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Message Publié : 23 Avr 2019 15:25 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Bonjour !

Comment les allemands et particulièrement les dirigeants allemands ont réagit lors du déclenchement de l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941 ?
Dans un fil du forum il était fait état de généraux fêtant la nouvelle en ouvrant le champagne.
Comment le peuple allemand de base a ressenti la nouvelle ?
Quels étaient les sentiments d'Hitler le soir de la décision fatidique ?
Joie, calme, euphorie, angoisse, inquiétude ?

Merci de vos savantes connaissances !

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


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Message Publié : 23 Avr 2019 18:16 
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Pouzet a écrit :
Dans un fil du forum il était fait état de généraux fêtant la nouvelle en ouvrant le champagne.

J'ai dit quelque chose dans ce genre mais de fondamentalement différent : j'ai signalé que "tout le monde" savait que l'invasion de l'URSS était imminente, et comme le dit Pierre Nord :"il n'aurait plus manqué que ça ! [que le 2e Bureau français ne le sache pas !] Il suffisait de s'attarder un peu dans les boites parisiennes à la mode, où les généraux (sans doute) et les officiers (en quantité) sablaient le champagne à profusion, en disant "Ah, fini la belle vie ! Dans 10 jours c'est la Russie !"

Pierre Nord ajoute que ce mouvement vers l'est de la Wehrmacht faisait les gros titres de la presse neutre. On a déjà vu des secrets mieux gardés.

(il estime que Berlin n'a pas fait de gros efforts pour intoxiquer Moscou sur ses intentions, pensant sans doute que c'était impossible. CEN_EdG m'a déjà corrigé sur la paranoïa de Staline, s'interdisant de bouger par peur d'une provocation, mais j'ai oublié le point qu'il soulignait. De fait, on peut se poser une question : est-ce qu'il n'aurait pas été plus fin, de la part des services allemands, de lancer une intoxication sur le thème :"ce déploiement de grande ampleur est destiné à provoquer une agression préventive de la part de l'Armée Rouge, pour qu'elle déclenche la guerre elle-même, se mettant dans son tort, et même (là c'est moi qui imagine) pour qu'elle vienne offrir d'elle-même la bataille décisive souhaitée par les Allemands." Une intoxication de ce genre pourrait expliquer que Staline soit resté immobile et ait joué le temps. (A vrai dire personne n'a jamais produit le moindre indice d'une telle intoxication, et peut-être faut-il simplement admettre que Staline s'est intoxiqué tout seul, et s'est roulé seul dans la farine, lui dont la naïveté n'était pourtant pas le trait principal.)

le deuxième Bureau français tenait même la liste des unités qui quittaient la France, et connaissait le plus souvent leur destination, ou au minimum leur zone de concentration. (Et se faisait un malin plaisir à transmettre ces infos - accompagnées ou non de données sur la description de ces forces, je l'ignore - à leurs collègues soviétiques, accompagnés de commentaires du style :"C'est tout de même curieux, non" ?)
Les parisiens de l'Orchestre Rouge employaient le même moyen (entre autres : ce réseau avait aussi une source dans l'état major de la Luftwaffe, laquelle préparait sa migration vers l'est) bref, il ne devait pas manquer de gens pour offrir une seconde tournée aux Allemands.

C'est donc dans un esprit un peu différent que ce que vous indiquez : il ne s'agissait pas de fêter la nouvelle. Et a vrai dire, d'abord fini la belle vie, ensuite la Russie, même à supposer qu'on n'en fasse qu'une bouchée, c'est grand et c'est, au minimum, beaucoup de travail et forcément des pertes qu'on pouvait attendre plus sérieuses que face à la France : c'était un plus gros morceau. Tout général ou officier compétent devait accueillir la nouvelle avec plus de sérieux que d'euphorie.

Ah oui, j'ai oublié de citer les Anglais, parmi les gens qui avertirent Staline, sans être crus, ce dont ils devaient se souvenir. Stockholm aussi, il me semble. Et Sorge, agent soviétique, depuis le Japon. Le réseau russe en Suisse aussi. Vraiment "tout le monde".

Citer :
Quels étaient les sentiments d'Hitler le soir de la décision fatidique ?
Joie, calme, euphorie, angoisse, inquiétude ?

"Plus hésitant en cette occasion qu'à aucun autre moment de sa courte carrière" dit Pierre Nord, et il pourrait bien avoir raison.
Hitler affectait de n'avoir aucune crainte ("Il suffira d'un coup de pied dans la porte de cet édifice vermoulu pour que tout s'écroule", de mémoire, et sans doute comptait-il effectivement sur la lassitude du peuple russe après les grandes purges, entre autres.) mais il a confié à des proches des propos plus inquiets.

Il faut dire que le travail de renseignement de l'Abwehr sur l'Union Soviétique avait été très mal fait. (Il est vrai que Staline avait fait fusiller la moitié de ses généraux et 35 000 officiers au cours de l'affaire Toukhatchevski, en 37, ce qui a pu couper des liens de camaraderie établis à l'époque où les Allemands venaient développer leurs armes en commun avec les Russes, dans les années 20. Difficile de recruter et garder des "amis", dans ces conditions.) En réalité l'Union Soviétique était une boite noire, et les Allemands, en même temps que les habituels succès dans les encerclements de masse, allaient éprouver de dures surprises : ils ignoraient que les Soviétiques étaient en train de mettre sur pied une troisième et une quatrième vague de mobilisation (Halder se plaindra que pour 140 divisions soviétiques estimées, je crois, au bout de six mois on en ait identifié 200 ! de même l'existence du T-34 leur était inconnue. Et cela, que j'adore, qui montre que les services soviétiques - avant d'être épurés - ne chômaient pas : les officiers allemands se rendent compte, en entrant en URSS, que leurs cartes d'état-major sont truffées d'erreurs !)

Bref pour Hitler c'était un pas dans le vide, et même s'il savait posséder la meilleure armée du monde, ça ne pouvait être tout à fait rassurant.
(Ajoutons à ça le fait typiquement nazi que les Allemands sont entrés en Union Soviétique en commençant à maltraiter tout le monde, et en particulier en laissant les prisonniers russes mourir de faim dans des enclos barbelés, ce qui est insensé quand on compte sur l'absence de combativité des soldats ennemis.)

Citer :
Comment le peuple allemand de base a ressenti la nouvelle ?

Je n'en sais rien. Mais depuis mai 40, un an avant, ils avaient entendu à répétition sur leurs postes radio les sonneries de trompettes annonçant les communiqués de victoire de la Wehrmacht : capitulation ou invasion du Danemark, Norvège, Hollande, Belgique, France (en 6 semaines, alors que ce conflit inspirait au peuple allemand une sourde inquiétude) Yougoslavie, Grèce.

En juin 41, il n'y a plus vraiment de guerre sur deux fronts : pourquoi les Allemands se seraient-ils spécialement inquiétés pour cette invasion ? (On a du mal à imaginer, aujourd'hui, ce que fut la "divine surprise" de l'écrasement de la France en quelques semaines. Hitler faisait des miracles. Même ses généraux, éblouis comme tout le monde, en oubliaient de comploter.) Mais évidemment, cette vision optimiste n'empêchait certainement pas l'inquiétude pour les fils envoyés au combat.

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Message Publié : 23 Avr 2019 19:51 
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Grégoire de Tours
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Pouzet a écrit :
Comment les allemands et particulièrement les dirigeants allemands ont réagit lors du déclenchement de l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941 ?

Pour le citoyen allemand, on peut effectivement penser qu'il avait confiance dans les décisions du führer alors que le drapeau à croix gammée flottait sur une grande partie de l’Europe et où rien ne semblait pouvoir arrêter l'avance allemande...

Je me souviens de la réaction de Hans Rudel (dans son autobiographie "Pilote de stukas") lors de l'invasion de l'URSS. Je ne me rappelle plus des phrases exactes, mais alors qu'avec son avion il venait de dépasser la frontière il constatait (selon lui) d'énormes concentration de troupes soviétiques (avec chars) massés de l'autre côté et disait "Heureusement que nous avons attaqué les premiers !"...


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Message Publié : 24 Avr 2019 10:12 
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Jean Mabillon
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Si je peux généraliser à partir de certaines troupes d'occupation désignées pour "Babarossa" et stationnées en France. Avant le départ : une bringue, une java monstre, des mètres cubes d'alcool consommés, la razzia des fleurs dans les jardins des villageois pour orner les attelages, les canons, les chevaux..... Interdiction faite aux villageois de les regarder partir..... si non feu à volonté... un de mes oncles et ma mère ont été pris pour cibles, celui qui aurait été mon petit frère en est mort, il aurait du naître 2 mois plus tard...... Seul point amusant et croquignolet : les femmes d'officiers français prisonniers qui vivaient dans la village et qui étaient des"pouffiasses à boches" ont vu leurs résidences dévastées, meubles passés par les fenêtres, poupées de leurs filles pendues aux arbres de la rue et crevées à coups de baïonnettes et elles mêmes trainées toutes nues en plein centre du village par ces braves artilleurs teutons... comme dit la chanson : "Vive les artilleurs, mes frères ! Vive les artilleurs"..... Et,comme commentaire, le pharmacien de Dinard qui avait mes parents pour clients leur déclara : "C'est le commencement de la fin Monsieur Dame. Le Bonaparte aussi pour conquérir le monde s'est attaqué à la Russie, il en est rentré la queue bien basse...... Gardez espoir....."


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Message Publié : 24 Avr 2019 21:27 
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Polybe
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Sir Peter a écrit :
Seul point amusant et croquignolet : les femmes d'officiers français prisonniers qui vivaient dans la village et qui étaient des"pouffiasses à boches" ont vu leurs résidences dévastées, meubles passés par les fenêtres, poupées de leurs filles pendues aux arbres de la rue et crevées à coups de baïonnettes et elles mêmes trainées toutes nues en plein centre du village par ces braves artilleurs teutons...

8-| Je ne comprends pas... pourquoi donc ont-ils fait ça ?


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Message Publié : 25 Avr 2019 10:59 
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Jean Mabillon
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Justement....Je pense que c'était la rage pour la fin de la bonne vie...La guerre qu'ils avaient crue terminée reprenait.....


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Message Publié : 25 Avr 2019 17:01 
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Jean Froissart
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
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Témoignage intéressant 3 ans avant l'épuration ces messieurs très "korrect" de l'artillerie teutonne promenaient des femmes nues d'officiers Français dans les rues de...Dinard? Avec 8000 habitants à l'époque ce n'est plus un village, ou alors un village à côté de Dinard
Dinard était le siège de la 83. Infanterie-Division en mai 1941 (Art. Div. : Artillerie-Regiment 183)


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Message Publié : 25 Avr 2019 17:12 
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Ce qui parait fou, dans votre récit, est qu'il s'agit de femmes d'officiers français prisonniers. 8-| (Pour quelle raison une telle concentration de ces femmes dans votre village ? Une garnison proche ?)

C'est vraiment le détail qui me choque. Les officiers français ne se sont pas tous battus comme des lions, mais la notion d'honneur avait un sens, surtout à l'époque.

Mais si c'était le cas (des femmes d'officiers !) il est clair que leur collaboration horizontale ne pouvait qu'inspirer un mépris absolu à des militaires allemands. L'alcool aidant, qu'il le signifient ainsi me semble relativement logique. Au passage, cela indique aussi qu'ils partaient sans esprit de retour.

Mais vraiment, même si on a vu à Vichy (et ailleurs, notamment à Paris) jusqu'où certains Français pouvaient se vautrer dans le déshonneur, j'ai du mal avec ces épouses tombées dans la bassesse la plus crasse. Parce qu'il fallait bien manger ? J'en viens à me demander s'il ne s'agissait pas de putains, ou de semi-putains (catégorie qui fleurissait alors dans la collaboration parisienne) ayant choisi cette présentation pour se donner un genre respectable.

Naturellement je ne soupçonne pas votre parole (et je dis souvent que "dans une guerre, tout arrive, surtout celle-là") mais si vous aviez des précisions ?

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Message Publié : 26 Avr 2019 9:16 
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Jean Mabillon
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Sans doute ces 3 ou 4femmes devaient se connaître bien avant (il me semble qu'il existait des petites" citées" de cadres mariés,ça existait dans le Nord)elles s'étaient mises ensemble sans doute pour louer la maison dans ce village( une dizaine de kilomètres environ de Dinard.Je ne sais pas quand elles étaient arrivées...Peut être étaient elles déjà venues avant la guerre....
Ce régiment d'artillerie était un amalgame de jeunes et d'hommes plus mûrs,c'était surtout sensible quand il y avait des fouilles de maisons pour retrouver les déserteurs cas relativement fréquents,les patrouilles passaient alors le village au peigne fin se faisant ouvrir portes et volets à coups de crosses de fusils,les plus âgés se contentant d'un coup d'oeil rapide alors que les jeunes étaient prêts à tout chambouler .


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Message Publié : 26 Avr 2019 9:24 
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Localisation : Berry
Etonnant témoignage, est-il relayé par d'autres sources ?

CEN EdG

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Message Publié : 26 Avr 2019 9:37 
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Localisation : Berry
Pierma a écrit :
Pierre Nord ajoute que ce mouvement vers l'est de la Wehrmacht faisait les gros titres de la presse neutre. On a déjà vu des secrets mieux gardés.

(il estime que Berlin n'a pas fait de gros efforts pour intoxiquer Moscou sur ses intentions, pensant sans doute que c'était impossible. CEN_EdG m'a déjà corrigé sur la paranoïa de Staline, s'interdisant de bouger par peur d'une provocation, mais j'ai oublié le point qu'il soulignait. De fait, on peut se poser une question : est-ce qu'il n'aurait pas été plus fin, de la part des services allemands, de lancer une intoxication sur le thème :"ce déploiement de grande ampleur est destiné à provoquer une agression préventive de la part de l'Armée Rouge, pour qu'elle déclenche la guerre elle-même, se mettant dans son tort, et même (là c'est moi qui imagine) pour qu'elle vienne offrir d'elle-même la bataille décisive souhaitée par les Allemands." Une intoxication de ce genre pourrait expliquer que Staline soit resté immobile et ait joué le temps. (A vrai dire personne n'a jamais produit le moindre indice d'une telle intoxication, et peut-être faut-il simplement admettre que Staline s'est intoxiqué tout seul, et s'est roulé seul dans la farine, lui dont la naïveté n'était pourtant pas le trait principal


Les Allemands ont effectivement bien compris qu'il était impossible de déployer 120 divisions sur la frontière germano-soviétique, ainsi qu'aux confins soviéto-norvégiens, en Finlande et en Roumanie (encore que dans ce dernier cas, ils pouvaient le justifier différemment), sans que les services spéciaux soviétiques ne le sachent parfaitement. Ils ont donc joué de l'argument de l'équilibre de la force : vous êtes forts, nous aussi, on est sur nos gardes, vous aussi, continuons ainsi. Au plus haut niveau, Hitler a fait croire à Staline que ce déploiement n'était qu'un outil pour obtenir plus ou forcer l'URSS à arrêter son expansion vers l'Ouest (après l'été 1940, l'annexion d'une partie de la Roumanie et des Etats baltes, sans parler de la Carélie finlandaise en mars 1940).
Ils avaient bien perçu que tant que les Soviétiques ne détectaient pas la présence de leurs divisions de chars, ils ne considéreraient pas une invasion comme vraisemblable. La distraction balkanique, en avril-mai 1941, a aussi dû conforter Staline dans sa certitude que l'Allemagne n'attaquerait pas en 1941. De même que l'envoi d'un corps expéditionnaire en Libye à la fin de l'hiver 1940-1941. Aussi, vu que la moitié (au moins, et même un peu plus) des divisions mécanisées allemandes ne rejoignent leur zone de déploiement opérationnel que dans les jours qui précèdent le "B-Tag" (après le 15 juin), ce à quoi il faut ajouter le délai nécessaire de remontée, de recollection et de traitement de l'information qui a retardé l'exploitation d'un tel renseignement (livré sans doute après le 22 juin), Staline a pu légitimement considérer que l'attaque n'était pas imminente. Plus les jours passaient, et moins sa probabilité était forte (personne n'attaquant normalement la Russie ou l'URSS sans être certain de clore la campagne avant l'arrivée des boues automnales en octobre).

Bref, ce qui nous paraît évident ne l'était pas du tout alors. Staline s'est certes auto-persuadé qu'Hitler ne l'attaquerait pas, mais certains indices pouvaient justement laisser croire que ce n'était que de l'esbrouffe, afin de tromper les Britanniques, d'obtenir des concessions politiques ou économiques, etc. Les Allemands lancent de plus deux opérations de déception pour faire croire que leur cible prochaine, à l'été 1941, est bien l'archipel britannique (opérations "Harpune" et "Haifisch"). Ce qui intoxique les services soviétiques, puisque les renseignements envoyés par le Royaume-Uni peuvent tout aussi bien être considérés comme une tentative désespérée d'impliquer l'URSS dans le conflit en lui faisant croire à l'imminence d'une attaque allemande afin de sauver un pays aux abois qui est le véritable objectif de la Wehrmacht.

Je ne crois pas que les cartes d'état-major allemandes aient été sciemment sabotées par les Soviétiques. Juste que ce qui apparaissait comme une route large et capable d'absorber une bonne densité de véhicules en plein milieu de la forêt biélorusse sur les photos aériennes patiemment amassées à partir de l'automne 1940 par les escadrilles de reconnaissance à longue portée de la Luftwaffe se révéla en fait n'être qu'un layon sablonneux truffé d'ornières et de nids de poule, qu'un pont de classe 100 sur un cours d'eau tranquille n'était en fait qu'une passerelle en bois vermoulue sur une rivière tumultueuse, qu'une localité de cinquante isbas n'était en fait qu'un trou crasseux n'en comprenant que quelques-uns, le reste étant des communs délabrés ou des ruines abandonnées depuis des années, etc, etc.

CEN EdG

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Message Publié : 28 Avr 2019 18:17 
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Inscription : 04 Déc 2011 22:26
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Localisation : Paris
En termes d'opinion publique allemande, il faut noter la prépondérance du souvenir de la campagne russe "de 14-18". Les armées allemandes pensaient affronter une armée russe désorganisée, en détresse, prête à se rendre rapidement. Berlin fit ainsi rapidement appel à des Russes blancs, émigrés en Allemagne après la révolution de 1917, pour convaincre leurs compatriotes d'abandonner le combat et de rendre leurs armes. Les journaux militaires et courriers d'officiers allemands de 1941 montrent en conséquence un étonnement face à la résistance russe à l'attaque allemande. Ainsi, malgré une avancée rapide dans les premières semaines, le Journal de guerre du groupe d'armées centre (Heeresgruppe Mitte) souligne, le 28 juin 1941, que "l'ennemi se bat avec un courage et une endurance maximums".

Pour expliquer ses difficultés militaires, la propagande allemande raconte que les divisions allemandes font face à une armée russe en surnombre. La réalité est tout autre : en juin 1941, 4,5 millions d'hommes des forces de l'Axe affrontent 2,3 millions de soldats soviétiques, dans les districts occidentaux de la Russie soviétique. L'armée allemande nourrit aussi le mythe des francs-tireurs soviétiques, mais la vérité est que (dans les premiers mois, au moins) ces "partisans" ont surtout été des officiers politiques, chargés d'assurer la mobilisation militaire et d'exécuter les déserteurs.

A partir de l'automne 1941 puis du printemps 1942, la rumeur d'une concentration des forces russes face à l'envahisseur allemand gonfle. Moscou aurait délibérément soulagé sa défense orientale, sachant par la confidence de l'espion Richard Sorge qu'Hitler voulait prendre lui-même la capitale russe et aurait donc demandé aux Japonais de patienter. Là encore, la réalité est tout autre : seules trois divisions soviétiques furent retirées des districts extrême-orientaux (la 32ème et la 78ème divisions de fusiliers et la 58ème division blindée), auxquelles il faut ajouter la mobilisation au service de la défense de Moscou de la 93ème division de fusiliers et de la 82ème division mécanique (du district du Trans-Baykal) et des 18ème et 20ème divisions montées, ainsi que la 283ème division de fusiliers (du district de Centre-Asie).

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« But thought's the slave of life, and life's time fool. » (William Shakespeare)


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Message Publié : 11 Mai 2019 21:45 
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Plutarque
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Inscription : 12 Juil 2012 15:11
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Pouzet a écrit :
Quels étaient les sentiments d'Hitler le soir de la décision fatidique ?
Joie, calme, euphorie, angoisse, inquiétude ?


Ian Kershaw évoque « un état de grande nervosité ».


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Message Publié : 14 Mai 2019 21:42 
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Plutarque
Plutarque

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 181
Citer :
La réaction des allemands lors de l'invasion de l'URSS

La réaction des Allemands


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