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 Sujet du message : La guerre des Paysans
Message Publié : 24 Mai 2007 16:18 
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Fustel de Coulanges
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Localisation : Lorrain en exil à Paris
Dans les suites de la Réforme luthérienne, l'Empire et ses marges vivent des périodes de troubles et de fermentation intellectuelle inédites.
Parmi ces évènements, en 1524-1525, prend place la guerre des Paysans qui enflamme l'Allemagne centrale jusqu'en Alsace et au Tyrol. Elle est menée par de petites bandes galvanisées par divers prédicateurs, dont Hipler, Weygandt, Münzer ou Gaismair.


Des détails, des précisions, des avis à apporter sur ce sujet? Que savez-vous en détail sur ces évènements? Où en est l'historiographie actuelle sur ce sujet?
Peut-on dire qu'il s'agit d'une révolte très multiples mêlant aspects religieux millénaristes et revendications sociales d'une vaste classe d'artisans, de petits clercs et de paysans aisés?

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Message Publié : 25 Mai 2007 9:27 
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Plutarque
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A l'époque de Cromwell (vers 1649, donc un siècle après les évènements d'Allemagne que vous racontez) un certain Winstanley profita des troubles politico-religieux qui régnaient en Angleterre pour tenter d'instaurer une "communauté" paysanne libertaire en s'emparant de terres en friches.Cette expérience "alternative" fut rapidement brisée par l'armée et les propriétaires du cru...
Je sais qu'il a éxisté une tentative du meme genre au Brésil au XIXe mais là aussi l'utopie fut vite rattrapée par "les eaux glacées du calcul égoiste"...

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"On ne construit rien dans le désordre et dans la haine" (La Rocque)


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Message Publié : 25 Mai 2007 12:27 
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Tite-Live
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Bonjour,

Toutes les raisons que vous évoquer sont recevables.
Il faut dire qu'à cette époque les paysans et les petits seigneurs sont pressurisés par les impôts, alors que l'Eglise et les princes étalent leur fortune. Et puis ils sont à l'écoute des sermons de Luther qui fustige l'étalement de cette richesse.
Il y eu plusieurs révoltes paysannes à cette époque, il est vrai que celle dont vous faites allusion est la plus connue et trouverait presque une ressemblance avec la jacquerie en France, le côté religieux en moins, surtout dans son aboutissement.
Cette révolte qui débuta en juin 1524 sur les terres de l'abbaye de Sankt Blasien en Forêt Noire, prit une telle ampleur qu'en Allemagne on la désigne sous le titre de " Bauenkrieg " guerre des paysans. Elle fut un tournant dans l'histoire du peuple allemand. Elle mit à feu et sang une grande partie du pays, en Autriche (Voralberg et Tyrol) et plus tardivement en Alsace.
Les chefs improvisés que je connaisse, pour la forêt noire et le pays Souabe, sont souvent issus du milieu anabaptiste comme Thomas Münzer, le " prophète de Zwickau " et Balthazar Hübmaier, le " prophète de Waldshut "; Il y a aussi des chefs issus de la petite noblesse comme Florian Geyer et Götz von Berlichlingen.
Les revendications des paysans sont exprimées dans les douze articles adoptés à Memmingen en février 1525 et rédigés par un certain Sébastien Lötzer et peut être aussi par Münzer. On y réclame en autres :
- le droit pour chaque paroisse de choisir son pasteur
- abolition du servage
- le droit de chasse et de pêche pour tous
- la diminution des taxes et amendes
- la propriété communautaire des forêts etc....
Et dans le douzième article, les paysans se déclaraient prêts à renoncer à leurs exigences, en totalité ou en partie, si on leur démontrait qu'elles étaient incompatibles avec la parole de Dieu.
Ces douze articles seront envoyés à Luther, qui les approuvera et répondra par son " exhortation pacifique à propos des douze articles des paysans de Souabe " Mais il rappela que " ni la tyrannie, l'injustice ne justifient la révolte ".
La multiplication des violences et des exactions, les incendies, le pillage de châteaux et de monastères, suscitèrent la colère de Luther, qui publia un manifeste " contre les hordes homicides et pillardes des paysans ", dans lequel il invite les princes à réprimer l'insurrection sans pitié. D'ailleurs ce manifeste est un véritable appel au crime, je vous en cite la fin, le reste est du même tonneau " .... c'est maintenant la temps du glaive, le temps de la colère et non celui de la grâce. C'est pourquoi chers Seigneurs, déchaînez-vous, sauvez-nous, exterminez, égorgez et que celui qui en a le pouvoir agisse ! ". On ne serait être plus précis.
En mai 1525, les princes s'empressèrent d'obéir aux ordres de Luther et leur réaction fut à la hauteur de ses espérances. La révolte fut matée dans le sang dans tout le pays, Münzer, après d'horrible tortures fut décapité.
En Alsace on parle de 18 000 victimes. Dans l'ensemble de l'Empire on estime à 100 000 le nombre des victimes de la répression.
La guerre des paysans avait montré que face au désordre, les princes catholiques et les princes protestants avaient fait causes commune, et Luther toujours considéré comme hors-la-loi.

Cordialement.

Sources : Histoire des Provinces de France : l'Alsace
Histoire de l'Allemagne de H. Pinnow.

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ne nous prenons pas au sérieux, il n'y aura pas de survivant (A. Allais)


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Message Publié : 25 Mai 2007 13:16 
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Jules Michelet
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Inscription : 29 Déc 2003 23:28
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L'auteur qui a écrit les meilleures pages sur cette révolte est Peter Blickle, voir notamment sa Bauernkriege (qui a du être traduite en anglais). Récemment, il a mis en avant le fait que les communautés révoltées voyaient dans la Réforme luthérienne un moyen de se réapproprier la religion au niveau communal (Kommunalismus, il oppose le concept de communalisation à la confessionalisation), ce qui se solda par un échec final, les princes prenant finalement en main les affaires religieuses (du moins leur organisation, conformément à la volonté de Luther).


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Message Publié : 25 Mai 2007 18:29 
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Philippe de Commines
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Il y a aussi eu Engels. Vous trouverez le lien vers "La guerre des paysans allemands - 1525" de Friedrich Engels dans Les anabaptistes vus par Voltaire.

Sinon, il y a un certain Karolvs, qui a commis un (mauvais) petit récit de la Guerre des Rustauds en Alsace et en Lorraine. :wink:

Karolvs a écrit :
La Guerre des Rustauds en Alsace et en Lorraine - 1425

Le soulèvement en Allemagne

Tandis que luthériens, calvinistes et anglicans organisent leurs Églises en Europe, de nouveaux courants protestants plus radicaux jugent que le protestantisme ne va pas assez loin dans la simplicité du christianisme biblique. Par ailleurs, la conjoncture économique suscite des mécontements chez les paysans.
Des groupes d’agitateurs suscitent des révoltes, et des combats entre les paysans et les nobles éclatent en 1524 dans ce qui est aujourd'hui le canton de Schaffhouse (nord de la Suisse, Forêt-Noire). On s'attaque aux églises dont on détruit images, statues, vitraux etc…
L'insurrection s'étend rapidement sur la plus grande partie de l'Allemagne centrale, occidentale et méridionale et le mouvement se dote d’un « manifeste » : douze articles rédigés en Souabe et adoptés par toutes les bandes paysannes, contestent la hiérarchie ecclésiastique et formulent des exigences : le droit de choisir les pasteurs, l'abolition du servage, le droit de pêche et de chasse, l'abolition de nombreux impôts féodaux, la garantie d'être traités justement par les tribunaux seigneuriaux…
Martin Luther exhorte les seigneurs à satisfaire certaines revendications des paysans, mais il désapprouve ce bouleversement qu’il juge trop radical. En 1525 il condamne sévèrement le recours à la violence dans un pamphlet qu’il intitule «Contre les hordes criminelles et pillardes des paysans».
La révolte est particulièrement violente et l’aspect religieux très marqué en Thuringe, sous l'influence de la secte des anabaptistes dirigée par Thomas Münzer.
Münzer, pasteur, revendique l'inspiration divine et prêche la suprématie de la lumière intérieure sur l'omnipotence de l'Écriture sainte. Il affirme que le peuple, dans sa simplicité, pouvait accueillir cette lumière intérieure. Tour à tour expulsé de plusieurs villes, pour avoir poussé les paysans et les ouvriers à se révolter ouvertement, il prend part à la guerre des Paysans. A Mühlhausen il réussit même à renverser le régime féodal et à organiser pendant un temps une communauté de paysans dans laquelle tout est possédé en commun. Battu à Frankenhausen le 15 mai 1525, Münzer est jeté en prison et exécuté.

Pendant ce temps, l’insurrection s’étend en Alsace et en Lorraine.

Soulèvement en Alsace et en Lorraine

Le soulèvement devait y être minutieusement préparée car elle éclate dans toutes les parties de l’Alsace le même jour, le 14 avril 1525, et bénéficie d’un effet de surprise totale. Les autorités ne peuvent opposer aucune résistance et le mouvement gagne très vite la Lorraine, des paysans révoltés pénétrant dans la région de Blâmont, de Saint-Dié. Plus au nord, il gagne Dieuze et le baillage d’Allemagne (la Lorraine germanophone). Les insurgés investissent l’abbaye d’Herbitzheim qui devient un grand centre de rassemblement où 3000 paysans lorrains rejoignent les révoltés alsaciens, fin avril-début mai.

Les autorités se sentent ainsi menacées par une dangereuse entreprise de destruction de l’ordre établi, et le duc de Lorraine Antoine se résout, fin avril, à monter une expédition militaire.

Le 4 mai, le Duc Antoine rassemble à Nancy des fantassins, des cavaliers et des artilleurs, avec pièces, munitions et vivres, et se met en marche en direction de Dieuze. Le lendemain il fait étape à Vic-sur-Seille d’où des détachements de cavaliers, d’archers et d’arquebusiers partent verrouiller les principaux passages vosgiens (Saint-Dié, Raon-l’Etape, Blâmont).

Le capitaine Jean de BRAUBACH est chargée de couper la route à une bande de paysans dans la région de Sarreuemines. Une rencontre sanglante a lieu au Wittringerhof, et le combat ne s’arrête que lorsque Jean de Braubach est fait prisonnier. Les paysans peuvent ainsi rejoindre les insurgés alsaciens à Herbitzheim.

A Vic-sur-Seille, le gros de l’armée ducale compte entre 12000 et 15000 hommes: nobles de Lorraine, de Champagne, de Brie et leurs soldats; cavaliers de diverses origines; lansquenets venus des Pays-Bas et d’Allemagne du nord; fantassins espagnols. Le 11 mai elle fait mouvement sur Dieuze où elle est encore renforcée par les cavaliers du comte de Guise, frère du duc et gouverneur de Champagne. Une autre troupe, des lansquenets rassemblée à Pont-à-Mousson par un autre frère d’Antoine, Louis de Vaudémont, les y rejoint également. Le 14 Mai, l’armée est encore complétée à Sarrebourg par le comte de Nassau-Sarrebrück et par des gentilshommes français.

Boucherie à Saverne

A Saverne existe un parti favorable au soulèvement, et les autorités de la ville décident d’abandonner la place. Le 13 mai au soir des milliers d’insurgés pénètrent dans la ville sans avoir à livrer combat. Ceux de les rejoignent le lendemain, avec leur otage Braubach. Une autre bande arrive encore de Neuwiller. Puis c’est le commandant en chef des paysans alsaciens, Erasme Gerber, originaire de Molsheim, qui se rend en personne à Saverne.

Mais dans le même temps des cavaliers du duc de Antoine ont investi le château de Haut-Barr, qui domine la ville. Le gros de l’armée, qui avait quitté Sarrebourg pendant la nuit du 14 au 15 mai, s’installe devant les remparts de Saverne et décide d’attendre le lendemain.

Le 16 mai un drame survient à une douzaine de kilomètres de Saverne, à Lupstein, où s’étaient regroupés trois à quatre mille paysans. On ne sait pas précisément quels événements déclenchèrent le drame, mais il semble qu’une escarmouche a dégénéré et provoqué un massacre et l’incendie de la localité. Voyant que les choses pourraient mal tourner pour eux à Saverne, les Rustauds proposent d’évacuer la ville. Mais Antoine refuse. Il exige la reddition totale et la livraison de 100 otages. Il obtient la libération de Braubach.

Le lendemain 17 mai un nouvel incident déclenche un nouveau massacre, à Saverne cette fois. Une bagarre dégénère et on tue sans discernement dans les rues et les maisons.. Il semble qu’Antoine et le comte de Vaudémont ne contrôlaient plus leurs soldats, qui mirent à sac toutes les habitations, l’Hôtel de Ville, l’église. Erasme Gerber fut capturé et pendu. Pendant ce temps Neuwiller fut aussi occupé et il y eut là-aussi des exactions.

On a estimé à environ 20 000 le nombre des tués à Lupstein, Saverne et Neuwiller.

Scherwiller
L’armée quitte Saverne le 18 mai en direction du sud, pour Marmoutier où les bandes de l’Alsace centrale (Barr, Ribeauvillé, Sélestat) aspirent à venger les morts et à continuer à défendre leur cause, tandis qu’une troupe d’insurgés s’est aussi formée dans les territoires mêmes du duc de Lorraine, à Saint-Hippolyte et Val-de-Liepvre.

La plus importante de ces troupes, commandée par Wolf Wagner, prend place à l’ouest de Scherwiller. Cette armée n’est pas dépourvue de moyens: elle dispose d’arquebuses et d’une artillerie capturée dans les places qu’elle avait occupées. Elle bénéficie de l’appoint de soldats de métier, Suisses notamment. Elle a choisi pour se battre un terrain favorable qu’elle connaît bien.

Le 12 mai, la bataille est âpre: 500 (?) tués dans l’armée ducale et 4000 au-moins pour une troupe de 15 à 20 000 insurgés.

La fin de la Rusticiade.
Battus en Basse et Moyenne Alsace, les révoltés tiennent encore une partie du sud. Les princes allemands supplient Antoine de continuer l’expédition. Probablement frappé par l’ampleur de la tuerie, il refuse et préfère regagner Nancy. Les fantassins se regroupent à Lunéville et Saint-Nicolas-de-Port où ils peuvent vendre le produit de leur butin.

L’expédition ne met pas un terme à la guerre. Les insurgés sont impitoyablement traqués dans le sud et dans la région de Wissembourg. Le 24 mai le duc et sa suite sont accueillis triomphalement à Nancy.

L’expédition d’Antoine a un profond retentissement en Occident. Le mouvement des paysans exprime à la fois la contestation sociale et une hostilité à l’égard de l’Eglise catholique. Mais les chroniqueurs mettent l’accent sur l’aspect religieux ; le duc victorieux apparaît comme un croisé, défenseur impitoyable de la foi catholique menacée.

Le calme revenu, Antoine fait faire une vaste enquête dans le baillage d’Allemagne. Chaque chef de famille est interrogé et les réponses inscrites sur un registre. Il en ressort que beaucoup reconnaissent s’être rendus aux rassemblements de Herbitzheim et, parfois, avoir participé ou assisté au pillage des cures. Tous -ou peu s’en faut- déclarent avoir quitté les bandes avant l’affrontement de Saverne, à la demande des prévôts. Il ne semble pas que cette enquête ait abouti à une quelconque répression.

À la fin de cette même année, après bien des atrocités commises par les deux parties et la mort de milliers de personnes, les nobles de la ligue de Souabe réussissent à écraser la rébellion dans toute l'Allemagne.

Mais la révolte se poursuit en Autriche jusqu'à l'année suivante. Les paysans allemands n'obtiennent en définitive aucune concession, tandis qu'en Autriche les nobles abolissent quelques-unes des injustices qui étaient à l'origine du soulèvement.


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Message Publié : 26 Mai 2007 11:08 
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Fustel de Coulanges
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Merci beaucoup Karolus! Très intéressant!

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Message Publié : 26 Mai 2007 13:05 
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Philippe de Commines
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Rapentat a écrit :
Les revendications des paysans sont exprimées dans les douze articles adoptés à Memmingen en février 1525 et rédigés par un certain Sébastien Lötzer et peut être aussi par Münzer. On y réclame en autres :
- le droit pour chaque paroisse de choisir son pasteur
- abolition du servage
- le droit de chasse et de pêche pour tous
- la diminution des taxes et amendes
- la propriété communautaire des forêts etc....
Et dans le douzième article, les paysans se déclaraient prêts à renoncer à leurs exigences, en totalité ou en partie, si on leur démontrait qu'elles étaient incompatibles avec la parole de Dieu.

C'est bien cela, Rapentat.

Les réclamations des paysans concernaient les excès de la domination seigneuriale, et demandent la réforme de l'Eglise. Les Douze Articles sont construits sur deux aspirations essentielles : allégement du prélèvement féodal, et réforme de l'Eglise.

Le document fut mis au point aux mois de février et mars 1525 et très largement distribué (des milliers d'exemplaires) partout dans l'empire; les villes, les nobles et les prêtres qui adhérèrent successivement à la cause des paysans juraient sur les Douze Articles.

Beaucoup de revendications sont restés d'actualité et ont donné naissance à d'innombrables procès entre les paysans et leurs seigneurs bien après les guerres paysannes.

La jurisprudence et les tribunaux officiels n'ont pas tout rejeté de ces 12 articles. Ils ont même été le point de départ d'un système de normes juridiques protégeant les intérêts vitaux des paysans, que les juristes de appelleront "Bauernrecht" (le droit des paysans").

Rapentat a écrit :
Ces douze articles seront envoyés à Luther, qui les approuvera et répondra par son " exhortation pacifique à propos des douze articles des paysans de Souabe " Mais il rappela que " ni la tyrannie, l'injustice ne justifient la révolte ".


Révolte qu'il condamnera sans appel dans un libelle (très violent) intitulé "Wider die räuberischen und mörderischen Rotten der Bauern" (contre les hordes criminelles et pillardes des paysans) dans lequel il incite les princes à châtier sans pitié les rebelles, coupables à ses yeux, de vouloir se faire justice eux-mêmes et de s'insurger contre l'autorité, de se livrer au brigandage et à l'assassinat, et de blasphèmer puiqu'ils justifient leur manière d'agir par l'Evangile.

Voici le le texte complet des Douze Articles mais en Allemand seulement : Die 12 „Hauptartikel aller Bauernschaft“ - 1524. Je n'ai eu le temps d'en traduire que le préambule et le 1er article (et de les publier sur un "projet internet d'encyclopédie librement distribuable que chacun peut améliorer" dont je tairai le nom ici.

Voici cette traduction.

Citer :
Les articles fondamentaux et justes de toute la paysannerie et des sujets des autorités spirituelles et temporelles par lesquelles ils s'estiment opprimés

Au lecteur chrétien, la paix et la miséricorde de Dieu par le Christ. Il y a beaucoup d'ennemis du Christianisme qui jettent maintenant l'opprobre sur l'Evangile, sous prétexte des rassemblements de paysans, et qui disent : "Ce sont là les fruits du nouvel Evangile ? N'obéir à personne, se soulever et se dresser en tous lieux, se rassembler avec grande violence et se constituer en bandes, pour réformer, provoquer voire même détruire l'autorité spirituelle et temporelle?". Les Articles qui suivent répondent à toutes ces sentences impies et sacrilèges. D'abord en ce qu'ils mettent un terme à l'offense faite à Dieu. Ensuite en ce qu'ils justifient chrétiennement la désobéissance et l'indignation de tous les paysans.
D'abord, l'Evangile n'est pas la cause de de l'indignation ou de l'émeute, car il est la parole du Christ, du Messie qui nous a été annoncé et dont les paroles et la vie ne nous annoncent que l'amour, la paix, la patuence et la concorde, afin que tous ceux qui croient en Christ aiment leur prochain et deviennent pacifiques, patients et unis. De la même manière, le fondement de tous les Articles des paysans (comme cela apparaîtra clairement) vise à entendre l'Evangile et à vivre selon ses préceptes. Comment les ennemis du christianisme peuvent-ils prétendre que l'Evangile est à l'origine de l'indignation et de la désobéissance ? Que de nombreux ennemis du christianisme et ennemis de l'Evangile se dressent contre ce désir et cette aspiration, ce n'est pas l'Evangile qui en est la cause, mais le diable, qui est le pire ennemi de l'Evangile, qui éveille de telles choses chez les siens, par leur impété, et par quoi la parole de Dieu (qui enseigne l'amour, la paix et la concorde) fut étouffée et écartée.
Ensuite, il s'en suit clairement et incontestablement que les paysans, qui aspirent dans leurs articles à suivre les enseignements et à vivre selon cet Evangile, ne peuvent être appelés désobéissants et insurgés. Mais si Dieu veut exaucer les paysans (qui appellent à vivre dans la crainte de sa parole), qui osera blâmer sa volonté ? Oui, qui ira à l'encontre de sa majesté ? Lui qui a exaucé les enfants d'Israël qui en appelaient à lui et les a déliveés des mains de Pharaon, ne peut-il pas aujourd'hui sauver les siens ? Oui, il les les sauvera ! Et il le fera bientôt ! Aussi, lecteur chrétien, lis avec attention les articles qui suivent et juges-en !

Voici les articles:

Le premier article

En premier, notre prière et notre demande, et aussi notre volonté et notre opinion à nous tous, est que nous voulons maintenant et pour l'avenir, avoir un pouvoir. L'ensemble de la communaué doit élire et investir elle-même son pasteur et avoir aussi le pouvoir de le destituer si son comportement n'est pas convenable. Le pasteur élu doit nous prêcher l'Evangile de manière claire et non équivoque, sans ajouts, enseignements et lois faits par les hommes et par conséquent nous dispense toujours la vraie foi, nous incite à implorer la grâce divine, à nous imprégner de cette vraie foi et à l'enraciner en nous. Car si nous ne sommes pas marqués de sa grâce, nous resterons toujours des êtres faits de chair et de sang qui ne sont utiles à rien, comme cela est clairement dit dans l'Ecriture, et ce n'est que par la vraie foi que nous pouvons accéder à dieu et c'est seulement par sa grâce que nous pouvons connaître son salut. C'est pourquoi un tel pasteur nous est nécessaire et est justifié au regard de l'Ecriture.


J'ai aussi le texte (en Allemand) de "Wider die räuberischen Bauern...". Si cela intéresse quelqu'un, il n'y a qu'à me contacter en MP.

Alfred Teckel a écrit :
Peut-on dire qu'il s'agit d'une révolte très multiples mêlant aspects religieux millénaristes et revendications sociales d'une vaste classe d'artisans, de petits clercs et de paysans aisés?

Je pense qu'on peut dire cela.
Concernant les aspects religieux millénaristes, on peut rappeler que certains survivants anabaptistes des guerres paysannes fonderont 10 ans plus tard, à Münster (Westphalie), une sorte de "communauté communiste théocratique", sous la direction de Jean de Leyde. Cette expérience finira par tourner au cauchemard (voir le chapitre "La mort à Münster" dans le roman "L'Oeuvre au Noir" de Marguerite Yourcenar) : la ville sera assiégée pendant un an, les meneurs torturés à mort et exposés dans des cages accrochées à la flèche de la cathédrale.


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Message Publié : 26 Mai 2007 19:48 
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Fustel de Coulanges
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La diffusion de la Réforme et la fermentation des idées autour de 1520-1525 en Allemagne semble s'être réalisée grâce à des "Flugschrift" ("écrits volants", en fait brochures de propagande imprimées) et des Flugblätter (feuilles volantes = tracts). Ces ouvrages étaient lus à haute voix dans les auberges, etc, et répandus par des prédicateurs itinérants, par colportage en même temps que des chansons satiriques.

A priori, ces écrits qui se répandent étaient ouvertement anticléricaux et truffés de citations bibliques (en cela, rien de neuf: l'anticléricalisme provient de loin au coeur du Moyen Age qui dénonçait déjà les abus du clergé). Il n'est pas surprenant finalement que ces "Paysans" qui cherchent à s'enrichir et à "devenir" quelqu'un dans la société, trouvent dans la Réforme luthérienne et ses avatars une façon bien commode d'exprimer un anticléricalisme surtout né de l'envie de posséder les grands biens et terres des communautés religieuses.

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Message Publié : 26 Mai 2007 19:55 
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Fustel de Coulanges
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Sur l'épisode des Rustauds en Alsace:

- Leur histoire a été relatée par Nicolas Volcyr, sorte d'écrivain officiel du Duc Antoine, dans un ouvrage dont le (long) titre complet m'échappe mais qui doit peu ou prou être "La chevauchée du Duc Antoine de Lorraine contre les Rustauds luthériens".

- Avez-vous, Karolus ou un autre, des précisions sur ces "princes allemands" (on m'a aussi dit: des seigneurs du Sundgau) qui encouragent vainement Antoine à poursuivre sa guerre contre les Rustauds?

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Message Publié : 26 Mai 2007 20:00 
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Fustel de Coulanges
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Sur les 12 articles de Souabe:

- J'en possède le texte traduit, si ça intéresse...
- Comme auteurs de ce texte, on donne en effet le fourreur Sébastien Lötzer et aussi le prédicateur Christophe Schoppeler.

- Si ce texte (comme la plupart des écrits et actions de cette "guerre") a bien été condamné par Luther, cela n'a pas entravé son succès: il a connu dans l'Allemagne centrale et méridionale une vingtaine de réédition de son édition d'Augsbourg datée du mois de mars 1525.

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Message Publié : 26 Mai 2007 21:45 
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Philippe de Commines
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Alfred Teckel a écrit :
Sur les 12 articles de Souabe:
- J'en possède le texte traduit, si ça intéresse...
Oui, ça m'intéresse.


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Message Publié : 27 Mai 2007 18:35 
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Fustel de Coulanges
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Je vous scanne cela ce soir sans faute :wink:

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Message Publié : 27 Mai 2007 22:01 
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Philippe de Commines
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Alfred Teckel a écrit :
Sur l'épisode des Rustauds en Alsace:

- Leur histoire a été relatée par Nicolas Volcyr, sorte d'écrivain officiel du Duc Antoine, dans un ouvrage dont le (long) titre complet m'échappe mais qui doit peu ou prou être "La chevauchée du Duc Antoine de Lorraine contre les Rustauds luthériens".

Nicolas Volcyr de Serouville, historiographe et secrétaire du duc Antoine a raconté la Guerre des Rustauds sous le titre "L'histoire et recueil de la triomphante et glorieuse victoire obtenue contre les séduits et abusés luthériens mécréants du pays d'Alsace et autres par le très haut et très puissant prince et seigneur Antoine en défendant la foi catholique, notre mère l'Eglise, et vraie noblesse, à l'utilité et profit de la chose publique"

Voici une gravure de 1517. Remarquez l'indication sur les montagnes, deu lieu de l'action : SABERNA (Saverne)

Image


Alfred Teckel a écrit :
- Avez-vous, Karolus ou un autre, des précisions sur ces "princes allemands" (on m'a aussi dit: des seigneurs du Sundgau) qui encouragent vainement Antoine à poursuivre sa guerre contre les Rustauds?

Dans l'Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Guy Cabourdin écrit qu'après le massacre de Scherviller, le margrave de Bade, le comte de Ferrete et la régence autrichienne d'Ensisheim supplièrent Antoine de continuer l'expédition contre les insurgés qui tenaient encore le sud de l'Alsace.

Friedrich Engels écrit que "le duc soumit toute l'Alsace avec la cruauté habituelle aux princes. Sa présence fut épargnée au seul Sundgau. Ici le gouvernement autrichien décida les paysans, sous menace d'appeler le duc dans le pays, à conclure au début de juin l'accord d'Ensisheim. Mais il rompit aussitôt lui-même cet accord et fit pendre en masse les prédicateurs et les chefs du mouvement. Les paysans firent, là-dessus, une nouvelle insurrection, qui se termina finalement par l'inclusion des paysans du Sundgau dans le traité d'Offenbourg (18 septembre)."


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Message Publié : 27 Mai 2007 22:22 
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Localisation : Lorrain en exil à Paris
Voici le texte des 12 articles de Souabe:


http://img180.imageshack.us/img180/4280/photo016rb0.jpg
http://img180.imageshack.us/img180/6793/photo017th5.jpg

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"[Il] conpissa tous mes louviaus"

"Les bijoux du tanuki se balancent
Pourtant il n'y a pas le moindre vent."


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Message Publié : 28 Mai 2007 22:24 
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Message(s) : 3549
Localisation : Lorrain en exil à Paris
Une mauvaise carte sur la guerre des Paysans:

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Pourtant il n'y a pas le moindre vent."


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