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Message Publié : 11 Avr 2021 18:29 
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Philippe de Commines
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carlo68 a écrit :
Avant le XVIIème S. me semble-t-il, l'armée de Louis XIV ne dépassait-elle pas les 200.000 hommes dès la fin des années 1670? Ceci dit sans remettre en cause le caractère hautement improbable d'un tel chiffre à l'époque gauloise.
Louis XIV et ses formidables artillerie et mousquetaires...
Je me demande combien d'hommes (sans canons, mousqueterie, grenades) Louis XIV aurait mobilisés pour prendre une forteresse comme celle d'Alésia, défendue par 50 000 fantassins d'élite retranchés derrière une palissade longue de de 20-25 kilomètres, protégée en avant par un fossé, un talus, des "pièges à loups", des cippi, des dards etc, battue par de l'archerie...etc.
Moins de 4 contre 1 (200 vs 50) ou plus ? :rool:


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Message Publié : 11 Avr 2021 18:31 
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Je ne vois toujours pas l’ombre d’un argument établissant qu'une mobilisation de 200 000 Gaulois n’était pas possible.
Je vois beaucoup d’affirmations péremptoires savamment emballées et dont le ressassement se nourrit de lui même, parfois jusqu’à l’ineptie. "C’est impossible parce qu’on n’a jamais vu ça par la suite...… c’est impossible parce qu’il n’y avait plus assez d’hommes en Gaule. Qu’en savez vous ? Je le sais parce que c’est impossible...… C’est impossible parce qu’on n’aurait pas pu en ravitailler autant. Pourquoi n’a-t-on pas pu ? Parce que c’est impossible. Pourquoi est-ce que c’était impossible ? Parce qu’on n’a jamais vu ça par la suite...… C’est impossible parce que si ça avait été possible les Gaulois auraient gagné à Alésia. C’est impossible parce qu’avec une telle masse on ne peut pas gagner. Il ne pouvait pas y avoir 200 000 (impossible) mais seulement 30 000. Seulement 30 000 contre 50 000 ? Oui, avec la flexipugnacité exigée par le manuel…...etc." Bref, que les historiens sont des imbéciles.


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Message Publié : 11 Avr 2021 18:39 
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Message Publié : 11 Avr 2021 18:51 
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Quel historien -probablement un ancien Romain- a déclaré que les Gaulois sont querelleurs ? :mrgreen:
JD


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Message Publié : 11 Avr 2021 18:55 
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Karolvs a écrit :
Je ne vois toujours pas l’ombre d’un argument établissant qu'une mobilisation de 200 000 Gaulois n’était pas possible.


La mobilisation est possible ... Mais la question n'est même pas de dire ce ne fut pas possible plus tard, alors ça ne l'était pas à l'époque. La question est triviale : comment les nourrir le temps d'une campagne ? Comment assurer leur cohésion ? Quelle utilité de regrouper tellement d'hommes s'ils ne peuvent pas être utiles ?

Quelque part, on en ferait presque passer les gaulois pour des idiots incapables de mener une campagne. Comme l'ont répété plusieurs personnes, il y a un principe de réalité : un humain a des besoins concrets : manger, boire, évacuer les déchets résultant de sa physiologie. Les animaux qui l'accompagnent dans une campagne militaire ont des besoins équivalents. Il faut tenir compte de tout cela. Depuis le début votre propos semble se limiter à : "de grands historiens se basent sur les propos de César, donc c'est vrai"... C'est un peu court, vous ne trouvez pas ? Il y a des logisticiens qui vous ont répondu, il y a des gens qui se basent sur leurs connaissances de l'époque.

Je sais que le gros défaut des historiens a été pendant longtemps de privilégier les sources écrites sur toutes les autres considérations : si c'est écrit, c'est vrai. Dans de nombreux domaines, on a révisé les écrits à l'aune des découvertes archéologiques et du travail de l'archéologie expérimentale, et on se rend compte que souvent les écrits sont loin de la réalité de l'époque.

Lors de cette discussion, on s'est promené dans diverses époques. Et on voit que les contraintes logistiques ont toujours été sensiblement les mêmes. Un fantassin du XXIe siècle porte sensiblement le même poids qu'un fantassin du Ve siècle avant JC : 35 kilos, vivres et équipements compris. L'historien doit tenir compte des contingences de la nature humaine. Effectivement, de très nombreux historiens se sont contentés par le passé de compiler les sources écrites sans aucun regard critique sur la réalité des faits. On peut le déplorer, mais c'est ainsi. Vous refusez de l'admettre, c'est votre droit. Mais, vous savez le principe de réalité finit toujours par imposer sa prééminence.

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Message Publié : 11 Avr 2021 19:01 
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Karolvs a écrit :
Je ne vois toujours pas l’ombre d’un argument établissant qu'une mobilisation de 200 000 Gaulois n’était pas possible.
Je vois beaucoup d’affirmations péremptoires savamment emballées et dont le ressassement se nourrit de lui même, parfois jusqu’à l’ineptie. "C’est impossible parce qu’on n’a jamais vu ça par la suite...… c’est impossible parce qu’il n’y avait plus assez d’hommes en Gaule. Qu’en savez vous ? Je le sais parce que c’est impossible...… C’est impossible parce qu’on n’aurait pas pu en ravitailler autant. Pourquoi n’a-t-on pas pu ? Parce que c’est impossible. Pourquoi est-ce que c’était impossible ? Parce qu’on n’a jamais vu ça par la suite...…

Même si cela ne repose pas sur des sources indiscutables - sinon personne ne débattrait ici même - et que ce ne sont que des avis contemporains, parfois érigés à la lumière d'autres exemples comparés, cela peut-être tout de même retenu comme "argument".
De plus, mobiliser 200 000 individus pour faire campagne est une chose, que chacun fut un combattant aguerri, au coeur de l'action combattante devant Alésia, en est une autre.
A mon humble avis il n'y aura pas de réponse claire apportée à cette question, mais on est tout de même en droit de discuter les probabilités avancées dans le seul écrit de l'époque, qui plus est issu de la main du général en chef des légions romaines en Gaule.

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Message Publié : 11 Avr 2021 19:13 
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Duc de Raguse a écrit :
Même si cela ne repose pas sur des sources indiscutables - sinon personne ne débattrait ici même - et que ce ne sont que des avis contemporains, parfois érigés à la lumière d'autres exemples comparés, cela peut-être tout de même retenu comme "argument".
De plus, mobiliser 200 000 individus pour faire campagne est une chose, que chacun fut un combattant aguerri, au coeur de l'action combattante devant Alésia, en est une autre.
A mon humble avis il n'y aura pas de réponse claire apportée à cette question, mais on est tout de même en droit de discuter les probabilités avancées dans le seul écrit de l'époque, qui plus est issu de la main du général en chef des légions romaines en Gaule.


Il est déjà descendu à 200 000 et a abandonné l'idée des 250 000, avec un peu d'effort, je pense qu'il peut aller jusqu'à 100 ou 120 000 ! lol

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Message Publié : 11 Avr 2021 19:18 
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En fait, Karolus, vous posez une question très intéressante : "Quel crédit accorder à un texte écrit d'un contemporain d'un évènement". Il fut un temps où sur une échelle de 0 à 10, on aurait classé un tel texte à environ 10. Actuellement, de plus en plus, la notation tend à s'écrouler. Il faut avoir une lecture critique de tous les témoignages, écrits ou pas. Si, en plus, il fait œuvre de propagande, comme c'est clairement le cas pour ce texte de César... On tombe très bas, proche de 0 en terme de crédibilité. Il faut savoir accepter la remise en cause de certaines croyances face à des arguments solides et se basant sur des connaissances solides. Désolé.

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Message Publié : 11 Avr 2021 19:44 
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Après avoir mis le nez dans quelques bouquins, voici une petite synthèse de quelques opinions exprimées sur ce sujet.

Compte tenu de la précision des chiffres donnés, Camille Jullian (Histoire de la Gaule, III, 1906) et Jacques Harmand (Une campagne césarienne. Alésia, 1967) supposent que César s'est appuyé sur un document écrit. Je n'ai pas eu le courage de lire dans le détail la prose de J. Harmand mais il me semble accepter les chiffres de César. J'espérais trouver des éléments chez Michel Rambaud (L'art de la déformation historique..., 1966), mais il ne se mouille pas trop sur cette question. Il expédie l'armée de secours dans une note de bas de page, où il signale simplement que C. Jullian remet en cause les chiffres des manuscrits (dont j'ai déjà beaucoup parlé) mais pas ceux de César, tandis que T. Rice Holmes, grand partisan de la credibility, semble plus prudent que d'habitude sur ce sujet précis. J'ai voulu vérifier dans son Caesar's Conquest of Gaul mais je dois avoir une édition différente de celle consultée par M. Rambaud, car je n'ai pas trouvé les passages auxquels il se réfère. Je revérifierai à l'occasion.

Jean-Louis Brunaux, qui consacre un assez long développement à l'armée de secours (Alésia, 2012, p. 80-93), défend la validité des chiffres donnés par César. Laurent Olivier (César contre Vercingétorix, 2019) considère les 240 000 hommes comme un effectif théorique, mais il ne me semble pas douter de la possibilité qu'il y ait eu tant d'hommes. Dans une note, il se rallie à l'idée exprimée par A. Deyber dans son Vercingétorix, selon laquelle l'armée de secours aurait été divisée en quatre corps d'un effectif théorique de 60 000 hommes chacun, de façon à éviter les problèmes que représentent les armées de 100 000 hommes ou plus. César n'en dit rien, mais la division de l'armée de secours en deux, trois ou quatre corps paraît assez vraisemblable s'il y avait vraiment un grand nombre de guerriers. L'hypothèse de Deyber s'appuie sur le fait que le commandement de l'armée de secours a été confié à quatre chefs : un Atrébate, deux Eduens et un Arverne.

Karolvs a écrit :
Je questionne l’analyse d’A. Deyber parce qu’il ignore la possibilité admise par d’autres historiens (non moins compétents et sérieux que lui), que la mobilisation de l’armée de secours était commencée bien avant le siège d’Alésia, et il a l’air d’ignorer que la tactique de la terre brûlée n’a pas été appliquée à tout le pays (loi s’en faut), et que là où des destructions ont été opérées, le fourrage a repoussé, du blé a été resemé, des porcelets ont été engraissés… les saisons ont tourné, en 7 ans de guerre.
La tactique de la terre brûlée ne concerne pas tout le pays, mais il y a de fortes chances pour qu'elle ait été appliquée en priorité le long des principaux axes de communication. A. Deyber suppose que les mêmes territoires ont subi des pillages par la suite (points 3 et 4 de son argumentation). Je rajoute cette précision car j'ai peut-être manqué de clarté en résumant son propos.

Sur le moment exact auquel on a envoyé des cavaliers pour aller chercher ces renforts, j'ai vu deux thèses opposées. J.-L. Brunaux pense que cela s'est fait très tôt, tandis que J. Harmand s'appuie sur une phrase de César qui semble impliquer le contraire. Je n'ai plus les éléments précis en tête.

D'un point de vue démographique, le nombre d'hommes mobilisables par chaque peuple ne semble pas être un obstacle aux yeux des spécialistes de la Gaule. Comme cela a été suggéré plus haut, une bonne partie de ces hommes ne devaient pas être spécialement aguerris ni bien équipés. Certains ont pu jouer un rôle essentiellement logistique, comme l'avance A. Deyber. Pour couronner le tout, ils étaient probablement épuisés par le trajet et assez mal nourris. Dans ces conditions, le grand nombre ne suffit pas à s'assurer le succès contre un ennemi expérimenté et bien retranché.

Pour moi, César a un effectif de onze légions romaines dont huit sont expérimentées (VII à XIV) et trois sont de levée récente (I, VI et XV). Il faut probablement y ajouter l'Alauda, qui n'est pas une légion romaine à proprement parler, mais plutôt un corps auxiliaire organisé de façon similaire. César évoque la cavalerie car elle joue un rôle important, mais le reste de ses effectifs auxiliaires est mal connu. Il semble considérer leur importance stratégique négligeable et n'en parle donc pratiquement jamais, comme la plupart des auteurs de l'époque. L'effectif réel des légions au moment d'Alésia est difficile à déterminer. Je ne suis pas spécialement convaincu par l'idée parfois exprimée selon laquelle leurs rangs étaient régulièrement complétés. J'ai l'impression que César préférait conserver des unités homogènes plutôt que de verser des recrues dans ses meilleures légions. Mes recherches personnelles m'ont amené à formuler l'hypothèse que le renfort (supplementum) mis sur pied en Cisalpine au début de l'année 52 pourrait correspondre à la VIe légion.

Pour en revenir à nos Gaulois, je suppose que les problèmes de ravitaillement concernant le trajet se posent essentiellement pour les axes de circulation concernés par la terre brûlée et les éventuels pillages ultérieurs. Pour se prononcer sur la totalité des renforts, il faudrait regarder très précisément d'où viennent les gros contingents. Le problème logistique pourrait être en partie compensé par le fait qu'ils arrivent de directions différentes. A mon humble avis, le plus difficile est de subvenir aux besoins de l'immense armée rassemblée en territoire éduen... Je ne sais plus si je l'ai déjà écrit, mais l'imprécision de la formule employée par César semble indiquer qu'on a préféré la répartir en plusieurs endroits plutôt que de la concentrer en un seul lieu.

En ce qui me concerne, j'aurais besoin d'y consacrer énormément de temps pour me faire une opinion... Je n'en ai pas la possibilité pour le moment, car je mène des recherches personnelles sur les effectifs légionnaires mobilisés par César dans sa campagne africaine. J'aurais tendance à me méfier des effectifs invoqués dans les Commentaires, mais sans pouvoir en dire beaucoup plus. Il serait intéressant de relire les pages que Michel Rambaud consacre à la façon dont César instrumentalise les chiffres à son avantage.


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Message Publié : 11 Avr 2021 19:58 
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Merci Batiste pour cette synthèse érudite et précise.

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Message Publié : 11 Avr 2021 20:34 
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Merci Batiste pour cette réponse claire et précise.
Et en plus, ce qui n'enlève rien, c'est qu'on voit que vous examinez la question avec une ouverture d'esprit de bon aloi, sans présupposé dogmatique.
C'est un plaisir de vous lire.


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Message Publié : 11 Avr 2021 21:21 
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Narduccio a écrit :
La mobilisation est possible ... Mais la question n'est même pas de dire ce ne fut pas possible plus tard, alors ça ne l'était pas à l'époque. La question est triviale : comment les nourrir le temps d'une campagne ? Comment assurer leur cohésion ? Quelle utilité de regrouper tellement d'hommes s'ils ne peuvent pas être utiles ?
Narduccio, j'ai abondamment répondu à chacune de ces questions.
Tout ce qu'on m'a opposé, c'est justement le non-argument genre "c'était pas possible à l'époque parce que ça n'a pas été possible plus tard".

Des logisticiens m'ont répondu avec leurs connaissances de l'époque, me dites vous.
Le principe de questionnement des hypothèses me conduit à questionner la pertinence des assertions des logisticiens (ou de tout autres spécialiste y compris l'historien) pour la même raison, exactement, qui doit nous conduire à questionner le texte de César : la science des logisticiens sur les Gaulois repose sur la même "matière morte" que la science des historiens : la matière à la disposition des logisticiens n'est pas plus sûre que ne l'est le texte de César (à moins qu'un logisticien ne dispose d'une machine à remonter le temps ?).

Selon moi, les spécialistes aussi, quelle que soit leur spécialité, logistique ou autre, devraient faire preuve comme les historiens, d'un peu plus de prudence et de retenue dans la façon qu'ils ont, pour certains d'entre eux, de vouloir transposer sur le Ier siècle avant JC leurs certitudes et recettes qui ont été gravées dans un marbre récent. Ne serait ce que pour la raison que voici : il se pourrait que nous soyons tous étonnés, les logisticiens comme les autres, un jour peut-être pas si éloigné, par ce que nous allons encore découvrir sur les Gaulois. C'est à peine si l'archéologie commence à entrevoir le paysage de la Gaule de cette époque et à trouver des éléments permettant d'esquisser des structures administratives, sociales, économiques, religieuses etc, qu'on n'aurait pas osé imaginer il y a 30 ou 40 ans.

Narduccio a écrit :
En fait, Karolus, vous posez une question très intéressante : "Quel crédit accorder à un texte écrit d'un contemporain d'un évènement". Il fut un temps où sur une échelle de 0 à 10, on aurait classé un tel texte à environ 10. Actuellement, de plus en plus, la notation tend à s'écrouler. Il faut avoir une lecture critique de tous les témoignages, écrits ou pas. Si, en plus, il fait œuvre de propagande, comme c'est clairement le cas pour ce texte de César... On tombe très bas, proche de 0 en terme de crédibilité. Il faut savoir accepter la remise en cause de certaines croyances face à des arguments solides et se basant sur des connaissances solides. Désolé.
Vous me gratifiez d'une leçon que sais déjà par coeur.
Rassurez moi, vous n'allez tout de même pas me demander de m'auto-interdire de questionner l'hypothèse des 200 000* parce qu'elle est issue du récit de César ou parce qu'un logisticien est persuadé qu'il a définitivement résolu la question avec ses outils de raisonnement logistique ?

Vous comprenez ? J'ai la faiblesse de me demander s'il n'a pas, peut être, été possible, ou pas tout à fait impossible, que les Gaulois indépendamment de ce que César a pu écrire, de vrai, de faux, ou n'a pas écrit... vous voyez ?

*200, ou 250, ou 240 comme dans César, c'est du pareil au même. La fatigue peut me conduire à taper l'un ou l'autre chiffre, mais toujours dans l'hypothèse dont on discute ici, et je n'ai jamais changé le chiffre.


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Message Publié : 11 Avr 2021 21:51 
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Un grand merci à vous Batiste pour cette synthèse, me voilà moins ignorant qu'auparavant. :wink:

Quant à votre "faiblesse" Karolvs, j'en comprends parfaitement la teneur, pour ne pas dire l'épaisseur.
Il fut un temps où ces genres de récit furent crus sur parole, un autre a suivi où ils furent balayés d'un revers de la main sans autre forme de procédé. Depuis une vingtaine d'années on tente de trouver une voie médiane.
Cela dit, les discussions à ce sujet ne seront jamais épuisées.

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Message Publié : 11 Avr 2021 22:26 
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Karolvs a écrit :
Tout ce qu'on m'a opposé, c'est justement le non-argument genre "c'était pas possible à l'époque parce que ça n'a pas été possible plus tard".


Mais c'est complètement faux, et vous le savez très bien.

J'ai répété à de très nombreuses reprises les arguments qui militaient pour une large exagération de César :
1) il a un mobile pour le faire (son intention est politique quand il rédige les Commentaires après coup, et il souhaite y apparaître comme le vainqueur glorieux d'un peuple craint par Rome depuis Brennus dont il a tout intérêt à accréditer les preuves de la puissance) ;
2) il est suspect de le faire, il a fréquemment exagéré les descriptions qu'il a faites afin de susciter la plus large admiration possible (ou alors trouvez-moi des élans à une corne qu'on capture en faisant tomber l'arbre sur lequel ils s'appuient et un animal de la taille d'un éléphant qu'on appelle l'urus, en Germanie, au Ier siècle avant Jésus-Christ) ;
3) ce n'est absolument pas parce que les chefs gaulois exigent tant d'hommes de chaque tribu que celles-ci les fournissent, ni s'ils les fournissent que cela signifie que ces hommes se sont retrouvés sous les palissades romaines qui enserrent Alésia ; or c'est tout ce que l'on a, ce qu'ils ont demandé, mais ça n'en fait nullement le chiffre des présents compte tenu des nombreuses possibilités pour que lesdits guerriers, s'ils ont été fournis (ce que l'exemple des Bellovaques rend douteux), ne soient pas au rendez-vous (délais, attrition). Afin d'illustrer ce point : dans un contexte similaire, Hitler exige la levée du Volkssturm à l'automne 1944 et espère en tirer deux millions de combattants sous quinze jours, il en aura dix fois moins ;
4) de la plume de César lui-même, il est reconnu qu'au moins un des peuples sollicités n'a donné qu'un-cinquième du contingent exigé, ce qui devrait a minima obliger à un peu de prudence (puisque le chiffre initialement annoncé, déjà, est amputé avant même que les contingents s'organisent de 8 000 unités) ;
5) des sources archéologiques (numismatiques en l'occurrence) soulignent que des contingents pourtant sollicités ne semblent avoir été présents que de manière épisodique (Rutènes, Atrébates, Nerviens, Lémovices, comptant pour 31 000 combattants = huit occurrences monétaires), contrairement à d'autres (Arvernes, Séquanes, Eduens, Senons, représentant 94 000 combattants, c'est-à-dire trois fois plus = 375 occurrences monétaires, c'est-à-dire 47 fois plus). On notera que les Bellovaques, qui ne participent selon César que symboliquement, n'ont semble-t-il laissé aucune pièce sur le champ de bataille. Si ce n'est pas une preuve en soi puisque les monnaies des grands peuples avaient peut-être plus cours que celles des tribus plus modestes, cela laisse entendre que les contingents n'étaient peut-être pas si exacts que cela à obtempérer, ou en capacité de le faire.

En outre, vous corrélez le chiffre de 250 000 (ou 200 000 ? Ou 240 000 ? On ne sait plus bien) a un savant calcul gaulois du volume de forces nécessaire pour perforer les défenses élaborées des Romains, alors qu'il est hautement improbable que ce soit de cette manière qu'ils réfléchissaient (non, il n'y avait pas d'abaque à cette époque), et que ça ne peut donc servir, en tout état de cause, d'argument pour justifier les volumes demandés. Ceux-ci, prosaïquement, ont été vraisemblablement indexés sur la vigueur du soutien et la puissance résiduelle supposées (et éventuellement les sacrifices déjà consentis) des peuples sollicités.

J'y ajoute l'intuition que les chiffres de César, comme une infinité de chiffres antiques, étaient exagérés car c'est un procédé littéraire commun à l'époque (les Huns de Jordanès, les Perses de Pausanias, etc.), et que l'existence d'une armée d'un tel volume, nécessairement incommandable et insoutenable, était plus que douteuse. J'appuie cette intuition sur le fait qu'aucune armée avant le XIXe siècle n'atteindra de tels volumes, et de très loin, et que même des Romains capables de planification, dotés d'une organisation militaire très élaborée et à même de soutenir leurs forces dans la durée, seront bien incapables de mettre sur pied de telles armées (on parle de 100 à 120 000 hommes, légionnaires et auxiliaires, pour mater la grande révolte illyrienne entre 6 et 9, par exemple, sachant que la réaction romaine a frappé les esprits des contemporains par sa violence et son intensité). Sans compter les difficultés extraordinaires à lever une telle armée dans l'urgence, à la rassembler dans un temps très court pour la faire entrer en action en un mois et demi (délai qui pourrait laisser supposer que les contingents les plus éloignés n'ont pu rejoindre à temps), qui plaident pour que le volume espéré ait été drastiquement réduit sous les contraintes conjuguées du temps, de l'espace et de la volonté hétérogène des tribus.
Un historien dont je n'avais pas connaissance des travaux a en outre orienté ses recherches dans cette direction, et en conclut que l'armée de secours comprenait au maximum 178 000 hommes (69% du volume avancé par César), vraisemblablement moins, dont une bonne partie n'était pas des combattants, et qu'elle fut fort logiquement, à la vue du contexte de sa mise sur pied "[a]ccablée de privations et de fatigue, au terme d’une semaine de marche, (…) battue par l’espace et le temps autant que par les armes". C'est-à-dire qu'il met en avant des raisons logistiques.

Si vous ne voyez que les arguments logistiques qui ne sont qu'une confirmation d'autres arguments facilement démontrables, et bien je suis désolé mais je ne peux rien faire de plus, car je crains fort que mon raisonnement ne soit bien plus complet que cela et je ne vais pas le répéter éternellement.

En outre, vous vous gardez bien de répondre aux véritables questions qui sont :
a) quelle confiance peut-on avoir dans les affirmations de César ? ;
b) est-on certain de la cohésion de la confédération pour affirmer que toutes les tribus obtempèrent sans rechigner ? Autrement formulé sinon : quelle est la capacité de contrainte des chefs gaulois, alors même que la campagne tourne mal, pour obliger l'ensemble des tribus à fournir les contingents demandés ?
c) quelle est la capacité des tribus à obtempérer, quand bien même ce serait leur volonté unanime, alors même que l'on voit que certaines d'entre elles ont déjà subi de lourdes pertes et sont largement mises à contribution une nouvelle fois (j'ai pris l'exemple des Sénons, Aulerques et Parisii, qui ont subi de lourdes pertes sous Camulogène et sont sommés de fournir 10% de l'effectif total, mais il y en a d'autres bien entendu) ?

Je comprends pourquoi : vous en faites une affaire personnelle. Mais n'y ajoutez pas la mauvaise foi, elle ne crédibilise pas vos positions. Au contraire.

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Je n’ai pas la science de LCL_EMB dont je comprends l’exaspération. Je ne sais pas quel pouvait être l’effectif probable de l’armée de Vercingétorix à Alésia. Je vais me contenter de poser le problème d'un strict point de vue logistique.
- Quels sont les besoins alimentaires journaliers par homme à satisfaire ?
- Quelles sont les ressources alimentaires disponibles au km² dans la région d’Alésia ?
- Quelle doit être l’étendue de la zone d’approvisionnement pour nourrir 200 000 hommes ?
- Etant donnés les moyens de transport disponibles - capacité unitaires d'emport et vitesse, l’effectif de 200 000 est-il réaliste ?


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