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Message Publié : 22 Nov 2016 18:38 
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Inscription : 10 Fév 2009 0:12
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Dans "la longue traque" Gilles Perrault signale que la région d'Arras a résisté tout de suite, totalement étanche à la propagande de Vichy sur "l'impérialisme anglais" : la région était couverte de cimetières britanniques de la Grande Guerre, et on savait ce qu'on leur devait. De plus la proximité de la zone interdite dirigée par les Allemands depuis Bruxelles n'annonçait rien de bon à ceux qui avaient gardé le souvenir des territoires occupés de 14.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 22 Nov 2016 21:42 
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Philippe de Commines
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Inscription : 25 Juil 2007 21:37
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Pierma a écrit :
Robert Spierre a écrit :
Lorsqu'on ne sait pas ce que c'est/lorsqu'on ne l'a jamais vécue, je pense qu'il est inimaginable de "concevoir" la vie sous une dictature.

Et à quoi servirait alors le métier d'historien ?

par ailleurs, on peut parfaitement avoir vécu enfant l'atmosphère d'une dictature dans le cadre familial. Les cas ne manquent pas.
Je ne vais évidemment pas remettre en cause le métier/le rôle de l'historien mais je pense que sur certains sujets/thèmes il existe une "certaine" limite (au delà de laquelle...), ou un "univers" qu'il ne pourra jamais traiter.
D'autant plus que ces "thèmes" (ou périodes de l'Histoire) sont de + en + éloignés, en ce qui concerne le temps.

Par quels moyens un historien peut expliquer, définir ce qu'est la souffrance, le vécu de cette souffrance et sa conséquence quant au comportement des individus qui la subissent et, dans un sens historique, vont l' "écrire", à savoir l'Histoire ?

Je relis l'excellent ouvrage de Nicolas Bernard, "La guerre germano-soviétique 1941-1945", et je pense que le livre ne peut "expliquer" (avec tout ce qui est lié à la logique, l'étude des documents, des faits etc.) le comportement (et ainsi, la réaction) de gens (à savoir les Russes/Soviétiques) confrontés à une situation extrême. Les situations extrêmes engendrent logiquement une réaction extrême : en lisant "La Chute de Berlin" d'Antony Beevor on prend connaissance des viols commis par les soldats de l'Armée Rouge sur les femmes allemandes : c'est horrible/abject évidemment, mais l'historien, en décrivant les faits (et en annonçant des chiffres, des statistiques) décrit-il la psyché de jeunes soldats, par exemple, biélorusses qui découvrirent, en revenant sur leurs terres (après le départ de la Wehrmacht), leurs villages détruits incluant ses habitants, c'est-à-dire leurs familles, les proches etc. ?

C'est pour cela que les notions de courage/lâcheté etc. peuvent être tendancieuses, notamment en ce qui concerne leur(s) contexte(s).
Nicolas Bernard parle du "courage" des soldats roumains à l'occasion de l'opération Uranus (pour résumer, l'encerclement de Stalingrad) mais on ne sait pas ce qu'il veut dire. Il aurait parlé de "lâcheté" et on aurait pu se demander si c'était de la "lâcheté" que de fuir, simplement armé d'un fusil, face à une horde de T-34 ?

C'est pour cela que j'évoquais l'impossibilité à décrire objectivement une situation "extrême" sans l'avoir vécue : qui peut décrire un séjour en prison sans y avoir été ?
Ainsi, pour en revenir à l'Occupation, qui peut dire, aujourd'hui, ce qu'il aurait fait à l'époque (je précise : je fais la différence entre (vrais) Résistants et miliciens) ?
D'autant plus avec, à la tête de la France, un gouvernement qui n'est pas arrivé au pouvoir par un coup d'état.

PS : mes amis, désolé si j'ai été un peu abscons...

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C'est vraiment une commune du Nord... :mrgreen:

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Message Publié : 23 Nov 2016 1:08 
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En fait, je comprends très bien ce que vous voulez dire. L'historien doit raconter l'histoire aussi près que possible, mais il est des sensations que l'on ne peut transmettre, seulement évoquer.

Ainsi les déportés juifs libérés des camps se sont rapidement rendu compte que leur vécu n'était pas compréhensible par ceux qui n'avaient pas fait l'expérience de cet enfer. Et je crois que c'est une règle psychologique qui s'impose à tous les cas extrêmes.

J'ai quelques exemples à l'appui, hormis les camps de la mort :

- A Stalingrad, l'état-major allemand s'inquiète du nombre de morts sans causes apparentes et demande à Berlin l'envoi d'une mission médicale : un nombre significatif de soldats, en bonne santé apparente, sans blessure, s'éteignent soudain comme une bougie qu'on souffle.
Après avoir autopsié quelques cas, les médecins concluent : hypertrophie du coeur, atrophie du foi, absence totale de graisse, le soldat allemand est devenu une machine à combattre, qui a consommé toutes ses graisses, mis hors service son système digestif pour se consacrer uniquement à l'effort physique, et consommé toutes ses réserves dans les combats. Une machine à combattre. Qui pourra rendre compte de cet état ou du vécu de ce lieutenant qui raconte :"Oh Dieu, pourquoi nous as-tu abandonnés ? Nous nous sommes battus 17 jours au corps à corps dans le même immeuble" (Qu'on imagine le stress provoqué par deux heures de combat au corps à corps, et maintenant, essayez de passer à 17 jours, c'est intransmissible.)

- Guy Sajer raconte qu'à la fin de la guerre, ils n'arrivaient plus à dormir couchés. La plupart des soldats dormaient debout appuyés contre un mur, par séquences successives d'une demi-heure. le stress du guerrier constamment sur la brêche.

- Georges Blond parle de la préparation allemande à Verdun: neuf heures de bombardements ininterrompus, la tête entre les genoux pour donner moins de prise aux éclats, 300 chasseurs survivants sur 1300 chez Driant, par exemple, et partout ces hommes, dont certains seront trouvés endormis -vidés nerveusement - par les Allemands, savent à peine où ils sont. Il ajoute :"Mettons nous un instant dans l'exacte condition où se trouvaient ces hommes, et avouons honnêtement qu'à leur place nous n'aurions pas combattu."

Plus près de nous, je pense à Catherine Destivelle, qui a sorti la face nord hivernale de l'Eiger en 10 heures, et disait dans un magazine :"les gens qui n'y sont pas passés - et elle parle d'alpinistes - ne peuvent pas se rendre compte de ce que c'est."

Je crois qu'il fut accepter ça comme une limite du métier d'historien, aussi bon conteur soit-il, il ne peut se mettre réellement à la place des acteurs.

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