C'est le premier pas qui compte dit-on... Aussi, je me lance sur cette thématique "murale".
A mes yeux, ce mur symbolise tout d'abord la faillite d'un modèle de développement économique et social "original" : en effet c'est plus de 3 millions d'Allemands de l'Est qui passent à l'Ouest entre 1949 et 1961 afin de gagner l'
eldorado occidental et capitaliste - dans lequel certaines déceptions s'observeront tout de même.
La construction à la hâte de ce mur "de la honte" matérialise concrètement la division géographique du bloc occidental et du bloc soviétique, mais aussi est un signe que la liberté ne règne pas vraiment dans les démocraties populaires, malgré toute la propagande employée pour persuader l'opinion publique internationale du contraire. Avec le mur de Berlin, on ne cherche plus à mentir ou à nier l'évidence !
Berlin, l'ancienne capitale du
Reich, devient donc la ville-symbole de la division entre la RFA et la RDA, tout comme celle du rideau de fer, qui sépare l'Europe en deux camps antagonistes, se livrant à une lutte sans merci - sans toutefois parvenir à l'option du conflit international.
Alors, est-ce pour autant que 1961 marque un tournant dans les affaires allemandes et européennes dans un contexte de "coexistance pacifique" (le "chacun chez soi", si cher à Khrouchtchev) ? Dans le sens où le bloc soviétique commence à jouer sur la défensive, se rendant compte qu'il a perdu son crédit de libérateur du nazisme auprès des populations d'Europe centrale et orientale ; plus particulièrement de la population d'Allemagne de l'Est, qui ne pense qu'à partir (lorsque c'est dans le domaine du possible), d'autant plus qu'une grande partie travaille déjà à Berlin-Ouest.
Difficile de répondre, mais autant ce mur symbolise une fracture politique, idéologique et économique majeure - sa chute ne changera pas grand chose à ce sujet (en témoigne le dernier discours d'une
ostie comme Angela Merkel à ce propos) -, autant sa construction marque le rennoncement des partis communistes à d'une certaine manière poursuivre leur rayonnement et s'enfoncer de manière irrémédiable dans des Etats policiers et sécuritaires.
C'est un recul intellectuel majeur pour une doctrine aspirant à un si grand messiannisme.
Pourquoi est-il tombé ? Il faut sans aucun doute chercher la réponse à Moscou... Lorsqu'on glisse des éléments de libéralisme politique dans un édifice étatique totalitaire vermoulu et sclérosé, il ne peut résister bien longtemps. La brèche ouverte tout d'abord par la Hongrie se transforme rapidement en gouffre et entraîne tous les pays de la
Mitteleuropa vers une volonté de mettre à terre ces Etats policiers.
L'absence d'une réaction des armées du pacte de Varsovie - comme cela avait été le cas en 1953, 1956 ou 1968, voire en 1981 - augmente les aspirations populaires à se libérer de la toute puissance des régimes communistes, inféodés à Moscou et la première chose que ces peuples demandent après la liberté de circuler, c'est d'organiser des élections, dans lesquelles le pluralisme politique et la liberté d'opinion ne sont pas des chimères...