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Message Publié : 14 Jan 2018 19:50 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 23 Mars 2005 10:34
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Localisation : Nanterre
Peut-être s'est-il pris pour Nasser ? :wink:
L'occupation du canal de Suez par des puissances étrangères ayant déclenché une réaction internationale, peut-être imagine-t-il que celle de Panama fera de même ?
Evidemment, ce calcul ne tient pas compte que la première réaction était pour moitié menée par les Etats-Unis eux-mêmes.

Le pire, c'est qu'en 1983, les Etats-Unis envahirent l'île de Grenade pour en renverser le gouvernement. Il ne pouvait y avoir le moindre doute sur la capacité d'intervention américaine dans la région.

_________________
Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
George Orwell


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Message Publié : 14 Jan 2018 23:35 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 28 Mai 2009 21:52
Message(s) : 1333
Localisation : Belgique
Épilogue : Manuel Noriega est mort incarcéré dans son pays le 29 mai 2017.
Pour l'occasion, Libération revenait sur sa carrière...
http://www.liberation.fr/planete/2017/0 ... ma_1573440
Extraits :

Citer :
(...)
Manuel Noriega a tenu les rênes du pouvoir sans jamais avoir été élu, dans un pays dont l’histoire balance entre l’ingérence permanente des Etats-Unis, qui contrôlaient une partie de son territoire, la zone du canal transocéanique, et les efforts pour s’affranchir de cette tutelle. Manuel Noriega, né en 1934 dans un milieu pauvre, était d’origine colombienne, ce qui est somme toute logique : le Panamá est en fait le nord de la Colombie qui fit sécession en 1903, avec l’aide active des Etats-Unis.

En 1968, le jeune général Omar Torrijos renverse le président élu et s’impose comme dirigeant de facto. A la tête du renseignement militaire, un poste clé, il nomme Noriega. La politique d’inspiration castriste de Torrijos inquiète Washington, dont la hantise dans son « arrière-cour » d’Amérique du Sud est l’effet domino : si un pays de la zone devient communiste, les autres tomberont l’un après l’autre. Pourtant, les Etats-Unis tolèrent l’expérience torrijiste. Peut-être parce que Noriega est leur homme de confiance : on retrouvera plus tard de généreuses fiches de paie émises par la CIA.

L’arrivée au pouvoir de Jimmy Carter en 1977 marque une approche différente vis-à-vis du sous-continent, moins indulgente avec les dictatures militaires. Le président démocrate accepte une ancienne revendication du Panamá : la restitution de la zone du canal, qu’un traité fixe à 2000. Mais quelques mois après la fin de son mandat, avec le conservateur Ronald Reagan à la Maison Blanche, Torrijos meurt dans le crash de son avion.

Cette disparition intervient deux mois après celle d’un autre chef d’Etat latino-américain mal vu par les Etats-Unis : l’Equatorien Jaime Roldós. Qui venait de proposer une loi sur les hydrocarbures très défavorable aux intérêts des compagnies pétrolières américaines. Lui aussi périt dans une catastrophe aérienne suspecte. L’implication de la centrale de renseignement américaine n’a pas été prouvée, mais elle est fortement soupçonnée. Et l’idée que Manuel Noriega aurait pu faciliter l’élimination de son ex-mentor circule avec insistance. D’autant qu’il hérite de son fauteuil de président de facto.

A la tête de la garde nationale, « Face d’ananas » vit une lune de miel avec Washington. Il autorise l’installation d’un centre d’écoutes qui espionne toute la région. Il accueille à bras ouverts la présence américaine, militaires (10.000 hommes) comme civils (50.000 résidents).

(...)

Pourtant, il se comporte aux yeux de tous en véritable dictateur kleptocrate. Il réprime l’opposition et muselle la presse. La mort d’un de ses principaux détracteurs, l’Italo-Panaméen Hugo Spadafora, dont on retrouve le cadavre supplicié et décapité, horrifie l’opinion. Mais Noriega parvient à jouer sur tous les tableaux : il conserve la confiance des Etats-Unis tout en entretenant de bonnes relations avec Fidel Castro à Cuba. Il rend même visite à François Mitterrand en France en 1987 et repart avec la légion d’honneur.

Cette même année, les accusations sur ses liens avec le cartel de Medellín éclatent au grand jour. Au Panamá, le parrain Pablo Escobar trouve une plateforme logistique et un secret bancaire généralisé qui lui permet de blanchir ses bénéfices en toute discrétion. Le numéro 2 de l’armée entre ouvertement en conflit avec Noriega en lançant des accusations précises sur la filière colombienne.

Alors que les Etats-Unis hésitent à lâcher Noriega, l’agence antidrogue américaine, la DEA, lui décerne un certificat de bonne conduite dans sa lutte conte le narcotrafic. Qui repose sur des infos réelles : il a balancé les noms des concurrents qui gênent son allié Escobar.
Mais la situation devient intenable. L’affaire Iran-Contras, qui a mis au jour des ventes d’armes illégales à l’Iran pour financer la guérilla anticommuniste au Nicaragua, a laissé des traces. Dans le crépuscule de l’ère Reagan, secouée de scandales, la DEA gagne son bras de fer contre la CIA. La guerre au trafic de drogue devient plus importante que la croisade anticommuniste, principal argument du soutien à Manuel Noriega. L’homme fort déclenchera lui-même l’opération visant à l’abattre.
En mai 1989, il annule l’élection présidentielle remportée par Guillermo Endara, candidat conservateur et proaméricain. Les marines interviennent le 19 décembre 1989 avec pour mission de le capturer.

(...)

Baptisée «Juste cause», l’opération militaire, mal préparée, tourne au bain de sang. Face une faible résistance, les Américains tirent sans discernement. Washington avance un chiffre de 520 morts, mais les observateurs citent un bilan dix fois plus élevé. Les bavures s’accumulent : 200 soldats tués pendant leur sommeil lors d’un bombardement. Un photographe espagnol abattu dans une zone où aucun danger n’était signalé. Des fosses communes remplies de corps anonymes. Le comble, c’est que Manuel Noriega échappe à la rafle. Il a pu traverser une ville quadrillée par les occupants pour se réfugier dans la nonciature apostolique, l’ambassade du Vatican. Bien tuyautés, les marines savent qu’il exècre la musique anglo-saxonne. Pour le déloger, ils lui assènent du heavy metal à un volume assourdissant, de jour comme de nuit. Un régime que le général supporte pendant douze jours, avant de se rendre.

_________________

Quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion. (Voltaire)



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Message Publié : 15 Jan 2018 0:05 
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Thucydide
Thucydide
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Inscription : 01 Oct 2016 17:52
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Citer :
Baptisée «Juste cause», l’opération militaire, mal préparée,

C'est bien la première fois que j'entends que l'invasion du Panama était "mal préparée". Les Américains ont eu tout le temps de se préparer avec les tensions successives au Panama et ont pu répéter une partie des opérations sur les lieux même, difficile de faire mieux ! L'opération s'est d'ailleurs déroulée sans surprise majeure, à part, effectivement, Noriega qui a choisi de passer cette soirée-là avec une prostituée dans un endroit imprévu (ce qui montre qu'il ne s'attendait pas à une invasion).


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Message Publié : 28 Jan 2018 8:45 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
Message(s) : 2688
marc30 a écrit :
L'organisation du trafic de drogue par des dirigeants latino américains n'a pas été le monopole de Panama

En 1989 le plus célèbre général cubain est fusillé pour trafic de stups : Arnaldo Ochoa Sánchez

L utilisation "stupéfiante" de la valise diplomatique par des ambassadeurs d'Amérique du sud est au centre d'un célèbre film de Bunuel
http://www.telerama.fr/cinema/films/le- ... e,9096.php

Les USA ont rebondi sur la fin de la rivalité est ouest pour procéder à un grand nettoyage ?


Merci beaucoup cher Marc de ces éléments. Le film de Bunuel est étonnant car il n'est pas vraiment conforme à la doxa des années 1970 selon laquelle la bourgeoisie s ennuie tandis que la jeunesse s'amuse...donc il doit s'inspirer d'une histoire vraie...

Quant à dire que Washnigton profite de la fin de la guerre froide c'est probable...mais il y a sans doute aussi la volonté de remettre les pendules à l'heure après que Carter ait signé un traité restituant à Panama la souveraineté sur le canal (pour 2000 je crois).

La comparaison avec Cuba est intéressante : Castro aurait peut être cru être visé par une enquête américaine sur l'irganisationd un trafic de stup par les services secrets des États communistes ?


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