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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 9:18 
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Jean Froissart
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Jefferson a écrit :
marc30 a écrit :
Contexte ou pas la chronologie est éclairante
- mars 94 exécution d'Hébert et des hébertistes (dont la citoyenne Hébert )
- avril 94 exécution de Danton
- juillet 94 chute de Robespierre et de ses amis sans que les sans culotte se mobilisent

On peut faire un petit lien entre tous ces événements ?


Quelques mots sur cette chronologie. Ce qu'il se passe entre décembre 93 et mars 94 est tellement dense qu'il faudrait un bouquin pour une première approche. Résumons en disant que s'engage fin 1793 une lutte de factions entre la Convention/CSP, et Robespierre forcément puisqu'on ne cesse de le citer, et d'un côté les Indulgents, de l'autre les Hébertistes. La lutte est d'ailleurs surtout entre Indulgents d'un côté et Hébertistes de l'autre : le Vieux Cordelier de Desmoulins et le Père Duchesne d'Hébert se livrent à une bataille de plumes. La lutte est également rude au sein des clubs.

De décembre 1793 à juillet 1794, ce sont des luttes de factions qui s'engagent entre Montagnards. Dans ces luttes à mort, je ne crois pas que Robespierre soit plus coupable, ou moins victime, que Danton, Hébert ou Desmoulins. Tous sont responsables de leurs choix, de leurs prises de positions, et des conséquences qui en découlent.

C'est sous la pression des Hébertistes qu'on a voté la loi des suspects, celle sur le maximum. Ils forment l'aile gauche radicale qui a récupéré le programme des Enragés éliminés du jeu politique à la fin de l'été 1793. Ce sont les Hébertistes qui réclament une justice encore plus expéditive contre les ennemis de la Révolution. Qui menacent en permanence la Convention d'une nouvelle insurrection. Les présenter comme des républicains bon teint comme certains l'ont fait ici est très "exagéré" (sans jeu de mot). Surtout les présenter comme extérieurs au CSP est une erreur : Collot d'Herbois ou Billaud-Varenne, entre autres, soutiennent leur programme au sein des comités.

Ils semblent si menaçants que Robespierre s'allie dans un premier temps aux Indulgents (décembre 93), emmenés par Danton et soutenus par le Vieux Cordelier de Desmoulins, principaux adversaires des Hébertistes. Ca ne dure pas, mais c'est une réalité en décembre. Entre janvier et mars, il se passe tant de choses que je ne vais pas pouvoir résumer en quelques mots.

En Mars 94, Hébert appelle à l'insurrection. Ce qui provoque son arrestation le 13. C'est un point final, parce que la menace planait sur la tête des Herbertistes depuis au moins deux mois. L'image d'Hebert est alors bien égratignée dans le peuple, grâce (ou à cause) des attaques de Desmoulins. Quand il est arrêté, puis exécuté, personne ne bouge.

Et les Indulgents, alors ? Retour de manivelle. Ce sont notamment les hommes qui les haïssent et/ou ne leur pardonnent pas la mort des Hébertistes qui les attaquent, entre autres Collot d'Herbois ou Billaud-Varenne, terroristes jusqu'au-boutistes. Les Indulgents sont surtout mis en cause pour des affaires financières, notamment l'affaire de la liquidation de la compagnie des Indes, mais leurs attaques répétées contre le CSP les condamnent par avance.

Robespierre ne pouvait rien faire pour les protéger, quand bien même l'eut-il voulu. Dans l'ambiance de mars-avril 1794, c'eût été se mettre lui-même en danger. On sait qu'il a tenté d'avertir Desmoulins, lui enjoignant à mettre de l'eau dans son vin, mais ce bougre a refusé d'écouter et à multiplié les attaques contre le CSP dans son Vieux Cordelier. Et contre Robespierre lui-même. Danton se croyait intouchable - il ne l'était pas. Et Desmoulins a payé le prix fort à cause de Danton.

A noter que la veuve Desmoulins n'a pas été guillotinée parce qu'elle était l'épouse de Desmoulins, mais parce qu'elle a comploté pour faire évader son mari.

Parodies de procès ? Sans aucun doute. Robespierre, Saint-Just et leurs camarades n'auront pas droit non plus à un procès équitable en juillet...

Et ensuite ? Robespierre fut rapidement mis en minorité au CSP. Son rôle dans la Grande Terreur ne doit pas être nié, mais il faut bien reconnaître qu'il n'était plus "l'homme fort" du gouvernement révolutionnaire à partir de mai- juin. Ce n'est pas lui qui porta les lois de prairial, même s'il les soutint absolument, sans forcément anticiper les conséquences.

Quoi qu'il en soit, l'intensification de la Terreur etait peut-être liée à l'idée d'en finir, en quelques semaines sanglantes. Le principal écueil, ici, est que depuis que les factions nettement identifiées avaient été éliminées (Citas et Ultras), la Terreur semblait pouvoir frapper tout le monde sans discernement, complots diffus mal identifiés, catégories floues, crimes si vagues qu'on pouvait accuser à peu près n'importe qui ; elle devint insupportable.

Le complot de Thermidor, qui n'est jamais qu'un nouveau basculement de majorité, met un point final à ce qui semblait être devenu une fuite en avant. On lia Robespierre à la Terreur, ce qui arrangeait bien tous les hommes qui avaient participé au gouvernement révolutionnaire et avaient les mains au moins aussi couvertes de sang que les siennes.

Qui étaient les trente-cinq hommes qui parlèrent contre Robespierre le 9 thermidor ? La Plaine ? Non. Trente-trois Montagnards ! Et seulement deux "modérés", Féraud et Lozeau. Une affaire de factions, encore, entre Montagnards réglant leurs comptes et s'efforçant de sauver leur tête.

Comme je le disais en ouverture, tout ceci est tellement grossièrement résumé que je ne sais si c'est même compréhensible. Et tout à fait discutable dès qu'on entre dans le détail. Je voulais simplement faire une mise au point sur quelques aspects qu'il me semblait important de souligner.

Et notamment qu'il faut arrêter d'asséner comme une verité "Robespierre a fait exécuter les Hébertistes puis les Indulgents avant d'être raccourci à son tour". C'est tout à fait inexact.

Pas de sources, étant donné que je suis resté dans le "très général", mais j'en proposerai si certains veulent discuter de certains points ou moments particulières.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 12:25 
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Salluste
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Merci pour ce résumé, que j'ai trouvé tout à fait compréhensible :P

Mais juste une question sur Lucile Desmoulins. On est sûr qu'elle complotait bien quelque chose ? Il me semble que c'est justement le faux grossier dont je parlais plus haut qui l'a fait condamner. Dans ce cas de figure, les robespierristes savaient qu'ils envoyaient à l'échafaud une jeune femme parfaitement innocente, puisqu'ils avaient eux-mêmes inventé la preuve.

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Une fable à découvrir :
http://www.edilivre.com/doc/16397


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 12:40 
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Jean Froissart
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PAC a écrit :
Merci pour ce résumé, que j'ai trouvé tout à fait compréhensible :P

Mais juste une question sur Lucile Desmoulins. On est sûr qu'elle complotait bien quelque chose ? Il me semble que c'est justement le faux grossier dont je parlais plus haut qui l'a fait condamner. Dans ce cas de figure, les robespierristes savaient qu'ils envoyaient à l'échafaud une jeune femme parfaitement innocente, puisqu'ils avaient eux-mêmes inventé la preuve.


Je ne crois pas que cette question ait été définitivement résolue. Mais la prétendue conspiration des prisons est probablement un coup monté, peut-être par Barère, oui. Qui visait plutôt Arthur Dillon, d'ailleurs, que Camille avait défendu dans une précédente affaire. Mais pas par Robespierre, si c'est ce que vous voulez dire.

D'où mon "parodies de procès", que ce soit pour Camille ou Lucile, d'ailleurs. Ce ne furent pas les seuls.

Et sinon, si on arrêtait de parler de "robespierristes" pour cette affaire ? Je ne crois pas une seule seconde que Robespierre ait milité pour l'exécution de Camille ou de Lucile Desmoulins. D'ailleurs, sa signature n'apparaît pas sur les documents que l'on a conservé, en dehors d'un probable faux sorti du chapeau par un anti-robespierriste notoire. Robespierre s'est vraisemblablement abstenu, parce qu'il ne pouvait s'y opposer. Il a rompu avec Desmoulins pour des motifs politiques, cela ne veut pas dire qu'il le haïssait ou souhaitait sa mort, a la différence de ses collègues du CSP.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 14:36 
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Salluste
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Merci pour la réponse :)

Dans mon esprit, Robespierre et robespierriste, ce n'est pas tout à fait la même chose.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 14:53 
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Jean Froissart
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PAC a écrit :
Merci pour la réponse :)

Dans mon esprit, Robespierre et robespierriste, ce n'est pas tout à fait la même chose.


Mais les mots ont un sens. En écrivant "robespierristes", vous mettez bien Robespierre au cœur du propos, ce qui est très loin d'être légitime pour l'exécution de Camille et Lucile Desmoulins. Sans compter que le "robespierrisme" est une catégorie très mouvante selon le moment considéré.

Est-ce qu'on parle de ses amis proches ? De ses admirateurs ou admiratrices ? De ceux qui partagent ses idées ? De ceux qui le soutiennent ? Des Montagnards en général ?

Le CSP était-il "robespierriste" en mars et en avril 1794 ? Rien n'est moins sûr. Si cela avait été le cas, Lucile et Camille n'auraient probablement pas été exécutés, à mon avis.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 15:57 
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Jean Mabillon
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Jefferson a écrit :
- Ensuite, sur les morts de la Terreur légale. 2500 morts guillotinés à Paris, en effet, on est loin de l'hécatombe que l'on présente parfois. C'est évidemment dramatique pour celui qui passe sur le billot, mais c'est à recontextualiser - ce n'est pas pour rien que je le rapportais aux 1300 morts (à peu près, les estimations divergent), des Massacres de Septembre, où la foule tue sans discernement pendant 3 jours les "ennemis de la République". Il ne s'agit pas de dire que ce n'est rien, 2500 condamnés à mort politiques, mais de relativiser le bain de sang. On peut interpréter la Terreur comme une réponse à la violence de la rue. C'est ce que pensait Danton, en tous cas, lorsqu'il a soutenu l'idée du Tribunal révolutionnaire.
Je reconnais bien volontiers que la Terreur, ce n'est pas que Paris. Mais on parle bien ici de guillotinés politiques, de procès, évoquant Danton, Hébert, Desmoulins, Robespierre, pas des massacres en province.
,


Quelques chiffres en bref : 16000 condamnations à mort en province - 30 000 victimes exécutées sans jugement - 50 000 Vendéens !


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 16:14 
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Jean Mabillon
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Les explications factuelles de Jefferson ne doivent pas nous faire oublier d'autres éléments.

Par exemple, non seulement la population mais aussi la Convention est lasse de la répression politique. Les Conventionnels ont peur pour eux mêmes et ont du mal à supporter les lubies du Comité. Particulièrement les athées qui ne comprennent pas la nouvelle religion. Ainsi que les corrompus qui se disent qu'à terme le comité imposera le règne de la vertu et donc les sanctionnera.

Et puis la guerre ne risque plus d'être perdue. Robespierre et ses amis ont ils le profil crédible pour négocier un traité de Paix ?

Et puis, quoique Jefferson puisse dire du vrai ou faux complot d'Hébert, le fait est que ses troupes étaient un élément clef du contrôle de la rue - et qui tenait la rue tenait la convention ! Depuis 93, la convention vivait sous la menace des sans culotte. Plus de sans culotte plus de carcan pour tenir les députés !

Si on mélange tout ce qui précède on se dit que le comité avait une position politique bien fragile et que la grande terreur ne l'a pas renforcée mais l'a plutôt affaiblie !


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 16:56 
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Thucydide
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PAC a écrit :
Merci pour ce résumé, que j'ai trouvé tout à fait compréhensible :P

Mais juste une question sur Lucile Desmoulins. On est sûr qu'elle complotait bien quelque chose ? Il me semble que c'est justement le faux grossier dont je parlais plus haut qui l'a fait condamner. Dans ce cas de figure, les robespierristes savaient qu'ils envoyaient à l'échafaud une jeune femme parfaitement innocente, puisqu'ils avaient eux-mêmes inventé la preuve.


Un homme a nécessairement joué un rôle déterminant dans la mort de Lucile Desmoulins : Fouquier-Tinville. Or, contrairement à ce que beaucoup imaginent, il n'était nullement robespierriste, mais au contraire lié aux ennemis de Robespierre au sein de la Convention. Plus paradoxal encore : il était le parent de Camille Desmoulins, et c'était ce dernier qui lui avait permis d'entrer au Tribunal révolutionnaire. Cela ne l'a pas empêché d'exercer son office, d'abord contre le mari, ensuite contre l'épouse...

Autrement dit, dans le destin tragique de Lucile Desmoulins, on peut y vois la main de Fouquier-Tinville, mais nullement celle de Robespierre ou de "robespierristes".


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 17:04 
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Philippe de Commines
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Pédro a écrit :
PAC, ce sujet a été conçu dans une perspective non historique dès le prélude. Le débat est de fait orienté et ceux qui tentent d'y apporter quelques raisons sont obligés de venir cheminer sur ce terrain éminemment miné. De ce fait leurs propos passent invariablement pour des arguments de défense alors qu'ils ne cherchent qu'à comprendre les événements passés. Il est très dangereux comme cous le faites, et comme des politiques l'ont fait récemment, de couloir rapprocher comprendre et excuser. Si on se vautre dans de telles idées on assassine l'Histoire, ni plus ni moins. Un historien propose d'analyser la shoah? S'il ne marque pas par de multiples qualificatifs outrés sa condamnation sans appel du crime on fait quoi? On l'accuse d'antisemitisme et de couvrir le crime par ses explications ?
Le travail d'un historien n'est pas de faire de la morale, ou de rentrer dans un champ compassionnel : son rôle, sa mission c'est d'étudier les faits et les analyser.

Pour prendre le cas de la Shoah, citée par Pédro, et de son étude, une des références incontournables est l'oeuvre de Raul Hilberg, à savoir "La destruction des Juifs d'Europe" :

Raul Hilberg a été le premier à reconstituer dans une synthèse d'envergure richement sourcée le processus d'ensemble du génocide perpétré à l'encontre des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dans tous ses aspects politiques, économiques, techniques, administratifs et humains.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Raul_Hilberg

Sur les 2500 pages, le mot "victime" n'est quasiment jamais employé : cela signifierait donc que l'auteur ne ressentait pas de compassion, d'empathie pour les Juifs qui ont subi la barbarie nazie ?
Bien sûr que non.
Simplement, il a fait un remarquable travail d'historien, éloigné de toute approche sentimentale.

L'émotion, et son utilisation, on la laisse à la fiction (la petite fille en rouge dans "La Liste de Schindler", mais Speilberg est artiste, et non pas historien).

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- "Heil Hitler !"
- "Heil Myself !"

"To Be or not To Be" - Ernst Lubitsch (1942)


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 18:16 
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Jean Froissart
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Jerôme a écrit :
Jefferson a écrit :
- Ensuite, sur les morts de la Terreur légale. 2500 morts guillotinés à Paris, en effet, on est loin de l'hécatombe que l'on présente parfois. C'est évidemment dramatique pour celui qui passe sur le billot, mais c'est à recontextualiser - ce n'est pas pour rien que je le rapportais aux 1300 morts (à peu près, les estimations divergent), des Massacres de Septembre, où la foule tue sans discernement pendant 3 jours les "ennemis de la République". Il ne s'agit pas de dire que ce n'est rien, 2500 condamnés à mort politiques, mais de relativiser le bain de sang. On peut interpréter la Terreur comme une réponse à la violence de la rue. C'est ce que pensait Danton, en tous cas, lorsqu'il a soutenu l'idée du Tribunal révolutionnaire.
Je reconnais bien volontiers que la Terreur, ce n'est pas que Paris. Mais on parle bien ici de guillotinés politiques, de procès, évoquant Danton, Hébert, Desmoulins, Robespierre, pas des massacres en province.
,


Quelques chiffres en bref : 16000 condamnations à mort en province - 30 000 victimes exéucutées sans jugement - 50 000 Vendéens !


Ma réponse portait sur les procès parisiens, pas sur les massacres de province, qui sont évidemment à mettre au compte du bilan du gouvernement révolutionnaire. Mais à ce compte, il faut aussi ajouter d'autres victimes : tous ceux qui ont été emprisonnés, que l'on oublie souvent, c'est à dire à peu près 500 000 personnes.

Ce n'était pas mon propos, je ne les oublie pas pour autant. C'est simplement un autre sujet.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Jan 2018 23:38 
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Jean Mabillon
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Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Jefferson a écrit :
Jerôme a écrit :
Jefferson a écrit :
- Ensuite, sur les morts de la Terreur légale. 2500 morts guillotinés à Paris, en effet, on est loin de l'hécatombe que l'on présente parfois. C'est évidemment dramatique pour celui qui passe sur le billot, mais c'est à recontextualiser - ce n'est pas pour rien que je le rapportais aux 1300 morts (à peu près, les estimations divergent), des Massacres de Septembre, où la foule tue sans discernement pendant 3 jours les "ennemis de la République". Il ne s'agit pas de dire que ce n'est rien, 2500 condamnés à mort politiques, mais de relativiser le bain de sang. On peut interpréter la Terreur comme une réponse à la violence de la rue. C'est ce que pensait Danton, en tous cas, lorsqu'il a soutenu l'idée du Tribunal révolutionnaire.
Je reconnais bien volontiers que la Terreur, ce n'est pas que Paris. Mais on parle bien ici de guillotinés politiques, de procès, évoquant Danton, Hébert, Desmoulins, Robespierre, pas des massacres en province.
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Quelques chiffres en bref : 16000 condamnations à mort en province - 30 000 victimes exéucutées sans jugement - 50 000 Vendéens !


Ma réponse portait sur les procès parisiens, pas sur les massacres de province, qui sont évidemment à mettre au compte du bilan du gouvernement révolutionnaire. Mais à ce compte, il faut aussi ajouter d'autres victimes : tous ceux qui ont été emprisonnés, que l'on oublie souvent, c'est à dire à peu près 500 000 personnes.

Ce n'était pas mon propos, je ne les oublie pas pour autant. C'est simplement un autre sujet.


Exact mais je pense que la séparation entre Paris et la province n était pas absolue. Même si la poste fonctionnait mal on savait à Paris ce qui se passait à Lyon ou Nantes !
Et au volume des exécutés il faut ajouter tous les emprisonnes en attente de jugement et considérer la qualité des condamnés. Nobles et roturiers, laïcs et clercs, hommes et femmes, républicains et royalistes, nul ne pouvait plus se sentir à l'abri d'une répression qui semblait devenir sans limite et sans finalité !


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 30 Avr 2018 14:06 
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Plutarque
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Jefferson a écrit :
-Robespierre était influent, respecté, écouté, mais il ne fut jamais cette source de tous les maux qu'on présente trop souvent par facilité, par esprit de parti ou par méconnaissance de la légende noire forgée par les Thermidoriens.
- Ensuite, sur les morts de la Terreur légale. 2500 morts guillotinés à Paris
- Je reconnais bien volontiers que la Terreur, ce n'est pas que Paris. Mais on parle bien ici de guillotinés politiques, de procès, évoquant Danton, Hébert, Desmoulins, Robespierre, pas des massacres en province.
- La Terreur comme système n'a jamais existé. On n'a jamais mis la "Terreur" à l'ordre du jour. C'est une construction des Thermidoriens, et une manière pour les historiens de borner une période.


Bonjour Jefferson,

Vos propos ci-dessus sont peu clairs, sinon équivoques, voire contradictoires. Si, comme vous le dites, "La Terreur comme système n'a jamais existé", c'est la Terreur comme quoi qui a existé? Vous évoquez plus haut la Terreur légale, puis la Terreur en province. Donc la Terreur, en tant qu'inspiration politique et action politique, n'est pas une "construction des Thermidoriens" et a bel et bien existé? Vos propos sur la province laissent planer un doute. N'y a-t-il pas eu des exécutions politiques en Province? Et quelques massacres politiques?

L'expression "Terreur à l'ordre du jour" n'est pas non plus une soi-disant "construction des Thermidoriens", mais comme vous le savez un véritable instrument politique inventé, développé et encouragé par les Jacobins, groupe le plus influent, dont le plus influent d'entre eux se nomme Robespierre. L'exigence du règne de la "Terreur" par les Montagnards à l'assemblée est antérieur même à 93. La Terreur c'est inspirer aux hommes une peur telle qu'elle en dissuaderait toute idée et toute action contre le gouvernement révolutionnaire, par le moyen de la violence, du "glaive", de la mort.

Danton, le 12 août à la Convention : « Les députés des assemblées primaires viennent d’exercer parmi nous L’INITIATIVE DE LA TERREUR (…) Signalons la vengeance populaire par le glaive de la loi sur les conspirateurs de l’intérieur ».

Robespierre le même jour « Que le glaive de la loi plane avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices, inspire la terreur à tous les ennemis de la patrie ».*

La Terreur est donc un terme très en vogue chez ces révolutionnaires les plus influents.

L'assassinat de Marat par Charlotte Corday en juillet 1793 accélère les craintes d'une partie des Révolutionnaires, Jacobins en tête, envers les ennemis intérieurs et extérieurs.

Royer a bel et bien plaidé pour la Terreur ("qu'on place la Terreur à l'ordre du jour"). Et elle l'était, de facto, dans toutes les têtes, dans les discours, dans les actions, et dans les décisions d'emprisonnement et de mise à mort.

La Terreur était bien d'une importance capitale dans l'idéologie jacobine, et a bel et bien été mise en oeuvre. Le fait qu'à la suite de ce discours elle n'ait n'ait pas été littéralement "inscrite" dans le cahier d'un ordre du jour d'une délibération à une date précise est complètement hors de propos, anecdotique, et ne signifie pas qu'elle n'était pas mentionnée comme un terme désignant exactement la politique de répression "préventive" mise en oeuvre, d'inspiration directement Jacobine.

Les historiens communistes, et le parti communiste français à une époque où il était très influent, ont tout fait pour blanchir la révolution du sang versé, en particulier la personne de Robespierre, archange exalté nimbé de sa fameuse "vertu". Communistes pour qui il n'était pas sans rappeler le Lénine de 1917, et pour qui la fin révolutionnaire justifiait tous les moyens.

Depuis une dizaine d'années, quelques-uns ont pris la relève: hommes politiques (Jean-Luc Mélenchon) ou historiens (Jean-Clément Martin) qui se font une spécialité de "réhabiliter" Robespierre (mais est-il "nécessaire" de "réhabiliter" qui que ce soit? Faire pencher la balance du jugement d'un côté ou de l'autre, du bien et du mal, est-il le travail des historiens?), demandent une rue Robespierre pour Paris, minimisent les excès du Tribunal Révolutionnaire et des ordres émanant du gouvernement, parfois justifient la violence en cette période troublée où les traîtres en puissance (suspects) "menaçaient" la Révolution (car Danton ourdissait le retour de l'Ancien Régime...!), et plus généralement minimisent ce que fut la Terreur à Paris et dans les provinces.

Ils insistent en général pour dire que Robespierre "n'est pas le seul" responsable. Ni de la mort du Roi, ni des morts suivantes. Certes. Il n'a pas été le seul à voter la mort de Louis, mais il l'a bien votée, et fortement motivée politiquement, implacablement. Et pour la Terreur (pardon, les exécutions politiques des années suivantes), il n'était "pas le seul" non plus. Certes. Il y a les autres membres du Comité (Couthon, Saint Just), et d'autres membres de la Convention dont il était Président, il y a Barère. Cela reste tout de même un cercle assez précis. Sa responsabilité est donc "un peu" partagée, mais toujours accablante. D'autant plus qu'à part ses fonctions exécutives et législatives, il est également et surtout un homme politique, un inspirateur, un penseur révolutionnaire, un auteur influent, un idéologue dirait-on aujourd'hui, dont les mots ont rallié l'adhésion et décidé des tribunaux.

On peut aussi se demander si la "Terreur", pardon, la cadence des exécutions politiques, a décru après sa mort.

Mais ne jugeons pas. Robespierre était un exalté qui planait quelques mètres au-dessus d'un sol souillé, persuadé de détenir la vertu et la vérité et voulait guider le peuple vers un avenir radieux, quelque soit le prix du sang. Les tribunaux révolutionnaires où ses ennemis furent jugés étaient-ils partiaux, iniques et contraires à tous les principes du droit? Assurément. "Doit"-on pour autant détester Robespierre? C'est un produit de son époque, une personnalité bien particulière hissée aux responsabilités parce que l'époque se prêtait à un personnage comme lui. Lui et la révolution sont liés, et sont tout simplement des faits historiques qui devraient être dépassionnés. Inutile dès lors de vouloir faire à tout prix admirer Robespierre.

*cité par Jacques Guilhaumou, "La Terreur à l'ordre du jour, un parcours en Révolution", 2007, ENS, Lyon


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 30 Avr 2018 14:38 
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Jean Froissart
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La "terreur" était une réthorique, pas un système. Et si les sans-culottes ont demandé à ce qu'elle soit à l'ordre du jour, en effet, après l'assassinat de Marat, elle ne l'a jamais été en pratique. C'est Barère qui en a parlé le premier, le 5 septembre 1793. Il faisait remonter un vœu des sans-culottes. Très adroit, puisqu'il satisfaisait la populace, en l'évoquant à la Convention, mais ne mettait justement pas pour autant la terreur à l'ordre du jour.

J'emploie le mot à regret quand je réponds ici ou là sur les fils évoquent le gouvernement révolutionnaire. La "Terreur" est une invention des Thermidoriens qui qualifièrent ainsi toute la période de la convention montagnarde. Avant cela, oui, on parle de "terreur", mais comme un élément de réthorique, sans traduction juridique ou politique.

Ce mot de "terreur", systématiquement associé à Robespierre, est un plancher pourri. Il n'est pas question de nier les morts, mais d'analyser froidement des faits. Et de ne pas toujours citer ce pauvre Robespierre chaque fois qu'on évoque une tête coupée.

Et il n'est plus question depuis longtemps d'exonérer Robespierre de ses responsabilités dans les décisions prises par le gouvernement révolutionnaire, mais de lui rendre, comme l'ont fait de nombreux historiens très sérieux, la part qui est la sienne : un homme influent, parmi d'autres. Avec ses moments de génie et sa part d'ombre. Je suis ici le Robespierriste du forum parce que souvent, je m'efforce de temporiser les accusations dont Robespierre est la cible exclusive. En replaçant l'homme dans son contexte et en lui rendant un minimum de justice.

C'est souvent épuisant.

C'est d'autant plus éprouvant que je suis moins Robespierriste que Brissotin.

Mais je comprends qu'on admire Robespierre, c'était un sacré bonhomme. Son combat pour l'égalité des droits, des femmes, pour l'instruction pour tous, le suffrage universel, pour l'abolition de la peine de mort ou de l'esclavage sont dignes d'éloges. C'est bien malheureux que son nom soit souvent traîné dans la boue et son humanisme jeté aux orties pour éviter de rentrer dans les détails.

Quand la revue l'Histoire titre "Robespierre et les Nazis, pourquoi ils admiraient Sparte", oui, j'ai comme une envie de vomir. C'est parfaitement dégueulasse et cela me rend soudainement très robespierriste.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 30 Avr 2018 15:35 
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Plutarque
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Je compatis. Il a droit à ses avocats de la défense, comme les autres.

Jefferson a écrit :
La "terreur" était une réthorique, pas un système. Et si les sans-culottes ont demandé à ce qu'elle soit à l'ordre du jour, en effet, après l'assassinat de Marat, elle ne l'a jamais été en pratique.


Ce n'est toujours pas clair. Rhétorique, système... On joue sur les mots. C'est bien un mot d'ordre, lancé et répété, et c'est bien une politique mise en pratique, comme vous le reconnaissez vous-même dans la citation en tête de mon post précédent.

Jefferson a écrit :
La "Terreur" est une invention des Thermidoriens

En quoi est-ce une "invention" des Thermidoriens? Le terme n'a pas été inventé par eux, et la pratique à laquelle il correspond non plus. Le mot et l'idée ont bien eu une traduction dans l'action politique et juridique, et même intellectuelle, intimidant paroles et pensées. Les opposants à la Terreur, Danton et Desmoulins, auraient du mal à être "Thermidoriens", vous en conviendrez.

Jefferson a écrit :
Et de ne pas toujours citer ce pauvre Robespierre chaque fois qu'on évoque une tête coupée.

Mais ne pas oublier non plus de citer ce pauvre Robespierre, pour les têtes qu'il a bien envoyées à l'échafaud, ni en tant qu'inspirateur d'une politique, précisément par opposition aux indulgents.

Jefferson a écrit :
un homme influent, parmi d'autres. Avec ses moments de génie et sa part d'ombre. (...) Mais je comprends qu'on admire Robespierre, c'était un sacré bonhomme.

C'est là que le propos mérite une clarification: homme de génie ou apparatchik gris qui ne dépasse pas d'une oreille? Quand il s'agit des morts, il serait juste un décisionnaire parmi d'autres, et quand il s'agit des idées, un grand homme influent? A-t-il ou n'a-t-il pas inspiré et mené une politique?

Si la "Terreur" désigne par convenance d'historiens, comme vous le dites, la Convention Montagnarde (juin 93-juillet 94), ce terme désigne bien la politique menée par eux, et leur chef de file s'appelle alors Robespierre. Ou alors, dites-nous qui est le grand homme plus influent que Robespierre dans cette période.


Dernière édition par Dalgonar le 30 Avr 2018 15:40, édité 1 fois.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 30 Avr 2018 15:36 
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Jean Froissart
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Inscription : 14 Avr 2011 21:37
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Dalgonar a écrit :
Ils insistent en général pour dire que Robespierre "n'est pas le seul" responsable. Ni de la mort du Roi, ni des morts suivantes. Certes. Il n'a pas été le seul à voter la mort de Louis, mais il l'a bien votée, et fortement motivée politiquement, implacablement. Et pour la Terreur (pardon, les exécutions politiques des années suivantes), il n'était "pas le seul" non plus. Certes. Il y a les autres membres du Comité (Couthon, Saint Just), et d'autres membres de la Convention dont il était Président, il y a Barère. Cela reste tout de même un cercle assez précis. Sa responsabilité est donc "un peu" partagée, mais toujours accablante. D'autant plus qu'à part ses fonctions exécutives et législatives, il est également et surtout un homme politique, un inspirateur, un penseur révolutionnaire, un auteur influent, un idéologue dirait-on aujourd'hui, dont les mots ont rallié l'adhésion et décidé des tribunaux.

On peut aussi se demander si la "Terreur", pardon, la cadence des exécutions politiques, a décru après sa mort.


C'est ce genre de réflexion qui est intéressant. Dans un paragraphe, vous dites bien que Robespierre est un homme parmi d'autres, qu'il a voté, comme 386 autres députés, la peine de mort pour Louis Capet, mais au final, c'est le seul qui compte. Dois-je rappeler qu'en janvier 1793, les Montagnards ne sont pas majoritaires ? Que Robespierre est encore très loin d'être l'homme fort du gouvernement ?

Mais non. 387 votes pour la mort sans condition, et Robespierre est le seul nom que vous retenez.

Quant au tribunal révolutionnaire, il a continué à fonctionner après thermidor, mais fortement ralenti, évidemment, jusqu'à sa disparition l'année suivante. La chute de Robespierre était celle de la Convention montagnarde. Il fallait mettre la poussière sous le tapis et aller de l'avant. Robespierre mort, on l'a chargé de tous les maux. Un cas d'école du bouc émissaire cher à René Girard.

Billaud-Varenne, Collot d'Herbois (mais pas pour longtemps), Barère ou Fouché, et tant d'autres aux mains couvertes de sang, se portaient très bien, pour leur part.

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