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Message Publié : 15 Nov 2003 19:12 
J'ai lu dans le sujet consacré à la mémoire de Robespierre que beaucoup de "Bonapartiste" rejetaient en bloc Robespierre, la Terreur voire le jacobinisme.

Mais Robespierre et Napoléon avaient la même filiation idéologique. Napoléon était l'ami d'Augustin, le frère de Maximilien. Il a même été récompensé par le commissaire Augustin pour son action républicaine et jacobine. Il a d'ailleurs été emprisonné après Thermidor et relaché uniquement parce qu'on avait trop besoin de lui. Dans les mémoires de Saint-Hélène, Napoléon, rend hommage à Robespierre et à son action. Il a même voulu tirer d'exil d'anciens terroristes comme Billaud Varenne.

De plus, face à toutes les passions déchainées par la Terreur, certains disent qu'ils préfèrent la corruption car elle ne fait pas couler de sang. Certes, la Terreur, c'est impressionnant, du sang, du sang et encore du sang de nobles, de notables corrompus : ça fait du bruit que de tuer un riche ou un pourri ! Mais la répression thermidorienne et la Terreur blanche étaient bien plus meurtrières que la Grande Terreur.
Enfin, les amusements des salons de Louis XV et le luxe de la cour de Louis XVI sont pour certains agréables, mais combien sont morts dans les famines, combien se résignaient à vivre dans l'esclavage et la misère. Mais le peuple meurt en silence...

Je revendique la Terreur comme étant salutaire, mais n'imputons pas ses dérives à Robespierre retiré de la vie politique depuis un mois avant thermidor, et St just était au front. Le comité était tenu par Billaud et Collot. Robespierre est revenu pour dénoncer ces dérives et punir les traitres comme Carrier (massacres de Nantes) et Fouché (répression de Lyon). Après Thermidor, "la vie reprend ses droits", d'après un dessin montrant un salon fréquenté par des notables entourés de prostitués. C'est vrai, comme c'est calme et comme la vie est sympa. Pourtant dans la rue, la famine est revenue, le peuple meurt à nouveau sans bruit. Il a fallu attendre Bonaparte pour que l'idéologie de Robespierre soit reprise. Mais la Terreur ne servait plus à rien car l'unité du peuple était acquise grâce au charisme d'un général victorieux... La révolution pouvait s'exporter désormais.

A propos, un site traitant de la révolution et pouvant donner une idée juste de Robespierre à travers une analyse factuelle et la lecture des scéances de la convention (pourtant retranscrites par des thermidoriens !) = http://www.royet.org


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Message Publié : 15 Nov 2003 19:30 
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Thucydide
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c'est moi qui est posté ce message... :wink:


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Message Publié : 16 Nov 2003 1:03 
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Plutarque
Plutarque

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Quelques remarques :

Citer :
Napoléon était l'ami d'Augustin, le frère de Maximilien. Il a même été récompensé par le commissaire Augustin pour son action républicaine et jacobine. Il a d'ailleurs été emprisonné après Thermidor


J'ai tendance à penser que Napoléon, ambitieux comme il l'était, n'a vu dans Augustin Robespierre que le moyen d'obtenir de hauts commandements militaires. Combien de temps l'a-t'il connu? Etes-vous sûr qu'ils étaient vraiment proches? Moi pas encore...

Citer :
Dans les mémoires de Saint-Hélène, Napoléon, rend hommage à Robespierre et à son action.


Le Mémorial de Sainte-Hélène n'est-il pas en quelque sorte une oeuvre de "propagande"? J'ai tendance à prendre avec des pincettes ce qui est dit.

Citer :
Il a même voulu tirer d'exil d'anciens terroristes comme Billaud Varenne.


De même a-t'il tiré d'exil de nombreux émigrés. Cela allait dans le sens de la réconcialiation nationale qu'il a effectuée.

Pour le reste, je suis plutôt d'accord, mais disons que j'aurais un peu plus nuancé la chose.

Tonio.

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"La République? Elle est perdue : les brigands triomphent!"
Robespierre.


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Message Publié : 16 Nov 2003 1:29 
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Eginhard
Eginhard

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Anonyme a écrit :
Enfin, les amusements des salons de Louis XV et le luxe de la cour de Louis XVI sont pour certains agréables, mais combien sont morts dans les famines, combien se résignaient à vivre dans l'esclavage et la misère. Mais le peuple meurt en silence...


Parfois j'ai vraiment l'impression que certains s'offusquent quand c'est le sang des nobles qui coulent,mais qu'ils se fichent completement quand c'est celui du peuple qui coule.Comme si le sang de l'un valait plus que l'autre.

_________________
Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.

F.Nietzsche


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 Sujet du message : de la Terreur
Message Publié : 16 Nov 2003 6:15 
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Polybe
Polybe

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Le sang des nobles a aussi peu coulé sous la terreur que sous les monarchies.

Les morts sur l'échafaud ne comptaient que 15% de nobles et de notables (tiré d'une biographie de Robespierre, dont je ne me souviens plus l'auteur, mais ce n'était pas une biographie royaliste), contre 70% de paysans e de gens du peuple. C'est sûrement la noblesse que l'on décimait. Ce sont sûrement les nobles qui formaient le gros des rangs dans les révoltes de province (ma foi, la noblesse française devait être plus nombreuse que ce que l'on a prétendu). Et toujours de manière aussi, sinon plus, arbitraire.

Et pour arriver à une répression plus élevée de la Terreur Blanche, il faut éliminer les exactions en province. Car sinon, il aurait fallu au moins un demi million de morts.

_________________
J’aime les gens distraits ; c’est une marque qu’ils ont des idées et qu’ils sont bons ; car les méchants et les sots ont toujours de la présence d’esprit.
Charle-Joseph de Ligne


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Message Publié : 16 Nov 2003 10:36 
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Bien étrange que ce sujet... :roll:
Comment peut-on affirmer que la connaissance d'un officier voulant faire carrière avec un commissaire de la République, signifie la même façon de penser ? Un accord politique, finalement...
C'est de l'ordre du fantasme que de tracer de tels liens et un tel parrallèle !!
Car, dès 1799, Napoléon a trahi l'idéal de Robespierre ! Ne parlons même pas de 1804... :lol:
Quant à Robespierre, dire qu'il s'est retiré des affaires pendant la Terreur, c'est prendre les gens pour de fins crétins !
Comment pouvez-vous faire croire cela un instant à qui que ce soit ??? Saint-Just agissait au nom de son "maître", sans prendre sa place.
L'affirmation de mon prédécesseur me semble, par contre, exacte concertant la mort des nobles sous la Terreur.

duc de Raguse.

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Alphonse de Lamartine


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Message Publié : 16 Nov 2003 13:01 
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Thucydide
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Il me semble que l'on se trompe lorsque on attribue à Napoléon une unique volonté : celle de satisfaire son ambition personnelle. Est ce vraiment si agréable que de diriger un pays, avoir les soucis de la guerre, de l'administration, etc... Je renvoie à la République de Platon qui traite du sujet.

On dit que la majorité des victimes sont des paysans. Mais n'étaient-ils pas fanatisés par des hommes sans foi ni loi comme les royalistes ? Ils étaient des pions, de la chair à canon manipulés par le fanatisme religieux. C'est sûr que les vrais responsables de cet aveuglement populaire avaient tous émigrés tellement le courage leur était connu.

On prête à St Just, une adulation inconditionnelle pour un "Maître" ; c'est vraiment faire preuve de mauvaise foi, et reconnaître pour soi même qu'il est facile d'être un mouton. Mais en réalité, il existait beaucoup de divergences entre Robespierre et St just comme le prouve son dernier discours le 9 thermidor "pour la défense de Robespierre". Voilà à quoi on reconnait l'absence d'appartenance à une faction : quand on sait ne pas engendrer de divisions pour la patrie alors qu'il existe des divergences idéologiques personnelles.

Ce qui est arrivé en 1799, est le mieux qui est jamais pu arriver pour la république mise à mal par un directoire mené par un type comme Barras. Ce n'est pas étonnant que Bonaparte l'ait définitivement écarté de la vie publique. Quant à Fouché, Napoléon disait que c'était le genre d'hommes qui lui sont imposés par les évènements. Napoléon n'était pas omnipotent et il a subi certaines décisions : Devait-il initier la guerre pour détruire toutes les monarchies ? Devait-il faire la paix et trouver une légitimité à son régime ? Il a fait le mauvais choix, car son régime n'a pas été légitimé et la guerre a eut lieu. Mais s'il a trahi la ligne conduite par Robespierre, c'est seulement dans le souci de sa postérité. Il ne souhaitait sans doute pas être l'artisan de révolutions violentes, mais de paix réformatrices.


Citer :
Marceau : Mais pourquoi pleurez-vous, je suis trop heureux de mourir pour ma patrie

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Je ne saurais emplir un récipient qui fuit, Ni abreuver de mots sensés un imbécile. (Euripide)


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Message Publié : 16 Nov 2003 14:46 
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Thucydide
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:? Pour ceux qui, cordialement, parlent de "fantasmes" comme le baron de Raguse.

Citer :
Napoléon (d'après le Journal de Gourgaud) : « Billaud et d'autres terroristes, voyant qu'il [ Robespierre ] faiblissait et ferait indubitablement tomber leurs têtes, se liguèrent contre lui et excitèrent les honnêtes gens soi-disant à renverser le tyran, mais en réalité pour prendre ensuite sa place et faire de plus belle régner la terreur. Le peuple de Paris, en jetant Robespierre à bas, croyait détruire la tyrannie, tandis que ce n'était que pour la faire refleurir plus que jamais. »


Citer :
Napoléon (Mémorial de Sainte-Hélène) : « Ils [ les thermidoriens ] ont tout jeté sur Robespierre ; mais celui-ci leur répondait, avant de périr, qu'il était étranger aux dernières exécutions ; que, depuis six semaines, il n'avait pas paru aux comités. Napoléon confessait qu'à l'armée de Nice, il avait vu de longues lettres de lui à son frère, blâmant les horreurs des commissaires conventionnels, qui perdaient, disait-il, la Révolution par leur tyrannie et leurs atrocités. »


24 Septembre 1803 – 1er vendémiaire (alors qu’il est consul à vie !) : Bonaparte accorde une pension à Charlotte, la sœur de Robespierre, lors de la fête de la République :wink:

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Message Publié : 16 Nov 2003 20:41 
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Des conjectures, mon cher, rien d'autre...
Cela ne consiste en rien en une quelconque preuve. Des signes et encore !
Napoléon était aussi fier de se proclamer par son deuxième mariage, comme neveu de Louis XVI et de Marie-Antoinette. A-t-il confié le pouvoir aux émigrés pour autant ? :roll:
Par ailleurs, apprenez aussi à lire le nom des intervenants. :wink:

duc de Raguse.

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Message Publié : 16 Nov 2003 21:55 
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Ne vous inquiétez pas,excellent homme, j'avais très bien lu votre nom !

Ce que vous me répliquez ne me parait pas très clair et hors du sujet.

"fier..." est une conjecture. Mais moi aussi j'aimerais avoir le pouvoir de connaître les sentiments des hommes morts depuis 200 ans.

L'attribution d'une pension, ou la mention d'une opinion au travers d'un écrit, cela est constitutif de faits ou de preuves.

J'aurais au moins attendu une réfutation de ce que j'apporte (pour avoir un débat sain), mais je doute que cela soit possible. A moins que mes sources soient faussent, je serai content qu'un spécialiste puisse me le démontrer dans ce cas... :lol:

cordialement.

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Message Publié : 16 Nov 2003 22:22 
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Vous savez ce qu'on dit de ceux qui cherchent les polémiques ?
Continuez et vous verrez... :lol:
Vous parlez de vos "sources" comme accréditant votre fantastique "thèse", comme quoi, si j'ai bien compris, Napoléon serait l'héritier politique de Robespierre - après quelques trahisons, toutes pardonnables.
Mais que font les véritables historiens ? Donnez vite à J.Tulard, F.Bluche, J.Cornette... vos coordonnées ! Vous allez changer la face de la recherche ainsi.
Restez sérieux, de grâce !
Vous citez deux morceaux de textes mis en vrac et sans lien, aucun travail fouillé cité, et après vous voulez donner des leçons aux autres sur la "recherche"... :lol:
Je ne cherche même pas à vous réfuter en avançant d'autres aurguments, car quiconque connaissant un peu cette période historique remarquera que votre raccourci est purement artificiel au regard des faits.

duc de Raguse.

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Message Publié : 17 Nov 2003 0:28 
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Thucydide
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Quelle astuce pour fuir la question !
Mais je ne vous en veux pas car vous n'apportez rien de constructif.
Vous parlez "d'autres arguments". Il aurait été préférable d'en apporter ne serait-ce qu'un au lieu de vous acharner sur moi et mon sujet.
Vous pouvez transmettre vos précieux conseils ailleurs, vous seriez un prince ! :wink:

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Message Publié : 17 Nov 2003 11:07 
Mon cher Lionel, vous écrivez:

Citer :
On dit que la majorité des victimes sont des paysans. Mais n'étaient-ils pas fanatisés par des hommes sans foi ni loi comme les royalistes ? Ils étaient des pions, de la chair à canon manipulés par le fanatisme religieux


Dans le texte suivant (extrait du livre dont j'ai déjà fourni la référence), vous reléverez la phrase suivante "L'enthousiasme a deux faces en général : sacrifice de soi-même à une idée
passionnément embrassée - c'est la foi -, sacrifice des autres à cette idée - c'est le fanatisme."

Parler de fanatisme pour qualifier les victimes de la terreur, c'est inverser les rôles.

PS: Je ne suis ni aristo, ni catho, ni royaliste.

Citer :
« Qu'y a-t-il de commun, dit Robespierre, entre la liberté et le despotisme, entre le crime et la vertu ?
Que des soldats, combattant pour des despotes, aient donné la main à des soldats vaincus, pour retourner
ensuite à l'hôpital, cela se conçoit encore : mais un homme libre, composer avec un tyran ou son satellite, le
courage avec la lâcheté, la vertu avec le crime, c'est ce qui ne se conçoit pas, c'est ce qui est impossible... il
faut de la distance entre les soldats de la liberté et les esclaves de la tyrannie. » 162
Et pour bien marquer cette distance, on décrète de fusiller les prisonniers 163 . La guerre nouvelle, dit
un orateur jacobin, est une guerre « de Nation à brigands », - brigands, le mot restera pour désigner les
ennemis de l'humanité ; ce ne sont plus, à proprement parler, des hommes.
Et on les traite en conséquence. De là ces injures grossières, si choquantes pour les vrais soldats, et
pourtant naturelles : la nouvelle guerre est brutale, moins par instinct que par principe. Elle pose en principe
l'indignité de l'adversaire, comme l'ancien honneur, sa valeur. Les ennemis sont des « monstres », des «
animaux féroces qui cherchent à dévorer le genre humain 164 » Pitt est déclaré « un ennemi de l'humanité 165 »
De là ce mépris du droit des gens, ces massacres de parlementaires, de prisonniers de guerre. De là
surtout ces destructions d'hommes, de femmes, d'enfants même, - les enfants de Bicêtre en septembre 92, les
trois cents petits malheureux de l'entrepôt de Nantes, - dont l'horreur empêche en général de remarquer
l'étrange caractère. On a vu des jacqueries de paysans, des massacres dans le feu de l'assaut, des cruautés de
proconsul. On n'a jamais vu qu'alors de petits groupes d'hommes - les autorités républicaines et les clubs
patriotes - assez rompus au meurtre pour le pratiquer à froid pendant des mois, en gros et en détail, comme
une opération de voirie.
Ce ne sont pourtant ni des fous, ni - tous du moins - des brutes, souvent de petits bourgeois,
terriblement pareils aux autres. Mais quel merveilleux entraînement ? A Nantes, les purs - ils sont une
vingtaine autour de Carrier, outre les quatre-vingts piques de « l'armée Marat » - sont gens à dépouiller cent
jeunes femmes ou filles de seize à trente ans, plusieurs enceintes, plusieurs nourrices, à les attacher nues
dans les fameuses gabarres, puis les soupapes ouvertes, à les regarder s'enfoncer lentement, en abattant à
coups de sabre les mains suppliantes qui sortent des sabords. On fusille, à Nantes, de cent cinquante à deux
cents paysans vendéens par jour, dit tranquillement Carrier. On en noie jusqu'à huit cents à la fois. A Lyon,
les patriotes durent renoncer aux mitraillades parce que les dragons chargés de sabrer les survivants se
mutinaient de dégoût, - parce qu'on jetait les morts au Rhône faute de bras pour les enterrer, et que les
riverains d'aval se plaignaient de l'infection : il y avait dès la première semaine cent cinquante cadavres sur
les graviers d'Ivours. Même plainte à Arras, où le sang de la guillotine infecte le quartier. Le général
Turreau, en Vendée, donne l'ordre « de passer hommes, femmes et enfants à la baïonnette et de tout brûler et
incendier » 166 , etc.
Telle est l'oeuvre du patriotisme humanitaire. Ces débauches de sang nous révoltent, parce que nous
le jugeons en patriotes ordinaires, - c'est un tort. Un humanitaire pourrait nous répondre qu'elles sont
légitimes : la guerre humanitaire est la seule qui tue pour tuer, - elle en a le droit, et c'est par là même qu'elle
se, distingue de la guerre nationale. « Frappe sans pitié, citoyen, dit à un jeune soldat le président des
Jacobins, sur tout ce qui tient à la monarchie. Ne dépose ton fusil que sur la tombe de tous nos ennemis, -
c'est le conseil de l'humanité 167 » C'est par humanité que Marat réclame 260 000 têtes 168 . « Que m'importe
d'être appelé buveur de sang ! s'écrie Danton, eh bien ! buvons le sang des ennemis de l'humanité, s'il le
faut ! 169 » Carrier écrit à la Convention que « la défaite des brigands est si complète, qu'ils arrivent à nos
avant-postes par centaines. Je prends le parti de les faire fusiller. Il en vient autant d'Angers, je leur assure le
même sort, et j'invite Francastel à en faire autant...170 . » N'est-ce pas horrible ? Et se figure-t-on les cris de
M. Jaurès à la lecture d'une pareille lettre du général d'Amade 171 ? Cependant la Convention applaudit et fait
imprimer la lettre, et M. Jaurès ne crie pas, que je sache, dans son Histoire socialiste ; la conclusion de
Carrier nous dit pourquoi : « C'est par principe d’humanité que je purge la terre de la liberté de ces
monstres. » Voilà la réponse ; la Convention, Carrier et M. Jaurès ont raison : le général d'Amade ne peut
rien faire de tel, parce qu'il ne se bat que pour la France. Carrier est un humanitaire, qui guillotine, fusille et
noie pour le genre humain, la vertu, le bonheur universel, le peuple en soi, etc. Ils sont chacun dans leur rôle.
Ayons donc soin de distinguer les deux patriotismes, l'humanitaire ou social, et le national, - le
premier reconnaissable à sa cruauté, le second à son dévouement. Les confondre serait faire injure au
second, qui ne massacre pas - et tort au premier, qui a le droit de massacrer. Ils étaient alliés de hasard en 93.
Ils sont opposés de principe en tout temps.
Dirons-nous au moins que ce sont deux sentiments de même famille, deux formes d'enthousiasme
politique ? Je ne le crois pas. L'enthousiasme a deux faces en général : sacrifice de soi-même à une idée
passionnément embrassée - c'est la foi -, sacrifice des autres à cette idée - c'est le fanatisme.
Le patriotisme jacobin n'a que la seconde face. Aucun zèle politique n'a jamais fait si bon marché des
vies humaines, - et pourtant le côté foi n'augmente pas en proportion ; au contraire, il est nul. Voyez les
grands tueurs devant leurs juges. Pas un n'a le courage de leur dire en face : « Eh bien! oui, j'ai dépouillé, j'ai
torturé, j'ai tué, sans formes, sans mesure, sans pitié, pour l'idée que je crois bonne. Je ne regrette rien, ne
retire rien, ne nie rien. Disposez de moi comme il vous plaira. » Pas un ne parle ainsi - c'est que pas un n'a au
coeur le côté positif du fanatisme, la foi - pas un n'aime, ne connaît même ce qu'il a servi. Ils se défendent
comme des assassins vulgaires, en mentant, niant, chargeant des frères. Leur grand argument, légitime, mais
piteux si on se place au point de vue de la morale vulgaire, est qu'ils ne pouvaient épargner les autres sans se
perdre eux-mêmes, qu'ils agissaient par ordre, que tout le monde alors, d'ailleurs, parlait comme eux - en un
mot, le contraire de la foi libre : ils plaident le cas de contrainte. Quelle différence avec ces milliers de
prêtres et de religieuses, qui, eux, n'ont tué personne pour leur foi - et donnent leur propre vie, plutôt que de
prêter lé serment qu'elle défend.
Est-ce que nos patriotes sont des lâches ? - certes, et ils devaient une autre attitude, ne fût-ce qu'à
eux-mêmes : quand on a versé le sang des autres pour une idée, on n'a plus le droit de lui marchander le sien.
Et pourtant, il y a une raison à cette lâcheté : leur patriotisme n'est pas une foi, il est négatif. La patrie
jacobine, c'est la société de Rousseau, c'est-à-dire, en fin de compte, une fédération d'égoïsmes - il n'y a rien
là de beau, d'aimable, rien pour le coeur. Le patriotisme jacobin n'est qu'une des branches de cette morale
philosophique, tirée de Hume et de Hobbes, et fondée de l'aveu même de ses pontifes, sur le grand principe
de « l'amour-propre ». L'intérêt, dit le politicien, la Cupidité, dit l'économiste, les Passions, dit le moraliste,
la Nature, répète à l'unisson le choeur des philosophes, tels sont les ressorts -, et le but est un état plus
heureux - et non plus parfait ; le moyen, détruire, et non créer - et on ne meurt pas pour tout cela.
Mais alors d'où vient qu'on tue ? D'où peut naître, comment soutenir ce fanatisme par excellence, qui
n'a que l'écorce de haine, sans l'amande de dévouement et d'amour, les inquisiteurs sans les martyrs ? C'est
ici que l'histoire reste en défaut, et se résigne à constater sans comprendre. Elle voit bien les faits, reconnaît
même leur liaison logique aux principes, et que cette humanité devait tuer, cette liberté, contraindre. Elle
n'aperçoit pas l'origine, la nature des sentiments qui peuvent asservir un coeur d'homme, un peuple entier, à
cette terrible logique. Expliquer 93 par le « patriotisme » jacobin, c'est encore expliquer un mystère par une
énigme.


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Message Publié : 17 Nov 2003 12:38 
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Finalement Lionel, je me suis trompé, vous avez un certain sens de l'humour et de la répartie... :wink:
Je suis entièrement fautif : je suis venu avec mes grosses bottes de critiqueur et même si je ne suis pas d'accord avec vous, je n'avais pas à agir ainsi !
Bien à vous,

duc de Raguse.

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Message Publié : 17 Nov 2003 13:42 
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En réponse à "de passage", je dirai qu'il est difficile de notre angle de vue de cerner la complexité des mécanicmes de la guerre civile. L'Histoire ressemble un peu à la théorie de la relativité d'Einstein. Certaines périodes du fait de successions d'évènements sont plus denses. L'enchainement des choses peut se faire selon une logique qui nous échappe, que nous cherchons à expliquer alors que nous ne pouvons pas tant la raison semble absente du contexte.

Cependant, je voudrai nuancer le texte que vous apportez dont j'ignore l'origine. Vous parlez du mensonge des massacreurs qui nient leurs crimes. Mais heureusement ! cela prouve qu'il reste une part d'humanité en eux : ils éprouvent le remord de leurs actes, ils en ont honte, ils mentent non pour sauver leur vie, mais pour préserver leur mémoire. Ils ont donc conscience de l'atrocité de leurs actes. Alors que ceux que vous décrivez comme ayant la "foi", ne sont -ils pas aveugles ? Ne sont-ce pas eux les fanatiques ? qui comme vous dites peuvent reconnaître froidement les meurtres qu'ils ont commis, ce que vous appelez le côté "positif" du fanatisme.

La Terreur s'est imposée d'elle même comme le résultat d'une succession d'évènements mais pas comme la décision d'un homme ayant la foi qu'à un certain nombre de têtes coupées, les affaires seraient réglées. Marat réclamait certes des têtes mais pour en épargner d'autres, comme un médecin face à une gangrène et qui préconise une ablation. Pouvons nous juger à notre niveau son point de vue de l'époque. Je ne pense pas. D'autre part, les dérives de certains commissaires étaient connues par le comité de salut public d'où le rappel de Carrier. Peut-on comparer Couthon qui à Lyon, frappait les batiments de la place Bellecour avec son petit marteau et Fouché qui avec Collot tiraient au canon à bout portant puisque la guillotine n'allait pas assez vite. Quand on a demandé des comptes sur les excès de Fouché, celui ci s'est précipité pour accuser le bourreau et l'a fait guillotiné !

Je pense au contraire que les hommes qui ont massacré étaient des corrompus, mais les "fanatiques" tels que vous les nommez comme les idéalistes Rousseau, Robespierre, St just et autres n'auraient pas fait couler le sang méthodiquement. Le jour de l'execution de Louis XVI, Robespierre est resté enfermé chez lui et aurait pleuré. Pourtant il demandait sa mort sans procès.

Je crois que l'Histoire nous laisse aperçevoir une distortion entre la compatibilité de l'évènement historique et l'humanisme des ses acteurs.
Cela ne remet pas en cause les idées en elles-mêmes.

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