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Message Publié : 02 Mars 2009 22:55 
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Eginhard
Eginhard

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La révolution abolit l'esclavage en 1794 .Que deviennent alors les esclaves : des travailleurs libres , des journaliers sur les plantations , des vagabonds car expulsés de leur maison ou case ? Ont-ils le droit de vote ou de propriété ?
Mais en 1802 , redeviennent-ils des esclaves propriété de leurs anciens maitres ou alors ils gardent leur statut d'affranchis et c'est uniquement le recours à la traite qui fournit de nouveaux contingents d'esclaves .
Normalement la traite transatlantique est abolie par le congrés de Vienne en 1815 , mais elle persistera frauduleusement En toute logique entre 1802 et 1848 , le nombre des esclaves aux Antilles devait étre inférieur à celui du 18e siecle .


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Message Publié : 05 Mars 2009 16:33 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 21 Déc 2008 11:01
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pas de spécialiste de l'histoire des Antilles ? Sur internet on trouve des débats trés passionnels et pas trés objectifs et même historiquement douteux


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Message Publié : 05 Mars 2009 17:03 
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Salluste
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Inscription : 11 Déc 2005 0:25
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Oui mais si tu poses des questions un peu plus précis parce que l'Antille est composé des nombreuses iles et chaque ile a son histoire d'exclavage !
Donc si tu cites une des iles antillais, on te répondra !

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Scorpion du Sable rouge


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Message Publié : 05 Mars 2009 17:10 
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Eginhard
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On peut prendre l'exemple trés emblématique de la Guadeloupe qui fait l'actualité en ce moment .


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Message Publié : 06 Mars 2009 11:42 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 21 Sep 2008 16:42
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Un natif de Guadeloupe vient au secours d'un problème qui ne fut résolu qu'en 1848 par Victor Schoelcher : l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises. Voici l'article Wikipédia sur l'abolition de l'esclavage : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abolition_de_l%27esclavage

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"L'Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir" (message de l'amiral Nelson à Trafalgar)


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Message Publié : 06 Mars 2009 11:53 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 21 Sep 2008 16:42
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Localisation : Seine et Marne
Je conseillerai (c'est un conseil d'André Sanphrapé sur le forum Histoire des moeurs/commerce triangulaire, sur ce même forum passion-histoire) de lire l'Histoire de la colonisation française par Denise Bouche, éditions Fayard, 32 €, 608 pages.
Pièce jointe :
Colonisation française.jpg
Colonisation française.jpg [ 14.38 Kio | Consulté 3640 fois ]


Présentation de l'éditeur :

Au lendemain de l'écroulement de la puissance napoléonienne, la monarchie bourbonienne restaurée met beaucoup d'acharnement à récupérer les quelques territoires que l'Angleterre a accepté de lui restituer. Dans les derniers jours du règne de Charles X, l'expédition d'Alger, à l'origine opération de politique intérieure, inaugure une reprise de l'expansion qui ira s'amplifiant sous la Monarchie de Juillet, le Second Empire et plus encore la Troisième République.

Ainsi s'est constitué le second empire colonial français, même si l'opinion et le personnel politique ne vibrent pas unanimement, loin de là, aux entreprises et aux succès de leurs soldats, de leurs fonctionnaires, de leurs missionnaires.

Pourtant, avec la fin des opérations de conquête, les Français se rallient, de plus en plus nombreux, à l'idée de l'empire, à laquelle l'Exposition de 1931 les sensibilise davantage. Au lendemain de la Libération, ils communient brièvement dans l'illusion de constituer avec les peuples d'outre-mer une grande " Union française fraternelle ".

Or la Seconde Guerre mondiale, avec l'entrée en scène de puissances extra-européennes, a profondément ébranlé un édifice tenu pour indestructible. Avec une répugnance tempérée de résignation, la France se défera en peu d'années de l'essentiel de ses possessions: dans le sang et le drame (Indochine, Algérie...), ou bien dans la concertation (Afrique noire). Le prestige de De Gaulle, qui comprit, en dépit de ses préférences personnelles, la nécessité historique de cette évolution, aida grandement la nation à franchir ce cap.

Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure de Sèvres, agrégée d'histoire et de géographie, docteur ès lettres, Denise Bouche est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Nancy-II depuis 1968, après avoir longtemps enseigné à Dakar. Le présent ouvrage fait le récit du flux et du reflux de la colonisation française, un sujet immense sur lequel les travaux de synthèse sont fort rares.

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"L'Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir" (message de l'amiral Nelson à Trafalgar)


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Message Publié : 06 Mars 2009 11:57 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 21 Sep 2008 16:42
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Localisation : Seine et Marne
Pardon ! Mille excuses ! Le forum sur le commerce triangulaire se trouve dans le forum Histoire globale, et voici le lien :http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=106&t=19340

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"L'Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir" (message de l'amiral Nelson à Trafalgar)


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Message Publié : 15 Mars 2009 20:43 
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Plutarque
Plutarque

Inscription : 30 Juil 2008 0:28
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En 1802 si Napoléon a rétabli l'esclavage c'est seulement pour récupérer la Martinique et relancer l'économie. C'est certainement une erreur de sa part mais c'étaient seulement pour ces raisons-la. D'ailleurs ce qu'on oublit de rappeler c'est qu'en 1815 à son retour de l'ile d'Elbe il a de nouveau aboli l'esclavage.

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"Mourir n'est rien mais vivre vaincu c'est comme mourir tous les jours" Napoléon Bonaparte


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Message Publié : 16 Mars 2009 11:19 
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Jules Michelet
Jules Michelet
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Citer :
D'ailleurs ce qu'on oublit de rappeler c'est qu'en 1815 à son retour de l'ile d'Elbe il a de nouveau aboli l'esclavage.


Pas du tout !
Le 29 mars, il n'abolit en rien l'esclavage mais seulement la traite.
Le décret en question :

"Art. 1 : A dater de la publication du présent décret, la traite des Noirs est abolie.
Il ne sera accordé aucune expédition pour ce commerce, ni dans les ports de France ni dans ceux de nos colonies.
Art. 2 : Il ne pourra être introduit, pour être vendu dans nos colonies, aucun noir provenant de la traite soit française, soit étrangère."


On peut se souvenir à ce propos, qu’un an plus tôt, Louis XVIII avait engagé la France auprès des Anglais dans cette voie, le 30 mai 1814, en marge du traité de Paris.

"Sa Majesté Très Chrétienne, partageant sans réserve tous les sentiments de Sa Majesté Britannique relativement à un genre de commerce que repoussent et les principes de la justice naturelle, et les lumières des temps où nous vivons, s'engage à unir au futur Congrès tous ses efforts à ceux de Sa Majesté Britannique, pour faire prononcer par toutes les Puissances de la chrétienté l'abolition de la traite de noirs, de telle sorte que ladite traite cesse universellement, comme elle cessera définitivement et dans tous les cas, de la part de la France, dans un délai de cinq années ; et qu'en outre, pendant la durée de ce délai, aucun trafiquant d'esclaves n'en puissent importer, ni vendre ailleurs que dans les colonies de l'Etat dont il est le sujet."

Engagement qui fut suivi logiquement de la déclaration du 8 février 1815 lors du Congrès de Vienne.

"Ils [les plénipotentiaires de la France, de l'Angleterre, de la Russie, de la Suède, de la Prusse, de l'Autriche, du Portugal et de l'Espagne] déclarent à la face de l'Europe, que, regardant l'abolition universelle de la traite des nègres comme une mesure particulièrement digne de leur attention, conforme à l'esprit du siècle et aux principes généreux de leurs augustes Souverains, ils sont animés du désir sincère de concourir à l'exécution la plus prompte et la plus efficace de cette mesure par tous les moyens à leur disposition et d'agir, dans l'emploi de ces moyens, avec tout le zèle et toute la persévérance qu'ils doivent à une aussi grande et belle cause.
Trop instruits toutefois des sentiments de leurs Souverains, pour ne pas prévoir que, quelque honorable que soit leur but, ils ne le poursuivront pas sans de justes ménagements pour les intérêts, les habitudes et les préventions mêmes de leurs sujets, lesdits Plénipotentiaires reconnaissent en même temps que cette déclaration générale ne saurait préjuger le terme que chaque Puissance en particulier pourrait envisager comme le plus convenable pour l'abolition définitive du commerce des nègres ; par conséquent, la détermination de l'époque où ce commerce doit universellement cesser, sera un objet de négociations entre les Puissances ; bien entendu que l'on ne négligera aucun moyen propre à en assurer et en accélérer la marche ; et que l'engagement réciproque contracté par la présente déclaration entre les Souverains qui y ont pris part, ne sera considéré comme rempli qu'au moment où un succès complet aura couronné leurs efforts réunis.
En portant cette déclaration à la connaissance de l'Europe et de toutes les nations civilisées de la Terre, lesdits Plénipotentiaires se flattent d'engager les autres Gouvernements, et notamment ceux qui, en abolissant la traite des nègres, ont manifesté déjà les mêmes sentiments, à les appuyer de leur suffrage dans une cause dont le triomphe final sera un des plus beaux monuments du siècle qui l'a embrassée, et qui l'aura si glorieusement terminée."



Pour mémoire, en 1814, 750 000 signatures sur des pétitions demandant que la Grande-Bretagne oblige la France et les autres grandes puissances à interdire la traite avaient été recueillies en Angleterre.

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 16 Mars 2009 21:51 
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Plutarque
Plutarque

Inscription : 30 Juil 2008 0:28
Message(s) : 153
Drouet Cyril a écrit :
Citer :
D'ailleurs ce qu'on oublit de rappeler c'est qu'en 1815 à son retour de l'ile d'Elbe il a de nouveau aboli l'esclavage.


Pas du tout !
Le 29 mars, il n'abolit en rien l'esclavage mais seulement la traite.
Le décret en question :

"Art. 1 : A dater de la publication du présent décret, la traite des Noirs est abolie.
Il ne sera accordé aucune expédition pour ce commerce, ni dans les ports de France ni dans ceux de nos colonies.
Art. 2 : Il ne pourra être introduit, pour être vendu dans nos colonies, aucun noir provenant de la traite soit française, soit étrangère."


On peut se souvenir à ce propos, qu’un an plus tôt, Louis XVIII avait engagé la France auprès des Anglais dans cette voie, le 30 mai 1814, en marge du traité de Paris.

"Sa Majesté Très Chrétienne, partageant sans réserve tous les sentiments de Sa Majesté Britannique relativement à un genre de commerce que repoussent et les principes de la justice naturelle, et les lumières des temps où nous vivons, s'engage à unir au futur Congrès tous ses efforts à ceux de Sa Majesté Britannique, pour faire prononcer par toutes les Puissances de la chrétienté l'abolition de la traite de noirs, de telle sorte que ladite traite cesse universellement, comme elle cessera définitivement et dans tous les cas, de la part de la France, dans un délai de cinq années ; et qu'en outre, pendant la durée de ce délai, aucun trafiquant d'esclaves n'en puissent importer, ni vendre ailleurs que dans les colonies de l'Etat dont il est le sujet."

Engagement qui fut suivi logiquement de la déclaration du 8 février 1815 lors du Congrès de Vienne.

"Ils [les plénipotentiaires de la France, de l'Angleterre, de la Russie, de la Suède, de la Prusse, de l'Autriche, du Portugal et de l'Espagne] déclarent à la face de l'Europe, que, regardant l'abolition universelle de la traite des nègres comme une mesure particulièrement digne de leur attention, conforme à l'esprit du siècle et aux principes généreux de leurs augustes Souverains, ils sont animés du désir sincère de concourir à l'exécution la plus prompte et la plus efficace de cette mesure par tous les moyens à leur disposition et d'agir, dans l'emploi de ces moyens, avec tout le zèle et toute la persévérance qu'ils doivent à une aussi grande et belle cause.
Trop instruits toutefois des sentiments de leurs Souverains, pour ne pas prévoir que, quelque honorable que soit leur but, ils ne le poursuivront pas sans de justes ménagements pour les intérêts, les habitudes et les préventions mêmes de leurs sujets, lesdits Plénipotentiaires reconnaissent en même temps que cette déclaration générale ne saurait préjuger le terme que chaque Puissance en particulier pourrait envisager comme le plus convenable pour l'abolition définitive du commerce des nègres ; par conséquent, la détermination de l'époque où ce commerce doit universellement cesser, sera un objet de négociations entre les Puissances ; bien entendu que l'on ne négligera aucun moyen propre à en assurer et en accélérer la marche ; et que l'engagement réciproque contracté par la présente déclaration entre les Souverains qui y ont pris part, ne sera considéré comme rempli qu'au moment où un succès complet aura couronné leurs efforts réunis.
En portant cette déclaration à la connaissance de l'Europe et de toutes les nations civilisées de la Terre, lesdits Plénipotentiaires se flattent d'engager les autres Gouvernements, et notamment ceux qui, en abolissant la traite des nègres, ont manifesté déjà les mêmes sentiments, à les appuyer de leur suffrage dans une cause dont le triomphe final sera un des plus beaux monuments du siècle qui l'a embrassée, et qui l'aura si glorieusement terminée."



Pour mémoire, en 1814, 750 000 signatures sur des pétitions demandant que la Grande-Bretagne oblige la France et les autres grandes puissances à interdire la traite avaient été recueillies en Angleterre.



C'est une version qui se tient. Mais comme dirait l'autre: il n'y a point de vérité historique :mrgreen:

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Message Publié : 16 Mars 2009 22:42 
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Jules Michelet
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Citer :
C'est une version qui se tient.


Je crois bien, oui. lol

Mais, c'est vrai que cette histoire d'abolition de l'esclavage par Napoléon en 1815 revient souvent ici et là. Il serait quand même grand temps qu'elle disparaisse enfin, à la lecture des textes...

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Message Publié : 18 Mars 2009 16:17 
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Thucydide
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Inscription : 19 Fév 2009 22:02
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Moi j'ai une question toute bête mais je connais (très) mal l'histoire de l'esclavage:que se passe-t-il après le rétablissement de 1802 dans les colonies françaises?
J'ai entendu parler de la révolte et de Toussaint Louverture mais d'une part je ne connais pas les détails et d'autre part il n'y a pas qu'une île dans les antilles françaises.


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Message Publié : 18 Mars 2009 21:33 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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dom calmet a écrit :
La révolution abolit l'esclavage en 1794 .Que deviennent alors les esclaves : des travailleurs libres , des journaliers sur les plantations , des vagabonds car expulsés de leur maison ou case ? Ont-ils le droit de vote ou de propriété ?
Voir sur ce point : viewtopic.php?f=106&t=20000&start=0&st=0&sk=t&sd=a

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Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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Message Publié : 26 Avr 2009 15:59 
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Hérodote
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Inscription : 26 Avr 2009 15:50
Message(s) : 12
dom calmet a écrit :
La révolution abolit l'esclavage en 1794 .Que deviennent alors les esclaves


Plus de 80% d'entre eux vivent en Martinique et à Saint-Domingue (pour les français), où les planteurs signent quelques semaines le "traité de Whitehall" qui permet aux troupes anglaises d'envahir les deux îles et imposer une fiscalité conséquente sur le sucre (en vigueur depuis un siècle dans les îles anglaises, ce qui explique que les îles françaises les aient dépassées dès 1720). B)

En échange de cette invasion, les anglais rétablissent l'esclavage.

Ce n'est pas le cas à la Guadeloupe, où l'abolition est cependant génée aussi par la résistance des planteurs qui combattent Victor Hugues


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 Sujet du message : Rétablissement de l'esclavage
Message Publié : 04 Nov 2014 21:21 
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Jules Michelet
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Le fil sur la Révolution partant dans pas mal de directions, je me permets de poursuivre ici les échanges concernant le rétablissement de l’esclavage. Je reprends d’abord le début de la discussion :


Drouet Cyril a écrit :
Jefferson a écrit :
Ainsi, vous vous trompez : Bonaparte (que je n'apprécie pas pour autant) n'a pas rétabli l'esclavage, il a maintenu l'abolition là où elle avait été mise en œuvre (à Saint-Domingue, par exemple, où Santhonax avait imposé la liberté générale avant même le vote de l'assemblée), mais ne l'a pas imposée là où elle n'avait pas été appliquée.


Et que dites-vous pour la Guadeloupe et la Guyane ?


Jefferson a écrit :
Il n'était pas question de retablissement de l'esclavage dans ces deux colonies dans la loi de 1802. Le retour à la situation antérieure à 1789 concernait les colonies rendues par les Anglais au traité d'Amiens. La situation particulière de ces deux colonies y a en effet entraîné le retablissement de l'esclavage, mais il n'y a pas eu de "retablissement general" ou d'abrogation de l'abolition de 1794.

Je ne voyais pas l'intérêt de développer sur ce sujet dans un fil de discussion plus général. J'ai simplifié. Pour autant, je ne défends pas la vision de "hussard borné" de Bonaparte (le mot est d'Yves Benot), qui a mené une politique coloniale atroce - le sujet était les acquis de la Révolution, et l'abolition de l'esclavage, la première dans l'histoire du monde, en est bien une, même si ses suites ont été chaotiques.


Drouet Cyril a écrit :
Jefferson a écrit :
Il n'était pas question de retablissement de l'esclavage dans ces deux colonies dans la loi de 1802.


Concernant la question de l'esclavage, il ne faut pas se contenter d'évoquer la loi du 20 mai 1802; les ordres concernant le rétablissement en Guadeloupe et en Guyane ayant vite suivi
En somme, dire que "Bonaparte n'a pas rétabli l'esclavage" n'est pas une "simplification", mais une lourde erreur.


Jefferson a écrit :
Drouet Cyril a écrit :
Concernant la question de l'esclavage, il ne faut pas se contenter d'évoquer la loi du 20 mai 1802; les ordres concernant le rétablissement en Guadeloupe et en Guyane ayant vite suivi. En somme, dire que "Bonaparte n'a pas rétabli l'esclavage" n'est pas une "simplification", mais une lourde erreur.


Oui, effectivement, ma remarque peut entrainer une confusion. Vous avez tout à fait raison. Bonaparte a bien rétabli l'esclavage dans deux colonies où le décret de 1794 avait été appliqué : en Guadeloupe et en Guyane. Deux colonies qui, au demeurant, n'auraient pas dû être concernées par la loi de mai 1802. Mais il s'agit de réponses à des problématiques particulières à ces deux îles, et le rétablissement dans ces deux colonies doit peut-être moins à la volonté du Premier consul qu'à celle des administrateurs locaux. Si en pratique, l'esclavage est bien réintroduit, on peut dire, sans trop de risques, qu'il s'agit avant tout d'une mesure de maintien de l'ordre, aussi abjecte nous apparaisse-t-elle. Vous remarquerez qu'on a pas tout de suite parlé d'esclavage, d'ailleurs, mais de travail forcé, en Guadeloupe, de "conscription de quartier" en Guyane.

La loi de mai 1802 est la seule loi générale concernant ce problème de l'esclavage dans les colonies - et elle n'est pas une abrogation de l'abolition de 1794. Il n'y a pas, ce que je soulignais, de rétablissement général de l'esclavage.

Mais bon, je vous l'accorde, le résultat est bien le même - l'esclavage est rétabli un peu partout, même si le décret de 1794 n'est pas abrogé. Restait Saint-Domingue. On peut imaginer que l'esclavage y aurait été rétabli si Leclerc ou Rochambeau ne s'y étaient pas cassé les dents.



**************************************




Jefferson a écrit :
le rétablissement dans ces deux colonies doit peut-être moins à la volonté du Premier consul qu'à celle des administrateurs locaux.


Le maintien et le rétablissement de l’esclavage s’intégraient à une politique coloniale fort ambitieuse. Dans un tel cadre, Bonaparte n’était pas homme à se faire dicter la marche à suivre par de simples administrateurs locaux.



Jefferson a écrit :
on peut dire, sans trop de risques, qu'il s'agit avant tout d'une mesure de maintien de l'ordre


En effet. Et ici, l’ordre et l’économie vont de paire. Il convenait en effet de relancer la culture et le commerce dans des colonies où l’abolition de l’esclavage, outre le désordre, les soulèvement et les orientations autonomistes, était considérée comme la principale cause du marasme économique dans lequel des colonies jusqu’alors fort prospères étaient tombées (je pense ici tout particulièrement à Saint-Domingue).



Jefferson a écrit :
Vous remarquerez qu'on a pas tout de suite parlé d'esclavage, d'ailleurs, mais de travail forcé, en Guadeloupe


Sans doute faites-vous référence à l’arrêté du 17 juillet 1802 dont voici quelques extraits :
« Art. 1. Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté, dans l'étendue de cette colonie et dépendances, que par les blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre ni exercer les fonctions ou emplois qui y sont attachés. Les blancs seuls qui auront été inscrits dans la garde nationale, depuis l'âge de 15 ans jusqu'à 55, auront le droit d'en porter l'uniforme et d'avoir des armes à leur usage.
Ceux des blancs qui n'y seraient pas inscrits ne pourront jouir du même droit, et seront dénoncés en cas de contravention, pour être statué à leur égard ce qu'il appartiendra par le général en chef.
[…]
Art. 4. Tous les hommes de couleur et noirs qui ne seront pas porteurs d'un acte légal d'affranchissement de tout service particulier, sont obligés, dans les 24 heures pour les villes, et dans les 5 jours pour les bourgs et campagnes, de sortir des communes où ils peuvent se trouver, pour retourner aux propriétés dont ils dépendaient avant la guerre, excepté ceux qui auront servi honorablement dans l'armée de ligne, et sur le sort desquels le général en chef aura à prononcer, d'après le rapport du commissaire supérieur.
La disposition du présent article est générale et aura son effet nonobstant tous arrêtés, règlements, ordres ou autorisations à ce contraire, si ce n'est le cas de l'article 6e ci-après
[…]
Art. 7. Tous ceux qui ne se trouveront point rendus sur les propriétés ou au service dont ils dépendent, ainsi qu'il est dit ci-dessus, dans les cinq jours de la publication du présent, seront considérés comme complices de rébellion.
A l'expiration de ce terme, les autorités civiles et militaires en feront faire les perquisitions et poursuites les plus vigoureuses; en cas de résistance ou de fuite, ils pourront être arrêtés morts ou vifs; ceux dont on s'emparera après le délai de grâce, s'ils sont prévenus de quelques actes directs de rébellion, seront traduits à la commission militaire, sinon, seront détenus à la geôle jusqu'à réclamation du maître, appuyée de l'autorisation du commissaire du Gouvernement du heu où ils sont incarcérés, et subiront en y entrant la peine correctionnelle qui sera infligée par ledit commissaire.
Art. 8. Tous individus dont les propriétés respectives, desquelles ils dépendaient avant la guerre, sont hors de la colonie, seront tenus et sous les mêmes peines prononcés dans l'article 7, de se présenter aussi dans les 24 heures, au commissaire du Gouvernement de la commune où ils peuvent se trouver, pour être remis au dépôt fixé dans la ville Basse-Terre, et être distribués ainsi que le jugera à propos le général en chef, d'après le rapport du commissaire supérieur. »
Si le mot « esclavage » n’est pas mentionné ici, il s’agit néanmoins là d’une borne de toute première importance. Il suffit à ce sujet de se référer à la correspondance de Leclerc, alors à Saint-Domingue, catastrophé par les conséquences de ce qu’il considérait comme le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe.

Concernant l’esclavage à la Guadeloupe, on peut citer la lettre de Bonaparte à Decrès en date du 13 juillet 1802 :
« En ajoutant à ces dispositions la recommandation au général Villeneuve de mettre la plus grande activité à faire passer d’une colonie à l’autre des secours de troupes, selon qu’il deviendra nécessaire, on aura lieu d’être parfaitement tranquille, et nous serons à même de prendre toutes les mesures que nous jugerons à propos pour les colonies. La première de toutes paraîtrait d'établir l'esclavage à la Guadeloupe comme il l'était à la Martinique, en ayant soin de garder le plus grand secret sur cette mesure, et en laissant au général Richepance le choix du moment pour la publier. »

Trois jours plus tard, l’arrêté consulaire tombait :
« La colonie de la Guadeloupe et dépendance sera régie à l’instar de la Martinique, de Sainte-Lucie, de Tobago, et des colonies orientales, par les mêmes lois qui y étaient en vigueur en 1789. »

L’arrêté en question arriva sur l'île le 23 septembre. A sa réception, Lacrosse, prudent (et sans doute, pour reprendre l’expression de Bonaparte, pas « parfaitement tranquille »), opta pour ne pas le proclamer dans l’attente de renforts. Malgré plusieurs lettres annonçant sa proclamation entre le 15 novembre et le 21 décembre, Lacrosse ne publiera jamais l’arrêté consulaire du 16 juillet.
Il faudra attendre pour cela, le 14 mai 1803, et l’arrivée du nouveau capitaine-général Ernouf. Ce dernier, à cette occasion, fit publier la proclamation suivante :

« Une puissance rivale de la France voyait, avec autant de peine que d'envie, la prospérité de nos colonies. Depuis longtemps, elle méditait leur perte ; ses efforts avaient été impuissants jusqu'au moment où la révolution française lui fournit les moyens d'exécuter ses sinistres projets. Des hommes adroits et perfides furent envoyés vers la capitale ; l'or fut répandu avec profusion : la liberté des noirs fut résolue dans la fameuse société des Jacobins. L'Assemblée Nationale, séduite par les apparences ainsi que par les fausses idées de philanthropie que des orateurs, stipendiés par nos ennemis, développaient avec toute l'astuce du sophiste, seconda puissamment leurs intentions : son décret, à ce sujet, fut la perte de nos colonies et de ces mêmes noirs qu'elle croyait favoriser. Vous connaissez, par une fatale expérience, les maux qui ont été le résultat de cette prétendue liberté, indiscrètement accordée à des êtres sans civilisation, sans principes et sans patrie. Ce ne fut pas seulement la licence qui se mit à la place de la liberté, mais la révolte la plus affreuse et la plus sanglante. La religion détruite, les habitations incendiées, des flots de sang français répandus, tel fut le triste état dans lequel nos colonies furent réduites. Jetons le voile sur ces événements affreux, dont il ne reste, hélas ! que trop de monuments. Mais de pareils désastres doivent être prévenus pour l'avenir. Ces motifs ont déterminé le Gouvernement à prendre l'arrêté suivant, d'après la connaissance acquise que l'humanité a toujours guidé les colons de la Guadeloupe et que chaque propriétaire est un père dont la sollicitude s'étend sur tout ce qui l'environne. »



Jefferson a écrit :
de "conscription de quartier" en Guyane.


Voici l’arrêté consulaire en date du 7 décembre auquel vous faites ici référence :

"Article 1er- A la réception du présent arrêté, le commissaire du gouvernement à Cayenne et à la Guyane française, établira dans cette colonie un registre général de conscription de quartier.
Article 2e- Ce registre sera divisé en autant de rôles distincts qu'il y a de propriétaires dans la colonie.
Article 3e- Seront portés sur chacun de ces rôles, et tels qu'ils se trouvent maintenant établis dans chacune des propriétés ou ateliers, tous les noirs ou gens de couleur des deux sexes existant dans la colonie au 26 prairial an II, et qui ne pourront justifier de leur affranchissement légalement acquis avant cette époque.
Article 4e- L'effet de la conscription de quartier est d'attacher irrévocablement à la propriété ou atelier sur le rôle desquels ils se trouvent portés, les individus désignés à l'article III, sans qu'ils puissent s'y soustraire eux-mêmes, ni en être aliénés arbitrairement par le propriétaire.
Article 6e- La conscription de quartier ne pourra cesser, pour aucun individu, que par les voies ci-devant usitées de l'affranchissement.
Article 7e- Les individus compris dans la conscription de quartier seront soumis aux mêmes prestations de travail envers les propriétaires ou ses représentants qu’ils l’étaient autrefois et de son côté le propriétaire sera tenu de pourvoir à leur subsistance et entretien, tant en santé qu’en maladie, de la même manière qu’il y était astreint par les anciens règlements."

Cet arrêté faisait suite à la volonté affichée par Bonaparte dans la lettre qu’il écrivit le 7 août précédent :
« Les instructions pour Cayenne me paraissent bonnes; j'en approuve l'esprit et le sens. Mais les instructions secrètes doivent être remises au net. Il est de principe qu'avec une espèce d'hommes qui ont été d'une opinion différente de celle qu'on leur prescrit, il ne faut jamais discuter; cela ne fait que les aigrir, parce que cela renouvelle les discussions qu'ils ont eues sur cet objet. Il faut dire, en deux mots, que, Cayenne étant destiné à de grands résultats, un grand nombre de noirs doit y être envoyé, et tout préparer au rétablissement de l'esclavage. Ce principe est non seulement celui de la métropole, mais encore celui de Angleterre et des autres puissances européennes. Un homme destiné à passer sa vie dans les colonies doit sentir que, si les noirs ont pu se maintenir dans les colonies contre les Anglais, ils tourneraient leur rage contre nous, égorgeraient les blancs, menaceraient sans cesse d'incendier nos propriétés, et ne présenteraient aucune garantie au commerce, qui n'offrirait plus de capitaux et resterait sans confiance. »

Le règlement général du 25 avril 1803 finalisa le dispositif. Et là, l’expression « rétablissement de l’esclavage » est clairement utilisée pour évoquer l’application de l’arrêté du 7 décembre.



Jefferson a écrit :
Restait Saint-Domingue. On peut imaginer que l'esclavage y aurait été rétabli si Leclerc ou Rochambeau ne s'y étaient pas cassé les dents.


Concernant la partie française, les instructions données rejetait le retour de l’esclavage, mais il n’en était pas de même dans la partie espagnole :
« Si le but politique de la partie française de Saint-Domingue doit être de désarmer les noirs et de les rendre cultivateurs, mais libres, on doit dans la partie espagnole les désarmer également, mais les remettre en esclavage. »

Pour ce qui est de la partie française, l’insurrection limitait grandement les possibilités de rétablissement. Le 25 août 1802, Leclerc écrivait cette lettre à Decrès :
« Ne pensez pas rétablir l’esclavage avant quelques temps. Je crois pouvoir tout faire pour que mon successeur n’ait plus que l’arrêté du gouvernement à faire exécuter. Mais après les proclamations sans nom que j’ai faites ici pour assurer aux Noirs leur liberté, je ne veux plus être en contradiction avec moi-même. Mais assurez le Premier Consul que mon successeur trouvera tout disposé. »

Le 22 octobre, Leclerc succombait à la fièvre jaune. Son successeur, Rochambeau, ne trouva pas « tout disposé », au contraire, mais pour lui aussi, l’avenir rimait avec esclavage :
« L’esclavage des noirs doit être proclamé de nouveau dans ces parages ; et le Code noir rendu beaucoup plus sévère. Je pense même que pour un temps les maîtres doivent avoir le droit de vie et de mort sur leurs esclaves. »
(Rochambeau à Bonaparte, 14 avril 1803)

« La première base de la restauration de Saint-Domingue est l’esclavage des noirs plus rigoureux qu’autrefois, autrement point et même jamais de colonies. Les principes destructeurs inculqués dans l’esprit du nègre ne l’abandonneront point, tant que l’on n’aura pas pris un moyen prononcé sur cette masse d’insurgés.
[…]
Beaucoup de gens s’élèveront, je n’en doute pas, contre le rétablissement de l’esclavage sachant bien qu’il ne peut exister de colonies sans ce mal nécessaire, je ne prendrai pas la peine de leur répondre. D’autres l’adapteront, mais renverrons à ne le prononcer qu’au temps où nous aurons réduit tous les insurgés ; moi j’en rapproche de beaucoup l’époque, car je la fixe au moment où nos 25 mille hommes arrivés se mettront en campagne. La crainte que l’on montrerait à cet égard, soit de bonne foi ou avec une arrière pensée, je prétends la détruire ainsi.
La très grande partie des nègres rebelles sont bien plus malheureux dans cet état de choses qu’autrefois, bien plus maltraités par leurs chefs qu’ils ne le furent jamais par leurs maîtres, forcés à des fatigues bien plus grandes dans le métier de la guerre, que sur les habitations, et s’ils étaient bien persuadés qu’en rentrant avec nous, ils n’ont à craindre que leur ancienne condition, et non un supplice assuré, vous en auriez peut-être les deux tiers de suite à votre disposition »
(Rochambeau à Bonaparte, 14 novembre 1803)

Cinq jours tard, Rochambeau capitulait au Cap….

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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