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 Sujet du message : Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 05 Juil 2009 5:51 
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Jean Mabillon
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Préparant un cours sur les couleurs, je suis tombé sur cette excellente interview du médiéviste Michel Pastoureau à propos du noir et de sa réception dans l'histoire. Où l'on voit que la façon de voir une couleur change de manière cyclique avec le temps.

Apprécié dans l'Antiquité, la couleur devient honnie par l'Eglise à partir du bas Moyen-âge (mais avec certaines exceptions tout de même; on parle de "bon noir" et de "mauvais noir"), puis redevient digne à partir du XIVème siècle (sous l'influence des lois somptuaires en Italie après la Peste) avant d'être à nouveau perçu négativement durant le Siècle des Lumières. Le romantisme lui donne une seconde - ou troisième - jeunesse.

http://www.lepoint.fr/actualites-chroni ... 9/0/291361


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 05 Juil 2009 9:09 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Michel Pastoureau a énormément travaillé sur le symbolisme des couleurs. Mon amie est à l'école du Louvre et dans le cadre des cours d'héraldique, il vient annuellement leur faire une causerie qui tourne souvent autour d'une couleur. Je sais qu'une fois ce fut le vert.

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"[Il] conpissa tous mes louviaus"

"Les bijoux du tanuki se balancent
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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 05 Juil 2009 9:36 
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Marc Bloch
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M. Pastoureau est venu faire une conférence en Allemagne, il y a qq années, dans un institut français. Il a été passionnant et très didactique. C'est un domaine où on ne soupçonnerait pas qu'il y ait tant de choses à dire. :rool:

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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 05 Juil 2009 12:54 
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Il me semble qu'il y avait une sujet sur la question des couleurs. On y avait beaucoup parlé du jaune si je ne me trompe pas.

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 07 Juil 2009 11:38 
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Jean Mabillon
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Pas trouvé dans l'index.

Je ne peux résister à l'envie de renvoyer à l'exceptionnelle interview que Michel Pastoureau avait donnée à L'Express tout au long de l'été 2004. J'en avais lu quelques morceaux à l'époque mais jamais la totalité, et c'est avec joie que je viens d'en découvrir l’intégralité sur le site internet du journal:
http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp?idC=8701&idR=5 (et pages suivantes...)

Tout y est évidemment intéressant mais voici quelques extraits saillants:

A propos du bleu, Michel Pastoureau nous dit que ce qui est devenu la couleur préférée des Occidentaux était très mal vu durant l'antiquité. Avoir les yeux bleus pour une femme, était un signe de mauvaise vie et pour les hommes, une marque de ridicule! C'est la Vierge qui, au XIIe siècle, devient le principal agent de promotion du bleu. Dans la foulée, Philippe Auguste et Saint-Louis adoptent la couleur qui se répand alors comme une traînée de poudre... La demande de guède, plante que l'on utilisait comme colorant bleu, explose et fait la fortune de certaines régions. C'est un véritable or bleu. On la cultive pour produire des boules appelées «coques», d'où le nom de pays de cocagne! Il fait également une intéressante remarque sur le jean, pantalon soi-disant rebelle, en réalité on ne peut plus conformiste, car le bleu ne peut pas être rebelle.

Au contraire du bleu, le rouge était bien vu dans l'antiquité. La première raison est que le système de couleurs se résumait en réalité à trois tons: le blanc, qui représentait l'incolore, le noir qui était synonyme de saleté, et le rouge, qui représentait donc la couleur dans toute sa splendeur. Deux cause: très vite, l'homme a su manier les pigments de rouges. Très tôt, le rouge devient ambivalent: représentant le sang ou le feu, l'amour ou l'enfer, le sang du Christ ou le diable...
A partir du XVIème siècle, le rouge qui était l'attribut masculin passe au féminin tandis que le bleu suit le chemin inverse!

Lorsqu'il parle du blanc, Pastoureau aborde le teint de la peau. Nous savons que pendant des siècles, les élites ont voulu se distinguer des paysans qui avaient la peau hâlée en exagérant la blancheur de leur teint (c'est encore le cas dans nombre de pays d'Asie). Ce qui est intéressant, c'est qu'à partir du XIXème siècle, il convient, cette fois, de se distinguer des ouvriers, qui ont la peau blanche puisqu'ils travaillent à l'intérieur: pour l'élite, c'est donc le temps des bains de mer et du "bronzage".

Couleur difficile à stabiliser, le vert a une symbolique de changement, d'instabilité, et est donc naturellement devenue la couleur du hasard, du jeu, de l'ambiguïté, de la chance... Casino, tapis de poker, terrains de sport (et pas seulement les pelouses).

La réception du jaune est curieuse. Très apprécié dans diverses parties du monde (Asie, Amérique du Sud...), il n'est généralement pas aimé en Occident, où il représente la fourberie, la tromperie, l'ostracisme... sans que l'on s'explique d'ailleurs bien pourquoi.


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Message Publié : 29 Sep 2009 0:01 
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Grégoire de Tours
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Divisé de Perspective et dimension au Moyen-âge

Cuchlainn a écrit :
Mais dans ce cas on emploie d'autres bleus ?
J'ai peine à croire que l'impression qu'un objet rouge est au premier plan par rapport à un autre peint en bleu clair, soit quelque chose de culturel... C'est tout de même dans la nature, les collines au loin s'effacent dans le bleuté, et les couleurs jaillissent quand l'élément est près...

Justement, ce qui est intéressant est que ce n'est pas le cas.. Calame pourra en dire plus que moi vu que je n'ai pas encore lu les ouvrages de Pastoureau (ils sont dans ma liste ^^), mais il n'empêche que la perception des couleurs est en partie culturelle. On dit que l'eau est bleue, mais elle n'est pas si bleue que cela en pratique et les gens du Moyen Âge n'avaient pas foncièrement tord en disant que l'eau était verte. C'est pareil pour les décors distants, ils sont plus ternes que vraiment "bleus" en pratique...
Par contre c'est sûr que le choix de la couleur rouge pour signifier le ciel doit être plus symbolique que physique.

_________________
« Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis ; ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois. »
Voltaire, 1766.


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Message Publié : 29 Sep 2009 6:45 
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Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant

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Hmm...
Sous certains éclairages l'eau est bleue et sous d'autres elle est verte.
Dans des conditions de lumière particulières les collines au loin sont bleues. Dans d'autres grisâtres ou vert terne.
Le culturel ce serait de choisir ce qui deviendra "la représentation par excellence" ?


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Message Publié : 29 Sep 2009 18:30 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 28 Jan 2008 15:24
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Localisation : La Lune
En partie seulement, car la perception des couleurs l'est également vu que leurs "définitions" varient. On accorde plus d'importance aujourd'hui à la longueur d'onde qu'à l'intensité, mais c'est un choix arbitraire, et d'après l'extrait qui suit il semblerait que les gens du Moyen Âge donnaient tout simplement plus d'importance à l'intensité qu'à la longueur d'onde :
Citer :
Ainsi au XIIIième siècle, le bleu fané et le bleu franc ne constituent pas la même couleur. Un bleu dense et lumineux est souvent perçu comme plus proche d'un rouge, d'un jaune ou d'un vert que d'un bleu terne. La luminosité et de la densité priment sur la coloration.


De plus, la perception des associations de couleurs sont elles-aussi culturelles :
Citer :
la juxtaposition du rouge et du vert (la combinaison la plus courante dans les vêtements aristocratiques entre Charlemagne et le XIIème siècle) montre un contraste faible, voire un camaïeu pour l'oil médiéval. Pour le nôtre, c'est un contraste violent car il y a juxtaposition d'une couleur primaire et de sa complémentaire. Au contraire l'association du vert et du jaune, voisins dans le spectre, est pour nous peu contrastées, mais montre le contraste le plus brutal au Moyen Age.

J'avais lu la même chose dans une interview de Mr. Pastoureau donc j'imagine que c'est leur source.


PS : cf. http://www.guerriersma.com/contenu/Arti ... %20age.htm pour les extraits.

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Voltaire, 1766.


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 29 Sep 2009 20:13 
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Jean-Pierre Vernant
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Enki-Ea a écrit :
Pas trouvé dans l'index.

Je ne peux résister à l'envie de renvoyer à l'exceptionnelle interview que Michel Pastoureau avait donnée à L'Express tout au long de l'été 2004. J'en avais lu quelques morceaux à l'époque mais jamais la totalité, et c'est avec joie que je viens d'en découvrir l’intégralité sur le site internet du journal:
http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp?idC=8701&idR=5 (et pages suivantes...)

Tout y est évidemment intéressant mais voici quelques extraits saillants:

A propos du bleu, Michel Pastoureau nous dit que ce qui est devenu la couleur préférée des Occidentaux était très mal vu durant l'antiquité. Avoir les yeux bleus pour une femme, était un signe de mauvaise vie et pour les hommes, une marque de ridicule! C'est la Vierge qui, au XIIe siècle, devient le principal agent de promotion du bleu. Dans la foulée, Philippe Auguste et Saint-Louis adoptent la couleur qui se répand alors comme une traînée de poudre... La demande de guède, plante que l'on utilisait comme colorant bleu, explose et fait la fortune de certaines régions. C'est un véritable or bleu. On la cultive pour produire des boules appelées «coques», d'où le nom de pays de cocagne! Il fait également une intéressante remarque sur le jean, pantalon soi-disant rebelle, en réalité on ne peut plus conformiste, car le bleu ne peut pas être rebelle.

Au contraire du bleu, le rouge était bien vu dans l'antiquité. La première raison est que le système de couleurs se résumait en réalité à trois tons: le blanc, qui représentait l'incolore, le noir qui était synonyme de saleté, et le rouge, qui représentait donc la couleur dans toute sa splendeur. Deux cause: très vite, l'homme a su manier les pigments de rouges. Très tôt, le rouge devient ambivalent: représentant le sang ou le feu, l'amour ou l'enfer, le sang du Christ ou le diable...
A partir du XVIème siècle, le rouge qui était l'attribut masculin passe au féminin tandis que le bleu suit le chemin inverse!

Lorsqu'il parle du blanc, Pastoureau aborde le teint de la peau. Nous savons que pendant des siècles, les élites ont voulu se distinguer des paysans qui avaient la peau hâlée en exagérant la blancheur de leur teint (c'est encore le cas dans nombre de pays d'Asie). Ce qui est intéressant, c'est qu'à partir du XIXème siècle, il convient, cette fois, de se distinguer des ouvriers, qui ont la peau blanche puisqu'ils travaillent à l'intérieur: pour l'élite, c'est donc le temps des bains de mer et du "bronzage".

Couleur difficile à stabiliser, le vert a une symbolique de changement, d'instabilité, et est donc naturellement devenue la couleur du hasard, du jeu, de l'ambiguïté, de la chance... Casino, tapis de poker, terrains de sport (et pas seulement les pelouses).

La réception du jaune est curieuse. Très apprécié dans diverses parties du monde (Asie, Amérique du Sud...), il n'est généralement pas aimé en Occident, où il représente la fourberie, la tromperie, l'ostracisme... sans que l'on s'explique d'ailleurs bien pourquoi.


Je me souviens d'un td que j'avais eu à réaliser en seconde année de fac sur l'héraldique et j'avais lu des choses sur la symbolique des couleurs. Je me rappelle surtout que toutes les couleurs utilisés dans l'art du blason avaient chacune leur aspect positif et leur aspect négatif ; ainsi, je crois me souvenir que le rouge était une couleur noble symbolisant les valeurs guerrières aristocratiques, mais aussi la cruauté. Le bleu était la couleur de la connaissance, de la sagesse, mais aussi il me semble d'instabilité d'esprit. L'or (jaune) symbolisait la richesse noble, la prodigalité, mais également à l'inverse la cupidité. Le blanc, pureté mais aussi la mort (linceul)... mais pour le noir je ne me rappelle plus l'aspect positif. Le vert me semble avoir eu mauvaise presse au moyen âge, couleur instable comme il a été dit, qui, associée au jaune, était clairement le pire mélange.

Je ne me souvient guère de ma biblio, mais les ouvrages n'étaient pas tout jeune et tout cela est sans doute à actualiser.

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 30 Sep 2009 16:15 
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Plutarque
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Concernant le blanc, les reines de France (et d'autres pays?) portaient le deuil dans cette couleur pendant le Moyen Age. On a donc assisté à un renversement total -du blanc vers le noir- du symbolisme. Quelqu'un saurait-il pourquoi et à quelle époque cela s'est-il fait?


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 30 Sep 2009 17:45 
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Jean-Pierre Vernant
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Je me demande si ce n'est pas lors de la fin du Moyen Âge, à l'occasion de la peste et des autres calamités frappant les sociétés à cette époque. La traduction de ces faits, se retrouve dans l'art par des représentations très lugubres telles que les danses macabres...

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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 30 Sep 2009 20:25 
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Plutarque
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Ca me paraît tout à fait plausible. La peste, notamment, a causé de tels ravages en Europe que ça expliquerait une telle mutation du symbolisme des couleurs. D'autant plus qu'il y a eu une rupture assez nette entre le Moyen Age et la Renaissance, au niveau de la société, des coutumes, des moeurs et de la vision du monde.


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 06 Oct 2009 7:01 
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Jean Mabillon
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noisette7 a écrit :
Concernant le blanc, les reines de France (et d'autres pays?) portaient le deuil dans cette couleur pendant le Moyen Age. On a donc assisté à un renversement total -du blanc vers le noir- du symbolisme. Quelqu'un saurait-il pourquoi et à quelle époque cela s'est-il fait?
En Asie et dans pas mal d'autres civilisations, le blanc est en effet la couleur du deuil car il est synonyme de pureté et d'innocence. Je ne sais pas si les reines de France suivaient cette coutume...

Voici ce qu'en dit Pastoureau:

En Asie, si le noir est également associé à la mort et à l'au-delà, le deuil se porte en blanc. Pourquoi? Parce que le défunt se transforme en un corps de lumière, un corps glorieux; il s'élève vers l'innocence et l'immaculé. En Occident, le défunt retourne à la terre, il redevient cendres, il part donc vers le noir. Déjà, chez les Romains, le vêtement de deuil était gris, couleur de cendre. Le christianisme a cultivé ce symbole: il a toujours associé le deuil au sombre (qui a pu être aussi brun, violet ou bleu foncé). Jusqu'au XVIIe siècle, seuls les aristocrates pouvaient s'offrir un habit de deuil, le noir étant très coûteux. Progressivement, la paysannerie suivra.

A propos de la Peste et de ses conséquences sur le noir:

Le noir est considéré comme le contraire de la couleur. Or la morale sociale se met à penser la couleur comme une matière et donc comme un luxe, un désordre. Car une querelle philosophique a parcouru le Moyen Age : la couleur est-elle de la matière ou est-ce de la lumière ? Pour Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, c'est de la lumière. Pour saint Bernard, abbé de Clairvaux, c'est de la matière. Ainsi naît un affrontement entre chromophiles (Pierre et les clunisiens) et chromophobes (Bernard de Clairvaux).

Le noir, par opposition à la couleur, devient digne, se rachète une vertu. Tout commence en Italie chez les patriciens, très riches, qui, après la peste de 1348, se voient interdits par des lois somptuaires de porter des bleus ou des rouges jugés trop ostentatoires. Ils se rabattent sur le noir. Les princes, jaloux, s'emparent de cette mode, en particulier la cour de Bourgogne, qui sera la plus puissante d'Europe au XVe siècle. En France, le noir arrive très précisément en 1390, année où le fils cadet de Charles VI se marie avec l'héritière des Visconti, qui apporte cette « couleur » de la cour de Milan. Ce noir-là est moral et noble, il séduit donc aussi les gens de robe, qui exercent une autorité et entendent paraître vertueux. On va même jusqu'à dénicher des saints noirs, comme saint Maurice, qui trône dans la cathédrale de Magdebourg. A la fin du XIVe siècle, Balthazar, le roi mage, vire soudain de peau et s'assombrit. Idem avec la reine de Saba, qui, sur les images, apparaît avec une superbe peau d'ébène. D'ailleurs, la morale religieuse entre dans la danse, avec la Réforme protestante, chromoclaste, qui bannit toute couleur.


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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 06 Oct 2009 9:21 
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Jean-Pierre Vernant
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Hum hum... Merci bien Enki-ea pour toutes ces précieuses précisions! Tout cela explique fort bien il me semble l'austérité chromatique des productions figurées du Bas Moyen Âge. Bien des choses s'éclairent pour moi... :mrgreen:

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 Sujet du message : Re: Le symbolisme des couleurs
Message Publié : 06 Oct 2009 16:13 
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C'est Anne de Bretagne qui la première porta le deuil en noir. Il faudrait que je cherche si les suivantes ont imité son exemple. Je suis certain pour Catherine et Marie de Médicis, pour les autres, je ne sais pas.

Les Rois de France portaient le deuil en violet.

Edit: Marie Stuart, Elisabeth d'Autriche et Louise de Vaudémont prirent le deuil en blanc. Anne d'Autriche en noir.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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