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Message Publié : 15 Nov 2004 16:15 
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Grégoire de Tours
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César s'était emparé du Pouvoir par la force des armes et a battu le Parti Sénatorial, protégé par les forces de Pompée.

Puis ses hommes ont proclamé César Dictateur pour 1, 5 et 10 ans.

Alors qu'il se préparait à être couronné Roi de Rome, son fils probable, Brutus et de nombreux autres conjurés ont abattu Jules César, au faîte de sa puissance ... dans l'espoir de faire revivre la République.

Ont-ils bien fait ?

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Spartacus avait raison ...


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Message Publié : 15 Nov 2004 18:48 
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Polybe
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Ben Brutus, en tant que possible héritier, aurait mieux fait de se retenir. :lol:


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Message Publié : 15 Nov 2004 19:22 
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Tite-Live
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Je crois que les réformes engagées par César et qui aboutiront finalement au Principat mis en place par Auguste étaient inévitables. C'est pourquoi j'estime effectivement que c'était une erreur. Et puis un rapide coup d'oeil à l'Histoire romaine du Ier siècle avant JC suffit à se convaincre qu'en -44 la République était depuis longtemps condamnée... En tout cas, si les assassins de César espéraient vraiment rétablir la République, l'Histoire leur donne tort sans aucun doute : ils n'ont réussi qu'à repousser l'échéance de quelques années (occasionnant au passage une guerre civile supplémentaire). En ce qui concerne Brutus, je ne crois pas qu'il aie jamais pu espérer succéder à César, à sa mort il me semble qu'Octave était déjà son héritier désigné (je ne suis même pas certain que l'adoption de Brutus par César soit historiquement avérée, quelqu'un pourra peut-être m'éclairer).

A++

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Il me semble parfois que Dieu, en créant l'homme, ait quelque peu surestimé ses capacités. Oscar Wilde


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Message Publié : 16 Nov 2004 15:32 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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En effet, c'est un mythe bien ancré que de croire que Brutus pouvait succéder un jour à César. C'est Plutarque (ou ses sources) qui a inventé cela afin de faire mousser le côté dramatique de ses vies des 2 hommes illustres en question.

Brutus n'était même pas le favori de César. Alors que César a multiplié les entorses aux âges légaux et aux règles du cursus pour ses partisans, il ne l'a pas fait pour Brutus. Celui-ci ne s'était vu promettre le consulat par César que pour 41 si ma mémoire est bonne. En 41, Brutus aurait eu 44 ans, soit plus que l'âge minimum requis.

Tout juste César a-t-il favorisé Brutus par rapport à Cassius pour la préture en 44, Brutus qui avait pourtant moins de mérites que Cassius se voyant donner la préture urbaine alors que Cassius, vert de rage, devait se contenter d'une préture pérégrine.
César disait d'ailleurs que c'était Cassius qui aurait du l'avoir, cette préture urbaine.

Mais le fait est que Cassius dissimulait mal qu'il restait ce qu'il avait toujours été : un pompéien et un opposant. Alors que Brutus paraissait comme moins marqué politiquement. Et surtout alors que Brutus était le fils de la vieille amie/maîtresse/complice de César, Servilia.

Il faut néanmoins faire un sort au prétendu lien de filiation entre Brutus et César.

D'abord, le "tu quoque filii", ou plutôt "kaï su teknon" puisque, si ces mots ont jamais été prononcés, ils le furent en grec, signifient "toi aussi mon petit, ou toi aussi fils", et non pas "toi aussi mon fils".

Beaucoup de commentateurs ont fait remarquer qu'aujourd'hui encore, on ferait rire beaucoup de monde si on demandait à un méditerranéen âgé s'il est bien le père de tous les plus jeunes hommes à qui il dit "fils".

Ensuite, on n'est pas sûr du tout que César, si jamais il les a prononcés, a destiné ces mots à Marcus Junius Brutus le fils de Servilia plutôt qu'à Decimus Junius Brutus Albinus qui était le cousin du précédent et qui lui était un des fidèles de César, un de ses amis qui l'avait suivi dans la guerre des Gaules et dans la guerre civile et qui se trouvait néanmoins être au nombre de ses assassins.

Ajoutons que Decimus Junius Brutus avait été désigné par César comme héritier de second rang au cas où ses héritiers de 1er rang (Octavien principalement, adopté et aux 3/4, et Pedius et Pinarius pour seulement 1/8 chacun) viendraient à disparaitre, et comme tuteur de son fils au cas où César aurait eu de son épouse Calpurnia un fils mineur.

Enfin, Brutus ne peut pas avoir été le fils de César.

Tout simplement parce qu'il est né en 85 à une date à laquelle sa mère avait 14 ans et César 15 ans, à une date à laquelle César ne l'avait pas rencontrée puisque César n'a fait la connaissance et n'a noué sa très longue liaison avec Servilia qu'en 77, lors de son retour d'Asie à Rome après que la mort de Sylla l'ait quelque peu rassuré.

J'ajouterai enfin que le passage du Rubicon a objectivement été un coup de force militaire de César en réponse au coup de force politico-militaire que les optimates alliés à Pompée ont tenté de réaliser, à la perspective de son retour à Rome, pour liquider César.

Pour répondre enfin à la question posée, Brutus et les conjurés ont-ils bien fait d'assassiner César ?

Pour y répondre, il faut s'interroger non seulement sur les résultats mais aussi sur les objectifs des conjurés.

Au vu des résultats, finalement une défaite, on pourrait dire qu'ils ont eu tort. Mais ce ne serait pas pertinent. Après tout, militairement, la victoire d'Antoine en Grèce en octobre 42 a été très serrée : la bataille précédant Philippes a été très confuse et les troupes d'Octavien ont été mises en fuite par celles de Brutus, le tout n'étant contrebalancé que par la prise du camp de Cassius par celles d'Antoine.

Les césariens auraient pu être vaincus en 42. Surtout si les conjurés avaient été plus malins.

Il ne faut pas estimer qu'un événement du type d'un résultat de bataille était inévitable parce qu'il s'est produit. Ce genre d'événements est beaucoup plus sujet aux hasards de la fortune et de l'action des hommes que les tendances lourdes de transformation de la société.

Au regard des objectifs, les choses sont moins claires.

La seule évidence, c'est que la liberté et la république dont parlaient Cassius et Brutus, c'était seulement la leur et celle de leurs pairs sénateurs/aristocrates, et non pas celle du peuple romain. C'était avant tout la volonté des aristocrates de maintenir le régime oligarchique qui permettait aux nobles de concourir aux honneurs et d'acquérir la gloire au service de la cité.

La république des citoyens n'était pas seulement morte depuis longtemps ; c'était un mythe qui n'a jamais existé. La république romaine a toujours été un combat, a toujours ou presque été en crise. Pratiquement dès que le conflit patriciat-plèbe a été réglé au milieu du 4ème siècle, on a vu se développer le conflit noblesse-plèbe avec la préfiguration de ce qui allait être les optimates et les populares. Déjà, Appius Claudius Caecus, le père de la via Appia et de l'acqua Appia était perçu comme un révolutionnaire démagogue bien qu'iltra-aristocrate. A la veille de la 2ème guerre punique, Caius Flaminius apparaissait comme le chef d'un parti populaire qui se précisait. C'est le choc terrible de la 2ème guerre punique et l'enchaînement de conquêtes qui a suivi qui a permis de mettre temporairement en veilleuse ce conflit interne à Rome en obligeant le peuple et l'aristocratie à se serrer les coudes pour l'emporter face à Hannibal.

Le fait était tout simplement que l'oligarchie, inefficace et qui était devenue source de guerre civile du fait du durcissement de la compétition pour le pouvoir, voulait perdurer malgré son inefficacité avérée. Si république il y a eu, elle est morte avec Sylla. Il a juste fallu attendre quelques décennies pour s'en convaincre, en prendre conscience.

Parmi les motifs de l'assassinat, on peut aussi pour certains invoquer des motifs plus personnels : honneur blessé, haine personnelle.

Peu importe que César ait ou non voulu se faire couronner roi. Le fait est qu'il n'en avait pas besoin parce que son pouvoir de dictateur, grand pontife, revêtu de la puissance censorienne (préfecture des moeurs) et de la sacrosainteté des tribuns de la plèbe, était déjà celui d'un roi.

Quand on connaît la connotation négative du mot "roi" dans l'imaginaire politique et les représentations mentales des élites romaines, on comprend que l'affirmation par les tyrannicides selon laquelle César voulait se faire couronner roi était un prétexte pour justifier et sanctifier l'assassinat. La même chose avait été faite 1 siècle plus tôt avec Tiberius Gracchus.
Des études ont montré que la monarchie n'était pas mal perçue parmi le petit peuple comme elle l'était forcément parmi les élites dirigeantes. Parce que, chez les romains comme chez les grecs, le tyran ou le roi était le dirigeant qui s'appuyait sur le peuple pour s'imposer aux nobles tout en défendant contre les nobles les intérêts du peuple.

Ce n'est pas pour rien que, comme le faisait remarquer Tacite (je crois), Auguste a finalement choisi le terme de puissance tribunitienne pour nommer son pouvoir suprème. L'empereur était LE défenseur du peuple dans la "république".

Un des faits intéressants, c'est qu'il y ait eu aussi des proches de César parmi les conjurés : Decimus Junius Brutus et Caius Trebonius notamment. Cela montre les limites et les contradictions du pouvoir et du projet politique de César. Ou plus exactement les limites et les contradictions de toute politique d'établissement d'un régime monarchique en partant d'une oligarchie aristocratique.

Il arrive un moment où les partenaires, amis, seconds de celui qui devient le monarque se trouvent tout simplement atteints dans leurs représentations personnelles, un moment où pour tout aristocrate, ses représentations mentales et ses intérêts personnels le font forcément refuser la perspective qu'il y ait un monarque. Ou plutôt qu'il y en ait un qui soit quelqu'un d'autre que lui.

Ce n'est pas pour rien qu'Antoine, Octave et Lépide ont procédé à des proscriptions beaucoup plus sanglantes que celles de Sylla. Il y avait dans ces massacres, qui visaient aussi leurs propres partisans ou des membres de leurs familles, un message limpide à faire passer : le fait qu'il ne serait pas toléré un autre comportement que la soumission au chef de parti.

C'est aussi une des raisons pour lesquelles le nouveau régime a promu des hommes nouveaux qui devaient tout au prince et étaient des obligés au lieu d'être des égaux. Il faudra attendre que le principat soit solidement installé pour que les plus grands noms de l'époque républicaine accèdent à nouveau à des consulats devenus symboliques.

Si le meurtre de César a eu un effet réel, ce n'était certainement pas l'effet attendu.

Cet effet, ce fut qu'Auguste a du trouver une solution institutionnelle différente dans la forme de celle que César semblait dessiner. Il s'agissait d'habiller le même pouvoir monarchique de vêtements d'apparence plus républicaine, de prétendue restauration républicaine. Le pouvoir de César était d'apparence plus ouvertement monarchique que ne l'a été celui d'Auguste.

Pour résumer, l'assassinat de César a obligé Auguste à exercer une monarchie plus dissimulée. C'est contre cette dissimulation considérée comme hypocrite et inutile que Caligula puis Néron, chacun à sa façon, se sont élevés.


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Message Publié : 16 Nov 2004 18:07 
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Grégoire de Tours
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Que voulez-vous qu'on réponde à une question pareille, Hérodote? Le problème n'est pas de savoir s'il a bien fait, mais de comprendre pourquoi il l'a fait...

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Message Publié : 16 Nov 2004 21:23 
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Lorsque je dis de la République qu'elle était morte depuis longtemps en 44, je parle bien évidemment de la République historique - c'est-à-dire une oligarchie (une ploutocratie ?) - et non pas de la République mythique - celle des citoyens, révée par quelques idéalistes mais qui n'a jamais existée. Cela dit j'avais plutôt tendance à penser qu'avant le premier siècle avant JC les institutions romaines avaient plutôt bien fonctionnées (ce qui n'exclut pas qu'il y ait pu avoir des crises, mais pas aussi violentes et nombreuses qu'au premier siècle), et que c'était le développement de l'empire dans les décennies précédants les guerres civiles du premier siècle qui avait révélé l'inaptitude du pouvoir oligarchique et des institutions républicaines à gérer la nouvelle donne. J'avoue que mon précédent message manquait singulièrement de précision, compte tenu de l'importance du mythe de la République romaine (qui est telle que lorsqu'on entend aujourd'hui parler de la "République romaine", on pense immédiatement à se version idéalisée, même lorsqu'on sait qu'elle n'a jamais existée). C'est probablement encore une conséquence de la facheuse manie que nous avons tous plus ou moins de vouloir porter sur l'Histoire le regard d'un homme du XXIème siècle (comme l'atteste à sa manière ce sujet d'ailleurs).

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Message Publié : 16 Nov 2004 22:55 
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Grégoire de Tours
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Salve Citoyens !

Chapeau à Caesar Scipio pour sa brillante intervention !!!

Quelques points émergent:
- César se serait exprimé en grec en expirant ???
- Servilia, la mère de Brutus, était demie-soeur de Caton le Jeune (Caton d'Utique), le Défenseur-Martyr des valeurs républicaines, qui aurait assuré une partie de l'éducation de Brutus et lui aurait transmis la haine des Tyrans ...
-dès 48, quelques mois après Pharsale, Octave, le petit neveu de César, paraissait un successeur éventuel. Voici une monnaie frappée pour ses seize ans, lorsque Octave reçut la toge virile pour ses seize ans. Frappée en Italie sous Marc-Antoine, à qui César avait confié la garde de la Péninsule:

Image

Quant à savoir si Brutus a bien fait, les Républicains sont des régicides, par nature, n'est-ce pas?

Mais son action fut trop tardive, la République (en fait une Oligarchie) avait perdu des plumes depuis Marius (l'oncle de César, lui-même Grand-oncle d'Octave, ... de Tibère), et Scylla et le Triumvirat de-facto de Pompée-César-Crassus.

Et je crois qu'assassinat de César, ou pas, les jours de la République romaine étaient comptés, car les Provinces demi-barbares ne pouvaient s'intégrer dans un gouvernement républicain, sans passer d'abord par une romanisation s'étendant sur plusieurs générations ...

Merci pour toutes vos pertinentes informations !

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Message Publié : 17 Nov 2004 8:45 
Juste un point à ajouter aux dernières mentions d'Hérodote.

Le choix d'Octave-Octavien-Auguste comme héritier.

Il ne faut pas tomber dans les pièges de l'hagiographie augustéenne qui tendent évidemment à montrer qu'Auguste avait toujours été choisi comme héritier par César.

C'est évidemment complètement faux.

Je vous renvoie pour cela à l'absolument génial et irremplaçable César le dictateur démocrate, de Luciano Confora.

Le fait que le jeune Octave ait été désigné comme pontife (pas grand pontife, juste pontife) en 48 n'a pas plus de signification que le fait que César lui-même ait été désigné comme flamine de Jupiter en 85 ou 84 lorsque les marianistes partisans de son beau-père Cinna dominaient Rome.

D'ailleurs César fut en réalité très content d'être privé de son sacerdoce par Sylla parce que cette prétrise l'aurait empêché de suivre la carrière politique qu'il devait certainement envisager déjà (exercer des commandements militaires pour acquérir de la gloire).

Ce n'est qu'en septembre 45 que César a choisi Octave comme héritier, à la fin de la campagne d'Espagne où Octave l'avait rejoint, justement parce qu'il sentait que César allait bien devoir se choisir un héritier.

Jusqu'en 48, c'est Pompée qui était l'héritier unique de César.

Et Quintus Pedius, neveu (et non pas petit-neveu) de César par sa soeur aînée elle aussi nommée Julia, était lui un proche collaborateur de César depuis la guerre des Gaules.

Mais il est très probable qu'après la mort de Pompée, quand César a du par la force des choses réécrire un nouveau testament, son héritier désigné ait été son petit-cousin nommé ... Sextus Julius Caesar.

Ce Sextus, né vers 78, était le petit-fils de l'oncle paternel de César, lui même prénommé Sextus, et qui avait été consul en 91.
Autrement dit le descendant de celui qui dans la famille proche avait le mieux réussi politiquement, puisque le père de César n'avait été que préteur. En fait quelqu'un qui portait déjà le nom de César.

Ce Sextus était gouverneur de Syrie en 46. Mais il fut assassiné par un complot d'officiers pompéiens qui avaient soulevé une légion et qui n'ayant pas réussi à s'imposer militairement recoururent au meurtre. Ils finirent par s'allier aux parthes.

Octave n'a été qu'un dernier choix. Chose que le 1er empereur devait à tout prix masquer.


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Message Publié : 17 Nov 2004 12:46 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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C'était moi l'invité. :)

S'agissant de la langue dans laquelle César se serait exprimé, oui, il est plus que probable que ça ait été le grec.

Pour la raison suivante qui ne vous étonnera que dans un 1er temps.

Le grec était la langue de l'aristocratie romaine. Les enfants aristocrates romains étaient élevés par des pédagogues et des nourrices qui étaient héllénophones pour la plupart.


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Message Publié : 18 Nov 2004 17:02 
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Grégoire de Tours
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Pour préciser le problème du "tu quoque fili (mihi)", il faut savoir que c'est une invention d'un latiniste qui regroupait dans cette phrase deux exceptions latines ( mais j'avoue avoir oublier lesquelles :cry: ). En fait, les sources donne, ou pas, la dernière phrase de César et quand elles la donnent, c'est en grec. On sait en effet que César a été élevé sur le modèle grec, comme la majorité de l'aristocratie, et que cette langue fut tout au long de sa vie sa "langue maternelle". Or on sait qu'en cas de panique, c'est la langue maternelle qui "ressort", ce qui explique le "kai su teknon".

Quant à savoir si Brutus a eu raison, la question n'est pas là. La question, c'est "A-t-il eu raison d'agir comme il a agit après l'assassinat ?" Et là la réponse est non car il aurait fallu occuper la scène politique romaine de manière à empêcher Antoine et Octave de se poser en successeurs de César et non pas fuir dans ses provinces.

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Message Publié : 19 Nov 2004 9:19 
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Philippe de Commines
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Permettez-moi d'être en désaccord avec vous, Hannibal. :)

Brutus a eu parfaitement raison, au moment où il l'a fait, de fuir en orient tout comme Cassius pour y prendre le contrôle des provinces de Macédoine, d'Achaïe, d'Asie, Bythinie-Pont, Cilicie et Syrie.

A ce moment là, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire pour les chefs du parti sénatorial optimate alors qu'il avait déjà été écarté de la scène politique romaine.

L'erreur majeur des conjurés est celle qu'avait dénoncée Cicéron. A savoir qu'ils ont agi avec une cervelle d'enfant. Ils ont cru que l'assassinat de celui qui était objectivement un monarque mais qu'eux qualifiaient de tyran, afin de délégitimer son pouvoir en référence aux représentations politiques et symboliques de la république aristocratique, suffirait à permettre le rétablissement de la république oligarchique.

Le plan était totalement incohérent. Et en particulier de la faute de Brutus.

Cicéron et Cassius, eux étaient cohérents.

Cicéron surtout qui avait un constat partiellement et relativement lucide. A savoir qu'il ne fallait pas s'encombrer de grands principes en contradiction avec les objectifs. Ce qui compte en politique, c'est l'efficacité.

L'assassinat de César réouvrait une guerre entre 2 camps, grosso modo les pompéiens-optimates et les césariens-populares. Pour l'emporter pour de bon, il fallait décapiter vraiment le camp d'en face.

C'est pourquoi Cicéron a toujours dit qu'il fallait assassiner Antoine. C'est pourquoi Cassius avant lui voulait faire assassiner Antoine en même temps que César. Le problème est que la conjuration était d'emblée pleine de contradictions puisqu'elle nen pouvait réussir qu'en réunissant, en plus des pompéiens comme Cassius, des "centristes" moins marqués politiquement comme Brutus et des césariens déçus comme Décimus Brutus et Trébonius.

Or Brutus et les césariens déçus n'étaient entrés dans le coup qu'à condition que la conjuration ne vise qu'à éliminer César seul, espérant naïvement que tout le monde se rallierait autour du mot de république dans un bel élan de pureté.

La partie a été perdue pour les conjurés à Rome entre le compromis politique conclu par Antoine le 17 mars et les funérailles de César le 20 mars, quand Antoine a soulevé le peuple de Rome contre les conjurés.

Ils ont à ce moment été obligés de fuir Rome.

Et ils ne pouvaient plus y revenir que les armes à la main après avoir pris le contrôle de provinces leur en donnant les moyens.

D'ailleurs, un des tours de force de Brutus, et peut-être plus encore de Cassius, a été de réussir à prendre le contrôle de provinces où étaient stationnées un nombre considérable de légions, dont une bonne partie avait été placée là par César en vue de sa campagne parthique. La plupart de ces légions étaient césariennes. Il semble qu'outre bien sûr le désarroi et la pagaille provoqués par la mort de César et les soubresauts à Rome, la réputation de bon chef de guerre que Cassius s'était taillé en Syrie en ralliant les débris de l'armée de Crassus et en mettant la Syrie en état de défense après Carrhae ait joué dans ce coup de théatre.


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Message Publié : 22 Nov 2004 16:56 
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Grégoire de Tours
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Ce que je disais en trouvant erronnée l'idée de fuite, c'est que Brutus et ses conjurés n'aient pas prévu l'après-César et qu'ils ont dû quitter la scène politique et de ce fait partir dans leurs provinces. Ils n'ont pas assumé le rôle d'assassins politiques en ce sens qu'ils ont tué César sans rien prévoir pour suivre et donc ont été dépassé par Antoine puis par tous ceux aspirant à perpétuer le "Césarisme".
Leur fuite dans les provinces n'est que là conséquence de leur manque de lucidité politique.

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Message Publié : 22 Nov 2004 20:18 
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Grégoire de Tours
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Salve !

Le fait que plusieurs dizaines d'éminents Citoyens aient porté un coup de poignard contre César indique le souci des Conjurés concernant l'Après-César ...

Cependant, Marc-Antoine a soulevé la foule énorme devant le bûcher de César qui a ensuite déferlé sur les demeures des conspirateurs pour les incendier, pendant que les coupables s'enfuyaient à bride abattue hors de Rome ... et tentaient, comme Pompée avait aussi essayé de le faire sans succès de refaire leurs forces hors d'Italie et y revenir en libérateurs ...

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Message Publié : 22 Nov 2004 21:40 
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Philippe de Commines
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Eh oui.

N'oublions pas en effet un point que l'historiographie philosénatoriale tente de faire oublier sans y parvenir complètement : à savoir que malgré les doutes et les grognements, le peuple de Rome était césarien parce que César était l'héritier de la tradition popularis.

Il était très difficile à ceux qui n'étaient, quoi qu'ils en aient dit, que les héritiers des optimates de s'imposer politiquement de l'intérieur.

Entre les Gracques et la 1ère guerre civile, les optimates ont toujours répondu par la violence institutionnelle aux tentatives d'avancée popularis. Ainsi ont-ilis procédé en 133 avec Tiberius Gracchus. Puis en 121 avec Caius Gracchus. Puis en 100 quand par un senatus consulte ultime ils ont réussi à forcer Marius, alors consul, à lâcher ses partisans populares, Saturninus et Glaucia.

Le grand changement a eu lieu en 88 avec Sylla. Là, confrontés à un coup de force législatif des populares fomenté par Marius et ses alliés, Sylla a repris le pouvoir les armes à la main. Puis, parti en orient mener la guerre contre Mithridate, il n'a pu revenir qu'en s'imposant par la force aux marianistes qui tenaient Rome. Pour cela, il pouvait s'appuyer sur toutes les provinces d'orient reconquises entre 87 et 85.

Depuis Sylla, la stratégie des optimates, c'était en grande partie de s'appuyer sur les provinces et sur les rois clients pour maîtriser la ville de Rome, par essence turbulente et penchant du côté des populares.

Il est très douteux que les conjurés aient pu réussir à s'imposer sur la scène politique romaine. Il aurait fallu pour cela qu'ils mènent avec succès une véritable épuration dans laquelle tous les chefs césariens auraient été éliminés.

Ils oubliaient surtout qu'il n'y avait pas de base politique solide pour soutenir leur programme de restauration. Peu de monde à part eux-mêmes souhaitait le retour à loa république des sénateurs.


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Message Publié : 25 Nov 2004 8:47 
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Philippe de Commines
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Inscription : 17 Mars 2004 23:16
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J'oubliais une dimension essentielle pour répondre à la question initiale : les résultats des ides de Mars.

Globalement, le résultat d' l'assassinat de César a été très négatif.

Une période de 14 ans qui, malgré quelques intermèdes de fausse paix armée, fut une période de guerre civile ruineuse et particulièrement meurtrière.

Evidemment il serait ridicule de faire l'analogie César puis Auguste d'une part, et Lénine et Staline d'autre part (surtout que la recherche historique a montré que Lénine est bien le père du système totalitaire soviétique). Mais enfin, si on en retranche les éléments fondamentalement différents, cela donne une petite idée si on s'en tient à l'image d'Epinal. Le second s'est dans les 2 cas montré beaucoup plus méthodique dans l'exercice du pouvoir dans une optique particulière : sa consolidation et sa préservation.

Certes, aux yeux des historiens de parti sénatorial, l'assassinat de César a été justifié par son attitude trop ouvertement désinvolte envers le Sénat et les institutions traditionnelles, par une divinisation de son vivant qui préfigure Caligula. C'est sur ces 2 aspects qu'Auguste se tiendra formellement en retrait.

En revanche, César proposait la clémence et l'amnistie comme solution politique à la guerre civile.

Le second triumvirat, lui, tirant la conclusion que la solution de César était un échec, a pratiqué les proscriptions à grande échelle. La nouvelle guerre civile entre les 2 camps a ruiné et mis l'Italie et une bonne partie de l'empire romain à feu et à sang.

Le tout pour aboutir à un régime dans lequel la composante aristocratique sera plus marquée avec la disparition, sous Tibère, du vote des comices pour l'élection aux principales magistratures. Sous César, au contraire, la dimension plébiscitaire était plus marquée, même si lui aussi a réduit le rôle des comices à compter de 46.
Un régime aussi moins tolérant alors que César, tout dictateur qu'il était, acceptait la critique politique, joutant par écrit avec Cicéron ou Brutus à propos de Caton d'Utique.


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