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 Sujet du message : Louis XIV
Message Publié : 15 Oct 2018 23:53 
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Polybe
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François Bluche passe en revue les trois « chefs d'accusation » dressés contre Louis XIV :
- la guerre
- les bâtiments
- la révocation de l'édit de Nantes

Que faut-il en penser ?
François Bluche donne sa réponse dans les dernières pages de l'ouvrage magistral qu'il a consacré à ce roi.




La grandeur d'un règne ne se mesure pas à l'aune des humeurs de quelques-uns. Ni les aigreurs pieuses de Fénelon, ni les amers griefs du duc de Saint-Simon, ni les indécentes pétarades de septembre 1715 ne devraient influencer notre jugement. Trois cents ans de recul pourraient suffire à l'extinction des passions, à la dissipation des légendes.
[...]
L'acte d'accusation longtemps dressé contre Louis XIV est, presque point par point, démenti par les faits.
Ce roi a-t-il vraiment trop aimé la guerre ? (L'auteur de ce livre serait espagnol, sans la conquête de la Franche-Comté par la France en 1674). Les trois premières guerres du règne, dirigées contre l'Espagne et l'Empire, poursuivent l'effort de Henri IV, Richelieu, Mazarin — à qui, semble-t-il, ne fut reproché aucun impérialisme. Il s'agit toujours de desserrer l'étau des Habsbourg. Même si Louis XIV n'avait pas envahi les provinces-unies en 1672, Guillaume d'Orange-Nassau serait devenu stathouder, puis roi d'Angleterre, et chef d'une coalition anticatholique et antifrançaise. Même si Louis n'avait pas en 1685 révoqué l'édit de Nantes, il y aurait eu ligue (à Augsbourg ou ailleurs) réunissant l'Europe contre cette France trop peuplée, trop riche, trop bien administrée, trop industrieuse, désormais trop marchande ; cette France chacun jalouse « les arts, les armes et les lois ». Quant à la guerre de succession d'Espagne, aucune au monde ne fut plus légitime, comme Voltaire, son contemporain peu suspect de militarisme, l'a si nettement affirmé.
Les traités d'Utrecht et de Rastadt laissent à la France presque toutes ses conquêtes récentes. Ce n'est point un pays étriqué, que Louis XIV quitte en mourant. Sous son règne, le royaume s'est agrandi, en 1648 de la haute-Alsace, en 1659 de l'Artois et du Roussillon, entre 1662 et 1702 de la Flandre, du Hainaut (français), de la Franche-Comté et de la basse Alsace ; sans parler de Pondichéry, de Saint-Domingue, de la Louisiane — qui porte le nom du Roi — et du Sénégal. [...] Louis XIV a été un roi agrandisseur, au bilan positif.
[...]
Les guerres sont toujours trop longues, mais il faut en diviser le temps par deux, pour tenir compte du régime des quartiers d'hiver. Les combats font toujours trop de victimes, mais dans le cas particulier, il convient de contre-objecter la sécurité sans prix de soixante-dix-neuf ans sans invasion du sol national (1713-1792). La plupart des campagnes de Louis XIV eurent pour cadre les pays étrangers : Espagne, Piémont, Palatinat, Pays-Bas, Provinces-Unies. Le territoire ne fut envahi que tard et localement.
[...]
La marine de combat, passée, en dix ans, de dix à cent vaisseaux, la plus forte du monde entre 1676 et 1705, étant inséparable des armées de terre, la guerre constitua la principale industrie du royaume.
[...]
Un tel effort, de telles réussites supposaient, on s'en doute, une constante et attentive volonté. Ni Jean-Baptiste Colbert, ni le marquis de Seignelay, ni Michel le Tellier, ni M. de Louvois n'auraient pu encadrer 350 0000 hommes et tenir l'Europe en échec, sans le soutien patient et lucide du monarque. « L'excellence du ministre n'a jamais diminué la gloire du maître : au contraire, tout l'honneur du succès retourne après à la cause principale ; et pareillement tout le blâme. » C'est pourquoi il faut regretter la rudesse de Louis XIV à l'encontre du Palatinat.
[...]
On reproche aussi à Louis XIV, à la suite de Saint-Simon d'avoir trop aimé les bâtiments.
Les chantiers de Sa Majesté (le Louvre et les Tuileries, l'Observatoire, les Invalides, [...]) et les chantiers encouragés par le Roi (Saint-Roch, Saint-Sulpice, la place des Victoires, Saint-Louis-en-l'Île) forment la seconde industrie du royaume après celle de la défense nationale.
[...]
Ni François Ier ni Laurent de Médicis n'étaient parvenus à une direction aussi totale et à une coopération aussi heureuse des arts, majeurs ou mineurs. Ayant su choisir ses maîtres d'œuvre — Le Nôtre, le Brun, [...] —, Louis XIV a réalisé un style toujours imité, jamais dépassé.
[...]
Le troisième chef d'accusation généralement brandi contre Louis XIV est la révocation (1685) de l'édit de Nantes (1598). Elle devient même parfois le premier des griefs. Il faut parler plutôt d'une politique antiprotestante, puisque la Révocation ne fait en somme qu'alourdir une persécution d'un quart de siècle. Inexcusable à nos yeux, cette persécution était alors, non seulement explicable, mais souhaitée ou réclamée par une nation catholique, depuis l'évêque de Montauban jusqu'au plus modeste gagne-dernier. Au XVIe et au XVIIe siècles régnait l'adage Cujus regio, ejus religio (À chaque pays sa religion). Si la Réforme l'avait emporté, il y a tout lieu de penser que le culte catholique aurait été vite interdit. La Réforme ayant en France échoué, la situation se trouvait inversée.
[...]
Éduqué par une mère pieuse, catéchisé par un jésuite très hostile à la Réforme, confessé, sermonné par les clercs ou des orateurs ancrés dans la théologie de reconquête de la contre-Réforme, Louis XIV n'avait qu'à laisser parler sa conscience (c'est ainsi) pour avoir les protestants en horreur.
[...]
Sur le plan du royaume, Louis XIV avait les plus solides raisons de vouloir mettre un terme au dualisme religieux : motifs théologiques — que le titre de roi très-chrétien et le sacre de Reims accentuaient encore —, impératifs du droit public, pression de l'opinion (toutes classes confondues).
[...]
Maintenant il revient à chacun de peser les résultats du règne, de comparer l'actif (une France moderne, agrandie, puissante, rayonnante de civilisation) et le passif
(sept cent mille « nouveaux convertis » mal convertis).
[...]
On peut ne pas aimer Louis XIV, on peut le haïr. Mais il est difficile de ne pas admirer, avec ses grandeurs et ses faiblesses, sa gloire et ses erreurs, celui que Leibniz, Allemand et protestant, appelle « un des plus grands rois qui furent jamais ».


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 6:15 
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Voila qui ressemble fortement à une biographie hagiographique.

"Impossible de ne pas l'admirer", vraiment ?

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 8:40 
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Je suis d'accord avec l'impression générale qui est celle de François Bluche. Louis XIV fut assurément un très grand monarque, digne d'admiration pour ses réalisations très nombreuses.
Cela ne signifie pas qu'il n'a pas de parts d'ombre et ne porte pas des échecs cuisants.
Si la France est respectée à ce point dans le concert des nations aujourd'hui, si notre nation est encore "quelque chose", c'est d'abord et avant tout à Louis XIV, le roi guerrier victorieux qui dessine la France moderne, le mécène protecteur des arts, qui développe l'industrie et les voies de communication, qu'on le doit.

Oui, impossible de ne pas admirer les réalisations de son règne, qui sont majeures. Sans s'aveugler sur les erreurs et les faillites.

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 10:39 
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Jean Mabillon
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Ce que j'admire le plus,ce n'est pas tant le monarque que le royaume capable de réaliser cette sorte d'hégémonie en Europe.J'ai parfois l'impression de contempler une nation qui n'est pas nôtre et cependant je descends en ligne directe de gens issus des levées puisées dans le Nord Ouest à la fin du règne .....Où nos ancêtres ont il pu puiser tant d'énergie,de vaillance, de foi en eux mêmes , en leurs terroirs et dans le monarque?.....Peut être leur jeunesse,leur travail très dur ont -ils réalisé des "miracles" ?Peut-être n'ont-ils pas eu sur leur dos une administration,invasive tatillonne ,dictatoriale,étouffante ,qui est la notre dans tous les domaines..Malheureusement que de côtés noirs,honteux,abominables que de fatuité, d'erreurs et de bévues hypothéquant l'avenir!!!!


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 11:42 
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Philippe de Commines
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Ne pas oublier les serviteurs exceptionnels du régime qu'ont été (entre-autres) Vauban, Colbert et Louvois
et pour la guerre, se souvenir des recommandations du Souverain sur son lit de mort au futur Louis XV

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 12:52 
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Jean Mabillon
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Le Roi Soleil a certainement fait de grandes choses à commencer par Versailles, la centralisation administrative et l'héritage espagnol.

Mais outre le fait qu'il a laissé un royaume à demi ruiné, il a à mon sens mal orienté le pays sur trois plans au moins : l'intolérance religieuse, l'absolutisme politique et le non choix entre expansion colonial ou domination continentale. Ce seront ces trois erreurs qui ont à mes yeux empêché Louis XV de réussir son règne et ont conduit à la Révolution !


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 13:03 
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Je comprends cette analyse mais attention au déterminisme historique : la Révolution est déclenchée 74 ans après la mort de Louis XIV, et la monarchie n'est emportée qu'après moultes péripéties qui auraient pu avoir un autre dénouement si les acteurs avaient agi différemment (ce qui rend le rôle de Louis XIV bien mineur). Si le règne de Louis XIV a bien entendu des conséquences lointaines qui le lient au contexte de 1789-1793, la responsabilité de Louis XV et surtout de Louis XVI est bien plus directe et engagée.

Des erreurs, Louis XIV en a commis, c'est évident. Mais je ne jette pas le bébé avec l'eau du bain. Et - à part Jean Ier - quel dirigeant n'a pas un bilan contrasté ?

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 13:55 
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J'ai déjà lu ceci :"Si on n'admire pas louis XIV, en revanche il est difficile d'imaginer la France sans la Franche-Comté, l'Artois, le Roussillon, la Flandre, l'Alsace..." (Et j'en oublie.)

Là-dessus je suis d'accord.

Pour le reste... (en particulier, l'absolutisme c'est parfait, mais il faut avoir la solidité pour le maintenir. De même, le nid à cancan nobiliaire qu'est devenu Versailles n'a guère contribué - c'est un euphémisme - à la compréhension du peuple par le souverain : j'ai plus de compassion pour Louis XVI que d'admiration pour Louis XIV.)

bourbilly21 a écrit :
pour la guerre, se souvenir des recommandations du Souverain sur son lit de mort au futur Louis XV

Il est certain que pour la guerre, la comparaison avec le bilan de Louis XV est vite faite. (Son aïeul lui recommandait de ne pas trop faire la guerre, pas de les perdre...)

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 16:03 
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Bah, le bilan de Louis XV n'est pas mauvais du tout en matière guerrière : il est vainqueur (par le biais de coalitions certes) de la guerre de la Quadruple Alliance (1718-1719), de la guerre de succession de Pologne (1733-1738) et de la guerre de succession d'Autriche (1740-1748).
Il n'en perd qu'une, mais ô combien importante : la guerre dite "de Sept Ans" (1754-1763).

L'absolutisme de Louis XIV est autant son choix qu'il lui est imposé par les circonstances. On oublie trop souvent que le monarque est otage de son époque, et il solutionne avec cela le problème endémique de la royauté depuis le XVe siècle (les frondes féodales). Ce n'est pas un petit tour de force. Non, réellement, un roi digne d'admiration dans une grande variété de domaines, à mon sens. Un grand roi comme il y en a peu dans notre histoire (Philippe II, Philippe IV, Charles V même si son legs disparaît en deux décennies, Louis XI).

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 17:32 
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CEN_EdG a écrit :
L'absolutisme de Louis XIV est autant son choix qu'il lui est imposé par les circonstances. On oublie trop souvent que le monarque est otage de son époque, et il solutionne avec cela le problème endémique de la royauté depuis le XVe siècle (les frondes féodales).

Traumatisé par la Fronde, il était logique que Louis XIV domestique la noblesse. De fait il est le premier monarque à y parvenir.

On pourrait lui reprocher d'être tombé dans l'excès inverse, mais en même temps, pour une nation en guerre permanente, il était souhaitable qu'il tienne tout son petit monde.

Il laissait certes un héritage sans nuances à ses successeurs, mais il lui aurait fallu un pouvoir de divination pour prévoir l'aspect négatif que pouvait jouer Versailles. Au 17ème siècle, le Tiers-Etat est inexistant politiquement, donc cet isolement des élites ne présente aucun inconvénient.

C'est surtout avec Louis XV, totalement inconscient du rôle que pouvait jouer l'opinion publique, et qui a laissé circuler tous les libelles imaginables, que s'est produit ce décalage entre la vision des choses qu'on pouvait avoir à Versailles, et ce qui se développait à Paris et dans les villes de province. Lui a laissé a son successeur de solides certitudes en carton-pâte - que Versailles ne risquait pas de contrarier - et aucune formation au métier de roi.

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 17:58 
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Voilà qui me paraît plus convenir à ma vision de la chose. Louis XIV laisse une situation délicate mais pas impossible à gérer. Il eut juste fallu que Louis XV soit... son arrière-grand-père.

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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 20:10 
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Jean Mabillon
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Je prends note avec intérêt des avis des uns et des autres, sachant que la bio de Bluche m'avait beaucoup déçu alors que j'avais adoré celle de Petitfils. C'est chez ce dernier que j'ai trouvé ces analyses très originales sur l'orientation des institutions.

Louis XIV avait fait le choix inverse de l'Angleterre. Alors que celle ci s'était engagée sur la voie parlementaire en organisant progressivement (et non sans chaos!) l'opposition entre whigs et tories, Louis XIV avait voulu bâtir une monarchie idéale sans débat public ni opposition droite/gauche (pardon pour l'anachronisme!).

Exemple concret : il faisait siéger dans son Conseil Colbert et Louvois qui défendaient deux politiques opposées. L'un était pacifiste, économiste et colonialiste. L'autre, belliciste et continental. Chaque stratégie avait de sérieuses justifications mais il etait impossible de réussir les deux. Le Roi croyant tirant les ficelles par ses constants arbitrages s était en fait placé dans une impasse !

En désactivant les institutions représentatives, il avait organisé un face à face entre le Roi et le Peuple, mal reliés par la Cour. C'est par là qu'on peut estimer qu'il a préparé le terrain à un duel à mort ! Évidemment d'autres personnalités que Louis XV et XVI auraient pu redresser la barre , je ne le nie pas.


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 20:33 
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Jean Froissart
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Daniel Dessert est moins laudateur que François Bluche :

Louis XIV avait hérité d'une monarchie de sept cents ans. Il lègue à ses héritiers une couronne qui n'a plus que soixante-dix ans à vivre. Les vrais monarchistes devraient le haïr. Il a creusé lui-même la tombe de la royauté.

Ceux qui présentent Louis XIV comme un roi habile et manoeuvrier  ont une vision du pouvoir théâtrale et sublimée .

Daniel Dessert a particulièrement étudié les finances au 17e siècle. On lui doit une biographie de Louis Fouquet et une thèse sur le monde de la finance dans laquelle il montre un Louis XIV manipulé par les financiers avec, à leur tête, Colbert qu'il déteste : « Humilité feinte », « arrivisme implacable », « avidité », « pratiques mafieuses », « méthodes terroristes » , « vindicatif et rapace » , « manipulateur sans scrupule », « menteur » , « charognard ».

Saint-Simon l'avait précédé dans les vacheries :

Le roi était devenu dévot, et dévot dans la dernière ignorance. À la dévotion se joignit la politique. On voulut lui plaire par les endroits qui le touchaient le plus sensiblement, la dévotion et l'autorité. On lui peignit les huguenots avec les plus noires couleurs: un État dans un État, parvenu à ce point de licence à force de désordres, de révoltes, de guerres civiles, d'alliances étrangères, de résistances à force ouverte contre les rois ses prédécesseurs, et jusqu'à lui-même réduit à vivre en traités avec eux.

La révocation de l'édit de Nantes sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui l'affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels ils firent réellement mourir tant d'innocents de tout sexe par milliers, qui ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim; qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs États aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes, qui leur donna le spectacle d'un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans crime, cherchant asile loin de sa patrie; qui mit nobles, riches, vieillards, gens souvent très estimés pour leur piété, leur savoir, leur vertu, des gens aisés, faibles, délicats, à la rame, et sous le nerf très effectif du comité, pour cause unique de religion; enfin qui, pour comble de toutes horreurs, remplit toutes les provinces du royaume de parjures et de sacrilèges, où tout retentissait de hurlements de ces infortunées victimes de l'erreur, pendant que tant d'autres sacrifiaient leur conscience à leurs biens et à leur repos, et achetaient l'un et l'autre par des abjurations simulées d'où sans intervalle on les traînait à adorer ce qu'ils ne croyaient point, et à recevoir réellement le divin corps du Saint des saints, tandis qu'ils demeuraient persuadés qu'ils ne mangeaient que du pain qu'ils devaient encore abhorrer. Telle fut l'abomination générale enfantée par la flatterie et par la cruauté. De la torture à l'abjuration, et de celle-ci à la communion, il n'y avait pas souvent vingt-quatre heures de distance, et leurs bourreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. Ceux qui, par la suite, eurent l'air d'être changés avec plus de loisir, ne tardèrent pas, par leur fuite ou par leur conduite, à démentir leur prétendu retour.


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 20:36 
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Polybe
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bourbilly21 a écrit :
Ne pas oublier les serviteurs exceptionnels du régime qu'ont été (entre-autres) Vauban, Colbert et Louvois

Je n'ai rien oublié. J'ai caviardé quelques phrases mais j'ai gardé l'essentiel du texte. Donnez-vous la peine de lire ce qui a été écrit par Bluche (cf. supra) au sujet de Jean-Baptiste Colbert, le marquis de Seignelay, Michel le Tellier, M. de Louvois.


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 Sujet du message : Re: Louis XIV
Message Publié : 16 Oct 2018 21:07 
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Message(s) : 6957
Arkoline a écrit :
bourbilly21 a écrit :
Ne pas oublier les serviteurs exceptionnels du régime qu'ont été (entre-autres) Vauban, Colbert et Louvois

Je n'ai rien oublié. J'ai caviardé quelques phrases mais j'ai gardé l'essentiel du texte. Donnez-vous la peine de lire ce qui a été écrit par Bluche (cf. supra) au sujet de Jean-Baptiste Colbert, le marquis de Seignelay, Michel le Tellier, M. de Louvois.

Sans compter que Louis XIV a toujours pu (ou su ?) s'entourer de généraux de valeur.

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