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Message Publié : 08 Jan 2009 0:02 
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Georges Duby
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Pour les monuments construits à l'initiative de Louis XV, outre les bâtiments et la place de la Concorde, L'Ecole Militaire, L'église Sainte Geneviève, Panthéon actuel, dont il est l'ordonnateur ( un voeu pour sa guérison), il y a aussi l'hôtel de la Monnaie sur le quai Conti, l'école de chirurgie (ancienne fac de médecine), la cathédrale de Versailles, le petit Trianon, les châteaux de Bellevue, la Muette, Choisy le Roi. Il discutait et modifiait les plans, inquiet de ne pas trop dépenser, attachait une grand importance à la décoration intérieure et par la commande publique il a contribué à l'essor de la peinture et de la sculpture, du mobilier de style, des arts décoratifs. Louis XV qualifié par un de ses biographes de "roi artiste", est à l'origine du fameux "luxe français" dont nous vivons encore aujourd'hui.

_________________
Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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Message Publié : 08 Jan 2009 18:25 
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Jean Mabillon
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Le "luxe français" commence lors de la Renaissance, nourri par l'Italie. La France en est redevable à des personnes comme François Ier ou Catherine de Médicis, deux siècles avant le Quinzième!
C'est de cette époque que datent les véritables débuts de la grande gastronomie française, l'habillement élégantissime (les cours de François Ier ou d'Henri II sont considérées comme l'un des sommets du raffinement vestimentaire)... Viendront les parfums et les jardins au Grand Siècle.

Donc parler de la naissance du "luxe français" sous Louis XV... 8-| :rool: :-s :-$


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Message Publié : 15 Août 2009 7:45 
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Le portrait de Louis XV par Simone Bertière dans Le Figaro magazine de la semaine:

Citer :
Louis XV - Le roi prisonnier de sa réputation

Il entreprit de grandes réformes qui auraient pu sauver la monarchie, notamment l'égalité devant l'impôt. Mais il ne put ou ne sut les faire aboutir. La postérité en a fait un homme à femmes, alors que ce chrétien scrupuleux vivait mal ses infidélités. Paradoxe de Louis XV: alors que le bilan de son règne est positif, il n'aimait guère son métier de roi.

Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage», affirmait Louis XIV. Louis XV, lui, n'aime pas ce métier et ne se sent pas la force de remplir ses obligations. Beau, bien portant, intelligent, il serait peut-être devenu le « grand roi » qu'escomptait son arrière-grand-père mourant s'il y avait été préparé. Mais on mit la barre trop haut et les circonstances ne s'y prêtèrent pas. Vers le milieu du règne, les Français lui dénièrent son surnom initial de Bien-Aimé. Puis il devint pour l'historiographie républicaine l'incarnation des vices de l'Ancien Régime, un monarque libidineux et veule, asservi aux caprices de favorites cupides. En réalité, il était écartelé de contradictions, rongé de scrupules, sujet à des crises dépressives : un homme très respectable, qui valait mieux que sa réputation.

Quand il accède au trône en 1715, à cinq ans et demi, il est l'unique rescapé de l'hécatombe qui vient d'anéantir la descendance française de Louis XIV. Certes, ce petit roi orphelin n'est pas privé d'affection, grâce à la bonne Mme de Ventadour, qui l'a arraché aux griffes des médecins. Mais c'est un enfant triste. Astreint à présider des lits de justice et à se plier au rituel de cour, il en conçoit du dégoût. Dès six ans, il confie à sa chère Mamanga son soulagement quand il peut cesser de « faire le roi » - un rôle de théâtre, dont il a hâte de se dépouiller. Loin de lui ouvrir un espace nouveau, son passage « aux hommes », à sept ans, le met aux mains de deux vieillards nostalgiques. Son gouverneur, Villeroy, le somme d'imiter Louis XIV ; son précepteur, Fleury, lui propose comme modèle Saint Louis. Le formalisme stupide de Villeroy le détourne à jamais de l'étiquette. Mais l'emprise de Fleury, un grand-père de substitution, le marque durablement : il restera sincèrement croyant, en dépit de toutes ses entorses au sixième commandement.

Tous deux soupçonnent des plus noirs desseins le Régent, à qui incombe l'éducation politique du jeune roi et ils contrecarrent ses efforts. A tort. Bien que franc libertin en matière de mœurs et de religion, Philippe d'Orléans était un homme droit. Mais il mourut trop tôt et sa disparition livra son pupille à l'influence exclusive de Fleury. Celui-ci, sans titre officiel, gouverna la France à sa place jusqu'à sa mort en 1743, en oubliant de l'intéresser à la gestion des affaires.

Enfant, Louis avait pris l'habitude de répéter docilement sa leçon pour en être quitte au plus vite. Bientôt, il mesure les limites de son prétendu pouvoir. On décide à sa place. On le marie sans lui demander son avis. Il découvre que Versailles, figé dans le rituel instauré par son bisaïeul, est une prison où il n'est maître ni de son temps ni de ses mouvements. Cependant, il répugne aux changements : «Je n'aime pas défaire ce que mes pères ont fait.» Disons plutôt qu'il n'ose pas. Il étouffe, mais il lui manque, pour desserrer l'étreinte, l'énergie et la confiance en soi. Il se tait, se replie sur lui-même, se réfugie dans les livres, scientifiques de préférence. Son désir de liberté ne trouve d'exutoire que dans la chasse - qui est comme une drogue dont il ne se déprendra jamais.

L'autre source de déchirement est pour lui la morale sexuelle. Le XVIIIe siècle passe pour aimable, frivole et libertin. Mais ce vernis cache des tensions violentes. L'Eglise, confrontée à la montée de l'incroyance et minée de l'intérieur par d'âpres querelles, a durci ses exigences en matière de morale. Elle condamne d'autant plus la liberté de mœurs qu'une frange de la société s'y adonne de façon provocante. Louis XV est pris au piège entre un tempérament exigeant, qu'il est incapable de dominer, et un sens aigu du péché ancré en lui par son éducation. Et son comportement a, hélas, des implications politiques.

On l'a marié à quinze ans, pour le soustraire aux tentations que laissait présager une puberté précoce. Ses assiduités auprès de Marie Leszczynska lui valent d'être, à vingt-sept ans, le père de dix enfants, dont huit survivent (un garçon et sept filles) et l'époux d'une femme de trente-quatre, abîmée par les maternités. Rude fardeau pour un homme en pleine force, le plus beau du royaume, dit-on. Dès avant les dernières naissances, il a donné au contrat conjugal un coup de canif discret, sur lequel Fleury a fermé sagement les yeux. Mais quand l'aînée des sœurs Nesle cède la place à une, puis à une autre de ses cadettes, la question se pose de la pratique religieuse du roi.

L'usage exigeait qu'après avoir communié, lors des grandes fêtes, le roi thaumaturge touche les scrofuleux qui en espèrent guérison. A Pâques 1739, en dépit des accommodements proposés, Louis XV refuse tout net confession, communion et cérémonie rituelle. «Il a mieux aimé s'abstenir des sacrements que les profaner», dira le cardinal de Bernis. Il ne touchera jamais plus les écrouelles et ne communiera qu'en péril de mort. En revanche, il affiche certaines de ses maîtresses. Auprès d'un peuple resté largement croyant, l'effet politique est désastreux. A quoi il faut ajouter que ce refus de tricher, qui est tout à son honneur, le condamne à vivre en état de péché permanent, avec d'autant plus mauvaise conscience que la mort brutale de deux des sœurs Nesle semble en être le salaire. Il en souffre, et il est probable que les doutes sur ses capacités, la crainte de ne pas être à la hauteur de sa tâche, la répugnance à prendre des décisions et à les imposer, se nourrissent de cette plaie secrète.

Il est désastreux que l'entourage se soit chargé de la raviver. Marie Leszczynska aurait fini par se résigner à la séparation si elle n'avait craint pour le salut de son époux. Elle était guidée par des prélats rigoristes, à l'affût du moment propice pour ramener à Dieu l'âme du pécheur. Lorsqu'en 1744 il tomba malade à Metz et se crut à l'article de la mort, ils lui imposèrent une confession publique. Il guérit et ne leur pardonna pas cette humiliation. Il avait d'excellentes raisons de les sanctionner : par-delà sa vie privée était en jeu la place de l'Eglise dans le royaume, et plus précisément celle de la branche ultramontaine. Leur intervention l'ancra donc dans sa détermination à conserver ses maîtresses. Marie Leszczynska ne comprit pas et continua à guetter les occasions. L'attentat de Damiens amena un « second tome » de l'épisode de Metz, dont Mme de Pompadour sortit victorieuse et inamovible : la renvoyer eût été pour le roi une défaite politique. Mais sa vie privée en fut empoisonnée. Jamais l'Eglise ne consentit à admettre la présence de la marquise à ses côtés, même quand il fut de notoriété publique qu'entre eux l'amour avait cédé la place à l'amitié. Ses enfants, devenus grands, se montrèrent impitoyables. Le roi leur était très attaché. Leur réprobation lui causa un profond chagrin.

C'est ici le lieu d'aborder un des griefs les plus ressassés contre lui. Le nom du Parc-aux-Cerfs évoque un satrape lubrique pourchassant une troupe de biches effarouchées. C'était simplement une petite maison située dans un quartier loti sur un ancien parc animalier. Louis XV tenait à Mme de Pompadour. Incapable de se passer de femmes, il repoussa les dames de la cour, qui auraient tenu à écarter la favorite. Il eut recours aux « petites maîtresses », des jeunes filles de milieu modeste, d'accord sur les conditions. Traitées avec égard, elles logeaient dans la maison en question, d'où un valet de chambre les amenait discrètement au château. Le roi n'en avait qu'une à la fois. Si elles se retrouvaient enceintes, il les congédiait, les dotait et assurait l'avenir de leur enfant. Mais il ne reconnut aucun d'eux. A la différence de Louis XIV, il lui déplaisait d'en avoir, et il respectait trop ses enfants légitimes pour les contraindre à cohabiter avec des bâtards.

Louis XV était scrupuleux. De là provient un bon nombre de ses erreurs politiques. Il eût fallu, face au cynisme de Frédéric II, un interlocuteur réaliste. Son attitude chevaleresque dans les négociations d'Aix-la-Chapelle lui valut un tollé : il avait voulu «faire la paix non en marchand mais en roi», la France n'y gagnait rien, elle avait travaillé pour le roi de Prusse ! Plus tard, en refusant de violer ses engagements à l'égard de celui-ci, Louis XV perdit le bénéfice des offres premières de l'impératrice Marie-Thérèse, et lorsqu'il conclut avec elle le renversement des alliances, il prit des engagements imprudents qui, au traité de Paris, nous coûtèrent nos colonies.

En politique intérieure, les contraintes qui ont pesé sur lui l'ont rendu défiant et secret. Il a le tort, après la mort de Fleury, de vouloir se passer de « Premier ministre ». Il ne sait pas déléguer. Certes, il a l'esprit vif, clair, juste. Ses réformes administratives sont remarquables. Mais, dès qu'il se heurte à une opposition, il recule et désavoue ses meilleurs ministres. Le lâchage le plus grave est celui de Machault d'Arnouville, en 1751, lors de la tentative pour instaurer un impôt sur tous les revenus - y compris ceux du clergé.

Il lui manque la volonté, l'autorité naturelle et l'exacte perception du possible, le sens politique. De sorte qu'il se voit imposer des décisions qu'il réprouve, comme le renvoi des Jésuites. Est-ce un hasard s'il se montre incapable de mettre un frein aux querelles politico-religieuses issues de la bulle Unigenitus ? Le fait qu'il n'ait pas la conscience en paix mine sa foi en lui-même et ses volte-face donnent des armes à ses adversaires. Ce n'est pas avec des coups d'éclat tardifs, comme la séance dite de « la flagellation » infligée au Parlement ou l'installation au ministère d'un triumvirat de choc, qu'il renversera la vapeur. Le moment opportun est passé. A quoi sert d'invoquer la doctrine du droit divin si l'opinion éclairée n'y croit plus ? La monarchie est désacralisée, et il ne peut ignorer que c'est en partie de sa faute.

Il n'aimait pas son métier. Il rêvait de se soustraire aux servitudes de la représentation instaurées par Louis XIV. Il a créé dans sa vie des cloisons étanches. Tout en se pliant une partie du temps aux obligations de rigueur, il menait en parallèle une vie privée à l'abri des regards. A Versailles, dans les entrailles du château truffées de petits appartements confortables ornés avec goût, il recevait hors de toute étiquette une société choisie. On pouvait l'y voir servir lui-même le café à ses hôtes. Il s'y montrait gai, libre, sans rien sacrifier de sa grandeur. Lui, d'ordinaire taciturne, parlait avec aisance et savait se divertir. Echappant à l'ennui, à l'angoisse, il était heureux.

De temps en temps, il s'évadait, préférant aux résidences royales des châteaux plus intimes, que Mme de Pompadour meublait et décorait pour lui. Il pouvait y mener, l'espace de quelques jours, la vie d'un simple particulier. La favorite eut-elle tort d'encourager chez lui un vagabondage nuisible à la gestion des affaires ? Il n'est pas certain qu'il les aurait mieux gérées privé de cette soupape. Mais il est sûr, en revanche, que cette façon de s'isoler fut désastreuse pour son image. Les courtisans exclus de sa société alimentèrent les « nouvelles à la main » (gazettes manuscrites) qu'on se passait sous le manteau à Paris, et le peuple en conclut que les petits appartements ne pouvaient abriter que des orgies...

Sur le tard, le roi retrouva un peu d'équilibre grâce à Mme Du Barry. Il s'émerveillait de découvrir dans ses bras des voluptés inconnues. Mais surtout, il cessait de se sentir en faute : il était veuf, elle était libérée de son époux de paille, ils ne trompaient personne et les dévots avaient mis une sourdine aux leçons de morale. Comment le roi conciliait-il les nuits passées auprès d'elle avec les visites qu'il rendait à sa fille Louise, au carmel ? Ce n'est qu'en face de la mort, enfin réconcilié avec lui-même, qu'il rencontra la paix si longtemps cherchée : «Je ne me suis jamais trouvé mieux ni plus tranquille.»

En tant que souverain, il laissait un bilan largement positif. Ses sujets ne lui en surent aucun gré. Il s'était coupé d'eux. Incapable de comprendre les aspirations d'une société en pleine mutation, il léguait à son jeune successeur, qu'il n'avait pas pris la peine de former, une tâche quasi insurmontable.

Source: http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine ... ation-.php

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"Il est plus beau d'éclairer que de briller" (Thomas d'Aquin).


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Message Publié : 15 Août 2009 12:00 
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Jean Froissart
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Tout est dit dans cet article. Simone Bertière reprend, en plus détaillé, et avec la personnalité du roi, ce qu'on peut lire du Louis XV de Michel Antoine :

" Louis XV ? Un méconnu énigmatique, difficile à cerner en raison de son caractère anxieux, timide et secret. Malgré la prospérité du pays, son long règne (1715-1774) fut une tragédie feutrée. Dans son dessein de créer un Etat moderne, Louis XV a été entravé par des contraintes séculaires et, surtout, s'est heurté à l'obstruction de la magistrature visant à imposer le gouvernement des juges. Sa mort inopinée empêcha son oeuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution."
" Couronnant plus de quarante années de recherche érudite, voici une synthèse neuve et passionnante de la vie de ce roi, sous-tendue par une réflexion constante sur l'Etat."

Si Simone Bertière écrit une nouvelle biographie de Louis XV après celle de Michel Antoine, je suis preneur !

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"L'Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir" (message de l'amiral Nelson à Trafalgar)


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Message Publié : 16 Août 2009 3:01 
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J'ai effectivement lu cet article et l'ai trouvé, je dois dire, assez sidérant. Simone Bertière montre tout au long de son article un grand nombre d'aspects négatifs du règne pour conclure par un "il laisse un bilan largement positif"! :rool: :?: :arrow: Je n'ai pas trop compris où elle voulait en venir...
Est-ce que le rédacteur du Figaro a remplacé "négatif" par "positif" ou vice-et-versa? En tout cas, cela laisse le lecteur dans la plus grande perplexité.


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Message Publié : 16 Août 2009 3:04 
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Jean Mabillon
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Marc Mailly a écrit :
Michel Antoine: "Sa mort inopinée empêcha son oeuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution."
L'hagiographie a de ces formules... Parler de "mort inopinée" alors que l'on évoque le second règne le plus long de l'histoire de France a quelque chose de truculent. Effectivement, ce n'est que trois ans avant sa mort, et plusieurs décennies après être monté sur le trône, que Louis XV s'est soudain souvenu qu'il était roi... lol


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Message Publié : 16 Août 2009 8:43 
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Enki-Ea a écrit :
Marc Mailly a écrit :
Michel Antoine: "Sa mort inopinée empêcha son oeuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution."
L'hagiographie a de ces formules... Parler de "mort inopinée" alors que l'on évoque le second règne le plus long de l'histoire de France a quelque chose de truculent. Effectivement, ce n'est que trois ans avant sa mort, et plusieurs décennies après être monté sur le trône, que Louis XV s'est soudain souvenu qu'il était roi... lol


Vous savez parfaitement ce que veut dire cet auteur. Louis XV travaille a changer la société de l'époque. Il le fait à sa manière, il accompagne une évolution lente et ne cherche pas à faire la révolution. Il semble presque atteindre son objectif, et là, il décède. Et ainsi, une bonne part de son travail part en fumée. Le temps que son successeur se rende compte qu'il faut évoluer. Le temps que ce successeur commence à agir sur les mêmes leviers. Mais parce que 15-20 ans ont été perdus, il devra agir de manière plus intrusive par rapport aux divers groupes de pressions. Ce temps perdu ne permettra pas à son successeur de sauver son trône et sa tête. On peut effectivement se poser la question, la Révolution aurait-elle eu lieu si Louis XV avait pu aller au bout de sa démarche ? Mais aussi, si Louis XV avait cherché a imposer cette démarche avec plus d'énergie et en un temps plus court ?

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
Appelez-moi Charlie


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Message Publié : 16 Août 2009 12:39 
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Jean Mabillon
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Narduccio a écrit :
Vous savez parfaitement ce que veut dire cet auteur. Louis XV travaille a changer la société de l'époque. Il le fait à sa manière, il accompagne une évolution lente et ne cherche pas à faire la révolution. Il semble presque atteindre son objectif, et là, il décède. Et ainsi, une bonne part de son travail part en fumée. Le temps que son successeur se rende compte qu'il faut évoluer. Le temps que ce successeur commence à agir sur les mêmes leviers. Mais parce que 15-20 ans ont été perdus, il devra agir de manière plus intrusive par rapport aux divers groupes de pressions. Ce temps perdu ne permettra pas à son successeur de sauver son trône et sa tête. On peut effectivement se poser la question, la Révolution aurait-elle eu lieu si Louis XV avait pu aller au bout de sa démarche ? Mais aussi, si Louis XV avait cherché a imposer cette démarche avec plus d'énergie et en un temps plus court ?
Non, je ne sais pas "parfaitement" ce que veut dire cet auteur.
Louis XV est sacré en 1722 et déclaré majeur l'année suivante. Entre 1723 et 1771, cela fait 48 années durant lesquelles il aurait eu le temps de mettre en place ces réformes. Mettons quelques années de moins si l'on prend en compte sa jeunesse. Et même si l'on va à l'extrême et que l'on attend la mort du Cardinal de Fleury en 1743, il lui reste 28 longues années durant lesquelles il n'a rien fait sur ce plan-là. Donc oui, parler d'une "mort inopinée qui a empêché son œuvre de régénération de la monarchie" me semble plus que tiré par les cheveux. L'auteur laisse entendre que Louis XV était plein de bonnes intentions dès le départ mais qu'il a été fauché par la mort avant de pouvoir mettre en place son grand dessein.

Son réveil de 1771 n'est pas le fruit d'une longue évolution comme vous le dites. C'est, dans le comportement de Louis XV, une révolution, un sursaut qui en a étonné plus d'un. Il aurait pu avoir ce sursaut quelques décennies auparavant, qu'il en aurait sauvé la monarchie...


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Message Publié : 16 Août 2009 18:01 
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D'abord, il y a un malentendu sur la source de cette phrase:
"Sa mort inopinée empêcha son oeuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution."
Elle n'est pas de Michel Antoine, mais c'est "le mot de l'éditeur" de son livre.

Par contre, on peut lire en quatrième de couverture (mais qui rédige les quatrièmes de couverture ?) quelque chose approchant votre pensée:
"... Ainsi s'explique que les réformes, les actes d'autorité aient mis si longtemps à venir -trop tard- et que la défaveur du roi auprès des Français ait perduré presque jusqu'à nos jours".

Et M. Antoine lui-même dans son livre (qui est très loin d'une "hagiographie", il faut le lire) p. 928:
"Il est à regretter que faute d'avoir su désigner plus tôt un chancelier énergique et clairvoyant, il ait attendu si longtemps pour procéder à ce "coup de majesté" indispensable pour libérer l'Etat des entreprises paralysantes de la magistrature".
Mais en aucun cas, et très logiquement, il ne se réfère pour la date la plus précoce de cette reprise en main au début de son règne, ou même à 1743, et pour cause...

Citer :
Entre 1723 et 1771, cela fait 48 années durant lesquelles il aurait eu le temps de mettre en place ces réformes.[...]Et même si l'on va à l'extrême et que l'on attend la mort du Cardinal de Fleury en 1743, il lui reste 28 longues années durant lesquelles il n'a rien fait sur ce plan-là.

...on fait des réformes pour répondre à une situation donnée; et on peut surtout se demander quelles réformes étaient à faire (prenons l'exemple du conflit parlementaire), au moins avant les années 1750 et la disparition de d'Aguesseau.
- Le jansénisme parlementaire est certes source d'agitation endémique, mais il est contenu (traditionnels lits de justice si nécessaire), et il se calme après l'expulsion des jésuites en 1764.
- Les prétentions au "gouvernement des juges" des parlements, un temps réveillées sous la Régence, ne s'affirment vraiment politiquement que dans les années 1750, sous l'influence de multiples écrits, en particulier De l'esprit des lois de Montesquieu (1748), et surtout Les lettres historiques sur les fonctions essentielles du parlement, sur le droit des pairs et sur les lois fondamentales du royaume de l'avocat Le Paige (1753). Même chronologie pour les premiers troubles graves provoqués par la chute du prix des offices et la suppression de nombre d'entre eux: Paris en 1756 et 1762, Besançon en 1759, Rennes en 1765.

Et puis chez vous comme dans le "mot de l'éditeur" ou la quatrième de couverture cités plus haut, attention au raisonnement téléologique ("Il aurait pu avoir ce sursaut quelques décennies auparavant, qu'il en aurait sauvé la monarchie"): Louis XV ne gouvernait pas pour sauver la monarchie d'une révolution qui allait tout emporter, et que tous étaient avec lui à mille lieues d'imaginer, il s'inscrivait dans un temps et une tradition millénaires dont il était l'héritier et qu'il devait transmettre le plus intacte possible ("Je dois transmettre à mon successeur mon Etat avec la même constitution qu'il avait lorsque je l'ai reçu" disait Louis XV); ne pas oublier que, contre la Tradition avec un grand T, le concept même de "réforme" était à cette époque considéré comme dangereux, y compris par les parlementaires dont les revendications consistaient en fait à "retrouver un passé mythique. Ils nourrissaient une tendre prévention pour les temps où ils imaginaient leurs prédécesseurs agissant en pères de la patrie et prenant en main le timon de l'Etat". (M. Antoine, dans le texte encore lol , Louis XV, Fayard, p. 570). Pour autant, la monarchie n'est pas restée inactive, il s'est agi avant de se résoudre au coup de force de 1771 d'une guerre d'usure.

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Message Publié : 16 Août 2009 18:33 
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Jean Froissart
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Juste une petite précision pour mon exemplaire du Louis XV de Michel Antoine : j'ai le texte des éditions Pluriel, trouvé ici, au château de Fontainebleau, et non celui de Fayard. J'espère que le texte de Michel Antoine est identique pour l'intérieur du livre... Sinon, je n'ai plus qu'à en racheter un exemplaire, chez Fayard cette fois-ci...

Les éditions Pluriel m'on plu pour la petite taille du livre, qui s'adapte à ma petite bibliothèque bellifontaine...

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Message Publié : 16 Août 2009 19:27 
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Le Fayard est un énorme pavé de 1049 pages, cette phrase que l'on donne comme "mot d'éditeur" est peut-être aussi dans l'ouvrage et m'a peut-être échappé. A quelle page, ou plutôt à quel chapitre et sous-chapitre (la pagination étant sûrement différente) du livre l'avez-vous lue ?

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Message Publié : 16 Août 2009 21:35 
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Plantin-Moretus a écrit :
"Sa mort inopinée empêcha son oeuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution."


Cette phrase, je l'ai trouvée sur la couverture au dos de l'édition Pluriel. J'ai supposé, naïvement, que les éditions Pluriel reprenaient exactement le même texte de présentation que les éditions Fayard. Effectivement, non, voici la page internet des éditions Fayard, avec le texte du Louis XV de Michel Antoine : http://www.editions-fayard.fr/Site/CtlP ... teArticles

Je dois battre ma coulpe...

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Message Publié : 17 Août 2009 8:56 
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Jean Mabillon
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Bonjour Plantin!

Au temps pour moi si la phrase n'est pas d'Antoine. Effectivement, d'après les citations que vous donnez, il semble dire le contraire, ce sur quoi je suis entièrement d'accord. :P

Je n'ai effectivement pas lu le Michel Antoine (juste quelques petits extraits). J'avais entendu dire qu'il était très favorable au sujet de sa biographie donc j'en ai déduit, au vu de la phrase sur la mort inopinée, que c'était une de ces phrases hagiographiques que l'on rencontre parfois. Mes excuses à cet historien. :wink:

Vous avez tout à fait raison quant à la nature téléologique de mon argument mais c'était seulement une réponse à cette même petite phrase. Un contre-argument téléologique à un commentaire téléologique si vous voulez... :mrgreen:


Par contre, je ne suis pas trop d'accord avec vous lorsque vous dites que le réveil de 1771 n'avait pas lieu d'être auparavant. La crise jansénisto-parlementaire a quand même pourri la majorité du siècle (surtout à partir, grosso-modo, des années 40-50) et bloqué toute tentative de réforme. Le réveil du roi en 1771 va à l'encontre de son indolence durant plus de deux décennies. D'ailleurs, un Voltaire y verra d'une certaine façon le despotisme éclairé qu'il appelait de ses vœux et se ralliera à Louis XV.


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Message Publié : 17 Août 2009 20:16 
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Georges Duby
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Voltaire admirait Frédéric II et Catherine II, deux despotes éclairés, deux tyrans en fait. Catherine offrait des serfs par milliers comme cadeau de satisfaction. Curieux avec le recul! Il faut dire aussi que Voltaire avait eu à souffrir du Parlement de Paris. Il ne pardonnait aucune atteinte à son égo qui était énorme!
Si Louis XV avait été un despote, il aurait été aimé dit un auteur. Les peuples n'aiment pas les faibles et l'histoire non plus. Ce roi n'est en effet pas crédité visiblement d'un règne assez heureux marqué par un grand progrès, un grand prestige du pays et une économie aussi avancée que le RU. Sans compter l'extraordinaire liberté qui règne en France et qui a joué contre lui, on ne lui en sait pas gré, alors que pour d'autres ce point est à mettre à son actif!

_________________
Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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Message Publié : 17 Août 2009 23:42 
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Jean Mabillon
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Inscription : 26 Juin 2008 8:11
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Alain.g a écrit :
Ce roi n'est en effet pas crédité visiblement d'un règne assez heureux marqué par un grand progrès, un grand prestige du pays et une économie aussi avancée que le RU.
Toutes choses héritées du Grand Siècle, avec quand même une chute relative de prestige et de puissance en Europe au cours du règne de Louis XV (le centre de gravité européen se déplace au Nord et à l'Est du continent)


Citer :
Sans compter l'extraordinaire liberté qui règne en France et qui a joué contre lui, on ne lui en sait pas gré
Oui enfin... les auteurs devaient quand même éditer leurs œuvres à l'étranger pour ne pas être pris. Parler de "liberté extraordinaire" semble quand même très exagéré. Là aussi, c'est un héritage du Grand Siècle et Louis XV n'en est pas responsable.


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