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 Sujet du message : Catéchisme impérial
Message Publié : 12 Juil 2012 10:46 
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Jules Michelet
Jules Michelet
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Dans le fil « La naissance du 1er Empire », le catéchisme impérial a été évoqué.
Ce catéchisme a été instauré par le décret du 4 avril. Il comporte 77 leçons. Deux leçons (partiellement pour la première et intégralement pour la seconde) concernent le pouvoir impérial : les leçons six et sept de la partie relative à la morale.
Les voici (à noter que la deuxième demande de la leçon VI et la leçon VII dans son intégralité étaient à apprendre par cœur) :

« Leçon VI :
D. Le quatrième commandement [« Tes père et mère tu honoreras, afin de vivre longuement »] ne regarde-t-il que les devoirs des enfants envers leurs père et mère ?
R. Il regarde aussi les devoirs des inférieurs envers leurs supérieurs.

D. Qu'entendez-vous par les supérieurs ?
R. Tous ceux que Dieu a établis au-dessus de nous, comme sont, dans l'Eglise, le pape, les évêques et tous les pasteurs ; dans l'Etat, le monarque, les princes et tous les magistrats.

[…]



LEÇON VII :
D. Quels sont les devoirs des chrétiens à l'égard des princes qui les gouvernent, et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon premier, notre empereur?
R. Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon Ier, notre empereur, l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire et de son trône; nous lui devons encore des prières ferventes pour son salut et pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'Etat.

D. Pourquoi sommes-nous tenus de tous ces devoirs envers notre empereur?
R. C'est, premièrement, parce que Dieu, qui crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant notre empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a établi notre souverain, l'a rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu même. Secondement, parce que notre Seigneur Jésus-Christ, tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre souverain : il est né en obéissant à ledit de César Auguste; il a payé l'impôt prescrit; et de même qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonné de rendre à César ce qui appartient à César.

D. N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon premier, notre empereur ?
R. Oui : car il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles pour rétablir le culte public de la religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur. Il a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active ; il défend l'Etat par son bras puissant ; il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, chef de l'Eglise universelle.

D. Que doit-on penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur ?
R. Selon l'apôtre saint Paul ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même, et se rendraient dignes de la damnation éternelle.

D. Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre empereur nous lieront-ils également envers ses successeurs légitimes dans l'ordre établi parles constitutions de l'Empire ?
R. Oui, sans doute; car nous lisons dans la sainte Ecriture que Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, par une disposition de sa volonté suprême et par sa providence, donne les empires, non seulement à une personne en particulier, mais aussi à sa famille.

D. Quelles sont nos obligations envers nos magistrats ?
R. Nous devons les honorer, les respecter et leur obéir; parce qu'ils sont les dépositaires de l'autorité de notre empereur.

D. Que nous est-il défendu par le quatrième commandement ?
R. Il nous est défendu d'être désobéissants envers nos supérieurs, de leur nuire et d'en dire du mal. »






A noter que Benoit Guillet, prêtre du diocèse de Chambéry, écrivit à l’époque un ouvrage dont le dessein était de faciliter la lecture et la transmission du catéchisme impérial : « Explication du catéchisme de toutes les églises catholiques de l’Empire français ».
La leçon VII y était logiquement développée :

« Nous devons d'abord, etc., l'amour. Outre les motifs généraux que nous avons d'aimer sincèrement tous les hommes, nous en avons de particuliers et bien pressants pour aimer nos souverains... Ils sont les images de Dieu et ses représentants dans l'Etat et pour les choses temporelles... comme les premiers Pasteurs le sont dans l'Eglise pour les objets de la Religion... Et si les Pasteurs nous donnent leurs soins, leurs travaux et leur veilles, leur repos, leur santé et leur vie même pour nous procurer les biens spirituels, et, après cette vie, le salut ; le Monarque en fait de même pour nous procurer une vie tranquille, pour nous défendre contre nos ennemis. (Détail des avantages temporels dont nous jouissons dans la société.) En un mot, l'Empereur fait pour tous ses sujets et pour l'Etat, tout ce qu'un bon père fait pour ses enfants et pour la prospérité de sa famille... Or, je vous le demande, M. C. F., n'est-il pas juste d'aimer une personne qui a tant de droits à notre amour ?... Et qu'est-ce qui pourrait nous dispenser de ce premier devoir, et éloigner l'affection qui est due à notre Souverain ? Seraient-ce les impôts qu'il ordonne, le service militaire qu'il exige, etc. ; mais je ne tarderai pas à vous montrer la justice, la nécessité de ces impôts et de ce service... Serait-ce encore... (S'objecter les différents sujets de plaintes et de mécontentements que pourraient alléguer les auditeurs et y répondre de même... Observer surtout que le Prince, malgré l'amour sincère qu'il a pour eux, et le désir qu'il a de les rendre heureux; malgré son génie , sa sollicitude et ses peines, ne peut pas toujours leur faire tout le bien qu'il désirerait, ni détourner d'eux tous les maux, ni les dispenser de tous les sacrifices... apporter la comparaison du meilleur des pères qui ne le pourrait pas non plus, à l'égard de ses enfants et de sa famille, quoique infiniment moins nombreuse... qu'il n'est pas possible de plaire à tout le monde... que ceux qui tiennent les rênes du gouvernement sont forcés de mécontenter une infinité de personnes, et doivent nécessairement avoir beaucoup d'ennemis... Que ce serait la plus criante injustice de les rendre responsables de tout le mal qui arrive, et de tout le bien qui ne se fait pas, etc. etc. Observer enfin que si les Souverains ont des défauts , des faiblesses... c'est qu'ils sont hommes... que ces défauts sont souvent exagérés par la calomnie... que leurs faiblesses, s'ils en ont, ne doivent pas nous faire oublier les services qu'ils rendent à l'état, et les obligations que nous leur avons... et qu'après tout ce n'est point seulement à cause de leurs bonnes qualités personnelles que nous devons les aimer; mais parce qu'ils sont l'image de Dieu , ses représentants, etc.; rappeler les réflexions qu'on a faites à ce sujet dans les deux instructions précédentes. )
Nous devons donc aimer notre Empereur. (Effets et marques de cet amour... Lui souhaiter de bon cœur tout le bien que nous nous souhaitons à nous-mêmes, etc. Voyez ce qui a été dit de l'amour paternel)
Avec l'amour, nous devons le respect à la personne de l'Empereur : cette obligation est si naturelle et si évidente que les nations même les plus barbares ont une vénération profonde pour leurs Souverains. Ce respect est fondé sur la dignité de la place qu'il occupe... sur ce qu'il est l'image et le représentant de Dieu... Si l'on doit honorer tous ceux qui sont au-dessus de nous... à plus forte raison doit-on avoir ce respect pour le Souverain... (Observer qu'aucun sujet n'est dispensé de ce devoir, quoique le Monarque serait hérétique, païen, qu'il aurait des mœurs dissolues... Les Princes sous lesquels vivaient les premiers Fidèles étaient idolâtres ; et cependant, saint Pierre ordonne à tous les Chrétiens de les honorer, Regem honorificate) Ce respect pour l'Empereur doit se manifester au-dehors… ( par paroles, par actions, etc.,. un sujet doit toujours parler de son Prince avec respect... S'élever contre les manquements en ce point...)
Le troisième devoir envers l'Empereur, c'est l'obéissance… obéissance, non seulement aux ordres qu'il nous donnerait de vive voix, mais encore à ses édits, à ses lois, à ses constitutions. Soyez soumis, dit saint Pierre, soyez soumis à tous vos supérieurs, et par-dessus tout, au Roi, à cause de l'excellence de sa dignité. Et saint Paul dit de même, que toute âme soit soumise aux puissances les plus élevées... C'est pour cela que les premiers Chrétiens, instruits par les Apôtres, pratiquaient la plus entière obéissance et la plus parfaite soumission aux Empereurs et aux Rois idolâtres, quoiqu'ils en fussent si maltraités.
[…]
Mais autant les premiers Chrétiens montraient de fermeté et de respect en désobéissant aux ordres des Empereurs en ce qui était contraire au service de Dieu ; autant montraient ils une obéissance prompte et un dévouement entier dans tout ce qui regardait le service du Prince. C'est ce qui portait souvent les Princes païens eux-mêmes, lorsqu'ils n'avaient pas des préjugés contre les Chrétiens, à les aimer et à les estimer plus que leurs autres sujets.
[…]
A l'obéissance à l'Empereur, il faut nécessairement y joindre la fidélité; les sujets ne pouvant être soumis, s'ils ne sont fidèles. Cette fidélité oblige en particulier tous ceux qui sont au service du Prince, qui ont quelque emploi, à être disposés à sacrifier leur repos, leurs soins, et leur vie même, s'il le fallait pour l'intérêt de l'Etat et celui du Prince ; et elle oblige en général tous les sujets à être attachés au service du Monarque, et à n'entrer, sous quelque prétexte que ce puisse être, dans aucune conjuration, et à ne jamais se révolter contre lui.
Un autre devoir envers l'Empereur, c'est le service militaire, c'est-à-dire, qu'on doit prendre les armes quand il y appelle ; je sens , M. C. F., vous tous qui êtes dans ce cas, et vous surtout pères et mères, je sens tout ce que ce devoir a de pénible, et la grandeur du sacrifice qu'il demande de vous... (Quelque détail…) Personne plus que moi ne compatit à votre position... Je ne me contenterai pas de vous dire que tout arrive par l'ordre ou par la permission de Dieu... que c'est lui qui dispose tous les évènements... et que tout se change en bien pour ceux qui l'aiment... qu'il sait nous faire tirer le plus grand bien de ce que nous regardons comme un grand malheur... que si votre départ, chers jeunes gens, ou le départ de vos enfants, pères et mères, est pour vous le plus grand sujet d'affliction, c'est Dieu qui le dispose ainsi, et que ses desseins sont toujours adorables, etc. etc.. Je ne me contenterai pas de vous faire ces réflexions; mais pouvez-vous vous dispenser de reconnaître la justice et la nécessité de ce service... ( Force militaire imposante, absolument nécessaire pour résister et en imposer aux ennemis du dehors... pour comprimer les malintentionnés au dedans... pour avoir et maintenir la paix... le bon ordre, etc... Observer ensuite qu'il est juste et naturel que tous y contribuent... les uns par des sacrifices pécuniaires, et les autres, en se dévouant en personne au service du Prince et de l'Etat... que dans tous les temps et chez toutes les nations on a reconnu ce devoir... et que les sujets zélés pour la patrie et pour leur Prince ont fait généreusement pour cela les plus grands sacrifices, et celui même de leur vie... Observer combien ce sacrifice est méritoire aux yeux de Dieu, et qu'il ne le laissera pas sans récompense, etc. etc.)
Suivez donc, M. C. F., les leçons salutaires et consolantes que vous donne la Religion sainte que vous avez le bonheur de professer.
Si le service militaire est une croix pour vous... recevez-la de la main de Dieu avec une entière résignation... Celte pensée, Dieu le veut, est le sujet des plus grandes consolations... Observer surtout que les murmures, les imprécations, les haines, etc., bien loin d'adoucir le mal, ne font que l'aigrir... qu'elles font perdre tout le mérite des sacrifices et des peines... et qu'après les chagrins, les douleurs de cette vie, on s'en prépare d'infiniment plus terribles dans l'éternité, etc…
Quant aux pères et mères qui craignent que leurs enfants qui entrent dans le service militaire perdent les principes de sagesse et de religion qu'ils leur ont inspirés, observer que le Dieu qui défendit Daniel de la gueule des lions dans la fosse, et qui protégea les trois enfants dans la fournaise, ne manquera pas de moyens pour soutenir l'innocence, la sagesse et la foi de ceux qui partent pour le service militaire, quelles que soient les épreuves auxquelles ils seront exposés, s'ils sont fidèles à suivre les avis salutaires qu'un bon Pasteur ou un sage Directeur leur auront donnés avant leur départ... que les mêmes dangers auxquels étaient exposés les soldats Chrétiens au milieu de leurs camarades infidèles dans les premiers siècles de l'Eglise, n'ont pas empêché que plusieurs d'entre eux ne se soient sanctifiés dans cet état et au milieu de ces périls… Enfin, prendre de là occasion d'exhorter les jeunes gens surtout destinés au service militaire, à s'affermir plus que jamais dans l'innocence, la vertu et les bons principes ; afin que leur vertu et leur foi étant plus fermes, ils soient moins exposés à faire naufrage dans l'une ou dans l'autre, quand ils seront un jour à l'armée… Faire sentir aux pères et mères l'importance de cet avis.
Nous devons encore à l'Empereur les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire et de son Trône. Ces tributs ou ces impôts lui sont dus à juste titre. En premier lieu, parce que le Monarque veillant sans cesse au salut de tous, à la défense, et à la prospérité de l'Etat, il est de toute équité qu'on reconnaisse son attention et ses soins, et qu'on lui fournisse un honoraire correspondant à la dignité impériale. En second lieu, nous lui devons les impôts pour fournir aux besoins de l'Etat, (Détail.) (Entretien des troupes, des Magistrats et autres personnes publiques dont toutes les fonctions concourent à notre bien personnel et à celui de l'Etat.)
C'est donc pour nous un devoir de justice de payer les différents impôts ordonnés...
[…]
Notre Seigneur Jésus-Christ, tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre Souverain. Il est né en obéissant à l'édit de César Auguste, il a payé l'impôt prescrit ; et de même qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonné de rendre à César ce qui appartient à César.
Nous devons rendre tous ces devoirs au Prince, non seulement par la crainte des peines portées par les lois contre ceux qui y contreviennent; mais nous devons les lui rendre par principe de conscience et de religion, Rom. 12. 5 ; puisque l'apôtre saint Pierre nous dit que telle est la volonté de Dieu […] Saint Paul rend la raison pourquoi telle est la volonté de Dieu ; c'est que c'est Dieu qui gouverne le monde; qui donne aux peuples les Rois , et qui revêt ceux-ci de son autorité pour les gouverner. Non est potestas nisi a Deo, Rom. 13 ; et par conséquent celui qui résiste à leur autorité, contrevient à l'ordre qu'il a établi... Et, pour ne laisser aucun doute sur ce point, il conclut que ceux qui résistent à la puissance établie de Dieu, encourent la damnation éternelle. Après une déclaration si formelle de l'Esprit-Saint, on ne peut concevoir comment quelques-uns peuvent de bonne foi se persuader qu'il n'y a point de mal à transgresser les lois du Prince, frauder les impôts ; et qu'ils ne commettent pas de péché, pourvu qu'en faisant les choses bien secrètement, ils ne s'exposent pas à de grandes peines afflictives de la part des tribunaux séculiers...
Outre les devoirs dont je viens de vous parler, je veux dire l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire et du Trône, nous devons encore à l'Empereur des prières ferventes pour son salut, et pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'Etat. Oui, M. C. F., il est juste de prier avec ferveur pour le salut de notre Monarque... (Montrer que ce devoir dérive nécessairement de l'amour sincère que nous devons avoir pour lui... Observer encore que le zèle pour la gloire de Dieu, et pour le bien de la Religion... doivent nous y porter... […]
Notre propre intérêt même nous engage à prier pour le salut de notre Empereur. En effet, comme nous avons des devoirs à remplir envers lui... il en a aussi de bien importants à remplir envers son peuple... ( Idée de ces devoirs. Il doit maintenir le bon ordre... faire rendre la justice... ne donner les emplois qu'à ceux qui ont de la probité... n'imposer que les tributs nécessaires... ne point faire de folles dépenses, etc. etc...) Or, je vous le demande, n'est-il pas de notre intérêt et de notre grand intérêt qu'il soit fidèle lui-même à ces devoirs ?... ( Idée des avantages que retirent les peuples lorsqu'ils sont gouvernés par un Souverain sage, religieux, modéré, qui s'étudie à connaître et à remplir ses devoirs... à réprimer ses passions, etc. etc.. Malheur au contraire des peuples lorsqu'ils sont gouvernés par un Prince qui n'a pas de religion, etc. )
Tout nous engage donc, M. F., à faire de prières ferventes pour le salut de notre Empereur. ( Inviter les auditeurs à dire bien dévotement dans la prière du soir. Grand Dieu, nous vous prions avec instance pour notre Empereur ; et le verset prescrit après les Offices, dont il est bon de leur expliquer le sens. Domine , salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem , et exaudi nos in die quâ invocaverimus te.)
Enfin, il est encore de notre devoir de prier pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'Etat. ( Amour que nous devons à la patrie... grande influence de la prospérité spirituelle d'un Etat, sur la temporelle. Justitia élevat gentes: miseros aulem facit populos peccalum. Prov. 14.)
Nous devons donc remplir avec empressement, et par amour tous ces devoirs envers Napoléon premier, notre Empereur, parce que Dieu, qui crée les Empires, et les distribue selon sa volonté, en comblant notre Empereur de dons soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a établi notre Souverain, l'a rendu le Ministre de sa puissance, et son image sur la terre. (Paraphraser ces paroles : Per me reges regnant. Observer que c'est toujours la main toute-puissante de Dieu qui distribue les couronnes et les sceptres... qui les enlève aux uns pour les donner aux autres... selon les vues toujours adorables, quoique souvent impénétrables, de sa justice…ou de sa bonté sur les rois et sur les peuples...)
Mais, outre ces motifs généraux, et qui nous sont communs avec les autres peuples... nous avons des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon premier. Il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles, pour rétablir le culte public de la Religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur... Il a ramené et conservé l'ordre public, par sa sagesse profonde et active ; il défend l'Etat par son bras puissant ; il est devenu l'oint du Seigneur, par la consécration qu'il a reçue du souverain Pontife, chef de l'Eglise Universelle...
Les bornes de cette Instruction ne me permettent pas de vous parler, même avec rapidité, de tous les évènements extraordinaires, dont plusieurs tiennent, en quelque sorte, du prodige, qui ont conduit Napoléon sur le trône ; d'ailleurs, il n'est aucun de vous qui n'en soit instruit : je vous le demande, est il possible de ne pas reconnaître le doigt de Dieu dans son élévation ?... Est-il possible de ne pas le regarder comme l'homme de la droite du Très-Haut, et dont il a voulu se servir dans sa miséricorde pour rétablir et protéger le culte public... Qu'étaient devenues nos Eglises à l'époque où ce héros prit les rênes du gouvernement ? (Quelque détail.) Qu'étaient devenues nos solennités ?... où étaient vos Pasteurs ? (Un grand nombre en exil... déportés au-delà des mers... dans les prisons, ou cachés dans des antres ignorés et obscurs, etc. etc.) Quels secours de la Religion pouviez-vous recevoir ? etc. etc. (Tableau de ces temps malheureux...) Aujourd'hui, ah ! grâces infinies en soient rendues à la divine miséricorde, et éternelle reconnaissance à celui dont elle s'est servie. Aujourdhui, M. C. F. , quel heureux changement, les temples rendus ail culte divin... les fêtes de l'Eglise solennisées avec pompe et dignité, etc. etc. Vous avez la consolation de voir sans crainte votre Pasteur au milieu de vous, etc. etc. (On peut faire ici un détail bien touchant et bien édifiant des avantages que nous procure la liberté du culte...) Je vous le demande, après Dieu, à qui sommes-nous redevables de ces biens, de ces consolations inappréciables ? N'est-ce pas à Napoléon premier, notre Empereur...( Dessein qu'il conçoit après la victoire de Marengo, et sur le champ même de bataille, de rétablir le culte public en France... et qu'il exécute bientôt après, de concert avec le souverain Pontife Pie VII. Les difficultés, les obstacles que l'exécution d'un tel projet doit naturellement rencontrer, dans les circonstances où était alors la France, et de la part de ceux qui avaient conjuré la perte de la Religion catholique dans ces pays... Rien n'arrête ce héros... parce qu'il nous aime... et qu'il veut, sans différer, nous faire ressentir les heureux fruits de la victoire qu'il vient de remporter... qu'il veut nous montrer que c'est pour nous et pour notre bonheur qu'il combat; que c'est pour nous qu'il sacrifie son repos, ses travaux, et qu'il expose sa vie... En un mot, depuis qu'il gouverne la France, il n'a cessé de donner des preuves de l'intérêt qu'il prend à la Religion catholique, apostolique et romaine qu'il a le bonheur de professer... Il a voulu que la Religion consacrât son règne, en recevant l'onction sainte des mains du chef de l'Eglise, du vicaire de J. C. Quelques grandes que soient déjà les choses qu'il a faites en faveur de la Religion, il ne s'en tiendra pas là... Nous en avons pour garants sa parole, son cœur et son attachement à la Religion de ses pères... Prions le Seigneur de le fortifier dans ses bons desseins... et de lui donner les moyens nécessaires pour les exécuter...
Et si le temps me le permettait, qu’en aurais-je pas à vous dire sur le rétablissement et la conservation de l'ordre public... Comparez, M. C. F., comparez la paix, la tranquillité dont nous jouissons au dedans... les lois sages sous lesquelles nous vivons, etc. (Détail des principaux avantages de ce genre.) Comparez-les, dis-je, avec les horreurs révolutionnaires, avec les édits de sang, les lois injustes et barbares, etc., sous lesquelles nous vivions pendant la révolution... et voyez à combien de titres particuliers, Napoléon premier mérite notre amour, notre respect, notre reconnaissance, et tous les autres devoirs que nous avons à remplir à son égard.
Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre Empereur, nous lieront également envers ses successeurs légitimes, dans l'ordre établi par les constitutions de l'Empire ; car nous lisons dans la sainte Ecriture que Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, par une disposition de sa volonté suprême, et par sa providence, donne les Empires, non seulement à une personne en particulier, mais aussi à sa famille. (Exemples de David et autres...)
[…]
Outre nos obligations envers nos Monarques, nous en avons encore à remplir envers nos Magistrats... (Expliquer ce qu'on entend par ce mot de Magistrat. Dans l'ordre judiciaire... civil... et militaire...) Nous devons les honorer, les respecter et leur obéir, parce qu'ils sont les dépositaires de l'autorité de notre Empereur... En effet, nous reconnaissons dans tous ces Magistrats une portion de l'autorité du Souverain, qu'il leur a confiée... ils le représentent et tiennent sa place chacun dans l'office dont il est chargé... (Application. C'est l'Empereur qui rend la justice dans la personne des Juges, etc.) Comme c'est Dieu qui règne par le Monarque, c'est par le Monarque que gouvernent les Magistrats. (Faire observer cette hiérarchie... Toute autorité vient de Dieu... il est la source de tous nos devoirs envers les supérieurs quelconques... et tout doit se rapporter à lui...) Il est donc juste, il est dans l'ordre que nous honorions, que nous respections tous les Magistrats... et c'est la volonté de Dieu... (On pourrait remarquer ici, en passant, le ridicule et l'indécence de l!usage qu'avaient établi nos démagogues révolutionnaires, de tutoyer les supérieurs comme des égaux , de leur parler, la tête couverte, et de supprimer toute dénomination honorifique... sous le prétexte de liberté, d'égalité et de fraternité. ) Avec l'honneur et le respect, nous devons aux Magistrats l'obéissance. (En rappeler les motifs... )
Je vous ai observé ailleurs que dans chaque Commandement il y a des choses qui nous sont ordonnées, et des choses qui nous sont défendues. Par le quatrième Commandement : Tes père et mère, etc., il est défendu d'être désobéissants à nos supérieurs, de leur nuire, et d'en dire du mal. (Les principes établis dans cette Instruction et dans la précédente montrent assez la justice de cette défense...) »

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 12 Juil 2012 14:21 
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Georges Duby
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Merci pour votre communication, mais quelle est la question ?

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 12 Juil 2012 18:46 
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Jules Michelet
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Pas de question ; juste une parenthèse qui pourra, peut-être, appeler quelque développement.

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 12 Juil 2012 21:48 
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Georges Duby
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Alors, allons y , j'amène ma question comme dans la fameuse auberge espagnole: Connaissant l'habitude de Napoléon de tout régenter dans le plus petit détail, sa spécialité, peut-on supposer qu'il a corrigé et complété ce Catéchisme "impérial" ? On doit pouvoir le supposer car il ne pouvait ignorer l'importance politique de ce document, bien supérieure à n'importe quel texte.

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 12 Juil 2012 22:19 
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Jules Michelet
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Citer :
Connaissant l'habitude de Napoléon de tout régenter dans le plus petit détail, sa spécialité, peut-on supposer qu'il a corrigé et complété ce Catéchisme "impérial" ?


Napoléon, après avoir exigé des développements et précisions sur le fameux quatrième commandement, aurait remanié lui-même la dernière version rédigée par Bernier.

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 13 Juil 2012 8:41 
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Jules Michelet
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Joseph Jauffret, qui oeuvra un temps au ministère des Cultes, évoque dans ses "Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les premières années du dix-neuvième siècle" les interventions de Napoléon dans la rédaction du Catéchisme :

« Napoléon voulait d'abord que la question fût rédigée de la manière suivante : La soumission au gouvernement de la France est-elle un dogme de l'Eglise ?
La réponse à cette question, d'après une note qu'il avait lui-même dictée, devait être conçue en ces termes : Oui, l'Ecriture enseigne que celui qui résiste aux puissances résiste à l'ordre de Dieu; oui, l'Eglise nous impose des devoirs plus spéciaux envers le gouvernement de la France, protecteur de la religion et de l'Eglise ; elle nous ordonne de l'aimer, de le chérir, et d'être prêts à faire tous les sacrifices pour son service.
Les éditeurs du Catéchisme représentèrent que cette manière de poser la question ne pourrait se concilier avec les principes, attendu que les dogmes de l'Eglise embrassent tous les Etats catholiques, et ne peuvent être particularisés à tel Etat plutôt qu'à tel autre. Le chef du gouvernement se rendit à leurs raisons, mais il voulut être nommé, et que l'on fit mention de sa dynastie. »

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 13 Juil 2012 14:08 
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Jules Michelet
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La lecture à ce sujet de la correspondance de Portalis est également intéressante :

« Sire,
Votre Majesté avait pensé que la rédaction générale d'un catéchisme uniforme pour toute la France, ordonnée par la loi du 10 germinal an X, devait être encore différée. Cette intention de Votre Majesté me fut manifestée avant les nouvelles constitutions de l'Empire français.
Dans ce moment, ces constitutions se trouvent établies, et tous les Français ont le bonheur de vivre sous les lois du plus grand des souverains. J'ai donc pensé que le temps était venu de remettre sous les yeux de Votre Majesté la partie du catéchisme relative aux devoirs de tout sujet envers son prince.
Déjà on avait présenté, avant le nouvel ordre des choses, divers articles sur cet objet. Ces articles parlaient vaguement de la soumission que l'on doit aux puissances et aux chefs des États d'après la doctrine évangélique.
Mais il me semble que ces généralités ne suffisent plus. Il s'agit d'attacher la conscience des peuples à l'auguste personne de Votre Majesté, dont le gouvernement et les victoires garantissent la sûreté et le bonheur de la France. Recommander en général la soumission des sujets à leur souverain, ce ne serait pas, dans l'hypothèse présente, diriger cette soumission vers son véritable but. Le précepte général peut suffire dans les temps ordinaires et quand on vit sur un ordre de choses qui existe depuis longtemps. Mais aujourd'hui, le mot souverain n'est qu'une expression vague, dont chacun pourrait arbitrairement faire l'application selon ses intentions et ses préjugés. J'ai donc vu qu'il était nécessaire de s'expliquer franchement et de rapporter le précepte d'une façon précise à Votre Majesté. Cela ôte toute équivoque en fixant les cœurs et les esprits sur celui qui peut seul et doit réellement fixer seul les esprits et les cœurs.
A propos de l'obéissance qui serait due également successeurs légitimes de l'empereur, Votre Majesté prononcera, et ses intentions seront remplies. Dès que Votre Majesté aura fait connaître ses intentions, l'ouvrage marchera promptement.
J'ai l'honneur de la prévenir que M. le cardinal-légat est déjà nanti de tous les pouvoirs nécessaires pour consacrer le nouveau catéchisme. »

(13 février 1806)

« Sire,
Je me suis empressé de remplir les intentions que Votre Majesté m'a manifestées relativement au catéchisme, et je puis assurer que cet ouvrage sera entièrement achevé et approuvé dans le présent mois de mars.
Comme Bossuet est l'homme le plus distingué que l'Église gallicane puisse compter parmi ses évêques, j'ai proposé de prendre pour modèle le catéchisme de cet homme supérieur. Le nom de Bossuet fixe toutes les opinions dans le clergé, et il en impose même aux philosophes. La proposition a été acceptée.
En conséquence, on travaille d'après le catéchisme de Bossuet. Il n'a été question que de mettre un plus grand ordre dans la distribution des matières, parce que, du temps de Bossuet, l’esprit de méthode n'était peut-être pas encore porté au point de perfection où il est arrivé de nos jours ; on a retranché quelques expressions vieillies ; on a mis à l’écart quelques questions utiles dans leur temps, mais qui ne le seraient plus aujourd'hui. On ajoute d'autres matières dont les circonstances exigent aujourd'hui le développement, et dont on ne parlait pas alors. Votre Majesté a un exemple de ces matières dans le développement des devoirs des sujets.
L'ouvrage de Bossuet est d'ailleurs conservé dans les expressions et dans le fond des choses pour tout ce qu'il y a d'essentiel, parce que les évêques conviendront eux-mêmes qu’il leur serait difficile de faire mieux que n'a fait ce prélat, dont les lumières et les talents ont si fort honoré l'épiscopat français,
Le mois de mars ne passera pas sans que j'aie l'honneur de présenter à Votre Majesté un travail complet. »

(11 mars 1806)


Enfin, peu de temps avant publication, Portalis rédigea le rapport suivant :
« Sire,
La loi du 18 germinal an X ordonne qu'il n'y aura qu'un catéchisme pour tous les diocèses de l'empire français. Cette disposition légale est dans le véritable esprit de la religion; elle réalise le vœu des conciles généraux. Il n'y a qu'une foi et qu'un baptême, il ne doit y avoir qu'un enseignement.
Les vérités chrétiennes ne se propagèrent d'abord que par le ministère de la parole; dans la suite, on publia des écrits pour fixer les principaux objets de l'instruction religieuse. Ces écrits se multiplièrent. Dans le seizième siècle il existait en Europe autant de catéchismes qu'il y avait de provinces et même de villes. On s'aperçut que leur nombre excessif et leur grande diversité apportaient de la confusion dans l'Église, et que la pureté de la doctrine se trouvait altérée dans plusieurs. Les Pères du concile de Trente, voulant remédier à cet abus, décrétèrent la rédaction en latin d'un catéchisme général destiné à devenir le témoignage solennel et permanent de la vérité dans le monde chrétien.
Si l'on considère l'étendue de ce catéchisme et les langues dans lesquelles il fut rédigé, on demeure convaincu que les Pères du concile s'étaient encore moins proposé l'instruction directe et immédiate des simples fidèles que celle même des évêques et des prêtres, par qui les fidèles doivent être instruits.
Après la tenue du concile, on s'occupa, dans les divers états catholiques, à rédiger en langue vulgaire des catéchismes particuliers sur le modèle de celui de Trente. En France, comme ailleurs, chaque évêque publia le sien. De nos jours, il n'était pas rare de voir dans le même diocèse chaque nouvel évêque promulguer un catéchisme nouveau.
La religion chrétienne est répandue sur tout le globe. Comment concevoir l'idée d'un seul catéchisme à l'usage de tant de peuples divers ? Il faudrait préalablement exécuter le projet si souvent entrepris et si souvent abandonné d'une langue universelle entre les hommes. Le concile de Trente avait fait, à cet égard, tout ce qui était possible ; il avait choisi, pour la rédaction d'un catéchisme général, la langue qui était alors commune à toutes les écoles, qui était celle des théologiens, des jurisconsultes et des savants ; c'est-à-dire de tous ceux qui, dans chaque pays, étaient établis pour instruire les autres. Dans la vue de rendre inaltérable le dépôt précieux de la doctrine, il avait choisi une langue morte, qui n'était plus susceptible de variations ; car, selon l'ingénieuse observation d'un écrivain distingué, ce n'est que quand elles sont mortes que les langues deviennent immortelles.
Mais si l'idée d'un catéchisme unique pour toutes les nations et pour tous les empires est impraticable, les motifs les plus puissants auraient dû engager chaque Église nationale à consacrer un mode uniforme d'enseignement pour des hommes qui parlent la même langue, qui vivent sous le même empire, et qui ne forment entre eux qu'une même nation.
Qu'est-il nécessaire que chez le même peuple il y ait tant de catéchismes différents, et que tous les jours on en fasse de nouveaux ? Dans les sciences humaines, on a sans cesse d'anciennes erreurs à corriger, et des vérités nouvelles à découvrir ; conséquemment, il importe que chacun puisse concourir, par son travail et par ses recherches particulières, au progrès des connaissances communes; mais en matière de religion, il ne faut offrir aux fidèles que ce qui a été enseigné toujours, partout et par tous1; toute nouveauté est profane.
La multiplicité et la diversité des catéchismes ne sauraient toujours être sans quelques dangers pour le fond de la doctrine. Il est souvent des objets qui sont développés dans un catéchisme et qui sont omis dans un autre. Cette différence peut donner aux fidèles de fausses idées, et sur les choses dont on parle, et sur celles que l'on tait. Des controverses, des guerres théologiques surviennent. Il n'est pas sans exemple que l'on ait cherché, en pareil cas, à faire prévaloir ses opinions personnelles; et l'expérience prouve que ces opinions sont quelquefois erronées ; car les promesses ont été faites au corps général de l'Église, et non à chaque pasteur en particulier.
Indépendamment de ces inconvénients, l'instruction des peuples souffre et languit quand il existe tant de rédactions différentes pour exprimer les mêmes choses. Les émigrations d'un diocèse dans un autre sont fréquentes. Or, en changeant de diocèse, on a besoin de se livrer à un nouveau travail, comme si l'on avait à changer de croyance; tout cela déconcerte la mémoire et peut égarer la raison. Il était réservé à la haute sagesse de Votre Majesté d'étendre sa sollicitude impériale sur tout ce qui peut perfectionner la marche de l'enseignement religieux. Cet enseignement n'importe pas moins à l'État qu'à la religion même ; il enveloppe, pour ainsi dire, l'homme dès sa plus tendre enfance. Il met les plus grandes vérités à la portée de tous les âges et de toutes les classes, en s'adressant, non à l'esprit, qui est la partie la plus bornée et la plus contentieuse de nous-même, mais au cœur, dont il ne faut que diriger les affections, et qui peut saisir, sans effort, tout ce qui est bon, tout ce qui est juste, tout ce qui est généreux, tout ce qui est aimable. Si les vertus les plus nobles et les plus élevées habitent la chaumière du pauvre comme le palais des rois, si les hommes les plus simples et les plus grossiers sont aujourd'hui plus affermis sur la spiritualité et l'immortalité du l'âme, sur l'existence et l'unité de Dieu, sur les principales questions de morale, que l'étaient les sages de l'antiquité, nous en sommes redevables au christianisme, qui, en ordonnant les bonnes œuvres et en commandant la foi, épargne au commun des hommes les circuits, les incertitudes et les sinuosités de la science humaine. Ceux qui pensent qu'on ne devrait point parler de religion et de morale aux enfants, et qu'on devrait attendre un âge plus avancé, méconnaissent la vivacité des premières impressions et la force des premières habitudes. Ils ignorent que l'enfance est plus susceptible qu'on ne croit d'acquérir des connaissances utiles ; que l'homme, dans aucun temps, ne peut, sans danger, être abandonné à lui-même; que s'il ne s'occupe pas du bien, il se préoccupera du mal ; que l'esprit et le cœur ne peuvent demeurer vides.
Tout ce qui est moral n'est jamais recommandé inutilement dans un âge qui est celui du sentiment, de la confiance et de la bonne foi. Il importe que les premières notions de nos devoirs puissent naître et se fortifier avec les premiers développements de nos facultés, et que nous acquérions des forces pour le moment où nous aurons besoin de nous essayer et de nous mesurer avec les charges et les devoirs de la société civile. Les instructions reçues dans la jeunesse ne s'effacent jamais et ne s'affaiblissent que très difficilement ; elles deviennent, en quelque sorte, une seconde nature.
Pour inculquer de bons principes, il serait dangereux d'attendre que l'on eût à combattre des habitudes vicieuses. On voudrait que les enfants fussent insensiblement éclairés par l'expérience; mais l'expérience est presque toujours perdue pour nous ; elle ne réussit souvent qu'à nous rendre plus malheureux, sans nous rendre meilleurs.
Il est donc essentiel de protéger un enseignement qui, dès les premiers pas que nous faisons dans le chemin de la vie, dispose l'âme à toutes les actions louables et à toutes les vertus.
Nous avons vu que la nécessité d'un mode uniforme pour cet enseignement a été reconnue par la loi. Des circonstances impérieuses ne permettaient pas de différer plus longtemps l'exécution de cette mesure législative. Par la nouvelle organisation ecclésiastique, chaque diocèse est aujourd'hui plus vaste, et embrasse un territoire sur lequel il en existait autrefois plusieurs. Chacun des anciens diocèses avait son catéchisme particulier : il suit de là qu'il y a quelquefois sept ou huit catéchismes différents dans le même diocèse. D'autre part, nous sommes avertis que dans quelques parties de l'empire les exemplaires de ces livres élémentaires sont entièrement épuisés ; la rédaction d'un catéchisme à l'usage de tout l'empire français devenait donc indispensable.
Cette rédaction est achevée; elle a été faite sous les yeux et par les soins de M. le cardinal légat, muni de tous les pouvoirs du saint-siège.
L’Eglise de France s'est toujours distinguée par ses lumières et par son zèle : elle compte des prélats illustres qui ont commandé le respect dans tout l'univers chrétien. On n'a pas eu la prétention de vouloir faire mieux et autrement que ces prélats qui ont exposé avec pureté, clarté et précision la doctrine catholique, dans les instructions qu'ils publiaient pour les fidèles confiés à leur surveillance pastorale. Le catéchisme de Bossuet a principalement dirigé le travail des rédacteurs, et l'ouvrage de ceux-ci n'est, à proprement parler, qu'un exemplaire de ce catéchisme, et j'ose dire, l'ouvrage même de l'Église gallicane, dont ce prélat a été si souvent l'éloquent interprète. Le nom de Bossuet, dont la science, les talents et le génie ont servi l'Église et honoré la nation, ne s'effacera jamais de la mémoire des Français, et la justice que tous les évêques de la chrétienté ont rendue à la doctrine de ce grand homme nous en garantit suffisamment l'exactitude et l'autorité.
Par ces considérations, j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté d'ordonner la publication, dans toute l'étendue de l'empire, du catéchisme que je joins à mon présent rapport, qui a pour titre : Catéchisme à l'usage de toutes les Eglises de l'empire français. et qui est revêtu de l'approbation du représentant du saint-siège. »

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 13 Juil 2012 18:18 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Drouet Cyril a écrit :
" on travaille d'après le catéchisme de Bossuet ... on a retranché quelques expressions vieillies ; on a mis à l’écart quelques questions utiles dans leur temps, mais qui ne le seraient plus aujourd'hui. On ajoute d'autres matières dont les circonstances exigent aujourd'hui le développement, et dont on ne parlait pas alors. Votre Majesté a un exemple de ces matières dans le développement des devoirs des sujets ....
Il n'y a qu'une foi et qu'un baptême, il ne doit y avoir qu'un enseignement.
... catéchisme que je joins à mon présent rapport, qui a pour titre : Catéchisme à l'usage de toutes les Eglises de l'empire français. et qui est revêtu de l'approbation du représentant du saint-siège. "

C'est assez extraordinaire de lire de telles observations, sous la plume du grand juriste qu'est Portalis, Napoléon régissait donc le catéchisme destinée aux paroisses pour l'enseignement du catholicisme. Il régentait la religion comme un chef d'Eglise gallicane.

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 13 Juil 2012 21:02 
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Jules Michelet
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Napoléon pesait en effet tout le poids que pouvait représenter pour le régime le soutien des ecclésiastiques.
Avant même la publication du catéchisme, les choses étaient d’ailleurs plutôt encourageante pour l’Empereur, comme le montre ce rapport de Portalis en date du 28 janvier 1806 :
« Il est consolant de voir que, sur quarante mille prêtres employés, il en est à peine cent qui aient donné lieu à quelques plaintes ; encore la plupart de ces plaintes sont-elles exagérées, ou même entièrement calomnieuses ;
Il est encore consolant de se convaincre, par la situation des différents diocèses, que les anciennes divisions religieuses entre les prêtres constitutionnels et les prêtres non constitutionnels sont presque entièrement effacées partout.
L’esprit public dans la Belgique s’améliore sensiblement. Il serait difficile de déraciner subitement les anciens préjugés qui ont pesé sur cette contrée. Il n’y a que le temps qui puisse les détruire. Mais les merveilles qu’opère Votre Majesté et l’admiration qu’elles inspirent hâteront l’ouvrage du temps.
Tous les évêques français se sont distingués par leurs mandements et leurs instructions dans la guerre de sept semaines que Votre Majesté vient de terminer si glorieusement ; ils se sont distingués par les instructions qu’ils ont données sur la conscription, et par le zèle qu’ils ont su inspirer à leurs coopérateurs. Ainsi la conscription militaire a été opérée avec plus de rapidité et moins d’obstacles que jamais.
Si l’on peut présenter deux ou trois évêques faibles ou peu capables d’administrer leur diocèse, il n’en est aucun qu’on puisse présenter comme malintentionné, et le plus grand nombre d’entre eux nous offre des prélats plus forts que la plupart de ceux qui les avaient anciennement précédés dans le ministère épiscopal.
Tout cela est l’ouvrage de Votre Majesté. Elle a fondé une nouvelle Eglise de France ; elle l’inspire par son génie, et elle la soutient par ses bienfaits. »


Avec le catéchisme impérial, la « nouvelle Eglise de France » était chargée de porter la bonne parole…

Napoléon à Portalis, 26 juillet 1806 :
« Mon intention étant aussi que le catéchisme paraisse sans délai, et qu'il soit distribué avant le 10 du mois d'août, je désire que vous m'en présentiez mercredi [30 juillet] le premier exemplaire. »

Le royaume d’Italie n’était pas oublié :
Napoléon à Eugène, 7 août 1806
« Mon Fils, je vous envoie un exemplaire du catéchisme qui vient d'être adopté pour toute la France ; s'il pouvait, sans inconvénient, l'être pour le royaume d'Italie, ce serait un grand bien; mais ce sont des matières très délicates sur lesquelles il faut être très circonspect. Consultez le ministre des cultes. Le mieux serait que quelque évêque le publiât dans son diocèse comme catéchisme diocésain ; mais il faut mettre à cela beaucoup de prudence et de secret. »



A noter que le Catéchisme impérial n’était pas le seul moyen d’éveiller les consciences :
Napoléon à Fouché, 7 février 1806 :
« M. Portalis m'a fait connaître l'existence de plusieurs journaux ecclésiastiques et les inconvénients qui peuvent résulter de l'esprit dans lequel ils sont rédigés, et surtout de la diversité des opinions en matière religieuse. Mon intention est, en conséquence, que les journaux ecclésiastiques cessent de paraître, et qu'ils soient réunis en un seul journal qui se chargera de tous leurs abonnés. Ce journal, devant servir spécialement à l'instruction des ecclésiastiques, s'appellera Journal des Curés. Les rédacteurs en seront nommés par le cardinal archevêque de Paris. »

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 14 Juil 2012 8:52 
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Georges Duby
Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Localisation : Montrouge
Incroyable, Napoléon administre l'église de France comme un régiment, l'idée d'un journal des curés unique remplaçant les feuilles paroissiales est encore plus extraordinaire. Effectivement, plusieurs journaux, ce n'est pas rationnel ni efficace et c'est plus couteux qu'un seul organe de presse spécialisé dans la religion !

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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 14 Juil 2012 8:57 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
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je note aussi avec intérêt "Les rédacteurs en seront nommés par le cardinal archevêque de Paris". Napoléon semble confiant dans la loyauté et la compétence des corps intermédiaires. Ce qu'il veut éviter, ce sont les querelles théologiques. A quoi pense-t-il ? aux jansénistes ? ou bien aux jureurs et aux réfractaires dont on peut craindre qu'ils ne cohabitent guère paisiblement dans l'Eglise concordataire ?


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 Sujet du message : Re: Catéchisme impérial
Message Publié : 14 Juil 2012 9:20 
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Jules Michelet
Jules Michelet
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 3448
Citer :
Incroyable, Napoléon administre l'église de France comme un régiment, l'idée d'un journal des curés unique remplaçant les feuilles paroissiales est encore plus extraordinaire. Effectivement, plusieurs journaux, ce n'est pas rationnel ni efficace et c'est plus couteux qu'un seul organe de presse spécialisé dans la religion !


Et quand, ledit journal ne répond pas aux vœux du maître, la baguette n’est pas loin :

« Rendez-moi compte de ce que c'est que le Journal des Curés. Des plaintes s'élèvent contre cette feuille. Elle paraît être dans le plus mauvais esprit et contraire aux libertés de l'Eglise gallicane et aux maximes de Bossuet. Quel est donc cet étrange fanatisme qui tend à renverser la doctrine de nos pères ? Veut-on nous faire ultramontains ? Il ne reste plus qu'à prêcher que le Pape a le droit de mettre l'interdit sur les souverains temporels. Les principes de l'Eglise gallicane et les propres paroles de Bossuet ne sont-elles pas que l'Eglise gallicane conserve avec soin cette doctrine venue des apôtres : que les évêques reçoivent immédiatement de Jésus-Christ leur institution et leur puissance ? Comment le Journal des Curés peut-il proclamer des principes si opposés à cette doctrine ? »
(Napoléon à Portalis, 14 août 1807)


Le Journal des curés ou Mémorial de l’Eglise gallicane sera finalement supprimé en 1811.

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