-il :
Un conflit entre Optimates (Pompée) et Populares (César).
Un conflit de génération.
En effet, les soldats de César sont de vingt ans plus jeunes que ceux de son adversaire, des durs à cuirs endurcis par la guerre des Gaules. Pompée recrute certes de jeunes soldats dans la péninsule mais ils sont très inexpérimentés et il n’a pas le temps de les entraîner.
César envahit l’Italie ; beaucoup de soldats de Pompée se rallient à lui. Celui-ci, pensant que son ennemi va fondre sur Rome, abandonne la ville. Mais il l’a fait un peu vite, car César veut prendre son temps, et son acte accroît les défections. La marche de César dans la péninsule est un « vol de l’aigle de clocher en clocher » (comme Napoléon en 1815), et toutes les villes se rallient à lui.
César cherche à enfermer Pompée en Italie, à l’empêcher de gagner les provinces. Pompée le sait et tente de ralentir sa marche en ordonnant à son lieutenant Domitius de résister à Corfinum, assiégée par César. Pendant ce temps, Pompée gagne Brindes en Italie du sud pour s’embarquer. Il a avec lui les sénateurs, les consuls. Il les expédie de l’autre côté de l’Adriatique par bateaux en premier, car il a peur que certains veuillent traiter avec son adversaire. Lui-même s’embarque de justesse et parvient à gagner Durrachium (l’actuelle Dürres, en Albanie). César en effet a pris Corfinum et s’est avancé vers Brindes. Il a tenté de faire la paix avec Pompée mais celui-ci a refusé tout net. Pompée est en effet optimiste car il sait que ses forces, dans l’empire, sont plus nombreuses que celles de César. Mais encore faut-il parvenir à les concentrer, car elles sont dispersées partout, notamment en Espagne où se trouve le gros de l’armée pompéienne. De plus, il dispose de la maîtrise des mers et César n’a pas un seul vaisseau.
De son côté César est amer. Il n’a pas réussi à capturer Pompée en Italie et la guerre civile, avec tout son cortège d’horreurs, va s’étendre à la Méditerranée.


2. Pompée de l’autre côté de l’Adriatique.

Dans la guerre qui commence :
Pompée est maître de la périphérie de l’empire.
César est maître du centre.

En effet, Pompée détient la périphérie de l’empire et ses forces sont très nombreuses. César détient le centre, c’est-à-dire la Gaule et l’Italie. Justement, il renforce sa centralité en marchant enfin sur Rome. Là, il s’empare du trésor public et se trouve encore plus riche. Mais il respecte les biens et les familles de ses ennemis, ne fait pas de proscriptions.

De son côté, la situation de Pompée est paradoxale :

Ses meilleures légions sont en Espagne mais sans bon général à leur tête.
Pompée, lui, est un bon général, mais sans armée, en Orient.
Il pourrait facilement rejoindre l’Espagne, mais préfère rester là où il est avec les trésors de l’Orient. Il espère que son ennemi se cassera les dents en allant combattre en Espagne Afranius, son vieux compagnon.

Il se met alors à entraîner ses jeunes recrues en payant de sa personne. Après dix ans d’inaction, il renoue avec la vie militaire et il est content. Pour l’aider, il a avec lui Titus Labienus, ancien lieutenant de César en Gaule, mais qui a choisi le camp de Pompée car il fait partie de sa clientèle dans le Picenum, et c’est un excellent officier. Pompée a aussi avec lui ses deux fils Cnaeus et Sextus.
Il a aussi Cicéron qui, après avoir longtemps hésité entre César et lui, a fini par se rallier à son ancien compagnon d’arme (même s’il ne peut pas beaucoup le souffrir ; Pompée l’a laissé tomber autrefois alors qu’il était attaqué en justice).

Il a également Caton, champion de la République, qui s’est toujours méfié de lui mais qui se méfie encore plus de César. Pompée lui a donné à contrecœur le commandement de sa flotte, tout en sachant que s’il vainc César, Caton l’empêchera de regagner Rome grâce à ses navires. Avec de tels amis on n’a pas besoin d’ennemis, pense Pompée ! Il arrive cependant à s’en débarrasser en l’envoyant en mission en Asie. Mais du coup sa flotte est moins bien commandée, avec à sa tête le peu compétent Bibulus.

Pompée a aussi avec lui tous les rois d’Orient, ses clients, qui viennent lui apporter leur concours.
En fait, Pompée a énormément de forces, mais, outre qu’elles sont dispersées, elles sont de valeur inégale.
Les pompéiens remportent alors deux victoires :
Dans le nord de l’Adriatique.
Une de leur flotte s’empare d’une île ce qui interdit aux forces de César de passer par là.
En Afrique.

Les forces de Pompée, alliées au roi de Numidie Juba, battent les Césariens. Cependant, la victoire est rendue amère par le fait que Juba a massacré tous les prisonniers qui se sont rendus, des Romains tués par un Barbare !

Mais en Espagne, César vient à bout des Pompéiens de Petreius et d’Afranius. Ces deux derniers ont décidé qu’ils feraient exécuter tous ceux qui trahiraient leur cause au profit de César. Ce n’est pas très malin car, scandalisés, leurs soldats ont tendance à les abandonner, effet exactement inverse de celui escompté. Beaucoup plus habile, César libère tous ses prisonniers, y compris les deux chefs, remportant ainsi une victoire plus politique que militaire, et les autorise à rejoindre Pompée, ce qui jette le trouble chez celui-ci. En effet, ses officiers qui voient arriver les réfugiés, sont témoins de cette clementia de César. Des défections futures ne sont-elles donc pas à craindre ?

César pense alors à attaquer Pompée de l’autre côté de l’Adriatique. Mais précisément il faut franchir celle-ci et la flotte de Bibulus fait bonne garde, d’autant plus que celui-ci, qui n’a pas digérer l’humiliation infligée par César quand il était consul, en fait une affaire personnelle et massacre sans pitié tous les équipages des navires césariens capturés, malgré la clémence prônée par son chef Pompée.

Malgré tout César parvient à déjouer sa surveillance et à débarquer avec quelques troupes au sud de Durrachium. Il attend le reste de son armée, mais Bibulus est là. Marc Antoine, lieutenant de César, arrive à son tour et parvient à se réfugier dans le port de Lissos, au nord de Durrachium, avec le reste des troupes césariennes. Pompée est donc pris entre deux feux. Il décide d’attaquer Antoine, mais César le devance et fait sa jonction avec son lieutenant.

Pompée décide alors de rester attentiste : il n’attaque pas César mais se contente de le harceler, de le réduire à la famine. Ainsi César s’affaiblit de jour en jour. Il envoie Antoine se ravitailler dans l’arrière-pays. Celui-ci n’y réussit pas mais parvient cependant à repousser les deux légions pompéiennes de Scipion, beau-père de Pompée.


3. La bataille de Durrachium.

César décide alors d’attaquer Durrachium où se trouve un important centre de ravitaillement. Mais comme ses troupes sont moins nombreuses que celles de son ennemi, il doit beaucoup étirer ses lignes devant la ville, face à laquelle il décide de faire un siège bien incertain. Informé par des transfuges gaulois, Pompée réalise que l’une de ses ailes est bien faible et décide de l’attaquer. Il attaque les troupes de César commandées par un de ses lieutenants et les bat. César tente d’arriver à la rescousse mais redresse très mal la situation. Si Pompée avait été jusqu’au bout, il aurait écrasé son ennemi de façon définitive.

C’est cependant une défaite indéniable pour César, son deuxième échec depuis Gergovie, et il décide de changer ses plans.
Pour Pompée le victorieux, il a le choix entre deux options.

Regagner Rome pour y reprendre le pouvoir. Cela lui est facile puisqu’il a la maîtrise de la mer.
Rester là où il est et en finir définitivement avec César.

C’est la deuxième option qu’il choisit. Il lui est en effet difficile de revenir dans l’Urbs alors que César reste invaincu. Surtout, il ne peut laisser les deux légions qu’il a confiées à son beau-père seules contre César, bien sûr. Que dirait-il aux Romains, s’il le faisait !?
Donc il reste et décide de poursuivre César.

Ce dernier, de son côté, a en effet choisi de faire retraite. Pompée court après lui et parvient à faire sa jonction avec les légions de son beau-père, ce qui le rend très puissant. C’est d’ailleurs l’enthousiasme absolu dans son camp où ses amis se disputent à l’avance les dépouilles de César dont la défaite ne peut désormais tarder. En même temps, les divisions s’installent.
Mais Pompée, lui, garde la tête froide. Il est parfaitement conscient que Jules César est un adversaire redoutable. Aussi voudrait-il retarder le plus longtemps possible la bataille finale afin que son ennemi soit bien épuisé. Mais il est seul. Son état-major est constitué d’aristocrates orgueilleux qui veulent en découdre tout de suite, et il n’a aucun ami. Aussi se résout-il à livrer bataille à César dans la plaine de Pharsale, en Thessalie.

4. Pharsale.
Les deux armées se font face. Les alliés orientaux de Pompée, de faible valeur militaire, ne sont là que pour le spectacle.
Les troupes de Pompée étant les plus nombreuses, César doit étirer les siennes au maximum ce qui les rend vulnérables à une attaque en profondeur et accroît le risque de percée. La force de Pompée réside surtout dans sa cavalerie : 7000 cavaliers bien entraînés et constitués de la fine fleur de l’aristocratie romaine, très supérieurs en nombre aux milles cavaliers gaulois et germains de César.
Celui-ci en est conscient et prélève sur ses trois lignes déjà bien peu profondes quelques cohortes de légionnaires destinées à former une quatrième ligne qui doit contrer les cavaliers ennemis, ce à l’insu de Pompée car la manœuvre est restée cachée. A ces hommes, César ordonne, non de lancer leur javelot sur les cavaliers chargeant, comme c’est l’usage, mais de les utiliser pour les frapper au visage, ce qui provoquera leur désarroi puis leur fuite devant la crainte d’être défigurés.
Pompée met en ligne ses légionnaires. Ceux-ci sont jeunes et encore inexpérimentés. Aussi Pompée choisit-il de les rassurer en resserrant leur rang. Il se refuse à leur faire prendre l’offensive contre les vétérans de César, préférant attendre l’attaque de ces derniers.
Précisément, las d’attendre l’attaque adverse, César prend l’initiative en ordonnant à ses légionnaires de se mettre en mouvement et d’aller au contact des soldats ennemis. Ceux-ci résistent bien d’abord. Mais l’idée de frapper au visage les jeunes cavaliers de Pompée porte ses fruits et ceux-ci doivent s’enfuir. Paniqués par la fuite des cavaliers les fantassins de Pompée lâche pied à leur tour et c’est la débandade. César est vainqueur.

Fataliste face à l’évolution des opérations, pompée reste prostré dans son camp. Il finit cependant par s’enfuir.

Avec quelques fidèles, il s’embarque au port de Larissa à bord d’un bateau de commerce romain qui passait et dont le capitaine l’a reconnu. Il passe par Mytilène où il a beaucoup d’amis, mais refuse de l’impliquer dans sa lutte contre César. Il est ravi quand il apprend que certains de ses affidés ont pu s’enfuir pour continuer la lutte, ainsi Caton et son beau-père Scipion, passés en Afrique (et où ils seront plus tard vaincus à Thapsus par César), son fils ainé Cnaeus, passé en Espagne avec Labienus (vaincus plus tard par César à Munda). Il regrette de ne pas avoir pu regagner sa flotte tout de suite, car celle-ci demeure sa force principale, mais tout regret est à présent inutile (habilement, César l’a éloigné de sa flotte effectivement).

Pompée et ses compagnons reçoivent alors de mauvaises nouvelles. Cassius, son légat, chargé de lancer Pharnace, roi du Pont, contre César, et placé à la tête d’une forte flotte, a préféré se rendre à César qu’il croisait dans la mer Egée, et bien que ses forces soient très supérieures ! Pompée a ensuite tenté d’obtenir de l’argent de toutes les cités d’orient où il est influent, mais habilement, César la consenti à celles-ci une réduction d’un tiers de leurs impôts. De plus, tous les chevaliers financiers de Syrie, favorisés autrefois par Pompée, se sont eux aussi ralliés à César car il était vainqueur. Pompée est de plus en plus seul.

César se rapproche. Que va faire Pompée ? Plusieurs options s’offrent à lui :

Rejoindre la flotte de Caton et les troupes pompéiennes d’Afrique au côté de Juba, roi de Numidie, dont le père a été placé par lui sur le trône. Mais ce n’est pas une bonne idée. Juba est un fourbe sanguinaire bien capable de le livrer à César. De plus, Pompée se soucie peu de revoir Caton.

Gagner l’empire Parthe. Mais son entourage l’en dissuade, car ces barbares ne sont pas fiables.
Finalement, Pompée choisit de gagner l’Egypte, seul royaume oriental encore indépendant. Il a favorisé son roi Ptolémée XII, puis son fils le jeune Ptolémée XIII. Gabinius, son ami, avant de quitter le pays a laissé nombre d’officiers romains pompéiens charger d’encadrer l’armée égyptienne. Une fois arrivé là-bas, Pompée va pouvoir s’appuyer sur tous ces gens pour continuer la guerre.
Cependant, il arrive à un très mauvais moment. Ptolémée XIII et ses conseillers, Pothin, Achillas et surtout le Grec Théodotos de Chios, précepteur du jeune roi, sont en effet en train de lutter contre Cléopâtre, sœur du roi, à qui ils s’apprêtent à livrer bataille près du Nil. L’initiative de Pompée les placent devant un choix embarrassant. Ou ils le reçoivent et César sera furieux contre eux, ou ils le repoussent et s’il redresse la situation, c’est Pompée qui sera furieux. Que faut-il donc faire ? L’assassiner, solution cruelle mais très justifiée du point de vue égyptien. Pour faire la besogne, ils comptent sur un ancien centurion de l’armée de Pompée, devenu tribun, un nommé Septimus.

Une fois arrivé sur la plage, Pompée débarque, croit être accueilli par Ptolémée avec toute sa suite. En fait, après avoir accepté de monter dans une barque avec Septimus, il est aussitôt tué par celui-ci, sur la plage. Ptolémée fait ensuite couper sa tête afin de la présenter plus tard à César. Son corps décapité est laissé seul sur la grève. Un affranchi de Pompée et un de ses vieux soldats lui élèveront un bûcher.

Arrivé quelques jours plus tard, César fera payer cher ce crime aux assassins de Pompée, notamment en faisant tout de suite égorger Achillas. Théodotos de Chios lui échappera, vivra encore pendant cinq ans avant d’être capturé en Orient par Brutus et Cassius qui le feront crucifier.

César élèvera un monument commémoratif à son ennemi sur cette plage de Péluse.


Conclusion.

Si Pompée était un grand général, il était un piètre politique. S’il avait été vainqueur à Pharsale, le régime aurait continué à se liquéfier et il n’aurait pas gardé le pouvoir très longtemps. Certes, son humanité envers les provinciaux, contrastant avec l’égoïsme empirique de la République, annonce les aménagements opérés plus tard sous la monarchie impériale. Mais ne sachant pas choisir son camp, il se préoccupait beaucoup de se faire aimer. C’est une différence avec César qui voulait le pouvoir et qui ne lésinait pas sur les moyens pour l’obtenir.
Ainsi :
César ne pensait qu’à se faire obéir et se moquait royalement d’être aimé, comme plus tard Napoléon 1er.
Pompée, séducteur et sensuel, voulait une autorité bienveillante et librement consentie, comme plus tard Napoléon III.

___

Complément du professeur Jean-Pierre RODDAZ, dans son cours de 1989 :
De Pompée, il faut considérer trois choses :

Le militaire.
Le politique.
L'administrateur.



Le militaire :

Ce n’est pas un grand général. Il a certes connu de grandes victoires contre Sertorius, les pirates, Mithridate… mais les armées qu’il avait en face étaient peu redoutables et quand à Pharsale, il aura affaire à un ennemi qui en valait le coup, à savoir Jules César, il se fera battre lamentablement, alors même que ses troupes étaient deux fois plus nombreuses que celles de son adversaire !

Le politique :

Ce n’est pas non plus un grand politique. Il a eu beau dire « il suffit que je tape du pied pour que des armées de fantassins sortent du sol italien », même dans le Picenum, qui était son fief, personne n’a levé le petit doigt pour l’aider quand Jules César est arrivé en Italie. D’ailleurs, les sénateurs le savaient bien quand ils avaient décidé de tabler sur lui, pensant bien le mettre dans leur poche.

L’administrateur :

Là, c’est tout autre chose. Pompée, notamment en Orient, a été brillant quand il a innové une politique nouvelle de gouvernement. Cela a été la politique des princes-clients, soit mettre à la tête de royaumes vassaux des princes assez forts pour bien tenir en main leur pays et assez soumis pour le faire au compte de Rome, une politique bien plus économique que de soumettre tout de suite ces royaumes en province. C’est bien dans ce domaine que Pompée a mérité devant l’Histoire l’épithète « grand », Pompée magnus, celle appliqué à un grand organisateur des conquêtes de l’Urbs. Cette politique des princes clients sera reprise après lui en Orient par Marc Antoine, lequel mettra au pouvoir en Judée le fameux Hérode.

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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
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Message Publié : 06 Août 2020 14:26 
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Grégoire de Tours
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On notera aussi que Pompée, contrairement à César, n'a pas laissé de "commentaires sur la guerre de..." à la postérité. :)
Qu'est devenu le tribun-assassin Septimus? Exécuté lui aussi?


Dernière édition par Théodare le 06 Août 2020 14:31, édité 1 fois.

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Message Publié : 06 Août 2020 19:11 
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Polybe
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Oulligator a écrit :
Pompée, du reste, a vieilli ; il a 56 ans. A force de vivre avec des épouses de beaucoup plus jeunes que lui, il s’est un peu amolli.

César ne pensait qu’à se faire obéir et se moquait royalement d’être aimé, comme plus tard Napoléon 1er.
Pompée, séducteur et sensuel, voulait une autorité bienveillante et librement consentie, comme plus tard Napoléon III.



Merci Ouligator pour ce très intéressant travail de résumé.

Plus pour le clin d'oeil, je ne vois pas trop la relation de cause à effet entre avoir eu de jeunes épouses et le fait de se ramollir :P ?

Plus sérieusement, je trouve le jugement ci-dessus porté sur César un peu caricatural, et même, d'un certain point de vue en contradiction avec le livre quand celui-ci précise que César est clément avec ses adversaires en Italie et avec l'armée d'Espagne. En fin politique, le grand homme sait qu'il faut savoir se faire aimer pour pouvoir diriger. Il n'a jamais gouverné par la terreur et il mourra bien d'avoir fait trop confiance aux adversaires avec qui il a été bienveillant. César fut bien sur un homme d'autorité mais pas que...

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Message Publié : 07 Août 2020 13:20 
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Eginhard
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.
Un grand merci Oulligator. :wink:
Cette découpe sur un résumé très bien structuré permet une reprise personnelle.
Jamais je n'avais songé à acheter une biographie de Pompée et pourtant le personnage m'avait accrochée ainsi que les hommes l'entourant et qui marqueront leur époque.
C/C votre texte, ôter certaines parties, inclure d'autres grâce à des recherches, des cartes, énormément de notes bas de page(s) -je suis loin d'avoir une approche "potable" de cette période- etc.
De lecteur "passif", on devient "fan" actif. Un grand merci pour avoir fourni la partie qui me semble toujours le plus difficile : le résumé.
Par cette chaleur : un rafraîchissement dont on devient vite addict.
:wink:


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Message Publié : 07 Août 2020 13:46 
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Eginhard
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.
JMTARDIF a écrit :
Plus pour le clin d'oeil, je ne vois pas trop la relation de cause à effet entre avoir eu de jeunes épouses et le fait de se ramollir :P ?

Pompée est un homme sensuel et il perd de sa rigueur "militaire" auprès de ses jeunes épouses d'autant que c'est un "amant" à chaque fois.
On retrouve un peu ce profil avec Marc-Antoine qui va "s'amollir" en Orient. Il faut avoir en tête la vision romaine de l'Orient comme celle des plaisirs...
Et puis l'âge est présent, on le verra avec César : on ne percute plus de la même manière ; on perd un peu de cet instinct qui faisait la différence, des nuances etc.
Il est étrange d'ailleurs de songer -je comprends Pompée- que César ait un moment envisagé une union avec Octavie... Elle épousera M-Antoine. La suite était courue...

Citer :
En fin politique, le grand homme sait qu'il faut savoir se faire aimer pour pouvoir diriger.

Pas nécessairement : il faut surtout avoir un bon réseau de clients et de connaissances. Il faut aussi bénéficier de périodes de turbulences -quitte à créer ou entretenir cette turbulence- où les hommes oublient un peu de penser pour parer au plus pressé et surtout au plus avantageux. C'est dans ces périodes que les hommes -inquiets des lendemains- s'offrent le plus vite ou se laissent acheter à bas tarif.
A partir du moment où on se met à "aimer", le compte à rebours s'enclenche.
:wink:
.


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Message Publié : 07 Août 2020 20:46 
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Polybe
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Localisation : Poitou
Rebecca West a écrit :
.
A partir du moment où on se met à "aimer", le compte à rebours s'enclenche.
:wink:
.


J'aime bien cette dernière phrase.... :wink:

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Message Publié : 07 Août 2020 21:51 
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Jean Froissart
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c'est vrai que l'on pense d'habitude plutôt à lire/acheter une biographie d'Un Jules César(moi j'ai commencé avec celle de Jérôme Carcopino il y a plus de 30 ans...et c'est vrai que je n'en ai lu aucune autre depuis (mais j'y pense)), mais Pompée sur la même période et l'un des deux protagonistes de la Guerre civile de la fin de République, reste incontournable...

Je rappelle que je suis l'auteur des fils sur les résumés mais pas l'auteur des comptes-rendus, je fais juste des C/C (j'aime bien cette manière d'écrire). l'auteur s'appelle Didier Lafargue il n'est pas inscrit sur le forum ( à ce que je sais) et il n'a donc pas de pseudo...

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