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Message Publié : 02 Mars 2006 10:43 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 28 Nov 2005 23:03
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Localisation : Galaxie d'Andromède, Système solaire Zeta
Dans d'anciens posts il était précisé que les français vivant sous l'autorité allemande, en Alsace et en Lorraine avait été mobilisés sur le front de l'est plutôt que sur le front occidental.
Comment ces soldats ont vécut la guerre ?
Y a t-il eut des tentatives et des filières d'évasions du coté de la Russie ou de la Suisse?

Merci.

_________________
"L'histoire me sera favorable car j'ai l'intention de l'écrire". Winston Churchill.


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Message Publié : 02 Mars 2006 11:48 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 23 Mai 2002 23:54
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Localisation : N France / Haute-Normandie / Seine-Maritime / Rouen
Bonjour,

Beaucoup de soldats Alsaciens-Lorrains ont désertés leurs unités Allemandes pour rejoindre les lignes Françaises et s'engager dans l'armée Française. On retrouvera la plupart de ses soldats Alsaciens-Lorrains dans les régiments de zouaves, à recrutement Français. Ces désertions vont tout naturellement amener le commandement Allemand à engager ses soldats Alsaciens-Lorrains sur le front de l'est plutôt que sur le front de l'ouest, évitant ainsi tous contacts avec les Français.

_________________
Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage, l’Art est long et le Temps est court.

Charles Baudelaire


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Message Publié : 02 Mars 2006 16:12 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 18 Fév 2004 22:53
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Localisation : Haut-Rhin, Alsace
Quelques exemples tirés de ma famille.

Du côté de ma grand-mère maternel, deux de ses frères furent enrôlés à partir de 1943 et furent envoyés sur le front russe. L'un y disparut en Biélorussie en mai 1944, l'autre reçut une grave blessure à la tête qui le fit souffrir le restant de ses jours.

Du côté de mon grand-père maternel, la défaite de 1940 n'a pas été trop mal vécué: son père avait combattu sur le front russe dans l'armée impériale pendant la Grande Guerre, et redevenir allemand ne lui faisait pas trop peur... si ce n'est que ce n'était plus tout à fait les mêmes Allemands !
Mon grand-père fit le Reicharbeitsdienst à partir de 1943, puis fut enrôlé dans la Wehrmacht durant l'été 1944. Sa période de formation dura 3 mois je crois. Au début du mois de septembre 1944 il fut officiellement incorporé dans une unité combattante et son unité fut envoyé.... à l'Ouest ! Sans du fait de la situation désastreuse sur ce front à ce moment-là. Pour lui, ce fut sa chance: quelques jours après, son train passant par Dannemarie dans le Sundgau (Sud de l'Alsace), non loin de son village natal, il profita d'un bombardement aérien pour déserter et courrut se cacher dans sa famille. Au préalable, il avait demander l'autorisation à ses parents pour déserter (sa soeur ayant servi d'intermédiaire), vu les risques que cela pouvait comporter pour eux. C'est ainsi qu'il attendit la libération. Mon grand-père maternel est ainsi ancien combattant et résistant sans jamais avoir combattu !!


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Message Publié : 03 Mars 2006 23:39 
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Inscription : 15 Avr 2004 22:26
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Localisation : Alsace, Colmar
Pyrrhos a écrit :
Du côté de ma grand-mère maternel, deux de ses frères furent enrôlés à partir de 1943 et furent envoyés sur le front russe. L'un y disparut en Biélorussie en mai 1944, l'autre reçut une grave blessure à la tête qui le fit souffrir le restant de ses jours.


Bien que je trouve très interrantes ces histoires, on parle ici de la Grande Guerre et l'on est dans le forum de la Première Guerre Mondiale. Elle était déjà finie en 1943/44.


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Message Publié : 04 Mars 2006 10:00 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 18 Fév 2004 22:53
Message(s) : 426
Localisation : Haut-Rhin, Alsace
Oups ! Toutes mes excuses, en effet, j'avais mal vu le forum. :oops:
Tellement l'habitude que l'on aborde plutôt l'autre époque...

En ce cas, il faudrait éliminer les cas superflus.


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Message Publié : 04 Mars 2006 10:45 
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Inscription : 15 Avr 2004 22:26
Message(s) : 15197
Localisation : Alsace, Colmar
Ce qui est dommage, c'est qu'il nous reste fort peu de témoignages de cette époque, alors que ceux sur la SGM sont plus nombreux. Bien sur, les témoins de la seconde guerre sont encore vivants. Mais du fait de l'intérêt apporté sur cette période, ils furent nombreux à écrire leurs mémoires. Ce qui n'est pas le cas de la PGM. Malheureusement.


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Message Publié : 04 Mars 2006 18:02 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 30 Juil 2003 21:44
Message(s) : 1592
Localisation : Lorraine
Romeo a écrit :
Dans d'anciens posts il était précisé que les français vivant sous l'autorité allemande, en Alsace et en Lorraine avait été mobilisés sur le front de l'est plutôt que sur le front occidental.
Comment ces soldats ont vécut la guerre ?
(...)

En effet, nous avions commencé à examiner cette question ici :
Les Lorrains et le front de l’Est







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Invasions franques et mélange des populations
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L'Alsace-Moselle annexée en 1940-1945
Les Lorrains et le front de l'Est
Camps de prisonniers français en URSS (Tambov)
Evolution de la sidérurgie en Lorraine

_________________
Sujets lorrains :
===> Bibliothèque lorraine
et aussi : Histoires lorraines sur Facebook


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Message Publié : 05 Mars 2006 20:26 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 16 Avr 2005 0:09
Message(s) : 1311
Localisation : Outre nulle-part
A lire pour ceux qui s'intéressent à la question :
"Cahiers d'un survivant" de Dominique Richter.
Vlad

_________________
"Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu à toutes les femmes...."
Extrait de "La Chanson de Craonne"


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Message Publié : 30 Sep 2009 14:28 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 06 Août 2009 23:05
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Localisation : Sarreguemines
On s'éloigne quelque peu du thème direct de Roméo mais pas du sujet:

Dès le début de la Première Guerre mondiale, Français et Allemands multiplièrent maladresses et vexations à l'égard des Alsaciens-Lorrains, mais les seconds, étant sur place, possédaient sur leurs rivaux une avance irrattrapable . Des Alsaciens vivant en France se virent arrêtés et traînés dans des camps sous les crachats de la population ; dans les villages où les Français pénétraient on arrêtait d'ailleurs à tort et à travers, raflant parfois de vieux combattants médaillés de 1870. Les Allemands devaient faire mieux encore : l'incident de Saverne avait persuadé le Haut-Commandement que la population tout entière était violemment hostile à l'Allemagne et qu'il fallait la terroriser pour la faire tenir tranquille pendant le temps des hostilités.

Les brutalités commencèrent donc tout de suite. Dès le 22 août, nous raconte Charles Spindler, eut lieu « l'exécution de trois pauvres paysans de Belmont, qu'on avait arrêtés et condamnés comme espions et qui, avant d'être fusillés, avaient dû, de leurs propres mains, creuser leurs fosses. Tout le village [de Gertwiller fut] révolté de cet acte de sauvagerie. » Spindler ajoute qu'un jeune Alsacien, habitant Berlin, avait été mobilisé dans un régiment prussien ; avant de franchir la frontière alsacienne il entendit le colonel adresser à la troupe l'avertissement suivant : « Vous arrivez maintenant dans un pays de s..., et je vous prie d'agir en conséquence ! » À Bergheim, au témoignage de Wittich on conduisit à pied un simple d'esprit originaire d'une vallée francophone et qui n'avait pu s'expliquer en allemand ; on le contraignit à creuser sa tombe puis on le fusilla devant une population révoltée et impuissante.

Du fait de la proximité du front, on fut amené à loger l'armée chez l'habitant, dans des conditions qui s'apparentaient à des dragonnades. Évidemment tous ceux qui possédaient une mauvaise réputation, c'est-à-dire qui étaient suspects de francophilie, furent les mieux servis sous ce rapport. L'interdiction de parler français en public accrut encore l'exaspération des autochtones, depuis longtemps habitués à mêler de français la conversation ; or un seul mot, fût-il aussi innocent que « Bonjour », valait une amende Les Allemands immigrés crurent faire preuve de patriotisme en participant à la traque : ils avaient l'oreille aux aguets pour dénoncer à la police tout ce qu'ils entendaient dans la langue maudite. La population se retrouvait ainsi divisée entre une minorité toute-puissante et une majorité qui ne pouvait que garder son poing dans sa poche et attendre l'heure de la vengeance
Pour soulager leur colère les Allemands de souche en arrivaient même à prononcer contre les Alsaciens de telles menaces qu'ils en faisaient des ennemis irréductibles de l'Allemagne. Un chef de gare déclare tout de go à Charles Spindler : « Et puis, vous savez, après la guerre, il faudra qu'on emploie ici une autre méthode. On a eu beaucoup trop d'égards pour ces gens. Je suis né Hessois et j'ai fait la guerre en 66 contre les Prussiens. Ils nous ont battus et annexés. Ce qui n'empêche pas que quatre ans plus tard nous avons marché avec les Prussiens contre la France, et pas un de nous ne s'est rappelé avoir jamais été Hessois. Il faut qu'on en fasse autant ici. On posera aux gens cette simple question: Vous voulez être Français? Bien, alors allez en France. Vous voulez être Allemand? Alors qu'on les envoie à l'autre bout de l'Allemagne, à Koenigsberg ou Posen, afin que l'assimilation soit complète. Mais, continuer comme jusqu'à présent, c'est perdre son temps. Plus de Terre d'Empire, une province prussienne tout simplement, et ceux qui ne voudront pas, seront expulsés. » C'était dire aux autochtones : « Quoi qu'il arrive vous serez chassés d'ici, soit vers l'Ouest soit vers l'Est » ; c'était leur faire comprendre que leur seul salut était dans une victoire de la France.

De tels propos pourraient passer pour de simples rodomontades dans la bouche de particuliers mais le 10 avril 1917 les Alsaciens peuvent lire une menace tout aussi violente dans la Strasburger Post, organe officieux de l'administration allemande en Alsace. Sous le titre « Wer zaudert noch? » (« Qui hésite encore? »), elle écrit :

«Ceux qui, partant du point de vue que l'Alsace, quel que soit le résultat de la guerre, sera du côté du vainqueur, et qui paient pour les valeurs alsaciennes des prix beaucoup plus élevés que pour les valeurs similaires allemandes, ne réfléchissent pas que la belle Alsace, avant d'être livrée à l'ennemi, serait mise dans le même état que les territoires de la Somme après la retraite, et que, par conséquent, il n'y a aucune raison pour coter les valeurs alsaciennes à des prix exagérés. »
Et Spindler de conclure dans son journal : « Voilà, imprimé en toutes lettres et dans un journal archi-officieux, ce que le peuple raconte depuis longtemps. »

Considéré comme suspect, le soldat alsacien ou lorrain était évidemment envoyé sur le front russe où l'attendaient les missions les plus dangereuses. Les permissions lui étaient accordées plus difficilement qu’aux autres soldats. De toute façon, même s’il obtenait sa permission, le soldat alsacien-lorrain devait attendre trois semaines pour que la gendarmerie locale fît une enquête sur sa famille. En juin 1918 le député Boehle protesta contre la façon dont on s'y prenait : « À Strasbourg, ce fut longtemps un sergent de ville quelconque qui fut désigné pour faire cette enquête. Ce dernier tenait compte de tous les démêlés que l'intéressé avait pu avoir dans le passé avec la police, et tout fut interprété dans un sens politique. » S’il habitait trop près de la frontière suisse, on craignait trop qu'il tentât de déserter et il devait rester au Pays de Bade, où l'on donnait généreusement à sa famille le droit de venir le voir (Mülhäuser Volkszeitung du 8 juin 1918).

Dès 1917 l'Allemand Wittich se désespérait devant les résultats de cette politique: « Je suis outré de la manière dont on traite les Alsaciens. Notre gouvernement ne se rend pas compte de la haine qu'il provoque dans le peuple par des mesures aussi iniques qu'idiotes ». Et le résultat d'une telle conduite apparaît bien dans l'aveu du germanophile Philippe Husser quand il se rend compte que tout espoir est perdu et que l'Allemagne devra bientôt signer la paix :

J'éprouve le besoin de noter ici ce que je pense de la manière dont on traite l'Alsace-Lorraine. On sait bien que les régions frontalières sont toujours les plus exposées... Ceux de l'intérieur n'en ont aucune idée. Mais ce qui est impardonnable, c'est d'avoir traité l'Alsace en pays ennemi. À qui la faute si la sympathie pour l'Allemagne, qui était indéniable en Alsace-Lorraine au départ, s'est muée en son contraire pendant la guerre, sinon au manque d'égards des autorités militaires ? Quand les habitants de la zone évacuée du sud-ouest de l'Alsace vont rentrer chez eux, ils maudiront les soldats allemands à qui mieux mieux. Il paraît que les dégâts sont épouvantables.


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Message Publié : 30 Sep 2009 17:24 
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Eginhard
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Inscription : 21 Juin 2006 16:38
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Très intéressant ce que vous nous exposez ici , Allmen67 ; quelles sont vos sources : comme vous citez le nom de Charles Spindler , j'imagine que vous avez puisé dans ce livre ( que je n'ai pas lu ):
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Message Publié : 14 Sep 2010 18:35 
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Hérodote
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Inscription : 12 Sep 2010 20:13
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Il y a beaucoup d'autres témoignages passionnant sur le sujet : le journal de Philippe Husser de Mulhouse, celui de Marie-Françoise Zingerlé de Vallerange ou encore d'Elisabeth Daniel-François de Sarrebourg. Ces derniers montrent comment la dictature militaire mise en place sur l'Alsace-Lorraine à partir d'août 14 a totalement désorienté les populations même parmi ceux qui comme Husser étaient "fidèles" au régime impérial...

Pour le reste dès avant 1914, des Alsaciens-Loarrains comme Albert Carré et Auguste Spinner ont préparé les désertions des Alsaciens-Lorrains de l'armée allemande et préparé à contrario leur enrôlement dans l'armée française. Pour ce sujet je vous renvoie au lien suivant :

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/pag ... &idLang=fr

En espérant que cette contribution puisse relancer les débats et les échanges sur ce thème...


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Message Publié : 17 Sep 2010 17:35 
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Thucydide
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Inscription : 09 Jan 2009 19:15
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Il est totalement erroné d'affirmer que les alsaciens et les lorrains étaient pro-français en 1918. Pour les minorités francophones c'était peut-être le cas, pour le reste de la population ,ça n'a simplement aucun sens. On est là dans la fable, pas dans l'Histoire. Je me permet de rappeler que les pro-français on fait 3% aux élections de 1911, et si les Français, après avoir envahi une fois nouvelle l'Alsace, les faits restant les faits, n'avait pas la moindre intention de laisser la population s'exprimer lors d'un plébiscite, c'est aussi parce que le résultat ne faisait aucun doute. 3% aux élections plus quatre ans de guerre, croire que les Fedlgrau, c'est à dire des boches de base, ne parlant pas un mot de français, allaient voter vive la France en rentrant du front ,c'est croire en une fable, la grande fable de l'Histoire de France.


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Message Publié : 17 Sep 2010 18:40 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 12 Sep 2010 20:13
Message(s) : 11
Il ne faut pas confondre la situation de 1914 (avant la guerre) et celle de 1918 (après 5 ans de dictature militaire) : les mentalités ont alors énormément évoluée et l'Allemagne qui était alors tout sauf une démocratie avait accumulé les critiques contre son gouvernement autoritaire.

Mais bon, donnons la parole aux principaux intéressés :

Philippe HUSSER, instituteur à Mulhouse, qui est parfaitement pro-allemand en 1914 note dans son journal de guerre :


« 31 août 1914 : Mais pourquoi donc a-t-on si peur des Allemands ? Cela doit tenir aux combats de rues au cours desquels les soldats allemands ont pris très peu d’égards pour la population. Je n’arrive pas à comprendre cela. Pourtant les Mulhousiens ne sont pas de mauvais bougres. Alors pourquoi faire payer à toute la population les crimes commis par quelques têtes brûlées ? L’Alsace-Lorraine n’est tout de même pas un territoire ennemi ! On peut dire que la population a eu un comportement exemplaire lors de la mobilisation.
On ne peut pas éviter toute violence et toute mesure pénible. Mais, il est regrettable d’en arriver à craindre ses propres soldats. La loi martiale est appliquée avec plus ou moins de rigueur. Là aussi on a très peur des Allemands. Je sens mon cœur saigner lorsque j’entends leurs récits.
J’aimerai crier aux Allemands : « Vous faites une erreur en suspectant tout le monde de sentiments anti-allemands. Arrêtez de terroriser les gens. » »


Philippe HUSSER, Journal d’un instituteur alsacien, 1914-1951, avant propos de Frank TENOT et présentation d’Alfred WAHL, Paris, 1989.

Marie Françoise ZINGERLE, épicière dans un village près de Morhange et pro-française convaincue, note quant à elle dans son journal :


« 28 septembre 1916 : Tous les cœurs se sont retournés vers la France. Peut être que bien des gens n’y pensaient plus beaucoup avant la guerre, mais les anciens sentiments se sont réveillés partout même dans les villages foncièrement allemands de langue, tout est français jusqu’à la moelle des os, de toutes les fibres du cœur. Je dis cela par expérience pour l’avoir constaté moi-même, et appris de personnes sûres ; toutes les personnes de tous villages lorrains et alsaciens que j’ai rencontrées, tout tient pour la France, tout désire la réunion à l’ancienne Mère Patrie. Des masses de gens ont déjà été punis d’avoir trop hautement exprimé leurs idées et désirs à ce sujet. A Montigny, une pauvre vieille femme a dit qu’elle était heureuse d’aller en prison, d’être punie et de souffrir pour la France. Cette année on a germanisé tous les noms des villes, villages, fermes qui avaient encore une consonance française ; ainsi Rémilly est devenue Remelach, Courcelles est Kurzel, Baudrecourt est Balvershoffen : comment depuis 46 ans n’a-t-on pas pensé plus tôt à cela, nous n’osons plus parler ni écrire en français, ni fermer nos lettres, tout est vérifié, contrôlé. »


Marie Françoise ZINGERLE, Toujours fidèle à la France ! – Journal de guerre 1914-1918 d'une paysanne lorraine, Sarreguemines, 2003

Au final, en novembre 1918, Robert Heitz, artiste et homme politique strasbourgeois, rapporte dans ses mémoires les éléments suivants :

« Le patriotisme échevelé (de novembre 1918), nourri par tant de litté¬rature artificielle, porté au maximum d’effervescence par les angoisses et les privations de quatre années de guerre, ne voulait rien savoir de la réalité. C’est en vain que ceux qui se rendaient compte du danger que comportait pour les lendemains une vision aussi irréelle des choses, tentaient de nous faire douter de l’avènement de l’âge d’or.
Quelques jours après l’entrée des troupes, un loin¬tain cousin par alliance vint nous rendre visite. C’était Auguste Spinner qui, ayant été, en 1909, le promoteur du monument français de Wissembourg, dont I’inau¬guration avait donné lieu à des manifestations violentes de patriotisme anti-allemand, avait dû quitter sa petite ville pour se réfugier à Nancy, et qui rentrait comme officier français. Connaissant, lui, les réalités françaises, inquiet de notre enthousiasme excessif, il voulut nous faire entendre raison : « Vous serez très bien avec les Français, mais il ne faut pas vous laisser faire. Montrez les dents, s’il le faut ; ce sera indispen¬sable, croyez-moi. »
Ebahis, indignés, nous eûmes vite fait de juger cet importun: « Spinner est, lui aussi, devenu un Boche. » Je ne veux pas dresser ici le bilan de nos décep¬tions, de la pagaille créée par une administration pri¬mitive (« autrefois tout était verboten, maintenant tout est permis » déclarait publiquement une vieille ganache promue Commissaire de la République : M. Maringer), par des bureaucrates tatillons, mesquins et dépourvus de toute générosité . »


Robert Heitz, Souvenirs de jadis et de naguère, Woerth, 1963.

En conclusion, l’un des alsaciens plus réticents au rattachement à la France en novembre 1918 était Auguste Spinner, le fondateur du Souvenir Français d’Alsace et officier français, qui dès 1915 avait pris du recul par rapport aux projets imaginés par la Commission d’Alsace-Lorraine sur la désannexion du Reichsland. Je vous conseille d’ailleurs la lecture de sa biographie (Philippe Tomasetti, Auguste Spinner - Un patriote alsacien au service de la France, Nancy, 2009), vous y trouverez de nombreux signes d’ouverture et de tolérance envers l’Allemagne « vaincue ».


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Message Publié : 17 Sep 2010 20:55 
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Thucydide
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Inscription : 09 Jan 2009 19:15
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Trois témoignages ciblés ne font pas une opinion publique. Je remarque par ailleurs que le seul témoignage clairement pro-français est le fait d'une personne résidant en pays welsch, c'est à dire francophone. Dire que les mentalités ont évolués au point de faire des alsaciens-lorrains des allemands rêvant du paradis tricolore est purement spéculatif. Une discutable mauvaise humeur vis à vis du Reich n'a pas rendu les alsaciens-lorrains pro-français. L'historiographie française affirme et met en avant quelques faits, elle ne démontre rien.
Les faits qui suivent la prétendu libération d'un peuple prétendument opprimé sont eux ,éloquent.
Par ailleurs, si l'Allemagne était tout sauf une démocratie, ce qui est très discutable, que dire de la France à la même époque?


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Message Publié : 17 Sep 2010 21:10 
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Inscription : 20 Juin 2003 22:56
Message(s) : 7330
Localisation : Provinces illyriennes
Je trouve vos interventions fort inoportunes. Vous n'étayez nullement votre série de critiques à l'emporte-pièce par des citations d'ouvrages précis.

Citer :
L'historiographie française affirme et met en avant quelques faits, elle ne démontre rien.

A quels écrits ou travaux faites-vous référence ?

Citer :
Par ailleurs, si l'Allemagne était tout sauf une démocratie, ce qui est très discutable, que dire de la France à la même époque?

Là, je n'arrive pas à comprendre... :-|
L'Allemagne n'est pas une démocratie (d'accord), mais c'est "très discutable". Quel est le sens de ce propos paradoxal ?
La France en 1914 est une démocratie et je ne vois pas en quoi ceci peut être remis en question.
Au passage, je ne vois pas trop non plus ce que genre de comparaison douteuse vient faire dans ce fil. :-|
Vous êtes donc prié de clarifier vos propos.

_________________
Un peuple sans âme n'est qu'une vaste foule
Alphonse de Lamartine


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