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Message Publié : 29 Juil 2006 21:02 
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Grégoire de Tours
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Louis "Lepke" Buchalter (Lepke signifiant "petit Louis" en yiddish)
né sous le nom de Louis Bookhouse


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Louis "Lepke" Buchalter (Lepke signifiant "petit Louis" en yiddish) était un gangster américain. Il est né sous le nom de Louis Bookhouse, en 1897, dans le Lower East Side à New York, de parents juifs allemands, et est mort en 1944, à la prison de Sing Sing. Il est célèbre pour avoir dirigé l’organisation criminelle Murder Incorporated, et a été le seul chef mafieux américain à avoir été condamné à mort par la justice.

Le maître des syndicats
Dans sa jeunesse, Buchalter était membre d’un gang, les Amboy Dukes (du nom d’une rue de Brooklyn, Amboy Street), au sein duquel il s’adonnait à diverses formes de vol. En 1919, il était déjà allé en prison à deux reprises.

Avec son ami Jacob "Gurrah" Shapiro, il prit le contrôle des syndicats de l’industrie du vêtement dans le Lower East Side. S'appuyant sur des bandes de voyous, briseurs de grèves (les schlammers), il empêchait ainsi la perturbation du travail et recevait des sommes conséquentes de la part des directeurs d'usine, pour ces "services" rendus. Ce contrôle des syndicats évolua ensuite en racket de protection généralisé et étendu à d'autres secteurs industriels comme la boulangerie, les salles de cinéma et les transports routiers. Buchalter s'occupa de cette activité avec une main de fer, y compris après être devenu l'un des principaux membres de la Commission de la mafia américaine.

Le racket des syndicats était pratiqué par d'autres gangsters à New York. Toutefois, la cruauté de Buchalter, envers ceux qui ne payaient pas, le distinguait des autres. Quand d'autres se contentaient de briser les jambes du récalcitrant, Buchalter tuait simplement, sans avertissement préalable. Il usait également du pillage et des incendies pour renforcer sa réputation terrorisante.

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L'allié de Luciano
Le succès des rackets de Buchalter le propulsèrent aux sommets du monde criminel. Son butin excita la convoitise du parrain sicilien Salvatore Maranzano, vers 1929. Buchalter chercha de l'aide d'amis tels que Lucky Luciano, Bugsy Siegel et Albert Anastasia, qui travaillaient, eux, pour Joe Masseria, le rival de Maranzano. Les deux parrains furent assassinés à l'instigation de Lucky Luciano, au cours de la guerre des Castellammarese, en 1931.

Lorsque la Commission ou direction du Syndicat national du crime fut créée, avec de facto à sa tête Lucky Luciano, Buchalter en fut admis comme membre permanent, en tant qu'allié de Luciano et membre fondateur.

Murder Incorporated
Pour répondre aux problèmes internes nécessitant un règlement par assassinat, Lucky Luciano et Meyer Lansky inventèrent Murder Incorporated, une organisation servant à honorer des « contrats », avalisés par la Commission, sur la tête des mafieux ou associés gênant ou traîtres. Lepke Buchalter en fut nommé responsable, avec Albert Anastasia. Il s’appuyait principalement sur une équipe de tueurs majoritairement d’origine juive de Brooklyn, connue sous l’appellation de Brooklyn Combination. Au terme de sa carrière, il a été soupçonné, à titre personnel de près d'une centaine d'assassinats, et de plus d'un millier par l'intermédiaire de ces tueurs.

La ch ute
La ch ute de Buchalter a commencé au milieu des années 1930, lorsqu’il fut dans le collimateur du FBI pour des trafics de stupéfiants, et dans celui du procureur spécial Thomas Dewey, qui s’intéressait à ses activités syndicales. Sous la pression, Buchalter finit par se rendre au FBI pour ne pas tomber dans les griffes de Dewey et éviter une sentence trop lourde, et commença à purger une peine de 14 ans pour trafic de stupéfiants, dans le pénitencier fédéral de Leavenworth au Kansas. Toutefois, cette sentence fut rallongée jusqu'à trente ans en raison des agissements de Buchalter au sein des syndicats.

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En 1940, Buchalter fut dénoncé par un des tueurs de la Brooklyn Combination, Abe Reles. Les activités de Murder Incorporated furent ainsi dévoilées et de nombreux tueurs furent mis en cause. Abe Reles fut tué avant de témoigner devant un tribunal, mais suffisamment tard pour que, grâce à d’autres témoignages, Buchalter soit jugé coupable d’assassinat. La sentence fut prononcée en décembre 1941 : la peine de mort. Buchalter fut exécuté par électrocution en janvier 1944, à la prison de Sing Sing , dans l’État de New York. À ce jour, c’est le seul chef criminel américain de ce rang à périr de cette manière.


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Message Publié : 29 Juil 2006 21:03 
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Bugsy (le dingue) Siegel
né sous le nom de Benjamin Siegelbaum


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Bugsy Siegel était un gangster américain. Il est né sous le nom de Benjamin Siegelbaum, à Brooklyn, en 1906, de parents juifs russes (ou autrichiens selon les versions), et est mort à Los Angeles en 1947. Son surnom Bugsy (qu'il valait mieux ne pas prononcer devant lui), signifiant "le dingue", faisait référence à son tempérament sanguin, aussi cruel avec les ennemis que séduisant et entreprenant avec les femmes (parfois jusqu'au viol).

Jeunes années
Bugsy Siegel a grandi dans le quartier pauvre et multiethnique de Williamsburg. Tout jeune, il rackettait les vendeurs de rues, et mettait le feu au commerce des récalcitrants. Plus tard, il rencontra Meyer Lansky, et ils formèrent le Bugs and Meyer gang, une bande de juifs opposée à des gangs italiens et irlandais. La relation de Siegel et Lansky resta privilégiée au sein du Syndicat du crime et on représente souvent leur association comme étant l'addition des muscles et de l'audace du premier, au cerveau et à la prudence du second. Leur gang compta dans ses rangs de futures célébrités du crime organisé, comme Lepke Buchalter, Dutch Schultz ou Abner "Longie" Zwillman qui devint l'un des principaux racketteur du New Jersey. En 1916, Siegel aurait assassiné l'indicateur responsable de l'arrestation de Lucky Luciano pour trafic de stupéfiants. Outre des rackets, le gang commettait occasionellement des braquages. Bugsy Siegel était également employé comme schlammer (briseur de grève), sauf quand les syndicats le payait davantage, et officiait de temps à autre comme tueur à gage.

Un assassin en vue
Alors que le gang gagnait en importance, il dut subir, vers le début des années 1920, les menaces et les pressions de l'importante famille mafieuse de Joe Masseria. Quant Lucky Luciano y fut enrôlé, cela leur offrit un répit. Entre temps, Siegel prit part, avec les autres membres du gang, aux opérations de bootlegging (trafic d'alcool) d'Arnold Rothstein. Son caractère intrépide le poussa à prendre l'initiative du braquage très risqué d'une cargaison destinée à Waxey Gordon, appartenant à Joe Masseria. En 1931, à l'instigation de Lucky Luciano et Meyer Lansky, il participa à l'assassinat de ce dernier.

Dans les années 1930, membre de la Commission de la mafia américaine, il prit une part active dans l'élaboration et la gestion de Murder Incorporated, la branche gérant les assassinats au sein du crime organisé. En 1934, il assassina et coula dans l'East River l'un de ses plus anciens amis, Bo Weinberg, lieutenant de Dutch Schultz qui, harcelé par le procureur Thomas Dewey, risquait de témoigner contre son patron. Au début des années 1930, Siegel exécuta également le tueur Vincent "Mad Dog" Coll, qui devait régler un contrat du parrain Salvatore Maranzano contre Luciano, ainsi que les frères Fabrazzo, qui avaient tenté de l'assassiner, lui et Meyer Lansky, en lançant une bombe, à la demande de Waxey Gordon, depuis la prison où ce dernier était enfermé pour fraude fiscale.

La Californie
En 1937, Siegel était dans le collimateur du procureur Thomas Dewey, et sa situation à New York devenait périlleuse. Compte tenu de son statut, le Syndicat, plutôt que de l'éliminer, décida, sur les recommandations de Meyer Lansky, de l'envoyer en Californie, où l'Organisation n'était quasiment pas implantée. Les secteurs du crime furent partagés avec le chef d'un gang italien de Los Angeles, Jack Dragna: les jeux pour ce dernier, le contrôle des syndicats pour Siegel. Ce dernier, avec son associé Moe Sedway, et son lieutenant, Mickey Cohen, s'intéressa tout particulièrement aux métiers du cinéma (techniciens, figurants, etc.), ce qui permettait de racketter les grands studios. À Hollywood, il retrouva un ami d'enfance, l'acteur George Raft, spécialisé dans les rôles de gangsters. Celui-ci l'introduisit dans les soirées chics, et Siegel, devenu une attraction vedette, collectionna les aventures avec des actrices, dont Jean Harlow. Après les studios, il en vint à racketter directement les stars.

Au début des années 1940, Siegel aida l'expansion sur la côte Ouest d'un réseau national d'information sur les paris (pour connaître les bons tuyaux avant la départ des courses), la Trans America détenue par the Outfit de Chicago, aux dépens de Continental Wire Service, l'entreprise d'un certain Jack Ragan, qui fut d'ailleurs assassiné dans cette même ville. Parallèlement, la presse parla de lui au sujet d'une affaire l'ayant impliqué dans Murder Incorporated, et il devint célèbre en tant que gangster.

Las Vegas
En 1945, Bugsy Siegel s'intéressa à Las Vegas, un village perdu dans le désert. Le Nevada venait d'adopter une législation autorisant les paris et les jeux de hasard. Siegel ne fut pas le premier à construire un casino, mais celui qu'il fit bâtir en 1946, le Flamingo, un établissement très luxueux, fut la première étape de la fondation d'un oasis de divertissement au milieu de nulle part. Ce projet, vu comme la possibilté de gagner de fortes sommes par des moyens légaux, intéressait également le Syndicat qui y investit par l'intermédiaire de Meyer Lansky.

Les qualités d'organisateur faisant défaut à Siegel, celui-ci perdit rapidement beaucoup d'argent, et contracta une dette de plus de six millions de dollars. Des témoins affirmaient en outre que la maîtresse de Siegel, Virginia Hill, faisait des allers-retours vers la Suisse, avec des valises de billets. À la conférence de La Havane, le Syndicat décida l'exécution de Siegel. Alors que le Flamingo commençait à générer du profit, Bugsy Siegel fut abattu par deux tueurs dans sa villa de Hollywood, le 20 juin 1947.

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Message Publié : 29 Juil 2006 22:39 
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Superbe galerie de portraits Obiwan ! Image


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Message Publié : 30 Juil 2006 1:26 
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Grégoire de Tours
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Prochainement je poursuis aves les irlandais O'bannion, Bugs Moran, Owney Madden.
Puis les mafieux purements Italiens, et surtout je ferais une belle galerie des gansters français, vous ne m'en voudrez pas de ne mettre que les connus reconnus et défunts.(on fait de l'histoire, pas de l'investigation)

Car quand les affaires sont finis, d'autres affaires reprennent aussi sec. :wink: on ne parlera avec surprises dans 20 ans,ici meme peut etre :lol: :lol: :lol:

Les petites histoires de l'histoires qui sont souvent bien surprenantes et importantes, elles touchent des gens au dessus de tout soupçons, heureusement l'histoire finit toujours par se savoir plus ou moins. :wink:


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Message Publié : 30 Juil 2006 9:10 
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Grégoire de Tours
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Au cours des soixante-dix dernières années, les gangsters corses ne se sont pas contentés «d'occuper le haut du pavé du crime (...) à Marseille et à Paris». Jacques Follorou et Vincent Nouzilles, les auteurs des Parrains corses, estiment qu'ils se sont «hissés au rang d'autres grandes organisations criminelles internationales». Aussi, à défaut d'avoir pu accéder aux archives du ministère de l'Intérieur, les deux journalistes ont dû alimenter leur documentation en prospectant, notamment, les archives américaines. CIA, DEA, Bureau des narcotiques et même la bibliothèque du Congrès regorgent, semble-t-il, de rapports et de pièces traitant du sujet.

Dès les années 30, Carbone et les Guérini se disputent le port de Marseille, trottoirs et docks, tout en prêtant leurs troupes aux ténors de la politique phocéenne. Les putes assoient leur réputation, la drogue qui explose déjà aux Etats-Unis emplit leur cagnotte. Mais ils ne dédaignent pas des activités plus pittoresques, du trucage des matchs de boxe au trafic de parmesan, lorsque, pour cause de guerre somalienne, l'Italie du Duce est boycottée par la France du Front populaire.

Durant la guerre, bien des voyous vont rejoindre le sinistre 93, rue Lauriston, siège de la Gestapo : «pillage des biens juifs (...), chasse aux patriotes, lutte contre les maquisards étaient les moindres actions de cette équipe de tueurs à la solde des Allemands qui les chargeaient des hautes et des basses oeuvres de leur justice : enlèvements, exécutions, disparition des traces des crimes», selon une note récupérée par les auteurs dans les archives de la préfecture de police. Quelques Corses, dont Joseph Orsini, dit «le Sanguinaire» et qui deviendra, après guerre, un des piliers du trafic de drogue, sont de la partie. Des résistants corses tentent d'abattre Carbone. La tentative échoue. Lorsqu'il est tué dans le déraillement d'un train saboté par la Résistance, l'ambassadeur allemand Otto Abetz assiste aux funérailles, aux côtés de Mistinguett éplorée quand «Tino Rossi entonne l'Ave Maria de Gounod et l'Ajaccienne». Le clan des Guérini, lui, prend part à la Résistance. «Ainsi», écrivent Follorou et Nouzilles, Mémé Guérini «ira jusqu'à attaquer un camion pour libérer une jeune juive âgée de 12 ans».

La French Connection réconcilie tout ce monde. Le sud de la France devient le «labo» où la morphine se transforme en héroïne. Les Américains préfèrent la nommer Corsican Connection, tant les insulaires dominent. Des policiers français anonymes écrivent à Edgar Hoover, patron du FBI : «Nous, policiers considérés comme des marionnettes, croyons qu'il est temps d'éclairer vos dirigeants (...). La Mafia a des soutiens dans toute l'administration (...). Nos collègues affirment que la police de Marseille, Lyon, Nice, Avignon, est contrôlée par la Mafia ou que des hauts fonctionnaires protègent systématiquement les membres de la Mafia.»

De son côté, dans une note à l'ambassadeur américain en France, l'agent John T. Cusack explique : «A Marseille et à Paris, avec moins de vingt agents permanents assignés à la lutte contre les stupéfiants (...), la police judiciaire ne peut se battre contre le milieu corse, (...) qui produit (...) 150 kg d'héroïne par mois pour les (...) Etats-Unis.» Les Guérini, Paul Mondoloni, Gaëtan Zampa évoluent souvent à proximité immédiate d'élus, notamment du maire de Marseille, Gaston Defferre. Au fil des pages, apparaît une foultitude de comparses. Trop peut-être. On regrette parfois le mélange des genres. Des documents d'archives du FBI côtoient les citations de livres, voire des rumeurs, tous rapportés sur le même mode. Ainsi, un rapport de police sur les Guérini est suivi de cette histoire invérifiable : «Un jour, un de [leurs] convives, substitut du procureur, se plaint ouvertement du vol de voiture dont il vient d'être victime. Antoine Guérini fait rechercher l'auteur du méfait par ses hommes de confiance. Le lendemain, la voiture est garée devant le tribunal, avec un bouquet de fleurs à l'intérieur.»


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Message Publié : 30 Juil 2006 9:15 
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Les Parrains Corses

Paul Mondoloni dit "monsieur Paul"



PAUL MONDOLONI

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Le Casse de la Bégum lance le "Petit Paul"

Paul Damien Mondoloni, né le 27 septembre 1916 à Sartène, se fait connaître pour la première fois à Paris, sous l'Occupation, où il trafique les tickets. Attrapé, il sera condamné à dix ans de travaux forcés et envoyé à la centrale d'Eysses, d'où il s'évade en 1944. C'est aussi à Paris qu'il fait la rencontre de Jean-Baptiste Croce avec qui il fera plus tard les quatre cent coups.

En attendant, en 1949, "Petit Paul" comme on l'appel va participer au coup le plus fameux des années d'après-guerre, réunissant plusieurs pointures du moment. À cette époque, Paul Mondoloni s'est déjà fait remarqué dans le Milieu par son étonnant sang-froid. Le 3 août 1949, la Cadillac transportant l'Aga Khan, l'un des hommes les plus riche du monde et chef spirituel de la secte musulmane des Ismaéliens, et son épouse, la Bégum, est stoppée par une traction garée au milieu de la route. Des hommes armés en surgissent et prennent possession du sac de la Bégum, dans lequel se trouve des diamants d'une très grande valeur. Le montant du braquage s'élève à 213 millions de francs, un record. L'affaire, organisée par un gros poisson du Milieu marseillais, Paul Leca, va faire grand bruit. Tous les membres de l'équipe seront identifiés et condamnés, à l'exception de Sennanedj, abattu par les autres auteurs du casse avec sa femme car découvert trop tôt (ce qui n'empêchera pas le reste de l'équipe de se faire pincer), et de Mondoloni. Ce dernier a en effet payé sa caution en 1952 et s'enfuit alors à Cuba. Il est condamné en 1953 aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de ce casse ne s'arrête pas là. Elle a fait naître chez certains de ses participants de sérieuses rancœurs, et en particulier chez Jacques Benedetti. Condamné à huit ans de prison, ce dernier décide de se venger. Une fois libre, il abat Dominique Nicoli, oncle de Mondoloni, le 14 juillet 1958 sur la terrasse de sa brasserie du Vieux-Port. Les explosions du feu d'artifice ont couvert le bruit des coups de feu. Nicoli avait pour tort d'avoir donner un conseil qui causera de sérieuses pertes à Benedetti dans le cadre de cette affaire. De plus, son lien de parenté avec Mondoloni, qui, lui, a empoché une grosse somme et qui en plus n'a pas fait de prison, accentue la rancune de Benedetti. Qui s'avère tenace. Condamné pour le meurtre de Nicoli, Benedetti ne sort de prison qu'en 1975 et passe voir Mondoloni à Sartène en 1976 pour lui demander des comptes. Le ton monte et Mondoloni se fait tirer dessus. L'autre aurait mieux fait de ne pas le rater : il est abattu quelques temps plus tard, en avril, de vingt balles de 11,43.



Avec Croce et Bistoni dans la Poudre

Fin 1952, Paul Mondoloni est envoyé au Mexique avec Jean-Baptiste Croce par son mentor Ansan Bistoni, dit l'Aga Khan (comme l'Ismaélien). Là, ils doivent rejoindre Antoine D'Agostino, ancien collabo, pour l'aider à monter une nouvelle filière pour le trafic d'héroïne. D'Agostino a en effet du mal à envoyer de la poudre vers les États-Unis depuis l'arrestation de ses deux principaux associés, Joseph Orsini et François Spirito. Il apprend aux deux nouveaux venus dans le monde de la drogue les rouages du trafic.

Mais les inséparables Croce et Mondoloni vont d'abord manquer de chance : lors de leur première transaction, début 1953, ils sont arrêtés au Texas avec la marchandise. Après avoir passé quelques mois en prison, ils sont extradés vers le Mexique où ils reprennent leurs activités. Et leur apport à la filière mexicaine a effectivement était par la suite d'une grande utilité. Du moins jusqu'en 1955, date à laquelle D'Agostino est arrêté.

Croce et Mondoloni, après avoir prit des contacts en Italie et en France, partent alors pour le Canada. À montréal, ils se rapprochent des pontes locaux, Lucien Rivard et les frères Cotroni, et vont s'associer avec eux dans le trafic d'héroïne. Une nouvelle filière est alors montée. Y prennent part Ansan Bistoni et son ami Gabriel Graziani, Dominique Nicoli, fournisseur d'héroïne et oncle de Mondoloni, Dominique Albertini, chimiste surdoué, et les frères Venturi, dont l'un, Jean, a été rencontré par Croce et Mondoloni au Canada. Le réseau utilise des voitures bourrées de poudre. Embarquées à Barcelone, elles sont ensuite envoyées à Montréal ou Véra Cruz d'où elles partent pour New-York. Cette filière permet à l'équipe de faire rentrer environ trente kilos d'héroïne aux États-Unis chaque mois.

À ce moment, Croce et Mondoloni sont des trafiquants aguerris et sont devenus des piliers de la French Connection avec leur ami Bistoni. En 1956, ils partent s'installer à Cuba où ils prennent des parts dans plusieurs boîtes de nuit et touchent des commissions sur les machines à sous de la Havane. Les derniers contacts avec la mafia sicilo-américaine qu'ils leur manquaient sont pris sur place et permettent de grossir les filières déjà existantes ou d'en créer de nouvelles.

Néanmoins, en novembre 1956, Paul Mondoloni est arrêté et extradé vers la France, malgré toutes les précautions qu'il prenait pour ne pas être pris, notamment les réguliers changements d'identités. Il y est jugé en mai 1957 pour l'affaire de la Bégum et n'écope que de deux ans de prison, et ressort dès juillet 1957 pour ensuite s'installer au Mexique. Par la suite, il ne cesse de voyager pour organiser le trafic : en France, en Espagne, à Cuba, en Amérique du Sud... Il semble aussi qu'il ait mit sur pied une filière passant par l'Italie en association avec des parrains siciliens, bâtisée du nom de "Pizza-Connection".

Paul Mondoloni est ainsi devenu l'un des piliers de la French Connection, même si son ami Croce aura prit un poids plus important que lui. À la différence près que Mondoloni, lui, ne se fera jamais pincer pour la came, alors que Croce écopera de dix-huit ans de prison en 1973.



Le Voyageurs de Retour devient un "Parrain de l'Ombre"

À la fin des années 70, Paul Mondoloni rentre en France et s'installe à Marseille avec son épouse nicaraguayenne. Malgré son âge et les apparences données par son attitude et ses fréquents voyages de repos en Corse, il n'est pas un truand à la retraite. Son étonnant carnet d'adresses lui permet de tirer les ficelles de bien des filières. Il est un monteur d'affaires. Vêtu élégamment, d'une grande courtoisie et très discret, dans l'ombre il joue un rôle centrale dans le Milieu français, fréquentant les grands noms de la pègre. C'est un juge de paix respecté que l'on consulte régulièrement. Passionné par les casinos, il aurait des parts dans celui de Bandol et d'autres en Afrique, et aura essayé de s'accaparer le casino Rhul de Nice.

En 1982, on pense qu'il a envoyé en Floride l'un de ses "poulains", Gilbert "le Libanais" Hoareau, ancien lieutenant de Zampa, pour régler son compte à Edgard Zemmour. Ce dernier avait en effet eu le malheur d'assassiner Marcel Francisci, roi du jeu parisien et grand ami de Paul Mondoloni.

En 1983, Mondoloni aurait eu le génie de réunir plusieurs des grands noms ou futurs grands noms du Milieu français autour d'une seule et même affaire. Cette année-là, Jean-Claude Kella lui demande en effet de prendre les dispositions nécessaires pour fournir de façon conséquente un américain du nom de Maneri, lui-même en contact avec la famille mafieuse des Benevento, pour alimenter un laboratoire clandestin à Phœnix, en Arizona. Pour se faire, Mondoloni fait d'abord appel à Grégoire Leccia et son fils Jean-Marc pour lui trouver des fournisseurs de morphine-base. Les Leccia ont le contact nécessaire en Turquie. Pour l?investissement, Mondoloni aurait réussit à réunir Gilbert Hoareau, Tany Zampa et son bras droit Jean Toci, Jacky le Mat, Francis le Belge, Pierre Lothoz dit le Nat, caïd du milieu lyonnais, et enfin le toulonnais Jean-Louis Fargette, chacun devant investir aux alentours d'un million de francs. Participe aussi à l'opération Michel Régnier, fils du pilier toulonnais Louis Régnier, chargé de transporter la marchandise.

Ainsi, fin 1983, Régnier fait passer 300 kilos de morphine-base, cachés sur un yatch, de Turquie à Marseille, puis de Marseille aux Antilles et enfin des Antilles en Floride, la drogue étant ensuite acheminée jusqu'à Phœnix. Là, dans une villa des Benevento, deux chimiste français, François Scapula et Charles Altieri, transforment la morphine-base en 148 kilos d'héroïne vendus ensuite à New-York par l'intermédiaire des Benevento. L'opération rapporte 240 millions de francs, dont au moins la moitié est revenu aux truands français, dont 15 millions pour chaque chimiste, 20 millions pour Mondoloni, et un total de 40 millions pour les Régnier-Fargette-Lothoz.

En cette année 1984, Mondoloni a parrainé une autre grosse affaire, tournant cette fois-ci autour d'un marseillais d'origine arménienne, André Manoukian dit le "Panzone", en association avec des passeurs italiens et israéliens, montée sur les filières déjà existantes de la "Pizza-Connection".

Mais la "retraite" de ce père tranquille qu'est Mondoloni va prendre fin en 1985. Le 29 juillet de cette année-là, âgé de 69 ans, Paul Mondoloni se rend vers 18 heures à la brasserie "les Danaïdes", en haut de la Cannebière, où il a ses habitudes. Soudainement, plusieurs hommes planqués dans une voiture font feu sur lui et l'abattent sur place. Le garde du corps de "Monsieur Paul" aura à peine eu le temps de riposter, en vain. Les obsèques de Mondoloni, dans sa ville natale de Sartène, seront grandioses.

Qui donc a put avoir la folie de s'en prendre à ce juge de paix qui n'était en mauvais termes avec personne? Il semblerait qu'il s'agisse de Jean Toci qui, après la mort de Zampa et le démantèlement de son empire, pensait Mondoloni complice de la chute du clan Zampa et capable de retourner sa veste à tout moment contre lui. À la suite de ce coup de folie, Toci se cachera un moment pour éviter les balles.

Avant de mourir, Paul Mondoloni aura tout juste eu le temps de préparer le terrain ...................., qui depuis règne en maître sur la Corse du Sud.



Beaucoup d'info sont tirés de l'excellent Skyblog
http://lunik-parrain.skyblog.com/index.html


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Message Publié : 30 Juil 2006 9:23 
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Skyblog longue vie au parrain
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Paulot Leca




PAULO LECA (1905-1966)


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De l'Or dans le Train et dans les Mains

Paul Leca est né le 14 mai 1905 à Valle-di-Mezzana, en Corse du sud. Embarqué pour le continent, il atterrit à Marseille. Il y trempe très jeune dans divers trafics, notamment celui des faux billets, ainsi que dans le vol, et se fait remarqué dans le quartier de Saint-Jean. Il en devient l'un des caïds.

En 1936, son nom est cité dans des affaires de vol, et en 1938 dans une très grosse affaire : celle du train de l'or. Les premiers traits de l'affaire ont été tracés à la Centrale de Nîmes. Le coup réunit deux bandes de Marseille, l'une venant de la Belle-de-Mai, emmenée Paul Pedusi et comptant dans ses rangs Gu Méla, l'autre de Saint-Jean, ayant pour chef de file Paulo Leca. Au total, on compte seize participants. Une nuit de septembre 1938, un train transportant 180 kilos d'or, des diamants et des rubis bruts, entreposés dans un wagon blindé gardé par deux homme armés, quitte la gare Saint-Charles à Marseille. Tout juste quelques minutes après son départ, le train s'arrête bizarrement à hauteur de Saint-Barthélémy. Les hommes d'équipage descendent du train pour voir ce qui se passe. À peine descendus, ils sont mitraillés. Une partie des braqueurs les met en joue tandis que d'autres chargent l'or et les diamants dans une camionnette. Quelques temps plus tard, quelques participants venus de la Belle-de-Mai sont arrêtés. Les autres, sentant le vent tourné, se réfugient à Paris.


Paulo Leca, lui, décide de régler son compte à Attilio Deci, venu de la Belle-de-Mai et ayant participé au coup du train de l'or, à cause d'un vieux contentieux à propos de faux billets. Pour se faire, il lui propose de s'associer avec son équipe le temps d'une affaire. À peine arrive-t-il à ses côtés que Paulo le remplit de plomb. Ses amis balancent le cadavre de Deci à la mer.

Fin 1940, Paul Leca est interné au camp de Mauzac, et revient à Marseille en 1943, en partie libéré grâce à son amitié avec le parrain Paul Carbone. À Marseille, il devient l'un des principaux imprimeur de faux tickets d'alimentation et travaille pour les services, volant à l'occasion pour leur compte des documents militaires à la marine allemande. À la libération, Leca est accusé de collaboration. Le patron de la Sûreté, Pierre Berteaux, que Leca a rencontré à Mauzac, intervient et l'innocente.



Un Gros Poisson

À la Libération, Paulo Leca est devenu un très gros poisson, lié à de nombreuses figures du Milieu et ayant des relations policières à un haut niveau qui le protégeront longtemps. Ayant toutes les apparences de la respectabilité, possédant des participations dans des bars niçois, Leca affiche un mode de vie de nabab, costumes coûteux sur le corps et porte-cigarettes en or à la bouche.

Après la guerre, il pille les châteaux, trafique les faux dollars et les cigarettes de contrebande. Il excelle dans ce dernier secteur et devient l'un des plus gros trafiquants de cigarettes de Marseille, peut-être même le plus gros juste après Jo Renucci. Son superbe yatch, l'Éliette, sert à son équipe pour faire la navette entre Tanger et Marseille, les cales du bateau remplit de blondes. En décembre 1949, deux tonnes de cigarettes de contrebande sont saisies dans un camion près de Marseille. Leca est confondu quelques semaines plus tard. Son yatch est saisi. Lui est condamné à une amende de 130 millions de francs et trois ans de prison par contumace. Paulo Leca est en effet en cavale. Mais pour une autre affaire. Celle des bijoux de la Bégum, le coup le plus fameux des années d'après-guerre..

Le 3 août 1949, aux alentours de midi, sous un soleil tapant, une Cadillac transportant l'Aga Khan, père spirituel des Ismaéliens (secte musulmane) et l'un des hommes les plus riche au monde, accompagné de sa femme, la Bégum, élue Miss France en 1930, quitte une luxueuse demeure du Canet pour se rendre à l'aéroport de Nice. Un cycliste ralentit d'abord la voiture. Un peu plus loin, elle est bloquée par une traction arrêtée au milieu de la route, et dont le chauffeur fait mine de se soulager sur un mur. Brusquement, il se retourne et braque une mitraillette sur les occupants de la Cadillac. Deux autres hommes, portant des bérets basques et des lunettes de soleil, surgissent de la traction et s'emparent, sous la menace de leurs armes, du sac rouge de la Bégum, remplit de bijoux, dont la Marquise, un diamant 22 carats. L'Aga Khan est délesté de son portefeuille. Avant de prendre la fuite, les bandits prennent soin de crever les pneus de la Cadillac. Le montant du casse s'élève à 213 millions de francs, un record pour l'époque. On parle de "Casse du Siècle".

L'organisateur de l'affaire n'est autre que Paul Leca, secondé par un autre homme de poids, Charles Vincéleoni. C'est un américain retraité proche de la femme de ménage de la Bégum qui a apporté le coup à Leca. Le cycliste chargé de ralentir la Cadillac est Barthélémy Ruberti. Les trois braqueurs sont François Sanna, dit Chois, Jacques Bennedetti et Paul Mondoloni. Quand au chauffeur de la traction, il s'agit de Roger Sennanedj. Grâce à la batterie du véhicule, la police identifie ce dernier. Mis indirectement au courant par la presse, les membres de l'équipe l'élimineront avec sa compagne en Suisse par précaution, alors que la police est sur ses traces.

L'enquête n'avance pas. Jusqu'au jour où Jean-Thomas Giudicelli, homme respecté dans le Milieu mais indicateur invétéré, donne les noms de Ruberti et Sanna, en 1950. De leur côté, les deux compères arrêtés balancent toute l'équipe. Michel Nicoli, juge de paix du Milieu marseillais et oncle de Mondoloni, conseille à l'équipe de restituer le butin du casse pour alléger les charges qui pèsent contre eux. Ainsi, le 26 février 1950, la magot est mystérieusement déposé devant une porte du principal commissariat de Marseille. Leca prend la fuite en Camargue puis à New-York tandis que Mondoloni paye sa caution et s'enfuit à Cuba. Au procès, en juin 1953, Sanna est condamné à dix ans, Benedetti à huit ans et Ruberti à six ans. Vincéleoni, pour sa part, est acquitté tandis que Leca et Mondoloni sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de la Bégum ne s'arrête pas là. À sa sortie de prison, se sentant lésé par la restitution du butin conseillée par Michel Nicoli, Jacques Benedetti abat ce dernier pour son conseil inutile le 14 juillet 1958. En 1976, il est lui-même abattu sur ordre de Paul Mondoloni, neveux de Nicoli. Entretemps, en juillet 1960, Jean-Thomas Giudicelli est tué d'une rafale de mitraillette, sans aucun doute pour l'une de ses dénonciations, peut-être pour celle concernant l'affaire de la Bégum.

Paulo Leca, lui, quitte New York en août 1960 pour la France et s'y constitue prisonnier. Jugé en novembre 1961, il bénéficie grâce à son ami Pierre Berteaux, patron de la Sûreté, de "circonstances atténuantes" et est condamné à deux ans de prison et au versement d'une amende de 91 millions de francs. Ayant déjà purgé dix-huit mois de détention préventive, il sort libre. Coulant une retraite paisible dans sa propriété de Sainte-Marguerite, il meurt dans son lit en février 1966.


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Message Publié : 30 Juil 2006 9:24 
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Paulo Leca et Paul Mondoloni l'affaire des bijoux de la bégum

Les bijoux de la Begum

Le 3 août 1949, la Cadillac de l'Aga Khan - l'un des hommes les plus riches du monde - est l'objet d'une attaque à main armée. Les agresseurs font main basse sur deux cents millions de diamants et de pierres précieuses...
L'AGA KHAN est un homme heureux. Petit mais heureux. Paris Match qui s'y connaît en vraies célébrités écrit de lui : « Descendant de Mahomet, dieu vivant pour 70 millions d'Ismaëliens (...) l'Aga reçoit chaque année son poids en or qu'il s'empresse d'ailleurs de distribuer à des oeuvres de charité. Son immense fortune fait de lui un des hommes les plus riches et plus puissants de la planète. Son écurie de courses est une des plus fameuses du monde. » Cet homme a, par ailleurs, un fils, Ali Khan, qui épousera cette année-là la star hollywoodienne la plus flamboyante, Rita Hayworth, mais ceci est une autre histoire. Il a aussi une épouse - la cinquième en titre - la Begum, une femme splendide née Yvette Lebrousse à Sète en 1906, ancien prix de beauté. L'Aga est septuagénaire et comme il aime beaucoup son épouse, il lui offre des bijoux, beaucoup de bijoux. Et la presse en parle beaucoup du petit Aga, chef temporel et spirituel de la secte musulmane des Ismaëliens et de sa cinquième et radieuse épouse (qui, elle, est très grande) et de ses bijoux... A Cannes, le couple habite la villa Yakimour. Or ce 3 août 1949, il s'apprête à quitter la Côte d'Azur pour Deauville où il a décidé de passer l'été. Il est midi lorsque la Cadillac quitte la villa pour se rendre à l'aéroport de Nice. L'Aga Khan s'est assis à l'avant à côté du chauffeur. La Begum est à l'arrière avec sa femme de chambre. A ses pieds, sa malette de cuir rouge qui contient des bijoux offerts par l'Aga : diamants et pierres précieuses. Il y en a pour plus de deux cents millions de l'époque. Subitement, la Cadillac est obligée de ralentir : un cycliste en plein milieu de la route, remonte sa chaîne de bicyclette... La puissante limousine ralentit et se voit couper la route par une traction avant. La Cadillac s'arrête pile. De la traction descend un trio, ni masqué, ni cagoulé mais puissamment armé : une mitraillette, deux gros calibres. Les portières de la Cadillac sont ouvertes... L'homme à la mitraillette braque son arme sur la Begum qui n'hésite pas un seul instant : la malette de cuir rouge change de propriétaire... Le trio repart dans sa traction. Le hold-up de l'année n'a pas duré cinq minutes. D'ailleurs, très concentré sur sa tâche principale, le trio n'a même pas pensé à détacher du cou de la Begum le collier qu'elle porte ce jour-là : une bagatelle de 80 millions. L'affaire fait évidemment la une de tous les journaux qui parlent, eux, du « hold-up du siècle ». Ils ne perdent rien pour attendre. Pour l'heure, l'enquête commence et elle est menée par le chef de la Police judiciaire en personne, Georges Valantin, qui - antérieurement secrétaire général de la police à Marseille - passait justement ses vacances dans le Midi.

Nous avions donné notre parole que nous ne ferions rien
Il connaît bien le « Milieu » de la Côte, Valentin et très vite, l'on identifie l'homme à la mitraillette, le gros Roger, de son vrai nom Roger Sennanedji, un truand bien connu de la police, « un dur un tantinet mou (qui) avait la réputation de se mettre trop facilement à table. » On sait même où il est le gros Roger (105 kg tout de même !) : à Genève avec son amie Renée Rémy. Il ne reste plus qu'à les cueillir, la police hélvetique est d'accord : pensez donc, mettre la main au collet du voleur des bijoux de la Begum. Seulement voilà, au moment où le couple va être arrêté, il disparaît : prévenu à temps selon certains, liquidé par les complices selon d'autres... En tout cas, ces deux-là, on ne les reverra jamais ! Ensuite, l'enquête piétine jusqu'au jour où un « informateur » fournit au commissaire Mattei de la Police judiciaire de Marseille les noms de tous les autres protagonistes du hold-up : Barthélemy Ruberti dit Mémé, François Sanna dit Choï - les deux acolytes armés - Jacques Benedetti et Paul Mondoloni, les deux qui étaient restés dans la traction. En un tournemain, tout ce joli monde se retrouve sous les verrous. Nous sommes début janvier 1950. L'affaire est terminée ? Non, elle commence car deux questions - essentielles - restent, si l'on ose dire, en suspens : où sont les bijoux ? qui est le cerveau de l'affaire ? Les déclaration des malfrats sont passablement embrouillées : les bijoux ont été enterrés dans un jardin à Vallauris puis déterrés puis ? On ne se souvient plus (sic). Le cerveau ? Finalement, après bien des interrogations, un nom tombe : il s'agirait de Paulo Leca, l'un des grands bonnets du milieu marseillais depuis 1936. Riche. Inattaquable et d'ailleurs, pour l'heure, subitement introuvable. Or, le 20 janvier 1950, coup de théâtre : un « informateur » anonyme avertit le commissaire Trucchi qu'un paquet l'attend au pied de l'escalier, dans la cour de l'hôtel de police de Marseille. On y va, on ouvre le paquet, on convoque les experts : ce sont effectivement les bijoux de la Begum. Il n'en manque qu'un, le fameux diamant dit de la Marquise qui vaut 60 millions à lui seul. Cette découverte miraculeuse a une explication que fournit obligatoirement le commissaire Trucchi : les avocats des gangsters auraient convaincu leurs clients de restituer les bijoux, ce qui leur vaudrait la mansuétude des jurés aux Assises... Finalement, l'on retrouve également - début mars 1950 - le fameux diamant, retaillé il est vrai afin de pouvoir être revendu à un Américain. L'on notera - c'est une information objective et rien de plus - que dans cette affaire, l'on retrouve beaucoup de Corses... des deux côtés de la barrière, souvent même originaires du même village ! Finalement, tout ce beau monde se retrouve trois ans plus tard, le 6 juillet 1952, devant la Cour d'Assises d'Aix-en-Provence. Manquent cependant le gros Roger (liquidé), Paulo Leca (évanoui dans la nature), Mondoloni (laissé en liberté provisoire, également disparu). Du côté des victimes, l'Aga - septuagénaire - est absent. La Begum - « robe d'été blanche à pois bleus, longs gants blancs, chapeau blanc (...) d'une royale beauté (...) beaucoup d'allure », (Frédéric Pottecher dixit) - viendra le troisième jour du procès. Du côté des policiers, l'on attend une rencontre - violente - au sommet entre Georges, Valentin, directeur de la Police judiciaire et Berteaux, directeur général de la Sûreté nationale. En effet, le premier a porté contre le second des accusations graves, l'accusant notamment d'être le véritable cerveau du hold-up ! C'est un quasi sosie de Winston Churchill qui préside : M. Pourtoukalian est jovial, haut en couleur. Il commence à en voir... de toutes les couleurs lorsque - interrogeant le commissaire Trucchi sur son « informateur » - il entend Me Pollack, avocat (de la défense) célèbre, dire au policier : « N'auriez-vous pas pu suivre le manège de cet informateur et arriver, grâce à lui, jusqu'aux receleurs ? »; et le policier de répondre tranquillement : « Non, parce que nous avions donné notre parole que nous ne ferions rien et que la parole d'un fonctionnaire doit être sacrée, surtout avec un homme du milieu ». Bigre.

Le procès a atteint ses sommets ou plutôt ses égouts
Cela continue avec Ruberti, celui qui jouait le rôle du cycliste pendant le hold-up. Pour lui, le cerveau, c'est Leca. A la fin, il est énervé, Ruberti. Il crie : « Et moi, je paye en étant détenu pendant que les autres qui sont libres, courent toujours ! ». Le président : « Vous avez touché votre part... » Ruberti : « Rien du tout. Peut-être trente sacs ? Autant dire des bigorneaux ! » Le président : « Je ne connais pas le cours des bigorneaux ! » Le troisième jour, royale arrivée de la Begum. Elle reconnaît le fameux diamant et un seul des gangsters : l'émotion sans doute. Arrive le jour dont J.M. Théolleyre du Monde écrira : « Le procès d'Aix-en-Provence a atteint vendredi soir ses sommets ou plutôt ses égoûts. » Depuis quelques jours, le passage à la barre de leurs subordonnés n'a rien donné mais voilà qu'entrent en scène Georges Valantin, directeur de la Police Judiciaire et Berteaux, directeur de la Sureté nationale. Ravagé par les tics, Valantin lance d'entrée : « Vous croyez peut-être que c'est Paulo Leca l'instigateur du coup ? Eh bien, l'instigateur n'est pas Leca mais M. Berteaux, directeur de la Sûreté nationale ! ». Le président : « Ah ça ! Vous avez des preuves ? » Valantin : « Parfaitement ! Oui, c'est M. Berteaux le véritable chef du gang ! » Et de signaler que Paulo Leca et Berteaux sont d'ailleurs de vieux amis. Stupeur du public et de la Cour. Les accusés dans le box, eux, sont hilares. Arrive Berteaux, très calme, très sûr, très élégant : « Tout vient de ce que je n'ai pas assez estimé M. Valantin à ses propres yeux ! Or, M. Valantin est un incapable, un brouillon, un hurluberlu, un hanneton ! » Si Valantin le poursuit de sa haine, c'est parce que lui, Berteaux, a refusé de lui payer des notes de frais exagérées : elles étaient subitement passées de 30 000 à 125 000 F par mois. Valantin explose : « Si c'est ça, on va remuer de la merde ! » Berteaux, de plus en plus sûr de lui, en arrive à tracer un portrait très flatteur de son ami Leca, élargit son propos à une analyse sociologique du milieu : « Tous ces hommes ont un certain sens de l'honneur. Et croyez-moi, quand il n'y a plus d'honneur dans le milieu, il n'y en a plus nulle part dans le pays ! »

J'ai parlé du code de l'honneur et non de l'honnêteté
Explosion dans la salle. Le président : « Et avec ces raisonnements, vous étiez chef de la Police ? » Berteaux : « Oui, et alors ? J'ai parlé du code de l'honneur, non de l'honnêteté ». Nouvelle explosion. Vacarme. Le président : « Vos conceptions sont suffocantes ! Leca est un bandit, et c'est vous le directeur de la Sûreté nationale, qui venez le défendre ici ! Le milieu ? Je vais finir par me demander si vous n'en faites pas partie. » Tumulte général. Dans leur box, les accusés trépignent de joie, observe Frédéric Pottecher. Le président lève la séance : « Cette Cour d'assises a servi de vidange à une véritable poubelle ! » Applaudissements du public. Le lendemain, Berteaux est suspendu de ses fonctions par le ministre de l'Intérieur. Peu de temps après, en décembre 1953, il sera élu sénateur du Soudan (à l'époque colonie française) malgré les perpétuelles attaques de Valantin. Reste à prononcer un verdict : il sera finalement assez modéré : de cinq à dix ans de prison pour chacun. Et l'on sait ce que valent les durées des condamnations... En août 1960, Leca refait surface et demande à être jugé pour vol de bijoux de la Begum. Il passe en jugement le 17 novembre 1961 devant la Cour d'Aix-en-Provence. Plus personne ne se souvient vraiment de cette histoire... il écope de deux ans de prison. Or, il vient de purger dix-huit mois en préventive. Il doit rembourser une somme de 91 millions qu'il ne remboursera jamais. Car le truand meurt peu après le verdict. Quant à la Begum, elle vient de mourir très recemment. Elle avait survécu à l'Aga, à Ali Khan et à la flamboyante Rita Hayworth... Quel souvenir gardait-elle de ce 3 août 1949 ?

Texte : Edouard Boeglin Illustration : Christian Heinrich


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Message Publié : 30 Juil 2006 15:53 
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Le clan Guerrini les rois de Marseille de 1945 à 1969
Mémé (barthelemy) et Antoine


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L'ascension d'un truand
Originaires du village de Calenzana, en Corse, aîné d'une famille pauvre de septs enfants (six garçons et une fille), Antoine Guérini voit pour la première fois le sol continental à l'âge de 15 ans. Il part pour Marseille et trouve une place de serveur dans un bar de voyous. Dans le début des années 1930, il fait venir ses frères Francois et Barthélémy Guérini dit Mémé. Puis rejoint par Pierre, Pascal, Lucien et Restitude qui a toujours pris une part active par la suite aux décisions du clan.

Dans les années qui suivirent, les Guérini commencèrent à s'implanter solidement dans le Marseille nocturne. On les connaît pour leur bonne mentalité et leur droiture, à une époque où l'entourloupe était de mise dans le Milieu. Antoine se démarque notamment par sa froideur, son mutisme et son impulsivité.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, Mémé devenu le bras droit d'Antoine et surtout Antoine ne vont cesser d'élargir leur empire, possédant des établissements dans le sud. En plus du proxénétisme, le clan Guérini touche aussi à la politique, du côté des socialistes.


Des gangsters résistants
Pendant l'Occupation, les Guérini penchent plutôt pour la Résistance, Antoine cependant reste affairiste et combine parfois opportunément avec l'occupant. Mémé, lui, est on ne peut plus engagé : il organise des raids, prend part aux combats et noue beaucoup de liens avec de futurs hommes politiques, notamment Gaston Deferre. À la fin de la guerre, les Guérini ont le champs libre : les « parrains » marseillais, Paul Carbone et François Spirito, ont quitté le terrain (l'un mort et l'autre en fuite). De nombreux autres voyous sont aussi en fuite, par peur des représailles suite à leur collaboration (non-idéologique mais économique) avec les nazis. Les Guérini prennent alors beaucoup de terrain sans qu'on ne leur résiste, autant dans le sud que dans la capitale.


L'empire marseillais
Les Guérini vont alors être littéralement propulsés au sommet : l'ex-commissaire de la DST Robert Blémant s'allie à eux en 1945 et leur permet d'aggrandir encore leur empire, et en 1947 le candidat des Guérini, un certain Gaston Deferre, est élu maire de Marseille. Les Guérini sont puissants, à la tête d'un empire et chefs d'une véritable armée de gangsters, on les craint et les respecte à la fois. De part leurs relations, ils sont des intouchables. Dans tous le sud-est de la France, aucune affaire ne leur échappe, et les colonies ainsi que Paris ne leur sont pas inconnus.

Si Mémé Guérini s'écarte quelque peu du Milieu pour se rapprocher du grand monde, Antoine Guérini reste un pure bandit, continuant de fréquenter les établissements des truands. La CIA fait appel à ses services pour tenir le Vieux-Port, le clan se lance avec succès dans la contrebande de cigarettes à grande échelle, ainsi que dans le trafic internationnal d'héroïne, en collaboration avec le plus puissant des parrains new-yorkais, Lucky Luciano, la French connection prenant le contrôle du marché américain pour plusieurs années. Certains évoquent même l'implication d'Antoine Guérini dans l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy.


Les jeux et la chute
À la fin des années 50, Antoine Guérini se lance dans le secteur des jeux, à Paris, conseillé par Robert Blémant. Il y perd des sommes colossales, persuadé que Blémant y est pour quelque chose. En 1965, après de vifs débats au sein du clan, Robert Blémant est abattu par deux tueurs. Mauvais choix de la part du parrain de Marseille : Blémant était un pilier du Milieu hexagonal, et on le respectait autant qu'il était utile aux grands pontes. La quasi-totalité du Milieu désaprouve cette action, et les appuis politiques des Guérini se mettent à les lâcher petit à petit. Les deux assassins seront à leur tour abattus.

Et le 23 juin 1967, alors qu'il faisait le plein de sa Mercedes avec son fils, Antoine Guérini est abattu de onze balles tirées par un tueur casqué accompagné d'un motard. Des hommes envoyés pour venger Blémant ? Plus ou moins. La rumeur désigne ouvertement le jeune mais prometteur Tany Zampa et son acolyte Jacky le Mat, deux futurs stars du milieu, d'être les auteurs du crime. Les deux hommes avaient d'ailleurs travaillé avec Robert Blémant. Mais c'est probablement l'obstacle à leur ascension que représentait Antoine Guérini qui les a poussé à agir.

La même année, Barthélemy Guérini (Mémé), François Guérini et Pascal Guérini sont arrêtés pour meurtre. Pascal meurt en prison et Mémé est condamné à vingt ans de prison. Il mourra d'un cancer en 1982, dans une clinique de Montpellier.

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Message Publié : 30 Juil 2006 15:59 
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Jo Renucci le maitre de Tanger, des traffics en méditerranée et amis de Lucky luciano

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Petit Jo deviendra Grand

Jo Renucci, un mètre soixante deux seulement. Oui, mais un mètre soixante deux de nerfs et d'intelligence.

Né le 6 juillet 1908 à Marseille de parents corses originaires de Zicavo, le bègue Joseph Antoine Renucci a très tôt une attirance pour les armes à feu. Vu sa corpulence, il n'a en effet guère la possibilité de s'imposer par les poings. Portant toujours un calibre sur lui (et ce jusqu'à la fin de sa vie), il est arrêté en janvier 1928 pour port d'arme à Saint-Éloi-Les-Mines. Cinq mois plus tard, il est soupçonné de vol à Marseille et relaxé faute de preuves. Premier non-lieu d'une liste qui ne va cessée de s'allonger.

Lorsqu'il commence à travailler pour Carbone et Spirito, en 1929, alors âgé de 21 ans, on lui prête déjà deux meurtres. Le petit Jo est craint. Ce qui en fait une recrue de choix pour le duo marseillais qui a entrepris de mettre la main sur les maisons de la côte. Jo Renucci et Paul Carbone ont par ailleurs un lien de parenté: chacun de leur frère est marié à une Salducci (Francine et Françoise). Le frère de Jo, Noël, grand spécialiste des jeux dans la région, a d'ailleurs commencé à travailler pour Carbone avant lui, au même titre que son autre frère Barthélémy. Et par l'intermédiaire de Noël, Jo va nouer des liens avec l'ancien président Fernand Buisson, dont le protégé, M. Rouvier, sera élu aux Goudes, petit port de pêche au sud de la ville. Les hommes de main de Renucci encadrent alors les radicaux.

Rusé, prudent, malin et nerveux, Jo Renucci enchaîne les braquages pendant les années 30. Souvent soupçonné, jamais condamné. Les seules affaires où on pourra prouver sa culpabilité concernent le port d'armes et le vol. Soit des condamnations à quelques mois de prison seulement. Pour le reste, on le soupçonne dans divers affaires, notamment celles de la trésorerie générale d'Aubagne, du Crédit Lyonnais de Bignolles, du courrier postale d'Antibes, des encaisseurs de Nice, du braquage de Toulon... Ce dernier, perpétré contre un transporteur de fonds de l'entrepôt de tabac de Toulon en décembre 1939, aurait permis à Jo d'empocher 320 000 francs de l'époque. Mais une fois de plus, il a un alibi en béton. Il fera tout de même un an de préventive en 1934 pour le braquage d'un encaisseur à Alger avant d'être innocenté.

Officiellement importateur d'agrumes en 1935, Jo Renucci devient (officiellement toujours) représentant en champagne en 1940 tandis que son frère Noël est patron de la boîte le Dan's.



De la Résistance au Trafic de Blondes

À l'armistice, comme nombre de gangsters marseillais, Jo Renucci est interné au camp de Sisteron. Il en sort un peu plus tard grâce à son très épais carnet d'adresses. Grand joueur de casinos, il est interdit de jeu en 1942 pour avoir triché au casino de Monte Carlo. Courant 1943, il se tourne vers le camp des occupants et y rejoint Carbone et Spirito, avant de se mettre au service de la Résistance quelques mois plus tard, faisant partie des services de la sécurité des FFI et étant en relation avec les services secrets français en Afrique du Nord. Ce qui lui permet de croiser Robert Blémant ou Marcel Francisci, entre autres, et de se rapprocher des Guérini. Ainsi, Jo sera arrêté fin 1943 par la sécurité allemande pour ses liens avec la Résistance. Il fait jouer ses relations malfrates et s'en sort sans trop de dommages. À la Libération, il prend plus ou moins part aux combats aux côtés des FFI.

Monter à Paris, Jo Renucci se rapproche du MRP au printemps 1945, rencontrant certains de ses dirigeants à Paris. Se liant d'amitié avec des députés RPF, Antoine Chalvet et Étienne Rolin-Laboureur, Renucci adhère au RPF en 1947, tout en gardant des liens avec les services secrets.

Le 3 août 1949, le même jour que l'affaire de la Bégum, Jo Renucci organise un gros coup avec René le Capitaine et quelques autre truands, qui ne toucheront que des miettes : le braquage d'un transporteur de fonds qui relie la Banque de France d'Aix à une succursale de Marseille, pour un montant de 25 millions de francs. L'affaire avait d'abord était indiquée à Antoine Guérini, dont l'équipe avait échoué à plusieurs reprises. La même année, Jo est cité dans une retentissante affaire de vol de bons du Trésor, à Arras, au même titre que le député Antoine Chalvet. Le butin est évalué à 100 millions de francs. Mais là encore, Renucci passe entre les mailles du filet.

En ces années, c'est surtout au trafic de cigarettes américaines que Jo s'intéresse. Le très lucratif trafic des cigarettes américaines de contrebande est tombé aux mains des truands vers 1946-1947, et va faire leur richesse jusqu'en 1956. La plaque tournante du trafic, Tanger, accueille durant cette période toute la pègre méditerranéenne. Dans ce panier de crabe, Jo Renucci va se détacher du lot et devenir sans doute le plus gros trafiquant de cigarettes, précédé de très près par une poignée d'autres contrebandiers, dont entre autres Paul Leca. À Tanger, devenu la base arrière du caïd, Jo Renucci s'impose comme un chef incontestable, trafiquant toute sorte de produits. Le trafic de blondes restant néanmoins son activité centrale. Mémé Guérini dira lui-même plus tard du trafic de cigarettes : "la contrebande ça n'était pas de tout repos! Cela se passait souvent sans problème, mais quand ça dérapait, fallait avoir du doigté".

Ayant des contacts à Marseille, en Corse, à Beyrouth, en Afrique du Nord, et des liens avec le parrain new-yorkais Lucky Luciano (avec qui il s'entend à merveille), Jo Renucci va organiser la contrebande de cigarettes pendant le seconde moitié des années 40. Avec des associés solides, et pas n'importe lesquels : Lucky Luciano et les Guérini. Ensemble ils dépêchent Nick Venturi et Antoine Paolini, dit Planche pour sa maigreur, qui ne sont pas eux non plus des petites frappes. Sur Tanger, Renucci est associé à d'autres poids lourd du Milieu, comme Robert Blémant, Paul Leca ou Marcel Francisci.


De Salicetti à Planche, les corps tombent

Mais la carrière de Renucci va aussi être entrecoupée de retentissants règlements de compte. Jo est en effet mêlé aux deux vendettas qui ont le plus secoués le Milieu des années 40 et des années 50.

En décembre 1945, Ange Salicetti, dit le Séminariste, déjà double assassin (c'est lui qui a tué l'un des frères Graziani en 1937), lance une offensive contre des tenanciers de Paris. Après deux victimes des balles de Salicetti, l'équipe adverse contre-attaque. Le Séminariste, homme de poids de Montmartre, sait qui est de son côté et sait surtout qui est contre lui, conscient qu'on l'apprécie peu. Il prépare sa vengeance. Ainsi le 19 juillet 1946, à la sortie du Hollandais, quatre hommes sont visés par des coups de feu. Un homme est tué, Jacques Morazzini, et trois autres sont blessés, dont Nick Venturi. Ce dernier connaît beaucoup de monde. Ses proches sont près à l'épauler, Jo Renucci en tête, suivit de "Planche" Paolini, qui va faire plus tard parler de lui dans une autre vendetta, et de François Lucchinacci, dit le Notaire. Les corps ne vont cesser de tomber.

Sans qu'on ne sache trop pourquoi, Ange Salicetti voue une haine sans limite à Jo Renucci, bien plus qu'à tous les autres ennemies qu'il s'est fait. Le 20 janvier 1949, Jo dîne avec le député gaulliste du RPF Raulin dans un grand restaurant de la rue Mac-Mahon. Le député lui propose de le ramener, ce qu'il refuse. La traction de Raulin est alors mitraillée et la secrétaire de l'homme politique tuée. Les tireurs l'ont confondu avec Renucci, car étant du même gabarit que celui-ci. Le 28 août de la même année, épaulé par Nick Venturi et Antoine Paolini, Jo Renucci décide de se venger. Alors que Salicetti rentre de l'enterrement de Mathieu Costa, caïd ami des Guérini qui a été poignardé, sa voiture est mitraillée dans le tunnel de la porte de Champeret. Il s'en sort vivant, mais son cousin est blessé et ses deux gardes du corps tués.

Le 3 décembre 1950, celui qui a fait trembler le Milieu pendant cinq années est enfin abattu, malgré sa très grande prudence et toutes les précautions qu'il prenait. Ce soir-là, à deux heures et demi du matin, alors qu'il rentre chez lui en banlieue parisienne dans sa BMW avec sa femme, une voiture surgit du boulevard d'Indochine et des coups de feu sont tirés. Ils atteignent Salicetti en plein front.

Quelques années plus tard, une autre vendetta va secouer le Milieu. Et là aussi Renucci y joue un rôle de premier plan. Elle concerne le trafic de cigarettes. En 1952, Antoine "Planche" Paolini aurait escroqué ses associés de plusieurs centaines de cartouches de cigarettes provenant du bateau le Combinatie. Et en 1955, il essaye de tuer un truand corse revenu au pays depuis quelques années, "Jean-Jean" Colonna, qui avait pourtant comme intention de calmer le jeu. Amputé des deux jambes après avoir reçut une rafale de mitraillette, il survit. Mais la guerre est lancée. Jo Renucci, Jean Colonna, Nick Venturi et Marcel Francisci, soutenus par les Guérini, se lèvent contre Planche. Les fusillades se multiplient et une grande partie des proches de Planche y passent.

Ce dernier se sent traqué et abandonné, et il n'a pas tort. Le 4 novembre 1955, deux de ses poulains poussés par les Renucci et compagnie le trahissent et l'exécutent de vingt balles. Ce qui ne met pas pour autant fin à la vendetta. Jean-Jé Colonna va en effet se venger de la mort de son père, Jacques, tué uniquement pour son lien de parenté avec "Jean-Jean". Il lui faudra dix ans...

Chacune de ces deux vendettas aura laissé près d'une quinzaine d'hommes sur le carreau.



Jo Renucci au sommet de sa gloire

Vers 1949-1950, Lucky Luciano et Meyer Lansky passent divers séjours en France. Il semble clair qu'ils y ont organisé des réunions avec Antoine Guérini et Jo Renucci afin de mettre sur pied un important trafic d'héroïne. Jo a en effet une adresse à New York sous un nom d'emprunt, sans doute pour s'occuper de la bonne marche des opérations. Il est aussi lié au chimiste présumé de l'organisation, Gaston Roussel. Divers services de police français, et parfois américains, s'accordent à dire que Renucci est l'un des plus gros trafiquants de drogue et de cigarettes américaines des années 50.

Pendant cette période, Jo Renucci est au sommet de sa gloire. Il s'affiche en homme d'affaire, fréquente les politiques, tient plusieurs établissements : un bar dans le VIIIe arrondissement à Paris, un autre à Marseille, copropriété de Robert Blémant, un salon de thé et une maison de disque qui diffuse entre autres Fernandel. Survivant de deux vendettas, il se montre très vigilant, craignant des vengeances. Installé à Casablanca depuis 1952, il est entouré de gardes du corps lourdement armés. Malgré une saisie de cinq tonnes de cigarettes de contrebande, en juin 1950, issues d'un trafic attribué à Renucci, ce dernier déclarera : "je ne suis pas un trafiquant. Je suis un commerçant qui paie des impôts et qui est soumis aux lois. Je vends des cigarettes? D'accord. Mais je vends aussi des filets de pêche. À Tanger, tout est en vente libre. Quand je vends un chargement de blondes, est-ce que j'ai à savoir où elles vont être expédiées? Je suis payé cash. Cela me suffit". Officieusement proclamé "roi du non-lieu", le trafic de cigarettes et de drogue lui permettront de prospérer jusqu'à la fin de sa vie.

Grâce à ses liens, Renucci se rapproche du SDECE. Il fréquente en effet à Casablanca Antoine Méléro ou encore Alexandre de Marenches, travaillant pour le SDECE. Jo Renucci est soupçonné d'organiser dans la région un trafic d'armes avec l'Istiqlal, l'un des partis nationalistes marocains les plus virulents. C'est pourquoi il est contacté assez tôt par la Main Rouge, une organisation contre-terroriste derrière laquelle se cache la SDECE, chargée de l'élimination de certains nationalistes marocains et tunisiens et de l'arrestation de leurs vendeurs d'armes. L'organisation active donc Jo Renucci, très au courant de tous les trafics qui se déroulent en Méditerranée, pour des missions d'infiltration des livraisons d'armes. En échange de quoi on détourne les yeux de ses activités.

Jo reste par ailleurs très impulsif, comme il l'a montré au cours des deux vendettas qu'il a traversé. Ou encore en 1957, année durant laquelle il aurait abattu des hommes du FLN algérien, à Paris, qui avaient mitraillé un bar tenu par des amis corses. L'année suivante, Jo Renucci va rendre l'âme. En novembre 1958, âgé de cinquante ans, il meurt d'un cancer dans son appartement du XVIIe arrondissement, à Paris. Fin de parcours pour ce truand multicartes, caïd de Marseille, Paris et Tanger, pilier des trafics méditerranéens.


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Message Publié : 30 Juil 2006 21:50 
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Le corse et le napolitain ami pour la vie, les rois de Marseille de 1920 à 1943

Paul Venture dit "carbone" et François Spirito dit "Lydro"


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Paul Carbone (Paul Bonnaventure Carbone), né en Corse, est une figure du milieu marseillais des années 20, 30 et 40. Lui et son associé italien François Spirito inspireront le film Borsalino qui réunit Alain Delon et Jean-Paul Belmondo.
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Les deux hommes se sont rencontrés en Egypte et y ont monté un mini-empire basé sur la prostitution. À Marseille, Paul Carbone a été l'homme fort de la ville pendant 20 ans, étant lié à des politiques, possédant de nombreuses maisons closes, rackettant à tour de bras sur toute la côte, et faisant de la contrebande de parmesan (sic) entre l'Italie et la France.

À Paris, le caïd marseillais est tout aussi connu, possédant de nombreux intérêts dans plusieurs établissements. Carbone et Spirito ont aussi été les premiers français a importer de l'opium en France pour le transformer en héroïne et l'envoyer aux Etats-Unis. Les bases de la French Connection...

Dans l'entre-deux-guerres, Carbone et Spirito font alliance avec Simon Sabiani, le maire de Marseille. Après le 6 février 1934, les hommes de Carbone sont lancés contre les dockers en grève.

Pendant la guerre, les deux hommes se rangeront du côté de l'occupant, par intérêt. Ils aidèrent la Gestapo pendant toute la durée d'occupation de la "zone libre", en échange de quoi on fermait les yeux sur leurs affaires.

Paul Carbone mourut en 1943 dans un sabotage de la Résistance, sa voiture ayant été percuté par un train que la résistance avait fait déraillé. Ayant les jambes sectionnés, Paul Carbone agonisa pendant de nombreuses heures avant de rendre l'âme, une cigarette à la bouche.

Son associé François Spirito s'enfuira en Espagne puis en Amérique du sud à la Libération et s'adonnera au trafic d'héroïne jusqu'aux années 60, se plaçant en tête des trafiquants internationnaux.

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Avant le règne de Paul Venture Carbone et François Spirito sur la cité phocéenne, la pègre était peuplée de proxénètes élégants et autres bandits dont l'idéal était d'obtenir des revenus réguliers leur permettant de vivre relativement bien. A cette époque, le type d'investissements le plus répandu consistait à contrôler deux ou trois prostituées. Rien de bien méchant. C'est en ce sens que l'association de 20 ans de ces deux amis a bouleversé le petit monde du banditisme français. Ce sont en effet les premiers a avoir bâti leur règne sur une ambition démesurée, un règne devant leur permettre de prendre le contrôle d'une ville. Une révolution. Ce n'est pas un hasard si le film Borsalino a retracé leur saga dans les années 1970.

Paul Venture Carbone est né le 1er février 1894 à Propriano, en Corse, d'un père navigateur. Alors que Paul est encore très jeune, la famille Carbone s'installe à Marseille, au Panier. Paul est alors un élève plutôt brillant, mais il devra abandonner l'école après l'obtention du Certificat d'étude pour aider sa mère devenue veuve, qui avait alors à sa charge trois enfants : Paul et ses deux jeunes frères, François et Jean. Paul découvrit le monde du travail très jeune : A 12 ans, il est vendeur de journaux puis, quelque temps plus tard, il s’engage comme matelot.

C'est à l'adolescence que Carbone se fera connaître par les services de police. Grand et costaud, Paul n'est pas avare en distribution de coups de poing. Il sera ainsi mêlé à plusieurs bagarres à Marseille. En 1914, il part pour au Bataillon d'Afrique pour réaliser son service militaire. Puis la Guerre éclate. On l'enverra à cette occasion combattre au Maroc puis à Verdun en 1917, lors de la célèbre bataille, durant laquelle il sauvera son supérieur. Cela lui voudra la médaille militaire. Carbone est alors devenu un dur, un tatoué. Une multitude de tatouages tapissent son dos, ses bras, son cou ou encore sa poitrine. Erreur de jeunesse. Devenu un caïd du Milieu, il commence à fréquenter hommes d'affaires et autres politiciens, pour qui ce genre d'artifices n'est pas vraiment entré dans les murs. Soucieux de son image, Paul tentera par tous les moyens d'effacer et de dissimuler ses tatouages.

La guerre terminée, Carbone se lance dans le proxénétisme. Commençant à avoir une certaine notoriété dans le Milieu, il occupe une place de choix auprès des souteneurs. Ambitieux et bien décidé à construire son empire, il se rend en compagnie de sa femme en Egypte, un bon moyen pour étendre son pouvoir. C'est justement au Caire qu'il va rencontrer celui qui deviendra son compère légendaire pendant près de 20 ans en la personne de François Spirito, dit « Lydro » en raison des cicatrices de variole qu'il porte sur son visage. Né en Italie en 1900, il débarquera à 13 ans à Marseille, avant de migrer vers le Caire où il exercera comme proxénète. Certains prétendent que Spirito a sauvé Carbone de la mort alors que celui-ci s'était retrouvé entouré vivant dans le désert par des proxénètes égyptiens.

De retour en France, les deux hommes vont commencer à se faire une jolie réputation dans le Milieu marseillais, où ils seront reconnus comme de bons racketteurs. Cette activité leur rapporte un joli pécule. D’autant plus que, pendant ce temps, leurs femmes respective se trouvent en Argentine où elles exercent dans la prostitution. Bien entendu, l’argent qu'elles récoltent revient à leurs hommes. Cet argent va leur permettre de prendre des parts dans des établissements cannois, niçois et marseillais. Les hommes de main du duo se montrent en effet suffisamment persuasifs pour convaincre les récalcitrants aux prises de participation.

En 1929, Carbone et Spirito achètent une villa au Caire, qu’ils transforment en gigantesque bordel, vers lequel sont envoyées de nombreuses « travailleuses » françaises. Les deux caïds vont ainsi très rapidement se retrouver à la tête d'un réseau de prostitution d’ampleur internationale : Ils sont en effet présent en France, au Caire, en Argentine et à Tunis. Débordant d'ambition, ils vont alors se lancer dans un nouveau métier : le trafic de stups. Carbone deviendra transitaire en cocaïne, drogue qui a fait progressivement son apparition dans le milieu de la prostitution. Paul achète la drogue et l'exporte aussitôt. A l’époque, ceci était tout à fait légal. Ce qui ne l'est pas, c'est le trafic d’Opium. C'est pourtant dans cette direction que Carbone et Spirito vont dorénavant se diriger.

Le duo va mettre en place un trafic entre L'Egypte et Marseille. En effet, les bords du Nil pullulent de revendeurs, qui proposent de l'opium venu d’'Extrême-Orient. Carbone instaure alors un système de navettes entre Alexendrie et Marseille. Si plusieurs truands, notamment des corses, sont sur le marché, Carbone et Spirito vont vite avoir la main-mise dans ce domaine. Pour déjouer les autorités, ils conditionnent l'opium dans des sacs étanches lancés à la mer à l'approche du port puis récupérés plus tard par des hommes en barque. Ingénieux procédé.

Progressivement, à l'approche des années 1920, l'opium va se raréfier. La nature ayant horreur du vide, un autre produit va faire peu à peu son apparition : l'héroïne. Triple avantage : cette drogue est moins coûteuse, moins repérable (les fumeries d'opium étaient vite identifiées par la fumée qui s'en dégageait ainsi que par le va et vient des toxicomanes) et surtout plus addictive. L'Amérique va vite adopter cette poudre blanche, dès le début des années 1920. Une aubaine pour Carbone et Spirito. Le logisticien de cette activité se révélera être François Spirito. C'est en effet lui qui est en charge de l'importation du brut égyptien et de l'exportation vers l'Amérique. De manière a augmenter le prix de vente et à faciliter le transfert vers les USA, Carbone et Spirito vont se lancer dans le raffinage. Ils vont alors installer un laboratoire clandestin dans la région parisienne. Ils se lieront alors à Dominique Albertini, ancien préparateur en pharmacie, qui deviendra leur raffineur. L'affaire est lancée. Une fois raffinée, la drogue (en petite quantité au départ) est directement envoyée à New-York. Les débuts de la French Connection (voir article qui lui est consacré).

Bien installés à Marseille, Carbone et Spirito, grâce à leurs relations avec des dockers, vont réussir à conquérir le port. Une mine d'or pour le binôme qui, en plus de la prostitution, du racket et de l'héroïne, va se lancer dans des trafics en tout genre : trafic d'armes avec l'Espagne en 1936, trucage de matchs de boxe, émission de fausses monnaies . Véritables touches-à-tout, Paul Carbone et François Spirito sont alors les rois de Marseille. Ils mènent la grande vie, ce sont des flambeurs : Voiture, voiliers, restaurants de luxe, Casino ils s'affichent dans tous les endroits select du sud de la France. Tenanciers de bars, on verra même des célébrités fréquenter leurs établissements. Pendant ce temps, des jeunes loups aux dents longues (et futurs grands) débutent leur ascension : Les frères Guérini. Ceux-ci se feront très vite remarquer par les boss de Marseille. Pour étendre leur pouvoir, les Guérini (Antoine et Barthélemy, dit « Mémé ») ont besoin de l'assentiment de Carbone et Spirito. Ceux-ci vont leur accorder le droit d'aligner des filles en l'échange de quelques coups de main, qui consistaient notamment à convaincre les tenanciers qui refusaient de leurs céder des parts. Malgré l'ascension des Guérini, la cohabitation entre les deux clans se fera sans trop de dégâts : Bien qu'ayant des intérêts différents, Carbone et Spirito d'un côté et les Guérini de l'autres fermaient les yeux sur leurs activités respectives. En 1937, Carbone et Spirito iront même jusqu'à laisser aux deux frères une grande partie du business des prostituées. En effet, vers le milieu des années 1930, le duo est occupé à Paris, où il va investir dans les bars et les boîtes de Montmartre. Carbone sera même cité dans une affaire de vol, en juillet 1931, lorsqu'un homme d'affaire grec se fait dévaliser ses bijoux à son domicile. La victime se rétractant, Carbone ne sera pas inquiété. Vers 1935, les caïds sont aperçus à toutes les bonnes tables parisiennes, ainsi que sur les champs de courses et dans les cercles de jeu.

C'est en 1931 que Paul et François vont commencer à lier des liaisons sérieuses avec le monde politique, notamment avec l'adjoint au maire de Marseille, Simon Sabiani. Un soutien de taille. En effet, les deux hommes ont bien compris l'importance d'avoir à leur côté des personnalités du monde politique : D'une part il n'est pas rare de voir la puissance publique protéger certaines organisations criminelles et, d'autre part, un rapprochement vis à vis des politiques peut être synonyme de revenus supplémentaires abondants au travers de diverses corruption.

C'est ainsi, qu'en 1931, Carbone et Spirito sont parvenus à un "accord" avec Simon Sabiani, homme politique aux tendances fascistes. Cet accord doit permettre au frère de Paul Carbone de devenir directeur du stade municipal, mais aussi d'intégrer à divers postes de l'administration plusieurs associés du clan Carbone-Spirito. En échange de ces faveurs, le duo doit organiser un corps d'élite de gangsters ayant pour mission d'être les fer de lance des manifestations fascistes du milieu des années 1930. Les deux parties y trouvent leur compte. Tout au travers de l'Europe, le mouvement fascisme prend de plus en plus d'ampleur : Mussolini règne sur l'Italie, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne tandis qu'en France commencent à émerger quelques groupes fascistes ayant pour unique ambition de renverser la République en créant un climat d'hyper-violence. Rapidement, communistes et socialistes tentèrent de venir au secours de la République, ce qui allait donner naissance à des confrontations sanglantes sur l'ensemble de la France. Pendant ce temps, à Marseille, Carbone et Spirito étaient à l'avant-garde de l'extrême droite. Pour preuve les faits suivants. En 1934, quelques jours après le discours public d'un groupuscule fasciste, des manifestations de rue massives ont éclaté sur la Canebière, boulevard principal de Marseille. Des milliers de travailleurs et autres membres de syndicats sont venus montrer leur désapprobation jusqu'à ce que des membres du clan Carbone-Spirito n'ouvre le feu sur la foule. Pendant que la Police évacuait la foule, les nombreux blessés étaient amenés vers l'hôpital.

Après quatre années de luttes acharnées contre le clan Sabiani et ses alliés, la Gauche parvenait à ses fins en installant un socialiste à la tête de Marseille à la place de Simon Sabiani. Bien que la victoire électorale de la Gauche ai temporairement éclipsé l'alliance Fasciste-Corse, la montée du fascisme a eut pour conséquence de politiser le Milieu marseillais, qui fut dès lors considéré comme étant une force importante dans la politique municipale, voire régionale. Ainsi, la dimension politique qu'ont réussi à donner à leur règne le duo Carbone-Spirito était une première, jamais avant eux des caïds n’avaient réussi à s’immiscer à ce point au sein d'une organisation politique. Bien qu'ils aient perdu les commandes du gouvernement municipal, la puissance économique de Paul Carbone et de François Spirito n'a à peine diminué. Tout juste se font-ils un peu plus discrets.

En 1940, l'occupation de Marseille par les forces allemandes suite à la chute des militaires français a permis à Carbone et Spirito de retrouver leur influence politique. Devant faire face à des mouvements de Résistance de plus en plus actifs partout en France, la Gestapo assignée à Marseille eut alors absolument besoin d'informateurs. C'est ainsi que les Nazis se sont tournés vers les figures les plus prestigieuses de la pègre, qui se sont alors montrer tout à fait enclin à collaborer. Le 14 juillet 1942, à Marseille, la Résistance a pour le première fois montré sa force en assiégeant le siège social d'une organisation pro-nazie, au centre même de la ville (le PPF, dont le directeur régional était l'ex-Maire fasciste Simon Sabiani). L'après-midi suivant, Carbone et Spirito ont remis à la Gestapo une liste complète de tout ceux impliqués dans cette manifestation. En échange de ce service, mais aussi de biens d'autres tout aussi précieux pour la Gestapo, les parrains ont été largement récompensé. Carbone n'aura pas le temps de profiter longtemps des amabilités de la Gestapo.

En 1943, alors qu'il remonte à Paris après un voyage à Marseille, Paul Venture Carbone meurt dans un accident de train. Un déraillement provoqué par la Résistance dont Carbone n'était n réalité pas la cible première. Le but était simplement de supprimer des permissionnaires allemands. La jambe droite sectionnée entièrement et la gauche au niveau du tibia, le caïd meurt quelques instants plus tard. Plus de 3000 personnes assistent à ses obsèques grandioses. Parmi elles, des figures de la Pègre, du monde politique, de la Chanson (Tino Rossi y interpréta l'Ave Maria), du Cinéma .

La défaite de Carbone sera bientôt suivie de la défaite de son camps. En août 1944, les Alliés débarquent en Provence. Le 27, le général Schaeffer envoie une lettre de reddition au général de Monsabert qui mène la charge. La ville est libérée. De son côté, toujours en 1944, François Spirito file en Espagne en compagnie de Simon Sabiani afin d'éviter le débarquement des Alliés. Sabiani restera dans ce pays jusqu'à sa mort, en 1956, à Barcelone.

Spirito ne restera que trois ans en Espagne. En effet, il décida en 1947 de continuer seul sa route aux Etats-Unis. Il jouera alors un rôle important dans le trafic d'héroïne qui existe en Marseille et New-York. Cependant, trois ans après son arrivée sur le sol américain, il sera arrêté pour trafic de stupéfiants. Il sera alors condamné à une peine de deux ans de prison qu'il purgera à la prison d'Atlanta. On notera par la même occasion le clémence des autorités vis à vis du trafic de drogue à cette époque (Ce fut d'ailleurs une des raisons majeures de l'implication de tant de truands dans la fameuse French Connection). A sa libération, Spirito retournera en France, où il sera arrêté puis jugé pour sa collaboration avec les Nazis du temps de le Guerre.

Il ne fit toutefois à cette occasion que huit mois de prison. A sa sortie, il pris le contrôle d'un restaurant sur le côte d'azur. Alors qu'il était toujours impliqué dans le trafic d'héroïne, Spirito voyait son pouvoir de contrôle sur Marseille décroître vers le milieu des années 50. Il n'avait plus qu'à cette époque qu'un rôle de consultant. Les caïds de la région venaient auprès de lui pour chercher de l'aide, Spirito utilisant alors ses relations et sa notoriété pour leur donner un coup de main dans leurs affaires, mais rien de plus. Comme bon nombre de parrains l'ont fait après lui, il se contentait de gérer scrupuleusement ses acquis. Jusqu'à sa mort en 1967, Spirito mènera alors une vie de citoyen respectable à Toulon.


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Message Publié : 01 Août 2006 23:22 
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Plutarque
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Inscription : 26 Juil 2006 21:42
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Obiwan, j'espère que c'est une blague de demander votre bannissement du forum sur un autre topic. Pour ma part, j'apprécie grandement vos contributions sur celui-ci et je pense ne pas être le seul... :wink:


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Message Publié : 01 Août 2006 23:44 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 10 Fév 2006 8:59
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Tout est réglé, c'était un quiproquo avec un modo, que en plus j'apprécie, rien de grave.


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Message Publié : 02 Août 2006 6:43 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 10 Fév 2006 8:59
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François Marcantoni, le parrain ami du show bizz, Delon, Belmondo, Aznavour ect....

Monsieur François

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Marcantoni, l’élégant

Il a 84 ans, un air de parrain à la Scorsese qui fait le bonheur des plateaux télé. Il fustige avec morgue le gangstérisme actuel. L a démarche trahit le poids des années mais la formule fait encore mouche. Le Fouquet’s ? « C’est devenu un restaurant pour routiers ! » Son entrée dans le milieu ? « Une fois goûté au champagne, la limonade m’a parue fade. » Sa fiche au grand banditisme ? « Je l’ai accrochée dans un beau cadre doré. »

A 84 ans et même sans son célèbre borsalino, François Marcantoni excelle dans son rôle de figure truculente du milieu, bandit médiatique vu chez Philippe Bouvard Bouvard ou Mireille Dumas ou Fogiel et Ardisson. « Je ne sais pas si ce fut un vrai parrain. Mais en tout cas il aime bien jouer ce rôle », avance un connaisseur du milieu. Blazer bleu, lunettes noires, chemises à rayures à ses initiales, lorsqu’il pénètre dans cette brasserie des Ternes, les serveurs lui donnent du « Monsieur Marcantoni », le maître d’hôtel s’écarte sur son passage. Pour un peu, on se croirait chez Scorsese.
Originaire d’Alzi, en Corse, il s’est engagé dans la Résistance, fut torturé par la Gestapo. A la Libération, il détrousse d’anciens collabos et monte le cabaret Les Calanques, rue Quentin-Bauchart, avec le frère de Tino Rossi. Il tâte aussi du braquage, dit avoir fait partie du gang des tractions avant. Proche du SAC, il joue les agents électoraux : « J’ai assuré le service d’ordre pour la campagne de Robert Hersant dans l’Oise », dit-il entre deux bouffées de Montechristo. Marcantoni le facétieux qui, lorsqu’un jour un inspecteur de police lui enjoint de se tenir à carreau, revient le lendemain au commissariat avec une chemise à carreaux. En 1969, il est soupçonné du meurtre de Markovic, avant d’obtenir un non-lieu sept ans plus tard. A 73 ans, il retournera en prison suite à une affaire de tableaux volés. Quartier VIP, en compagnie du préfet Bonnet et de Bob Denard.
Aujourd’hui, Marcantoni dit avoir des occupations de retraité : Loto, tiercé, théâtre. Mais fustige avec morgue le gangstérisme actuel : « Avant, il y avait un code d’honneur. Une morale. Des règles. Quand les flics faisaient une descente, ils n’avaient pas besoin de gilets pare-balles. Aujourd’hui on tire au bazooka sur les convoyeurs. » Les truands, aussi, sont nostalgiques… Vincent Monnier



Il n'en reste qu'un. Il s'appelle François Marcantoni. Dernier témoin d'une époque révolue, à 85 ans, « monsieur François » se demande encore comment il a pu passer entre toutes les balles. Jeune résistant blessé en opération, arrêté par la police française qui le livre à la Gestapo, il subit les interrogatoires, la torture. Décoré, pensionné, il aurait pu, à la Libération, aspirer à vivre paisiblement.

Mais il choisit la vie marginale des « hommes » du milieu. Il arnaque d'anciens collabos, puis devient braqueur de banques. Gang des tractions-avant, gang des blouses grises, François Marcantoni se retrouve fiché au grand banditisme. En 1968-1969, le voilà propulsé au coeur d'une affaire d'État : le meurtre de Stefan Markovic, un proche d'Alain Delon. En fait, ce cadavre permet d'ourdir une machination politique visant à couper la route de l'Élysée à Georges Pompidou.

L'auteur, qui a bénéficié d'un non-lieu en 1976, donne au lecteur toutes les pièces du puzzle Markovic. Une affaire qui en dit long sur le cynisme et le machiavélisme des gens du pouvoir.

François Marcantoni évoque les grands truands qu'il a côtoyés : Henri Laffont, Abel Danos, Pierrot le Fou, Émile Buisson, Paul Dellapina, Ange Salicetti, Jo Attia, les Guérini, Tany Zampa et Francis le Belge...

À la jonction de la grande truanderie, du show-biz et de la politique, François Marcantoni nous livre un témoignage étonnant, unique, sur les trente glorieuses du milieu.


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Message Publié : 02 Août 2006 6:46 
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Grégoire de Tours
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Les Guerrini jeunes qui s'appètent à s'emparer de Marseille à la libération

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