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Message Publié : 19 Déc 2015 7:48 
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Marc Bloch
Marc Bloch
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Quelques mots sur le rétablissement sous le Consulat de la fête orléanaise célébrant la levée du siège de la ville.

Le 22 avril 1803, Chaptal, ministre de l’Intérieur, présenta le rapport suivant :
« Citoyen Premier Consul,
Avant la révolution [la fête était supprimée depuis 1793], on célébrait chaque année à Orléans l'anniversaire du 8 Mai 1429, jour où Jeanne d'Arc, força les Anglais à lever le siège de cette ville.
Je viens vous proposer de rétablir cette fête vraiment civique.
Elle se célébrera à la fois dans les temples et sur le lieu même qui fut le théâtre des plus grands exploits de Jeanne d'Arc.
Dès le matin, les autorités civiles et militaires, se rassembleront dans la cathédrale, pour y assister aux cérémonies religieuses. Un membre du Clergé y prononcera l'éloge historique de Jeanne d'Arc.
On se rendra ensuite en chantant des hymnes français en son honneur, sur le pont où cette héroïne, quoique dangereusement blessée, parvint à repousser les ennemis.
Le soir, les spectacles retentiront des chants composés à sa gloire et à la louange de tous les Français qui, à cette époque défendirent la puissance nationale contre les efforts de l'étranger.
Les habitants d'Orléans apprendront avec enthousiasme, citoyen Premier Consul, qu'il leur est encore permis d'honorer publiquement leur libératrice; et le reste de la France, qui n'a point oublié tout ce que cette fille courageuse opéra pour le salut de la patrie, s'unira d'intention à ces témoignages solennels d'admiration et de reconnaissance. »

Bonaparte donna son accord et Chaptal en fit part à Jean Philibert Maret, préfet du Loiret, en ces termes :
« Je vous adresse, citoyen préfet, un rapport que j’ai présenté au gouvernement, pour obtenir le rétablissement de la fête qui se célébrait chaque année dans la ville d’Orléans en l’honneur de Jeanne d’Arc. Le premier consul a approuvé toutes les dispositions de cette fête que vous trouverez indiquées dans ce rapport.
Je n’ai pas besoin de vous recommander de veiller à l’exécution d’une aussi intéressante solennité. Votre zèle, celui du clergé et des habitants d’Orléans aura sans doute devancé la décision que je suis chargé de vous transmettre »

De son côté, Portalis, ministres des Cultes, annonçait également la nouvelle à Bernier, l’évêque d’Orléans, qui avait écrit à ce sujet à Bonaparte le 22 février précédent :
« J'ai présenté au premier consul, monsieur l'évêque, votre projet de rétablir les cérémonies religieuses qui avaient autrefois lieu en mémoire de la délivrance d'Orléans par la Pucelle. Il approuve entièrement ce projet, et il a trouvé dans votre proposition un nouveau témoignage de votre empressement à faire concourir la religion à tout ce qui peut être honorable pour la nation française. »


Ainsi, le dimanche 1er mai suivant, était lu dans les églises d’Orléans le mandement rédigé trois jours plus tôt par l’évêque :
« Au Clergé et aux Fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en Jésus-Christ Notre Seigneur.
Quel heureux jour, nos très chers frères ! etc., etc.
A ces causes, et en vertu de l'autorisation spéciale du gouvernement, nous ordonnons que la fête religieuse établie en cette ville en mémoire de sa délivrance par Jeanne-d'Arc, connue sous le nom de Pucelle d'Orléans, continuera d'être célébrée le 8 mai de chaque année, sous le rit, et avec les cérémonies d'usage.
La procession qui a lieu ce même jour, se rendra de notre église cathédrale à celle de St-Marceau, en suivant l'ordre et la marche qui sont indiqués par le programme de la fête, arrêté par le citoyen préfet, de concert avec nous, et approuvé par le gouvernement.
Le clergé de toutes les églises de cette ville sera tenu d'assister à cette procession, et devra, pour cet effet, être rendu dans notre église cathédrale, ce même jour, 8 mai, avant neuf heures et demie du matin.
Le clergé de chaque église marchera pendant la procession, dans l'ordre suivant:
Les enfants de l'hôpital-général ouvriront la marche, et seront suivis du clergé de la succursale des Aides, de Notre-Dame-de-Recouvrance, St-Marceau, St-Laurent, St-Marc, St-Vincent, St-Donatien, St-Aignan, St-Paterne, St-Paul et la cathédrale.
Il sera célébré, le lendemain, neuf mai, dans notre église cathédrale, un service funèbre pour le repos de l'âme de Jeanne-d'Arc, et des guerriers qui sont morts pendant le siége d'Orléans, et dans les combats livrés sous ses murs.
Sera notre présent mandement, imprimé, lu et publié aux prônes des messes paroissiales de cette ville, le dimanche qui suivra immédiatement sa réception.»


De son côté, le maire d’Orléans, Antoine Crignon des Ormeaux, annonçait à ses concitoyens le programme de la fête du 8 mai :
« Considérant que si la France entière doit admiration et reconnaissance à Jeanne-d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, pour sa valeur et son dévouement généreux, les Orléanais doivent l'honorer comme leur libératrice, et lui donner, à ce titre, un témoignage spécial de leur gratitude;
Considérant que le gouvernement a approuvé la proposition de rétablir à Orléans la fête qui s'y célébrait chaque année en l'honneur de cette héroïne;
Considérant, enfin, que cette fête a toujours été religieuse, civile, et que dès lors elle doit se faire par le concours des diverses autorités;
Après en avoir conféré avec le général commandant la subdivision du Loiret, pour ce qui concerne la partie militaire , et avec monsieur l'évêque d'Orléans, pour ce qui a rapport à la partie religieuse de cette cérémonie, arrête, pour ce qui concerne le civil:
Art. 1er. La fête de la délivrance d'Orléans, par Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, sera célébrée le 18 floréal prochain, et les années suivantes, le jour du calendrier républicain, correspondant au 8 mai, vieux style.
Art. 2. Les invitations à tous les corps laïques et ecclésiastiques, seront faites par le maire, lequel ordonnera tout ce qui tient au détail de la fête.
Art. 3. La veille de la fête, à midi précis, une musique guerrière se fera entendre pendant une heure, sur la tour de la ville; la cloche du beffroi sonnera dans tous les intervalles du repos de la musique, et de quart en quart d'heure, jusqu'au coucher du soleil.
A la même heure de midi, il sera fait une décharge de boîtes pour annoncer la fête.
Art. 4. Le jour de la fête, au lever du soleil, la cloche du beffroi sonnera, de quart en quart d'heure, jusqu'à la rentrée de la procession.
Art. 5. A neuf heures, les corps et autorités constituées recevront des escortes d'honneur, suivant l'usage, pour les accompagner à l'église cathédrale, où ils doivent être rendus à neuf heures et demie, et prendre les places qui leur sont destinées.
Art. 6. A onze heures, après les cérémonies religieuses de l'église, la procession se mettra en marche dans l'ordre suivant:
En tête : un commissaire de police; un détachement de troupes à cheval et leurs trompettes; un détachement de la garde nationale.
Sur deux lignes : les pauvres des deux sexes de l'hôpital; le clergé dans l'ordre établi ci-dessous aux articles concernant la partie religieuse.
Après le clergé, la musique de la troupe de ligne, celle de la garde nationale.
Au centre : le préfet, à sa droite, le général commandant la subdivision du Loiret, à sa gauche, le président du tribunal d'appel; suivront, l'état-major de la place et les employés des administrations militaires, sur deux de front.
Sur deux lignes: à droite du préfet, le secrétaire-génénéral de la préfecture, les conseillers de préfecture; les membres du conseil général du département; le lycée; les chefs du service public; dans l'ordre civil, le maire, les adjoints et le secrétaire de la mairie; les membres de la commission des hospices; les membres du bureau central de bienfaisance; ceux des bureaux particuliers de bienfaisance; les directeurs et inspecteurs de l'octroi.
A gauche du préfet, tous les tribunaux, précédés de leurs huissiers, les juges-de-paix, les notaires, les avoués, suivront la hiérarchie des pouvoirs, en commençant par le tribunal d'appel.
La marche sera terminée par un détachement de la garde nationale et un détachement de troupes à cheval. La garnison entière en haie des deux côtés du cortége.
Art. 7. Le cortége sortira de la cathédrale par la porte septentrionale, suivra la rue de l'Evêché, la place de l'Etape, la rue d'Escures, le Martroi, la rue Egalité, le pont, la Grande-Rue-St-Marceau jusqu'à l'église.
Art. 8. Après la station, le cortége se remettra en marche, en continuant la rue St-Marceau jusqu'à l'embranchement du chemin neuf, suivra ce chemin, le pont et la même route qu'en allant, et rentrera dans Ste-Croix par la même porte latérale.
Art. 9. En allant et au retour, au passage de la procession, sur la place des Tourelles, et au bout du pont, du côté de St-Marceau, il sera fait une décharge de boîtes.
Art. 10. La procession rentrée à Ste-Croix, et toutes les cérémonies religieuses terminées, chaque corps, ou autorités constituées, sera reconduit par l'escorte qui l'aura amené.
Art. 11. Le soir, illumination générale de la ville; il sera dressé sur la place de l'Etape des mâts de cocagne, et à la chute du jour il sera tiré un feu d'artifice sur la place du Martroi.
Art. 12. Le lendemain de la fête, à dix heures du matin, il sera chanté, dans l'église cathédrale, un service solennel et en musique, en commémoration des citoyens morts pendant le siége; tous les corps constitués, civils et militaires, y assisteront comme le jour de la fête.
Pour ce qui concerne la partie religieuse:
Art. 1er. A dix heures, l'orateur [Corbin, chanoine grand-chantre] choisi par M. l'évêque prononcera le panégyrique.
Art. 2. Après le discours, on célébrera l'office du jour.
Art. 3. Les curés et desservants de la ville d'Orléans, et les chanoines de la cathédrale, prendront rang aussitôt après les pauvres de l'hôpital.
Le célébrant occupera la place que lui assigneront les usages de l'église; si M. l'évêque assiste à la procession sans officier, il occupera la place qu'il aura désignée parmi les ministres du culte.
Le reste du clergé, comme il est dit ci-dessus. »



Le 2 juillet, le Journal des Débats publiait cet article :
« La fête de la Pucelle, rétablie d'après l'autorisation du Gouvernement, a été célébrée avec la plus grande pompe à Orléans le jour anniversaire de la délivrance de cette ville. Un nombre considérable d'étrangers attirés par l'annonce de cette fête, dont une longue interruption n'avait pu faire perdre le souvenir, étaient accourus eu cette ville des environs et des départements voisins.
La veille, le corps municipal a fait, sur la grande place, l'inauguration d'un monument provisoire absolument semblable à celui qui doit être élevé en bronze sur cette place, et qui n’est pas encore terminé.
Le matin, les autorités civiles et militaires se sont rendues à l'église cathédrale dont la vaste enceinte avait été remplie de bonne heure par un peuple nombreux.
Un ecclésiastique y a porté la parole, et a retracé avec enthousiasme les exploits de l'héroïsme; M. l'Evêque a officié pontificalement, et le cortège s'est mis en route pour se rendre sur l'autre rive de la Loire, sur le champ de bataille où Jeanne d'Arc, par des prodiges de valeur, avait vaincu les Anglais, et délivré la ville.
Les tribunaux étaient en grand costume, et les fonctionnaires civiles et militaires et le clergé portaient à la main des bouquets.
La garnison de la ville était dans la plus brillante tenue; l'ordre et la pompe ont régné dans la marche et le retour.
Le soir, des jeux, un feu d'artifice et des illuminations ont couronnés cette belle journée.
Le lendemain matin, les autorités constituées se sont rendues à l'église cathédrale, où M. l'Evêque a célébré un service pour les braves habitants de la ville qui ont péri dans ce siège meurtrier; les attributs du deuil et de la douleur ont remplacé ceux de l'allégresse et des hymnes funèbres ont été chantés en honneur des Français qui ont scellé de leur sang la délivrance de leur patrie. On a remarque que le nombre des souscripteurs pour le monument de Jeanne d'Arc s'était beaucoup accru pendant ces jours de fête. On voit dans cette liste honorable que toutes les classes de la société veulent contribuer au rétablissement d'un monument qui intéresse la gloire nationale. »

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 19 Déc 2015 17:28 
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Marc Bloch
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Comme il est dit plus haut dans l’article du Journal des Débat, une statue provisoire de Jeanne d’Arc fut inaugurée la veille de la fête du 8 mai 1803.

Le statuaire était Edme-François-Étienne Gois. Il reprenait là l’oeuvre qu’il avait présentée un an plus tôt au Salon de l’an 10. A cette occasion, les critiques avaient pourtant été nuancées :
« Cette statue a du mouvement, peut-être trop. L'artiste pour lui donner un air élancé, lui a donnée une taille gigantesque, que Jeanne d'Arc n'avait pas.
Nous observons encore, que puisque ce sujet est historique , il fallait conserver les traits de cette héroïne, mais non , on se modèle sur David , qui n'a pas fait le portrait de Bonaparte ressemblant ;parce que, dit-il, pour s'excuser, quand on peint un héros,il faut lui donner une figure héroïque. Quel raisonnement !!! »
(Revue du Salon de l’an X, ou examen critique de tous les tableaux qui ont été exposés au Muséum)

Quoi qu’il en soit, l’œuvre avait plu à Orléans, et le 21 décembre, comme en témoigne cet extrait du registre des séances du Conseil municipal, le projet était lancé :
« Aujourd'hui etc. Le Maire a ouvert la séance en exposant au Conseil que, sur le vœu des habitants d'Orléans, de rétablir dans notre ville un monument en l'honneur de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, le Citoyen Gois, artiste statuaire du Musée des Arts à Paris, ayant fait pour le gouvernement un modèle de sa statue s'était rendu dans nos murs,, pour présenter aux autorités les desseins du monument à élever, afin de conserver à la postérité le souvenir des actions héroïques de cette fille célèbre; et que, d'après une conférence qu'il avait eue, en sa qualité de Maire, avec le Préfet du département et l'artiste, il avait été convenu de nommer une commission de douze membres, pris dans les artistes et gens de l'art, et amateurs distingués de celte ville; et qu'enfin, le Conseil municipal, serait convoqué avant le réunion de cette commission, pour émettre son vœu sur cet objet, approuver la nomination de cette commission, entendre le rapport qu'elle devra faire, et enfin statuer sur les moyens d'exécution et l'acquittement de la dépense.
Le Conseil après avoir entendu plusieurs de ses membres, adopte en principe qu'il est de la gloire des Français, et particulièrement de la ville d'Orléans, de réédifier le monument de la Pucelle, et approuve, en conséquence, la commission composée des citoyens Bouchet, ingénieur; Lebrun, architecte et membre du Conseil municipal; Bardin, professeur de dessin à l'école centrale; Hochet, architecte; Coles de Brouville, amateur; Huet de Froberville, amateur; Derouge, peintre; Seurrat de Guilleville, ancien échevin; Crignon d'Oyoner; Dautroche de Laporte; Delange-Demeux, .adjoint du maire; Debisement et Couturier, pour prendre communication du projet présenté par le Citoyen Gois, entendre ses propositions et en faire un rapport que le Conseil entendra, vendredi prochain, onze heures du matin. »

Le 24 décembre suivant, suite au rapport de la commission, le conseil municipal de la ville prit cette délibération :
« Il est dans l'histoire des nations des époques à jamais mémorables, dont le souvenir doit être transmis à la postérité par des monuments publics, qui lui rappellent sans cesse les erreurs funestes qui entraînèrent la patrie sur le bord du précipice, et les actions courageuses qui la sauvèrent d'une ruine inévitable.
Les dissensions intestines avoient appelé dans l'intérieur de la France des ennemis actifs et vigilants, habiles dans tous les temps à saisir les occasions de nous nuire, et à profiter de nos discordes civiles.
Charles VII voyait une partie de son Royaume envahie, une de ses principales villes, peu distante de sa capitale, assiégée et prête à succomber sous les coups d'un ennemi que ses succès rendaient audacieux.
L'abattement et la consternation suite ordinaire des longues défaites, régnaient dans l'armée des Français et les disposaient à porter le joug étranger qu'on leur imposait.
Soudain une jeune Héroïne, honteuse de l'abaissement de la France, enthousiaste de la gloire de son pays, et fière encore d'appartenir à une nation que ses revers n'avoient pas entièrement avilie, forme le noble dessein de ranimer le courage des François, de combattre avec eux, et de vaincre les ennemis, ou de périr les armes à la main.
Le Ciel sans doute, et l'amour de la patrie, lui inspirèrent cette généreuse résolution: l'histoire nous offre les détails des succès miraculeux qui couronnèrent son dévouement; elle vainquit les Anglais, délivra la ville d'Orléans, ranima en France l'esprit public, anima par-là l'expulsion totale de ces insulaires, et enfin, pour prix de tant de services, ô honte! ô siècle de ténèbres et d'ingratitude ! elle fut lâchement abandonnée par celui qui lui devait sa couronne et ses Etats, et les Anglais la firent brûler à Rouen comme sorcière.
Quel François peut voir d'un œil sec les débris des statues élevés à cette Héroïne ?
Si un régime à jamais exécrable a marqué par des monceaux de ruines, et par une longue trace de sang et de larmes, son passage dans notre malheureuse patrie, hâtons-nous d'en effacer jusqu'au souvenir; qu'il n'en reste que pour servir de leçon à nos neveux; réparons nos temples et nos monuments que l'ouragan révolutionnaire a renversé, et gravons sur le marbre, comme dans les cœurs de tous les François, la reconnaissance éternelle de la patrie envers une jeune guerrière qui l'a délivrée du joug étranger.
Quelle époque plus favorable à la réédification du monument national que l'on propose, que celle où un héros a donné la paix à l'Europe, après avoir vengé par d'innombrables victoires, l'éclat de nos armes, terni jadis par des défaites, fruit de nos discordes intestines.
Quel moment plus propice que celui où le guerrier pacificateur a réuni les débris de nos autels dispersés, rappelé des ministres errants et proscrits, et rétabli sur des bases inébranlables le culte antique et sacré qui produisit tant d'hommes illustres et d'intrépides guerriers !
Puisse ce monument éterniser dans l'âme de tous les François, le véritable amour de la patrie, la haine des factions, des discordes civiles, des étrangers qui en attisent le feu et enfin la gratitude du Peuple envers ses libérateurs !
Le conseil municipal de la ville d'Orléans, convoqué par le maire, d'après l'autorisation du préfet, pour émettre son vœu sur la proposition faite par le citoyen Gois , artiste statuaire , de réédifier , dans cette ville une statue de Jeanne d'Arc , sur le même modèle que celle exposée cette année au Musée des Arts, à Paris, le conseil a voté unanimement la réérection de ce monument vraiment national, et demandé, en conséquence, que le gouvernement autorisât à ouvrir une souscription à cet effet, à laquelle, non seulement les habitants de cette ville, mais encore les Français jaloux de contribuer à perpétuer le souvenir d'une aussi belle époque, seraient invités à prendre part. Cette statue, dont les artistes et les amateurs ont pu apprécier l'élégance et le beau mouvement, et dont on joint ici l'esquisse au trait ( au prospectus imprimé sera jointe une esquisse gravée au trait du monument), sera exécutée en bronze; elle joint au mérite de la perfection comme monument des arts, celui d'une grande exactitude de costume, et d'une ressemblance parfaite avec les portraits les plus authentiques qui nous ont été transmis de cette héroïne; elle sera établie sur une base de marbre blanc veiné, dont les inscriptions rappelleront l'objet du monument.
Quatre bas-reliefs, également en bronze, placés aux quatre faces de la base , rappelleront des époques capitales de la vie de Jeanne d'Arc; savoir : le moment où elle reçoit, à Chinon, l'épée, des mains de Charles VII; celui de la bataille qui amena la délivrance d'Orléans; celui où elle fait sacrer Charles VII; celui, enfin, où ses ennemis la font périr sur un bûcher.
Il sera frappé une médaille qui représentera, d'un côté, la tête du premier consul, et de l'autre, le monument réédifié, et dont les inscriptions rappelleront cette époque. Cette médaille sera donnée aux seules personnes qui auront souscrit pour la réérection du monument; savoir : une en bronze sera donnée gratuitement aux souscripteurs d'une somme de 50 fr. et au-delà; une en argent, à ceux de 100 fr. et au-delà.

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Un souscripteur pourra, à raison du montant de sa souscription, avoir plusieurs de ces médailles; par exemple, pour une somme de 150 fr. on aura une médaille d'argent et une de bronze. Tout souscripteur d'une somme au-dessous de 50 fr. aura une médaille de bronze, dont il paiera la valeur en sus de sa souscription. Une planche en cuivre, où seront gravés les noms des souscripteurs, sera placée, avec la médaille, dans les fondations du monument, et une pareille sera exposée aux archives de la mairie.
L'artiste évalue le montant de la dépense totale, par aperçu, à une somme de 48 000 fr. Le prix en sera préalablement débattu, et définitivement réglé par l'administration. Le montant total des souscriptions devra être payé en entier dans le cours de deux années, savoir, un quart en souscrivant et les trois autres de huit mois en huit mois.
Les citoyens qui désireront prendre part à cet acte de gratitude envers une héroïne qui a délivré notre pays, sont invités à adresser leurs lettres et leur argent, franc de port, à Orléans, au citoyen … et à Paris, chez le citoyen …»


En réponse, le 30 janvier 1803, Bonaparte apposa l'apostille suivante en marge dudit document :
« Ecrire au Citoyen Crignon-Désormeaux, Maire d'Orléans que cette délibération m'est agréable.
L'illustre Jeanne d'Arc a prouvé qu'il n'est pas de miracle que le génie Français ne puisse produire dans les circonstances où l'indépendance nationale est menacée.
Unie, la Nation française n'a jamais été vaincue; mais nos voisins plus calculateurs et plus adroits, abusant de la franchise et de la loyauté de notre caractère, semèrent constamment parmi nous ces dissensions, d'où naquirent les calamités de cette époque, et tous les désastres que rappelle notre histoire. »

Le 26 mars, marché fut passé avec Gois.
La statue étant logiquement inachevée pour la fête du 8 mai 1803, on décida néanmoins d’inaugurer le 7 un monument provisoire en plâtre placée au milieu de la place de la République :
« Le maire d'Orléans prévient ses concitoyens qu'en vertu de l'autorisation du préfet du Loiret relative à l'inauguration du monument provisoire élevé à Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, sur la principale place de cette ville, cette cérémonie civile, à la pompe de laquelle ils sont invités à contribuer par leur présence, aura lieu à six heures du soir, demain, 17 floréal, veille de la fête de cette illustre héroïne. »

Gois se rendit ensuite à Paris et y entama ses travaux le 19 août.
Un an plus tard, le 7 avril 1804, la fonte de la statue avait enfin lieu.
« Nouvelles des arts, peinture, sculpture, architecture et gravure » (t.3, 1803) s’en fit l’écho en ces termes :
« M. Etienne Gois fils, statuaire, membre de l'Athénée des arts, de la Société des sciences, lettres et arts de Paris, et de l'Académie de Dijon, auteur de la statue de Jeanne d'Arc, et seul chargé, du monument à ériger sur la place d'Orléans, s'est fait un devoir de réunir, au nom des arts, un certain nombre de témoins du jet en bronze de cette statue, confié à MM. Rousseau et Honoré, fondeurs de l'enclos du Temple, suivant les procédés ordinaires de la fonte en sable, qui n'avaient pas encore été employés, pour les statues de grande proportion. En conséquence, après avoir prévenu le ministre de l'intérieur et le préfet de police, et invité les, membres du bureau de l'Athénée des arts et de la classe des beaux-arts de la même société, ainsi que différents autres artistes, il a, le 8 germinal an 12, à trois heures après midi, fait allumer le fourneau à réverbère, contenant quatre milliers de cuivre.
Le moule était placé à côté et enfoncé dans terre de toute la hauteur de la statue (un peu plus de deux mètres). Au dessus de la tête était pratiqué un bassin destiné à recevoir le métal en fusion, pour que le .jet pût s'en opérer sans introduction d'air.
En cinq heures d'un feu également soutenu , la matière reconnue, au moyen d'une ouverture ménagée dans le côté du fourneau, en état de fusion complète, fut reçue dans le bassin supérieur au moule.
Les deux quenouilles qui fermaient l'entrée des jets furent ouvertes ensemble par des bascules; et, en trois minutes, le bronze se ramifiant dans toutes les parties du moule, et remplissant l'intervalle laissé entre les creux et le noyau de la figure, rejaillit par les évents destinés à servir de passage au trop de matières, et indique par là la réussite de l'opération qui s'est trouvée consommée à huit heures dix minutes du soir.
Le 10 du même mois [9 avril], le moule a été retiré de la fosse, et ouvert. La statue, conservant encore un degré de chaleur considérable, a été dépouillée de tout le sable resté adhérent, et n'a offert aucun défaut de fonte.
Elle est actuellement entre les mains de M. Picard, ciseleur, qui déjà a terminé de la manière la plus distinguée, les quatre bas-reliefs sur lesquels M. Gois a représenté les événements les plus remarquables de la vie de Jeanne d'Arc, pour orner le piédestal de la statue. »

Comme l’année précédente, la fête célébrant la levée du siège d’Orléans eut lieu le 8 mai. A cette occasion, la statue, placée sur un piédestal de marbre blanc, fut inaugurée.

Dessin de Gois :
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Trois des quatre bas-reliefs :
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A ce sujet, on peut citer l’avis sévère donné par le général Thiébault dans ses Mémoires :
« Statue mesquine de proportions, absurde d’attitude, médiocre d’exécution, et qu’on dut reléguer dans un renfoncement de la place du Martroy, pour éviter qu’elle ne fut dévorée par l’espace si on l’avait placée au milieu. »

Ces critiques ne sont pas sans rappeler celles d’Etienne de Jouy (L’Hermite en province, 1818) :
« A mon arrivée à Orléans, je me hâtai d'aller visiter le monument que la reconnaissance publique a érigé à son souvenir. Quelle fut ma surprise de découvrir cette statue dans un coin presque inaperçu de la grande place. L'exécution en est aussi médiocre que la situation en est mal choisie. Le tonnerre l'a frappée en 1798 (sic) et les traces du feu céleste sont encore visibles sur le piédestal. Hélas ! me dis-je en m'acheminant vers la Grande-Rue-Royale, abandonnée par ses concitoyens ingrats, brûlée par les Anglais, chantée ironiquement par Voltaire, il ne lui restait plus qu'à subir la calomnie d'un sculpteur, au fond d'une place au centre de laquelle son image héroïque devrait s'élever comme un autel. »

Je ferme ici la parenthèse.
Cinq jours après l’inauguration, le 13 mai, Crignon-Desormeaux, un de ses adjoints, M. Dufresne, et quatre membres du conseil municipal se rendirent à Saint-Cloud, où ils furent reçus en audience par Bonaparte. A cette occasion, le maire d’Orléans tint ce discours :
« Général Premier Consul,
Vous avez permis que les habitants d’Orléans relevassent dans le sein de cette ville une statue à la gloire de Jeanne d'Arc : ils viennent de payer ce tribut à la reconnaissance, par l'inauguration solennelle de ce monument, et s'empressent de vous présenter la médaille destinée à perpétuer la mémoire de cette cérémonie. Dans cette médaille, l'artiste a dû peindre nos affections telles qu’elles sont ; il a dû confondre l’expression pour l’héroïne notre libératrice, et pour le héros qui a sauvé la France.
La situation de notre ma heureuse patrie, à l'époque où le génie protecteur de la France remit entre les mains de notre libératrice les destinées de cet Empire, ce qu’elle a fait pour le rétablir sur ses bases, le caractère de l'ennemi qu’elle eut à combattre, tout ne semble-t-il pas être une esquisse prophétique du tableau des merveilles dont nous sommes témoins ?
C’est vous, Général Consul, qui comme Jeanne d’Arc, avez relevé les rênes du gouvernement flottantes dans des mains faibles et incertaines; c’est vous qui, à force de succès, de gloire et de modération, avez rendu la paix à l’Europe, et à la France le premier rang parmi les nations ; c’est vous qui, comme Jeanne d’Arc, avez réduit le gouvernement, éternel ennemi de votre prospérité, à ne pouvoir plus se défendre que par des assassinats !... Le génie de la France a détourné les poignards dirigés contre vous : ajoutant à ce bienfait, il nous a inspiré ce que nous devions faire pour votre bonheur et celui de nos enfants, en vous offrant la magistrature suprême, héréditaire dans votre famille. Ainsi le crime et la lâcheté de nos ennemis n’auront servi qu’à cimenter et à perpétuer l’édifice de votre gloire et de notre prospérité ; et la violation des traités les plus solennels par ce gouvernement pervers, aura pour dernier résultat l'impuissance où vous le réduirez de troubler jamais, par de nouveaux attentats, la paix que vous lui aurez accordée.
Nous avons l'honneur de vous exprimer le vœu des habitants d’Orléans et le nôtre en particulier. Qu’il nous soit permis, Général Premier Consul, d’ajouter un seul mot en faveur de l'artiste estimable et modeste, le citoyen Gois fils, aux talents duquel nous devons la statue de Jeanne d’Arc. Notre estime pour lui durera autant que le chef-d’oeuvre qu’il vient de laisser au milieu de nous. Il met du prix à cette récompense; mais ce monument intéresse la nation entière, en rappelant l’époque glorieuse où elle fut arrachée au joug avilissant de ses ennemis : son chef suprême croira peut-être qu’il est digne de la reconnaissance nationale de récompenser par quelques-unes de ces distinctions honorables, dont il est le dispensateur, les succès du statuaire. L’honneur est l’élément des arts, et leur récompense la plus flatteuse. »


L’oeuvre de Gois resta en place jusqu’au Second Empire.
Le 24 avril 1855, afin d’opérer son remplacement par la statue équestre de Foyatier, on la transféra à l’entrée du pont Royal où elle fut installée trois jours plus tard sur un piédestal en pierre de Château-Landon :

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Pendant la deuxième guerre, afin d’éviter qu’elle soit fondue, des habitants prirent le soin de la cacher dans une cave. Elle en fut tirée à la Libération, mais ne rejoignit pas son emplacement d’origine pour cause de gêne à la circulation, et fut placée le 18 mai 1955 rue des Tourelles, sur un nouveau socle, celui de la statue de République vide depuis que l’occupant avait envoyé la statue en question à la fonderie.
Aujourd’hui :
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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 20 Déc 2015 9:46 
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J’ai mis plus haut en image trois des quatre bas reliefs du piédestal de la statue de Gois.
Voici les quatre tels qu’ils étaient représentés dans le tome 1er de l’ouvrage de Landon consacré au Salon de 1808 et paru la même année (« Salon de 1808, Recueil des pièces choisies parmi les ouvrages de peinture et de sculpture exposés au Louvre le 14 octobre 1808, et autres productions nouvelles et inédites de l’Ecole française ; gravées au trait avec l’explication des sujets, un Examen général du Salon, et des Notices biographiques sur quelques artistes morts depuis la dernier exposition ») :

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Tout comme la statue, ils ont échappé à la fonte durant la seconde guerre mondiale. Ils n’ont cependant pas été replacés sur l’actuel piédestal et se trouvent actuellement au Musée des beaux arts de la ville.

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Message Publié : 21 Déc 2015 11:18 
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Concernant l’œuvre de Gois, que ce soit la statue présentée au salon de l’an X ou celle d’’Orléans, j’ai rapporté plus haut les avis négatifs de Thiébault (Mémoires), d’Etienne de Jouy (L’Hermite en province) ou encore celui publié dans la Revue du Salon de l’an X.
Les critiques ne furent cependant pas toutes négatives. Ainsi, dans la Décade philosophique, littéraire et politique du 12 octobre 1802, Alphonse Leroy écrivait :
« Je viens de voir au Muséum d'exposition de cette année une statue représentant Jeanne d'Arc, faite par le C. Gois, fils.
[…]
[L’artiste] a représenté Jeanne d'Arc armée et cuirassée, montant sur les remparts d'Orléans qu'elle délivre. Elle vient d'arracher aux Anglais un drapeau qu'elle presse sur son sein. Sous ses pieds elle foule l'écusson anglais décoré des trois léopards. Sa tête qui est fort belle, exprime à la fois la colère, l'indignation , la fierté et cet heureux enthousiasme qu'inspire la victoire. A l'exemple de l'antique, le statuaire a évité les mouvements de la bouche, et a tout concentré dans les yeux, ce qui lui a fait exprimer ces passions avec grâce et noblesse. La position générale est élancée. On sent en la voyant qu'elle vient de faire un grand mouvement et qu'elle en va recommencer un autre. Ce mérite de position qui indique à la fois le repos et l'action, est une des beautés remarquables de cette statue. Toutes les formes en sont sévères et respirent la grâce et la force. Le col est mince, élancé et porte le caractère de la virginité. Le jour tourne autour de toutes les formes que l'artiste a conservées avec soin.
Un des avantages de cette statue, c'est que l'artiste a été fidèle aux traits de son héroïne. Il l'a été encore au costume du temps. Sa tête est couverte d'un chapeau semblable à celui qu'elle portait. Il est noble, élégant, et je ne doute pas que les Françaises qui mettent dans l'invention de leurs modes, tant de grâces, de goût et de fécondité, n'adoptent et ne conservent longtemps les formes de celui-ci.
Quant au costume, c'était une des plus grandes difficultés que l'artiste eût à vaincre. Comment intéresser pour une jeune fille que recouvre toute entière une lourde armure que cache encore un jupon à son tour ? Ces obstacles ont disparu devant ce statuaire, qui, par un art admirable, a rendu transparents le jupon et l’armure. En sorte que l'on devine l'armure sous le jupon et le nud sous l'armure.
Cette statue est ornée de trois bas-reliefs composés avec esprit. Ils embrassent les trois autres époques capitales de sa vie Celui qui est à droite, représente cette héroïne recevant son épée des mains de Charles VII. On la voit dans celui qui est sur la gauche tenir une épée nue sur la tête de ce roi qu'elle fait sacrer, et remplissant par là l'office de connétable, honneur qui, pour une femme, fut aussi extraordinaire que son enthousiasme et ses succès furent utiles. Le bas-relief qui est en devant, la représente montant sur son bûcher, et payant cruellement sa gloire et ses services. La haine des vaincus lui en fit des crimes. Après l'avoir fait prisonnière, ils la brûlèrent comme sorcière et sacrilège, en sorte que la religion servit de prétexte à cette honteuse vengeance, qu'il faut après tout attribuer à la barbarie de ces temps.
Cette héroïne à qui la France dut alors sa délivrance du joug des Anglais, n'avait encore aucun monument remarquable. Mais le C. Gois vient de lui en élever un qui, s'il est exécuté en marbre, honorera la nation, l'héroïne et le statuaire. »

De la même manière, on pouvait lire ces lignes dans le tome 3 des Annales du Musée et de l’Ecole moderne des beaux-arts, paru en 1802 :
« Le modèle en plâtre de la statue de Jeanne d'Arc, faisait partie de l'exposition de cette année; il a mérité de nouveaux éloges à M. Gois fils, déjà connu avantageusement par son groupe des Horaces. La figure a plus de six pieds de proportion, elle a cette attitude animée, qui doit caractériser l'héroïne française. L'artiste a parfaitement surmonté les difficultés que présentait le costume, et s'est cependant attaché à le rendre avec la plus exacte vérité. La plinthe est ornée de trois bas reliefs, représentant Jeanne d'Arc armée par Charles VII, le sacre de ce prince, et la mort de l'héroïne.
La Société Libre des Arts de Paris, et l'Athenée des Arts, ont cru devoir distinguer cette production, par un rapport sur le mérite d'exécution qu'elle présente, copie de ce rapport a été communiquée au Ministre de l'Intérieur. Le citoyen Maret, préfet du département du Loiret, et le citoyen Desormaux, maire d'Orléans, ont invité le corps municipal et les habitants de cette ville à arrêter l'exécution en bronze de ce monument, pour remplacer celui qui a été détruit dans la révolution. Il serait à désirer aussi que le gouvernement le fit exécuter en marbre, et que cette femme extraordinaire , dont la France s'enorgueillit, trouvât place, parmi les personnages célèbres, dont les statues ornent la salle de l'Institut et la galerie du Palais consulaire. »

On peut également cité cet article, cependant bien plus nuancé, paru dans le Journal général du département du Loiret, du 20 mai 1803 :
« Instruit par plusieurs journaux, du projet de réédification d'un monument à la gloire de Jeanne d'Arc, et des rapports avantageux qu'en ont faits le Ministre de l'intérieur et la commission du Musée central; connaissant d'ailleurs le mérite de l'artiste chargé de son exécution, le goût des beaux arts me conduit à Orléans. J'arrive, et le premier objet qui m'arrête est le superbe pont jeté sur la Loire, ouvrage immortel : je traverse une grande et belle rue, je me trouve sur la place, et le monument, terme de mes désirs, est devant moi. J'en examine d'abord l'ensemble et les proportions ; je m'approche ensuite pour en considérer les détails, et voici le résultat de mes réflexions. La place a été bien choisie ; elle est la seule qui lui convienne ; en cela je rends hommage au goût éclairé des administrateurs qui l'ont désignée : qu'il me soit cependant permis d'observer que cette figure, destinée à retracer d'une manière imposante aux yeux de la postérité, la valeur de cette célèbre héroïne, n'est point, en la considérant comme monument public, d'une proportion assez forte ; et que vu l'étendue de la place, elle se perd dans un vide immense.
Quant aux détails, j'y ai reconnu quelques légères imperfections, qui pourtant n'attaquent point le mérite essentiel de la figure. Je ne doute pas que l'artiste ne les ait lui-même aperçues, et qu'aidé d'ailleurs des avis d'un préfet, amateur éclairé des arts, il ne les fasse entièrement disparaître dans l'exécution en bronze. Orléans, ville opulente, pourra alors s'enorgueillir de posséder un monument qui honorera ses habitants et les corps constitués sous l’administration desquels il aura été érigé. Il fera, pour cette cité, une nouvelle source de biens à raison du grand nombre d'étrangers qu'une noble curiosité y attirera. Je termine mes observations en déclarant que je souscrirai pour une somme de 150 fr., si , en conservant l'endroit désigné pour son érection, ou grandissant ses proportions et rectifiant de légers défauts, on parvient à en faire un véritable monument public. »


Pour finir avec l’oeuvre de Gois, voici le programme de la fête du 8 mai 1804. L’inauguration de la statue de Jeanne d’Arc prévu la veille y est logiquement mise en avant :
« Le Maire d' Orléans, considérant que si la France entière doit admiration et reconnaissance à Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d' Orléans, pour sa valeur et son dévouement généreux, les Orléanais doivent l'honorer comme leur libératrice, et lui donner, à ce titre, un témoignage spécial de leur gratitude ; considérant que le 18 de ce mois [floréal] amène le retour de la fête à célébrer chaque année en l'honneur de cette illustre héroïne, et qu'à ce même jour la statue, dont le gouvernement a approuvé l'érection, sera achevée, et posée sur la principale place de cette commune ; considérant qu' à l'appel des autorités constituées d'Orléans un grand nombre d' habitants, non seulement de cette ville et du département du Loiret, mais encore de toutes les parties de la république, s'est empressé de réclamer l' honneur de concourir aux frais de ce monument érigé par la reconnaissance; considérant, enfin , que la célébration de cette fête religieuse et civile doit être concertée entre les autorités des divers ordres ;
Après en avoir conféré avec le Général commandant la subdivision du Loiret, pour ce qui concerne la partie militaire, et avec Monsieur l'Evêque d' Orléans, pour ce qui a rapport à la partie religieuse de cette cérémonie ;
Arrête : pour ce qui concerne le civil :
Art . Ier. La fête de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, fera célébrée en cette ville le 18 floréal présent mois, 8 mai 1804. Le Maire fera toutes les invitations aux corps laïques et ecclésiastiques, et ordonnera tous les détails de la fête.
Art. II. La veille de la fête, à midi précis, une musique guerrière se fera entendre pendant une heure sur la tour de la ville : la cloche du beffroi sonnera dans les intervalles du repos de la musique, et de quart d'heure en quart d'heure jusqu'au coucher du soleil. A six heures du soir, l'inauguration de la statue sera faite par le maire et ses adjoints.
Art. III. Le jour de la fête, au lever du soleil, la cloche du beffroi sonnera de quart d'heure en quart d'heure jusqu'à la rentrée de la procession.
Art. IV. A neuf heures, les corps et autorités constitués recevront des escortes d'honneur qui les accompagneront à l'église cathédrale, où ils devront être rendus à neuf heures et demie, et prendre les places qui leur seront destinées.
Art. V. A onze heures après les cérémonies de l'église, a procession le mettra en marche dans l'ordre qui suit :
en tête, un commissaire de police, un détachement de troupes à cheval avec trompettes, un détachement de la garde nationale. Sur deux lignes, les pauvres des deux sexes, de l'hôpital-général ; le clergé, dans l'ordre établi ci-dessous aux articles de la partie religieuse. Après le clergé, la musique de la garde nationale, la musique de la troupe de ligne. Au centre, le Préfet. A la droite le Général commandant ; à la gauche, le Président du tribunal d'appel. Suivront, l'état-major de la place et les employés des administrations militaires. Sur deux lignes, à droite du Préfet, le secrétaire général de la préfecture, les conseillers de préfecture, le Maire, les adjoints, et le secrétaire de la Mairie ; l'état-major de la garde - nationale.
Suivront, tous les membres des diverses autorités civiles, dans l'ordre de l'appel qui sera fait au moment du départ. A gauche du Préfet, tous les tribunaux, précédés de leurs huissiers, et suivis de leurs avoués ; les juges de paix et leurs greffiers ; les notaires. La marche sera terminée par un détachement de garde nationale et un autre de troupe à cheval. La garnison entière en haie des deux côtés du cortège, dont elle protégera la marche.
Art. VI. Le cortège sortira de la cathédrale parla porte septentrionale, suivra la rue de l'Evêché, la place de l'étape, la rue d'Escures ; le Martroi, la rue Egalité, le Pont, la rue St Marceau jusqu'à l'église.
Art. VII. Après la station, le cortège se remettra en marche en continuant la rue Saint-Marceau jusqu'à l'embranchement du Chemin-neuf, suivra ce chemin, le Pont, et la même route qu'en allant, et rentrera dans l'église de Sainte-Croix par la même porte latérale.
Art. VIII. En allant et au retour, au passage de la procession sur la place des Tourelles, au bout du Pont, du côté de Saint-Marceau, il sera fait une décharge de boîtes.
Art. IX. La procession rentrée à Sainte-Croix, et toutes les cérémonies de l'église terminées, chaque corps ou autorité constitué sera reconduit par l'escorte qui l'aura amené.
Art. X. Le soir, illumination générale de la ville. Il sera établi des jeux publics sur la place du Martroi, où un feu d'artifice sera tiré à la chute du jour.
Art. XI. Le lendemain de la fête, à dix heures du matin, il sera célébré dans l'église cathédrale un service solennel et en musique en commémoration des citoyens morts pendant le siège d'Orléans. Tous les corps constitués, civils et militaires, y assisteront comme au jour de la fête.

Pour ce qui concerne la partie religieuse :
Art. Ier. A dix heures, l'orateur, choisi par Monsieur l'Evêque, prononcera le panégyrique de Jeanne d'Arc, après lequel on célébrera l'office du jour.
Art. II. Les curés et desservants de la ville d'Orléans, et les chanoines de la cathédrale, prendront rang aussitôt après les pauvres de l'hôpital. Le célébrant occupera la place que lui assigneront les usages de l'église. Si Monsieur l'Evêque assiste à la procession sans officier, il occupera la place qu'il aura désignée parmi les ministres du culte. Le reste du cortège comme il est dit ci-dessus.



Eventail créé à l’occasion de l’inauguration du 7 mai 1804 :
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Message Publié : 22 Déc 2015 12:05 
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La fête eut pareillement lieu en 1805. Cette année-là fut cependant marquée par quelques querelles contées par Thiébault dans ses Mémoires :

« Le 8 mai 1805, on eut à célébrer la fête de la délivrance d'Orléans ; fête à laquelle jusque-là toutes les autorités avaient été invitées sous l'approbation de Jean-PhilibertMaret [préfet du Loiret] et devaient l'être cette fois sous l'approbation d'André-Jean Chabrol de Crousol [Président de la Cour d’appel d’Orléans] ; mais le préfet chercha à ne pas laisser au président le moyen d'user de sa nouvelle préséance, et il entraîna le maire, son ami, à déclarer la fête purement municipale et à n'y inviter que les habitants de la ville. De son côté et par une bonne riposte, M. Chabrol, considérant la fête avant tout comme religieuse, obtint de l'évêque qu'il invitât toutes les autorités à assister aux cérémonies qui devaient avoir la cathédrale pour théâtre. A peine l'invitation de l'évêque me fut-elle parvenue, que je reçus deM. Chabrol la demande de cinquante hommes pour escorter la Cour d'appel, du Palais de justice à la cathédrale ; mais en même temps m'arrivait l'avis presque officiel que le maire protestait contre l'invitation que l'évêque s'était permis de faire.
Tout cela se compliquait, sans avoir cependant rien d'embarrassant pour moi. Jeanne d'Arc, mon illustre payse, ayant peut-être sauvé la France en sauvant Orléans, eût mérité que la fête fût au moins autant militaire que religieuse. Les années précédentes, le gouvernement était intervenu par une décision déclarant la fête civile et religieuse, et chargeant les autorités de s'entendre entre elles pour la célébration. Cette année 1805, le gouvernement restait à l'écart, et je n'avais pas plus à tenir compte de la protestation officieuse du maire que de l'invitation faite par l'évêque et qui n'était pas davantage officielle. Je m'abstins donc de toute présence aux cérémonies ; mais, pour ne pas assumer la responsabilité d'une inconvenance, qui certainement eût été en désaccord avec les idées de haute représentation affichées par le gouvernement en toute circonstance, je ne voulus pas prendre sur moi de laisser la Cour d'appel défiler en corps et en grande robe à la merci de la foule, et, tout en écrivant une réponse administrative à M. Chabrol pour lui représenter que je ne devais pas d'escorte, je lui en accordai une de trente hommes au lieu de cinquante. Ma conduite fut approuvée par Murat, bien que je lui eusse fait grâce des motifs qui m'avaient fait agir. J'avais eu surtout pour but d'atténuer autant que possible la fausse position de M. Maret, très vaniteux sans doute, mais que j'avais appris à connaître et à juger comme un fort brave homme,tandis que M. Chabrol, malgré sa capacité, n'avait pas aussi bien gagné à être plus connu. Son orgueil s'était monté avec la situation prépondérante que le nouveau décret lui avait acquise, et il rendait cet orgueil d'autant moins acceptable qu'il l'imposait avec moins de sincérité et de franchise. »

A noter que la maire d’Orléans ne s’en tint pas là et protesta de l’attitude de l’évêque Bernier auprès de Portalis. L’Empereur trancha finalement en précisant qu’au regard du caractère civile de la fête, l’organisation de cette dernière appartenait au maire, sauf ce qui pourrait se passer à cette occasion à l’église, partie du ressort de l’évêque.

La fête de 1806 eut logiquement lieu et fut tout particulièrement marquée par le banquet offert à la mairie, aux frais de la ville. Les frais de traiteur s’élevèrent à 1 786 francs. A titre de comparaison, l’année suivante pour le banquet célébrant la Saint-Napoléon et la paix de Tilsit, la somme s’éleva à 940 francs.

A l'occasion de la fête de 1807, un grand bal fut offert dans la salle de spectacle.

Il en fut de même en 1808. Mais chose remarquable, on coupla cette année-là hommages à Jeanne d’Arc et à l’Empereur. En effet, la ville deux jours avant les célébrations avait reçu un portrait de Napoléon peint par Gérard et acheté au prix de 10 000 francs. L’inauguration eut lieu le 8 mai. En voici le procès-verbal dressé à l’occasion :
« Aujourd'hui, huit mai mil huit cent huit, à une heure après midi, à la suite de la procession qui a lieu chaque année, pour célébrer la fête de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc, les autorités judiciaires, administratives, religieuses et militaires, accompagnées de la garde d'honneur de Sa Majesté l'empereur et roi, se sont rendues à l'hôtel de la mairie; elles avaient été invitées à y venir prendre part, à la cérémonie de l'inauguration du portrait de Sa Majesté l'empereur, que le maire d'Orléans et le corps municipal ont été autorisés à placer dans l'une des salles de cet hôtel.
Admises dans la salle des audiences, et placées dans l'ordre des préséances que la loi attribue à chacune d'elles, on leva le voile qui couvrait l'auguste effigie : elle resta exposée aux regards impatients de l'assemblée, qui ne put contenir les acclamations de la joie et de l'enthousiasme.
Les témoignages d'allégresse ayant cessé, M. le préfet, M. l'évêque, M. le maire et M. le président de la chambre de commerce, ont, dans des discours aussi éloquents que remplis de respect et d'admiration, développé tous les sentiments de reconnaissance qu'inspire le grand homme, l'homme incomparable qui gouverne l'empire français.
Ces discours, successivement couverts d'applaudissements, ont été terminés aux cris mille fois répétés de vive l'Empereur ! vive Napoléon ! Divers morceaux de musique analogues à la circonstance, exécutés par les musiciens de la garde nationale, ont couronné cette cérémonie attendrissante.
La fête de la Pucelle d'Orléans, ainsi devenue doublement chère aux Orléanais, a été terminée par une réunion de tous les fonctionnaires publics à l'hôtel de la mairie : l'allégresse et le plaisir ont fait tous les frais de ce banquet. »

Quelques extraits de discours tenus ce jour-là :
« « Lorsque le retour de cette solennité, si chère à nos concitoyens, les réunit chaque année dans le temple sacré, ils y entrent pénétrés à la fois de la reconnaissance due au héros, restaurateur de tout ce qui est noble et grand , qui a rétabli parmi nous cette fête honorable, du juste sentiment d'orgueil que leur inspire la gloire dont se sont couverts leurs aïeux, à l'époque où vivait l'héroïne libératrice que nous célébrons aujourd'hui, et de la louable émulation de se dévouer, comme eux, à la défense et à la prospérité de la patrie; ce jour, consacré par la joie publique à jamais mémorable pour les Orléanais, sera toujours un précieux monument de leur fidélité au souverain, de leur courage contre les ennemis de l’Etat, et de leur admiration pour cette fille guerrière, que l'ordre des destins mit à la tête de ses défenseurs, pour délivrer la France de l'invasion et de la fureur des Anglais; ces souvenirs sont glorieux sans doute, et dignes d'exciter en nous une généreuse fierté; car les villes, comme les familles, ont leur patrimoine de vertu et d'honneur, et ne doivent pas être moins jalouses de le conserver intact et pur, et de l'immortaliser par leur gratitude.
[…]
Pleins du passé, du présent et de l'avenir, que les époques d'une gloire déjà antique, de notre félicité actuelle et de la brillante perspective qui s'ouvre devant nous, confondues dans notre imagination et dans l'âme de nos enfants, attestent aux générations les plus reculées, aux âges qui vont dater de la gloire de notre immortel souverain, tous les sentiments qu'il nous inspire. Que la religion les fortifie et les consacre, et que tous les ans nos compatriotes, nos successeurs, rassemblés comme nous dans cette enceinte, autour de l'auguste représentation du premier de leurs empereurs, prosternés aux pieds des autels, devant le Dieu qui y réside, puissent, avec une noble confiance , se dire, et jurer à leurs maîtres, qu'ils n'ont pas cessé un instant d'être, et les Orléanais du temps de la Pucelle, et ceux du siècle de Napoléon-le-Grand!
(Pieyre, préfet du Loiret)

« Combien, Messieurs, le nouveau témoignage de fidélité, de respect et d'amour que vous offrez à Napoléon , réuni aujourd'hui, à l'anniversaire de la mémorable délivrance de votre ville, délivrance opérée par un prodige d'héroïsme inouï jusqu'alors, s'embellit des souvenirs du passé, des merveilles du présent et des magnifiques espérances de l'avenir. »
(Rousseau, évêque d’Orléans)

« Dans l'effigie de l'héroïne à laquelle nous payons aujourd'hui le tribut anniversaire de notre reconnaissance, vous trouvez, indépendamment de la scène historique, la réunion, sous un seul point de vue, de tout ce qu'elle a fait pour son pays, pour son roi et pour vous, dont les aïeux se sont couverts de gloire en partageant ses succès.
Grâces immortelles vous soient donc rendues, auguste restaurateur de la gloire de notre patrie , qui avez daigné consentir que notre cité prolongeât, par la vue de cette image, le bonheur qu'elle a eu et qu'elle espère voir renouveler, de vous posséder dans son enceinte ! Ce monument précieux nous retracera les traits de votre personne sacrée, et plus vivement encore tout ce que nous vous devons d'amour et de reconnaissance.
(Crignon-Desormeaux, maire d’Orléans)

A noter que ledit portrait, placé sous l’Empire dans la salle dite des Abeilles de l’Hôtel de ville, fut décroché à la première restauration et finalement brûlé, au cours d’une grande cérémonie, place du Martroi, le 22 février 1816, à la demande du conseil municipal et suite à l’autorisation de Vaublanc, ministre de l’Intérieur.


Les fêtes du 8 mai se poursuivirent tout au long de l’Empire selon un cérémonial (musique la veille, cérémonie à la cathédrale, procession dans la ville et panégyrique le jour de la fête, service des morts le lendemain) qui ne semble pas avoir beaucoup changé (hormis le banquet supprimé en 1811 à la demande du préfet pour raisons budgétaires), comme en témoigne le programme rédigé par Crignon-Desormeaux pour les célébrations de 1810 :
« Le maire d’Orléans, vu la lettre de son excellence le Ministre de l'intérieur, en date du 5 mai 1806, concernant la célébration de l'Anniversaire de la Fête de la délivrance d’Orléans par Jeanne d' Arc, dite la Pucelle ; Après s'être concerté avec monsieur l'Evêque, quant aux cérémonies qui ont lieu a l’église, arrête :
Art. Ier. La Fête de la délivrance d'Orléans par Jeanned'Arc sera célébrée cette année le mardi 8 mai présent mois.
Art. II. Les Corps et Administrations civils et militaires seront invités par le Maire.
Art. III. La veille de la Fête, à midi précise ; une musique guerrière et les tambours de la garde-nationale, se feront entendre pendant une heure sur la tour de la ville ; la cloche du beffroi sonnera dans les intervalles du repos de la musique, et de quart d'heure en quart d'heure jusqu'au coucher du soleil.
Art. IV. Le jour de la Fête, au lever du soleil, la cloche du beffroi sonnera de quart d'heure en quart d'heure jusqu' à la rentrée de la procession.
Art. V. Les Corps administratifs et Fonctionnaires publics, se rendront à la cathédrale à 9 neuves du matin, accompagnés de leurs escortes, suivant leur rang de préséance.
Art. VI. A dix heures la procession se mettra en marche, sortira par la porte méridionale de la cathédrale, et suivra les rues de Semoi, de la Clouterie, des Petit-Souliers, le grand Marché, le marché à la Volaille, le port jusqu'au pont, la rue Royale, le Martroi ; station à l'église de St. Pierre, où l'orateur choisi par M. l’évêque, prononcera l' éloge de Jeanne d'Arc ; la rue d' Escures, la rue de l’Evêché, et rentrera à la cathédrale par la porte septentrionale.
Art. VII. Le lendemain, À onze heures, il y aura service des morts à la cathédrale, pour ceux qui ont péri au siége d'Orléans. »


L’année 1814 ne dérogea pas à la règle, mais cette fois-ci, sous d’autres couleurs :
« Orléanais,
Sa Majesté Louis XVIII, notre légitime souverain, vient de faire son entrée dans sa capitale. Son auguste présence efface à jamais le souvenir des maux que vingt-cinq ans d'anarchie et de despotisme avaient fait peser sur nous; nous ne voyons plus dans l'avenir que des jours de bonheur et de paix.
Avec un prince bon comme Henri IV, le père de son peuple, comme Louis XVI, une destinée plus heureuse nous est promise, et c'est avec l'accent de la conviction que nous pouvons dire : les arts vont renaître, le commerce prospérer, l'agriculture refleurir, et la religion nous donner toutes ses consolations.
Que d'actions de grâces n'avons-nous donc pas à rendre à l'Être suprême, qui a conduit à sa fin un si grand événement, depuis longtemps désiré de tous les Français, mais qui ne pouvait avoir lieu sans qu'il y apposât le sceau de sa toute-puissance !
En conséquence, il sera, dimanche prochain, dix heures du matin , avant la procession de la Pucelle, chanté dans l'église cathédrale un Te Deum solennel d'action de grâces, auquel toutes les autorités civiles et militaires assisteront.
Pendant la cérémonie il sera, par le bureau de bienfaisance, fait une quête pour le soulagement des pauvres. De concert entre toutes les autorités civiles et militaires, il a été arrêté que la réunion de tous les corps se ferait en l'hôtel de la mairie, à neuf heures et demie très précises du matin.
Le soir, les établissements publics seront illuminés, et les habitants sont invités à le faire pour la façade de leurs maisons.
Vive Louis XVIII ! Vivent les Bourbons ! »


La proclamation était signée de l’adjoint Colas de Lanoue. Cela ne l’empêcha pas l’année suivante de participer sous les couleurs de l’Aigle à la fête de la Pucelle…

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Napoléon ne passa par Orléans qu’une seule fois. Le préfet du Loiret fut prévenu de la visite impériale le 31 janvier 1807 et de suite, on s’attacha à la formation d’une garde d’honneur. Le 17 février suivant, les drapeaux étaient remis à cette troupe. A cette occasion, Jeanne d’Arc fut à nouveau évoquée :
« Allez, jeunesse chérie qu'accompagnent tous nos vœux, allez, au sortir de ces touchantes cérémonies, continuer, sous vos estimables chefs, ces exercices de la guerre, destinés à seconder la valeur par les lois de la discipline et de la tactique : votre zèle est le garant de vos succès. Qu'en approchant de notre auguste empereur, votre grâce belliqueuse lui montre en vous de dignes Français jaloux de défendre, au besoin , et l'Etat et vos foyers. Que votre seul aspect, en lui rappelant ces preux qui de ces mêmes murailles chassèrent, il y a quatre cents ans, les éternels ennemis et les impuissants rivaux de notre gloire, lui fasse connaître qu'il y trouvera toujours une pépinière de sujets fidèles et de courageux soldats. »
(Discours de Pieyre , préfet du Loiret)

« C'est ainsi que les monuments qui immortalisent dans nos murs la libératrice d'Orléans, retracent dans nos âmes enorgueillies la mémoire de nos braves aïeux, qui, sous la conduite de cette héroïne, concoururent, en brisant contre nos remparts l'orgueil d'Albion, au rétablissement de leur roi, rendirent la France à elle-même, et scellèrent de leur sang la liberté et la gloire de notre patrie. Comme ils sont vos modèles, vous le serez vous-mêmes de nos neveux. Comme vous, comme les chevaliers français qui vous ont devancés dans la carrière de l'honneur, ils mettront toute leur gloire à honorer la dame de leur pensée, à aimer la patrie, et à servir avec amour et dévouement les princes d'une dynastie dont leurs pères auront aimé le chef immortel autant qu'ils l'ont admiré. »
(Discours de Crignon-Desormeaux, maire d’Orléans)

Le 2 avril, l’Empereur quitta Sain-Cloud pour Bayonne. Il passa bien par Orléans mais son séjour ne résuma qu’à une poigné d’heures et il n’eut pas le loisir d’admirer la statue de Gois. Arrivé, le 2, à 19 h 30, Napoléon, après avoir couché à l’Evêché, quitta en effet la ville dès le lendemain à 5 h 00 du matin.



Pour finir avec Orléans, on peut préciser qu’en novembre 1811, la ville reçut ses nouvelles armoiries. S’inspirant des anciennes, on y ajouta les trois abeilles propres aux blasons des « bonnes villes », ainsi que l’image de Jeanne d’Arc.
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Finalement, à la Restauration, par lettres patentes du 4 novembre 1815, on revint aux armoiries d’Ancien Régime.

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Message Publié : 28 Déc 2015 9:36 
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Marc Bloch
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A ma connaissance, Napoléon ne s’est pas exprimé à Sainte-Hélène sur Jeanne d’Arc. Il y aurait pourtant eu quelque matière à réflexion.
D’autres, plus tard, le feront pour lui ; comme David de Thiais, en 1846, qui dans son poème « Jeanne d’Arc et Napoléon » fait dialoguer les deux personnages :

« Jeanne : Dans cette île lointaine
Qui porte un nom si doux, votre voix souveraine
Dictait encor des lois. D’hommages entouré,
On saluait en vous le génie inspiré!

Napoléon : Depuis quand Albion fut-elle généreuse ?
Sainte-Hélène pour moi fut l’île malheureuse.
Privé d’air et d’espace par des forbans jaloux,
J’y fus comblé de maux, abreuvé de dégoûts.
C’était la geôle impure et l’ardente fournaise
Où, subissant l’affront de la justice anglaise,
Coupable de génie et d’immortels travaux,
Je devais expier des attentats si beaux.
Sombre écueil tourmenté par la fureur des ondes,
L’échafaud colossal dominait les deux mondes;
Et chaque jour, dardant sur l’infernal rocher,
Le soleil dévorant allumait mon bûcher. »




Comme Béranger, en 1858, dans sa chanson intitulée « La leçon d’histoire » :
« Le grand captif à Sainte-Hélène,
Souffrant, promenait son ennui.
Un enfant, de fleurs la main pleine,
Pour le fêter court après lui.
Napoléon s'assied, l'embrasse:
-Viens, lui dit-il en soupirant;
Le mien sans doute a même grâce.
Viens sur mon cœur, fils de Bertrand.

Mon fils, que te fait-on apprendre?
[…]
Nomme à présent nos guerriers, nomme
Les plus fameux par leurs exploits.
-Bayard, Condé, Guesclin, Turenne, Sire; mais ce qui doit toucher,
C'est Jeanne Darc, lorsqu'on la traîne
Pour mourir au feu d'un bûcher.

-Ah! mon enfant, ce nom réveille
Le plus beau souvenir français.
De son sexe elle est la merveille
Dans les combats, dans son procès!
D'un ange éblouissant mirage,
Jeanne, échauffant tout de sa foi,
Fille du peuple, a fait l'ouvrage
Où succombaient nobles et roi.

Née aux champs, d'art et de science
Un rayon d'en haut lui tint lieu;
Oui, puisqu'elle a sauvé la France,
Sa mission venait de Dieu.
Faut-il une pure victime
Au salut des peuples souffrants,
Dieu, pour ce dévouement sublime,
Choisit une âme aux derniers rangs.

Honte et malheur à qui t'outrage,
Vierge, sœur des plus grands héros!
Que le ciel châtie en notre âge
Les Anglais, tes lâches bourreaux!
De leur orgueil ils vont descendre,
Et le Dieu dont la voix t'arma
Pour leurs fronts a gardé la cendre
Du bûcher qui te consuma.

Alors, oubliant qui l'écoute,
Il s'écrie : -Anglais inhumains,
Comme elle, ici, bientôt sans doute,
Je sortirai mort de vos mains.
Mais, pour braver vos sentinelles,
Pour fuir vos brutales clameurs,
Jeanne au bûcher trouva des ailes,
Et moi, depuis cinq ans je meurs! »




…ou encore les propagandistes de la collaboration :
Image



Affiche qui n’est pas sans rappeler cet article d’Emile Bocquillon paru dans Le Matin, le 2 septembre 1941 :

« Jeanne d’Arc, Napoléon, Philippe Pétain, héros de notre histoire.

L'histoire de France, écrite pour la jeunesse, n'a pas à s'encombrer de dates ni de faits, ni à tenter de pénétrer les impénétrables petites intrigues sur lesquelles pâlissent les érudits.
Mais elle doit laisser dans l'esprit de l'écolier une impression ineffaçable, un amour pour son pays et pour ses héros, qui constitue le ciment même de l'unité nationale.
Qu'est-ce que l'histoire de France, réduite à sa quintessence ? C'est l'effort d'un peuple, guidé et galvanisé par ses héros, qui veut vivre, c'est-à-dire arracher aux forces internes ou externes qui tentent de briser son unité.
A cinq siècles de distance Jeanne d'Arc brûlée vive c'est la vengeance de l'Angleterre contre celle qui .libérait son pays de l'odieuse domination anglaise.
Après cent ans de recul, la vie de Napoléon, ramenée à l'essentiel, c est encore - n'en déplaise aux petits historiens - la guerre défensive contre l'implacable hostilité de l'Angleterre qui ne pardonne pas à Bonaparte d'avoir tiré la France de l'abîme révolutionnaire, creusé, on le sait aujourd'hui, par les mains mêmes de la perfide Albion et de sa maçonnerie, et qui le force littéralement à conquérir l'Europe.
La haine l'emportait à Londres, comme elle l'emportait encore, selon la tradition, à peine l'armistice signé en 1918 !
Et voici, avec Pétain, le troisième terme de cette grandiose trilogie.
A côté des noms de Jeanne d'Arc et de Napoléon, le nom de Pétain ne sera pas moins prestigieux.
A sa manière, d'ailleurs.
Pour tous ceux qui sentent la simple et profonde philosophie de notre histoire, Pétain est le héros que la destinée, une fois encore, fait surgir, en mai 1940, au moment où tout est perdu et où, seul, un miracle peut tout sauver.
L'histoire enregistrera, émerveillée, la providentielle intervention de l'homme qui, dominant la tempête déchaînée, a su conjurer la catastrophe et éviter l'inévitable.
Ecoutez cette voix que nous apporte la radio ! Nous ne connaissions plus ces accents, intoxiqués que nous étions par la redondante et ronflante, et vide, éloquence politicienne, dont le mieux, a-t-on si bien dit, aurait été de lui tordre le cou.
C'est maintenant le bon sens français, détrôné depuis plus d'un siècle, qui reprend sa place, dans toute sa sérénité et toute sa grandeur.
La leçon est si forte et si pénétrante que les puissances du mal en écument de rage et d'impuissante fureur, orchestrées cette fois encore, par l'Angleterre, qui n’hésite pas à mettre sa main dans la main sanglante du bolchevisme, c'est-à-dire du plus épouvantable ennemi de la civilisation que le monde ait connu.
Que les Français recueillent et méditent les récentes paroles du Maréchal, véritable voix venue du ciel pour notre salut.
Et qu'ils contemplent l'œuvre grandiose qui s'élabore pour la reconstruction de la France effondrée.
Le miracle continue. Le Maréchal fait son devoir. A nous de le suivre. Nous ne pouvons rien sans lui mais lui ne peut rien sans nous. »



Pour revenir à l’histoire napoléonienne, un siècle plus tôt, les cendres de l’Empereur étaient amenées en grandes pompes à Paris. Sur les côtés de l’esplanade des Invalides, deux files de seize statues chacune tenaient lieu d’escorte d’honneur au convoi funéraire. Parmi celles-ci, était la statue de Jeanne d’Arc, sculptée par Debay et placée entre Louis XII et Charles V.
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Sur la deuxième gravure, la statue de Jeanne d’Arc doit correspondre à la dernière silhouette.


Victor Hugo, dans Choses vues, a conté la remontée de l’esplanade :
« Le char est maintenant très près. Il est précédé presque immédiatement de l'état-major de la Belle-Poule, commandé par M. le prince de Joinville à cheval. M. le prince de Joinville a le visage couvert de barbe, ce qui me paraît contraire aux règlements de la marine militaire. II porte pour la première fois le grand cordon de la Légion d'honneur. Jusqu'ici il ne figurait sur le livre de la Légion que comme simple chevalier.
Arrivé précisément en face de moi, je ne sais quel obstacle momentané se présente. Le char s'arrête. II fait une station de quelques minutes entre la statue de Jeanne d'Arc et la statue de Charles V. »

De manière un peu (beaucoup) « capillotractée », on peut également dire que la mémoire de la Pucelle flotte d’une certaine manière sur Sainte-Hélène : ainsi, trois navires de la Marine nationale du nom de Jeanne d’Arc firent escale à Sainte-Hélène. A ces occasions, les équipages visitèrent logiquement les Domaines français de l’île (rappelons ici que les 15 hectares de la « Vallée de la Tombe », ainsi que Longwood (suivis des Briars en 1959), avaient été vendus à Napoléon III en 1858). :
-Le croiseur cuirassier Jeanne d’Arc (2 novembre 1913)
-Le croiseur école Jeanne d’Arc (2-7 novembre 1935, 13-14 janvier 1958, 2-4 décembre 1963)
-Le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc (27-28 novembre 1967, 26-27 avril 1972, 22-23 avril 1974, 7-8 janvier 1984, 1er janvier 1987)
A quoi on pourrait ajouter les navires de la mission Jeanne d’Arc (le bâtiment de projection et de commandement Mistral et la frégate légère furtive La Fayette ) arrivés à Sainte-Hélène le 15 avril 2014.


A l’occasion des escales de 1935, 1958 et 1963, trois arbres furent plantés autour de la tombe de l’Empereur. Moins symbolique, mais indispensable, la mission de 1913 servit notamment à lutter contre les dévastations des thermites à Longwood…

Escale de 1913 :
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Escale de 1935 :
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Escale de 2014 :
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Message Publié : 15 Fév 2016 15:13 
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Si Napoléon a su tirer quelque avantage de la mémoire de Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans inspira également ses ennemis.
On peut citer à ce sujet l’œuvre de Friedrich Schiller : La Pucelle d’Orléans. Représentée pour la première fois le 11 septembre 1801 à Leipzig, la pièce connu un très grand succès.

En septembre 1809, la reine Louise de Prusse écrivait : « Dieu ! Si le temps de la Pucelle pouvait revenir ! et si l’ennemi, le méchant ennemi pouvait enfin succomber sous la même force grâce à laquelle les Français, la Pucelle en tête, chassèrent jadis du pays leur ennemi héréditaire ».

Dans les même temps, Staps, projetant d’assassiner Napoléon, écrivait cette lettre exaltée à ses parents :
« C’était au moment où je vis la lumière et qui me parut belle comme Dieu dans sa majesté. Des paroles semblables au coup de tonnerre me disaient : Pars et fais ce que je t’ai ordonné. Je serai ton guide et je t’appuierai de mon secours. Tu arriveras au but mais aussi tu sacrifieras ta vie et seras heureux avec moi. C’est alors que j’étendis les mains et que je prêtai effroyablement et sincèrement le serment de lui obéir jusqu’à la mort, et de ne pas jouir dans ce monde d’une heure de repos et de mériter la damnation éternelle si je devenais parjure.
[…]
J’ai prié Dieu mille fois et je lui ai dit : Père Céleste, faut-il, faut-il que je parte ? Comment le ferai-je ? Sa voix foudroyante me dit : Je te mènerai et conduirai. Que te faut-il davantage ? Sois intrépide et marche ! »

Arrêté le 12 octobre, Staps fut traduit devant une commission militaire. Questionné sur ce qu’il admirait le plus, il répondit par ces mots :
« Jeanne d’Arc parce qu’avec l’aide de Dieu, elle a chassé l’ennemi hors de son pays. »

Condamné à mort le 15 octobre, Staps fut exécuté le lendemain.

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