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 Sujet du message : Prométhée
Message Publié : 16 Nov 2006 7:49 
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Polybe
Polybe
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Inscription : 27 Juil 2006 15:02
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Bonjour,

Dans la théogonie d'hesiode, prométhée delivré du mont caucase par heracles doit porter une bague provenant de ses chaînes jusqu'à la fin de sa vie.

Lu sur wikipedia :
Citer :
La légende de Prométhée est étrange, elle laisse à supposer que les Grecs anciens avaient découvert que le foie est l'un des rares organes humains à se régénérer spontanément en cas de lésion


Qu'est ce qui laisse supposer ça ? Un passage précis dans la théogonie ?

Merci

_________________
* Il y a des circonstances où se taire est mentir (Unamuno) - Debellare Superbos (Anchise)
* Qui ne se plante jamais n'a aucune chance de pousser (Prov Arabe) - O tempora O mores (Ciceron)
* Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme. (Rousseau) - In errore perseverare stultum


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Message Publié : 16 Nov 2006 9:18 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 29 Déc 2003 17:02
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Le fait que l'aigle revenait chaque jour dévorer le foie de Prométhée enchaîné, bien sûr... Mais je ne suis pas sûr que votre sujet ait sa place en Histoire grecque... Il serait plus à sa place dans la section Mythologie.

_________________
Il n'est pas sur notre sol une chose qui soit plus utile que ces sublimes monuments qui ne servent à rien (Emile Mâle).


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Message Publié : 13 Avr 2007 14:53 
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Salluste
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Inscription : 02 Août 2005 3:12
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Le_Slynx a écrit :
Le fait que l'aigle revenait chaque jour dévorer le foie de Prométhée enchaîné, bien sûr... .


Mais pourquoi Prométhée est victime de cet aigle ?


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Message Publié : 14 Avr 2007 13:43 
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Thucydide
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Inscription : 29 Sep 2006 16:36
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Localisation : l'allée des embrumes
Prométhée est victime de l'aigle car il a donné le feu aux hommes et désobéit à Zeus.


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Message Publié : 15 Avr 2007 23:18 
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Salluste
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Inscription : 02 Août 2005 3:12
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Merci de la réponse! :D


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Message Publié : 16 Avr 2007 8:50 
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Tite-Live
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Inscription : 23 Avr 2004 16:02
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Localisation : Lille
Je précise un autre élément de la légende de Prométhée:il fit ce cadeau aux hommes en réponse à l'oubli de son frère Epiméthée, au moment du partage des dons entre les espèces vivant sur Terre, qui oublia les hommes...

Prométhée se chargea de rectifier le tir, et vous connaissez la suite!

_________________
« L'âge que nous vivons est dangereux ; comme il serait ennuyeux s'il ne l'était pas. » John Steinbeck
« Liberté implique responsabilité. C'est pour ca que la plupart des hommes la redoutent » G.B.Shaw


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Message Publié : 05 Mai 2007 3:56 
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Hérodote
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Inscription : 05 Mai 2007 3:18
Message(s) : 15
Prométhée est puni par où il a péché. Il a voulu offrir aux mortels la viande, et spécialement le foie, qui représente un morceau de choix dans l'animal sacrifié, puisque c'est sur le foie que l'on peut lire si les Dieux acceptent votre sacrifice.

_________________
Qui peut le plus, peut le moins!


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 Sujet du message : Le mythe de Prométhée
Message Publié : 28 Sep 2007 12:30 
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Hérodote
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Inscription : 23 Fév 2007 11:07
Message(s) : 5
Beaucoup de discutions littéraires ont tourné autour de ce mythe, le déformant peut être.

Quelle est sa véritable nature? Quels sont les protagonistes principaux?
Il y-a-t-il une réalité, une histoire attachée à ce mythe?
Comment s'est déroulé le vol du feu et la punition par les dieux?

Je ne souhaite pas de liens internet dont la majorité sont svt incomplets voir faux malheureusement. Avez vous des liens très sérieux, des noms d'auteurs de livres, ou vos connaissances assurées à me faire parvenir en ce sujet?

Je recherche à mieux comprendre ce mythe qui pourrait passer comme fondateur de l'homme. ( au niv historique, le feu est un élément déterminant pour l'élévation de l'homme dit "sauvage".

Merci


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Message Publié : 28 Sep 2007 20:05 
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Salluste
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Inscription : 13 Juin 2005 9:41
Message(s) : 209
L'avantage des mythes c'est qu'il ne peut en exister de versions canonique. Ils sont fait pour évoluer et donner du sens, et donc s'adapter aux réalités. les écrire, c'est les figés, les tuer.... Même s'ils restent de belles hsitoires que nos amis psychanalyste peuvent réutilisé ensuite.

Concernant Prométhé, le symbolisme du vol du Feu aux Dieus est trés puissant. le feu, ici, symbolise aussi le savoir, l'accés à la science, à l'entendement... La volonté de posséder ce feu, est une métaphore de la quête de l'entendement, de la connaissance, du refus de l'homme de rester dans l'ignorance, de l'attirance pour un pouvoir supérieur qui l'amène à une puissance qui lui aurait été interdite...

Il est intéressant de constater que ce mythe prend place au sein d'une société grecque qui posera les jalons de la connaissance tant par l'aspect intellectuel (Philosophie), que par l'aspect pratique ( Ingénieurie), et théorie ( Science et mathématique)...

La punition de Prométhé par les Dieux, finalement, est-elle un Interdit suffisant? Je ne suis pas assez connaisseur de l'histoire des mentalités grecs pour m'exprimer sur la question... Mais je la pose.

On pense évidemment aussi a tous les combats entre progrés et traditions, entre les gardiens du temple et les renverseurs d'idoles...

Sinon, j'essairai de trouver quelques références, je me suis laissé emballer là.

_________________
Sic transit gloria mundi


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Message Publié : 01 Oct 2007 10:11 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Harfang a écrit :
Concernant Prométhé, le symbolisme du vol du Feu aux Dieus est trés puissant. le feu, ici, symbolise aussi le savoir, l'accés à la science, à l'entendement... La volonté de posséder ce feu, est une métaphore de la quête de l'entendement, de la connaissance, du refus de l'homme de rester dans l'ignorance, de l'attirance pour un pouvoir supérieur qui l'amène à une puissance qui lui aurait été interdite...

Il est intéressant de constater que ce mythe prend place au sein d'une société grecque qui posera les jalons de la connaissance tant par l'aspect intellectuel (Philosophie), que par l'aspect pratique ( Ingénieurie), et théorie ( Science et mathématique)...


C'est cela, et en même temps ce n'est pas tout. Le feu donné par Prométhée est un feu qu'il faut toujours entretenir, qui menace de s'éteindre : il est ce qui élève les hommes au-dessus des animaux, donc vers les dieux, puisqu'ils peuvent faire cuire leurs aliments, la viande en particulier, mais en même temps, l'obligation de manger de la viande les rend mortels.
Dans le rite du sacrifice, la séparation est nettement marquée entre Mortels et Immortels : les Immortels consomment la fumée (ce qui est léger et a été entièrement consumé par le feu), tandis que les Mortels consomment la chaire.
Le feu toujours à renouveler rappelle aux hommes qu'ils sont mortels, justement.

Prométhée n'a pas apporté que le feu au hommes, il leur apporte aussi la "technè", l'intelligence technique, qui est mère de la "métis", l'intelligence rusée.

Pour la bibliographie :
-Les Travaux et les Jours d'Hésiode. Un des textes sur le mythe de Prométhée, entre autres
-Les ruses de l'intelligence_ la Métis chez les Grecs de Marcel Détienne et JP Vernant
-L'invention de la mythologie et la cuisine du sacrifice en pays grec, tous les deux de Détienne.
-l'Univers, les dieux, les hommes, de Vernant

La liste n'est pas exhaustive, loin de là, mais ce sont des valeurs sûres !

_________________
Ne parlez jamais sèchement à un Numide.


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Message Publié : 17 Fév 2011 20:43 
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Polybe
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Inscription : 01 Fév 2011 18:14
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Prométhée, évidemment, le seul qui, éternel révolté, ouvrit les portes du ciel aux hommes, défia zeus, le vainquit, et ne termina même pas dieu, après 5000 ans de supplice...
tout le destin de l'humanité...

nous sommes tous les enfants de prométhée...
mais tellement ne le savent pas...


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Message Publié : 17 Fév 2011 21:43 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Je ne le présenterai pas tout à fait de cette manière :
  • « éternel révolté », pas tout à fait puisqu’il a fini par rentrer dans le rang et se réconcilier avec Zeus.
  • « ouvrit les portes du ciel aux hommes », non. Que veux-tu dire par là ?
  • « défia Zeus, le vainquit » : d’accord pour le défi (mais je préfèrerai l’expression « brava Zeus », moins martiale, car il fit son possible pour éviter un affrontement direct, il ruse, n’affronte pas). Par contre, non, Zeus n’a pas été vaincu. Tout au plus trompé, mais les mythographes antiques sont enclin à penser que Zeus a volontairement fermé les yeux, d’accord sur le principe mais non sur la manière ; un test en quelque sorte, d’où la punition infligée à l’hybris d’un Prométhée qui croyait pouvoir tromper impunément son cousin ; mais les acquis des hommes eux ne sont pas remis en cause.
  • « ne termina même pas dieu », pas d’accord ! D’une part il est né dieu, d’autre part il bénéficia également d’un culte, en particulier en Attique, associé à Héphaïstos ; culte mineur certes, mais attesté ailleurs en Grèce également. Tous les Titans n’ont pas eu cette chance.
  • « après 5000 ans de supplice », chiffre fantaisiste, forcément.

Il est à la fois le bienfaiteur de l’humanité (feu, sacrifices, mais aussi selon certaines versions tardives modeleur même de l’humanité ; sinon, père de Deucalion), mais aussi à l’origine de tous ses malheurs (Pandore et sa fameuse boîte, le Déluge). Ce personnage qui, en voulant bien faire, ne contrôle cependant jamais les conséquences de ses actes, précipite ainsi de fait ses protégés dans les tourments, le rend tragique (cf. Eschyle, qui lui consacre pas moins d’une trilogie complète, plus un drame satyrique), et par là, attachant.

Si le personnage t’intéresse, je t’encourage à creuser la question, amusante dans ses évolutions comme toujours en mythologie, d’autant que les philosophes se sont emparés à leur tour du personnage.


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Message Publié : 28 Mars 2011 9:43 
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Polybe
Polybe

Inscription : 01 Fév 2011 18:14
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ô thersite, éternel incompris et donc destiné à rester éternellement malheureux, quelle pauvre lecture vous faites là du mythe de prométhée (dans quelle version, d'ailleurs, il y en a tellement...); et bien en deça des diverses interprétations modernes qui furent produites par d'illustres penseurs (il faudra travailler ce point!)...

car finalement un mythe n'est rien d'autre que ce que l'on veut bien y mettre, et dévoile notre âme beaucoup plus qu'il ne la détermine...

pas révolté prométhée? titan et fils de titans (dont je rappelle l'homérique révolte contre les dieux de l'olympe), bravant zeus (puisque vous y tenez) en créant les hommes, avec l'aide d'athena (non content de narguer le père, il saute la fille chérie), poussant les hommes à l'indiscipline, voire à l'effronterie (ce qui est pire), il termine sa vie terrestre en annonçant à Dieu la fin de son règne... eh ben dis-dont, des révoltés comme cela, je n'en connais pas beaucoup... pas comme ceux qui font en réfléchissant après (épim...), ou qui usent bêtement d'une force brutale, comme les marloups de banlieue (atlas)...

a propos de réfléchir, c'est bien lui qui, non content d'avoir créés les hommes, de leur avoir insufflé vie, compense leur dénuement en leur donnant le "feu de zeus" (le feu de zeus, c'est l'intelligence, le désir de savoir -les "portes du ciel"- et non une vulgaire réaction chimique entre oxygène et produits carbonés comme le croient les béotiens); mieux que cela, quand zeus leur envoie le châtiment suprême -la femme, sous la forme de pandore-, c'est lui qui invente la plus belle conquête de l'homme, l'Espérance; il est vrai que certains traduisent le terme par "l'insouciance du lendemain", ce qui est moins noble, mais ils se trompent...

En bref, il a donné le statut de dieu aux hommes...

accessoirement, pour les historiens, 5000 ans, c'est 5000 ans, pas 4999 ou 5001; mais vraiment, je ne suis pas sûr que ce soit très important, ni qu'il faille ouvrir un fil sur ce point.

oui, tous les hommes épris de liberté, de progrès, de justice sont bien les enfants de prométhée... il y a même des penseurs pour affirmer que l'histoire de l'humanité n'est rien d'autre que le temps qu'a mis la bonne nouvelle de prométhée (Dieu est mort) pour arriver jusqu'à nous.


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Message Publié : 28 Mars 2011 15:49 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 11 Juin 2007 19:48
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Ma lecture (pauvre si tu veux) du mythe est issue essentiellement des deux principales sources, Hésiode et Eschyle, qui sont à la fois les plus disserts, et de loin, et les plus riches, mais aussi les plus anciennes, celles qui serviront de base à quasi toutes les variations et interprétations qui suivent. Hésiode, Théogonie, 508-616 et Les Travaux et les Jours, 42-107, et bien entendu Eschyle, Prométhée enchaîné.

Hésiode met bien en valeur les fautes successives du titan et les punitions lourdes de conséquences pour l’humanité qui s’en suivent : au partage de Mecône, il opère « avec le dessein de tromper Zeus » « par une ruse perfide » ; « mais Zeus aux desseins éternels devina la ruse et la reconnut ; dans son cœur, il médita, pour les hommes, de sinistres projets que, d'ailleurs, il devait accomplir. » Et quelle est cette punition ? « par la suite, se souvenant toujours de cette ruse, il n'enflammait plus les frênes avec la flamme du feu infatigable, pour les hommes mortels qui habitent la terre ». La confiscation du feu est une conséquence de la duplicité de Prométhée. Au lieu de chercher à obtenir le pardon, il réitère sa tromperie en volant alors le feu. Évidement, ce qui devait arriver arriva : « Et aussitôt, à la place du feu, il fit façonner un fléau pour les hommes », à savoir la première femme, Pandore, qui libèrera tous les maux de la boîte sur l’humanité. Moralité de l’histoire : « Ainsi il n'est pas possible de tromper l'esprit de Zeus ni de lui échapper. Le fils de Japet lui-même, le bienfaisant Prométhée, ne put se soustraire à sa lourde colère, mais il fut contrant, malgré toute son habileté, à porter de terribles chaines. » La fable est essentiellement morale chez Hésiode (et accessoirement mysogine…), et le feu est d’abord prix au sens propre (ça tombe bien, il est Béotien).
C’est de cette source qu’est tiré l’anecdote sur ‘l’Espoir’, Elpis, sauf qu’elle n’est en rien une invention de Prométhée ; son sens pose problème, puisque d’une part il s’agit d’un des maux qui accableraient l’humanité (puisqu’il est enfermé dans la jarre avec les autres), et d’autre part, il est resté inconnu des hommes puisque c’est le seul à être resté enfermé au fond de la boîte : ce n’est donc pas l’Espoir qu’Hésiode désigne par ce mot. Par contre, Zeus est réputé avec épargner aux hommes le don/malheur de prescience, de connaissance de leur dernière heure (par exemple Platon, Gorgias, 523d) ; il a donc été proposé avec vraisemblance qu’Elpis désigne cette dernière.

Quant à Eschyle, il écrit une trilogie, Prométhée Porte-feu, Prométhée enchaîné, Prométhée délivré. Seule la seconde est conservée intégralement, et de là nait beaucoup de contre-sens, car la pièce est un auto-panégérique de Prométhée, où le tragique n’exprime jamais directement la raison concrète pour laquelle il est crucifié : seule la version prométhéenne se fait entendre, et il se laisse aller à une paranoïa qui le pousse à se croire victime de ses bienfaits. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a une suite… et cette suite est annoncée, préparée tout au long de la pièce : Prométhée est entièrement responsable de son malheur, seule sa furie qui l’aveugle l’empêche de reconnaître sa faute et d’être délivré sur l’heure. La pièce précédente et la suivante exposaient sans doute la version de Zeus de l’histoire, à laquelle Prométhée finalement se ralliera dans la dernière, au moment de sa délivrance ; mais dans cette pièce-ci, seule la version de Prométhée est développée. Mais cette derrière cette apparente panégyrique, le crime qui lui est véritablement reproché s’étale en permanence : « Toujours la même audace. Au comble de l'infortune, tu ne sais point plier. Ta bouche ne respecte rien. L'effroi me saisit et me trouble. Je tremble pour toi. Je crains que jamais tu ne voies la fin de tes souffrances. » « Rentre en toi-même » « Rien ne t'humilie » « ignores-tu que la punition suit toujours des paroles imprudentes? » « Et tu ne trembles pas en proférant ces paroles? » « Voilà donc encore cet orgueil qui a déjà causé tes malheurs ! » « Que tu serais insupportable dans la prospérité! » « Insensé! ose, ose, une fois, apprendre de tes malheurs à devenir sage. » « vase amer d'amertume » « Rien de plus faible par soi-même, que l'orgueil d'un insensé. » « Hermès veut que, quittant l'orgueil, tu prennes un parti sage et prudent; ce qu'il dit ne nous semble pas déplacé : crois-le ; il est honteux pour un sage de persévérer dans sa faute. » « Ces discours, ces vœux ne sont-ils pas d'un insensé? Que manque-t-il à ce délire? Si le sort le secondait, où s'arrêterait sa fureur? » « Souvenez-vous, au moins, de ce qui vous est annoncé. Si l'orage, qui se forme, vous atteint, n'imputez rien au sort; ne dites point que Zeus vous frappe d'un coup imprévu, et n'en accusez que vous-même. Vous êtes prévenues. Ce ne sera ni faute de lumière, ni faute de temps, que vous vous serez imprudemment embarrassées dans le filet du malheur. » etc.
Mais il ne l’admet pas, de là tous ses malheurs. Il menace vainement l’Olympe par ses prédictions : « ce prince des immortels sera contraint de recourir à moi, pour connaitre le nouvel ennemi qui doit lui enlever son sceptre et ses honneurs.» « il recherchera mon secours et mon amitié. » « Pour son repentir, il prendra une épouse telle qu'il s'en repentira. » « Elle accouchera d'un fils plus fort que son père. » « Tel est l'oracle que l'antique Titanide, Thémis ma mère, m'a révélé. » « Tout orgueilleux qu'il est, Zeus se verra humilié » « De tous les Dieux, nul autre que moi ne peut lui apprendre comment il préviendrait ce malheur ». Tout à sa haine, il ne se maitrise plus : « pour moi, Zeus est ce que je méprise le plus. », etc.
L’épilogue, nous le connaissons, et les Athéniens qui assistent à la pièce aussi : il finira par faire son mea culpa complet, révèlera à Zeus cet oracle (la femme en question est Thétis, que Zeus offrit alors à Pélée, dont le fils Achille fut effectivement plus fort que le père), et alors seulement sera libéré de son tourment par Héraclès. Prométhée lui-même connait ce dénouement, mais sa fureur l’empêche d’en bénéficier immédiatement : « auparavant je serai délivré de ces liens. » « Et, qui t'en délivrera malgré Zeus ? » « Un de tes descendants » dit-il à Io… « Il n'est tourment, ni ruse, qui me force à dévoiler ce secret à Zeus, avant que ces funestes liens soient relâchés : j'ai dit. » etc. Et c’est l’épilogue de la pièce, Hermès qui tente de raisonner un furieux, et la tirade du Titan enchaîné s’achève sur un malheur supplémentaire, foudroyé en prime pour cette ultime provocation, toujours sourd à la raison et inconscient de la portée de ses actes : « voyez quels injustes tourments on me fait souffrir » alors que tous, Dieux, Océanides et Océan lui-même, sont les témoins impuissants et compatissants de sa folie et de la cause de ses malheurs.
Les fragments conservés du Prométhée délivré mettent nettement en valeur la clémence de Zeus, avec les Titans eux-mêmes libérés qui forment le chœur et tentent de raisonner leur neveu toujours aussi obtus et qui persiste à attribuer ses malheurs à sa bonté pour les hommes, et non à son orgueil et sa duplicité. Finalement, il cèdera, renoncera à sa colère et livrera à Zeus l’oracle ; alors seulement Zeus enverra son fiston libérer le Titan (Hygin, Fables, 54, qui semble s’inspirer de la pièce perdue d’Eschyle).
A remarquer que l’Aigle qui le supplicie ronge son foie, le siège des sentiments pour les Grecs, comme le cœur dans notre culture ; tant que la colère le dévore, il subit tortures et châtiment, mais dès qu’il s’apaise, il sera libéré et à nouveau accueilli dans l’Olympe.

Toutes les autres interprétations tirent leur origine de l’une ou l’autre de ces deux sources, soit en cherchant à les interpréter (le feu en particulier, tantôt symbole des arts le plus souvent, en particulier pour les Athéniens qui associent étroitement Prométhée et Héphaïstos, à tel point que les deux sont souvent interchangeables ; tantôt comme tu dis l’intelligence en général ou une autre subtilité), ou brodant autour du thème (Platon en particulier).

bardal a écrit :
pas révolté prométhée?

Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dis. J’ai contesté l’éternité, l'immuabilité de la révolte, pas la révolte en soit. Et pour cause, lorsqu’il façonne l’humanité, c’est avec la bénédiction et la coopération de Zeus, mieux, sur ordre de Zeus. De même tu évoques « l'homérique révolte [des Titans] contre les dieux de l'olympe » : il n’y a pas participé, au contraire, il se joignit à la récolte des Olympiens contre Cronos et ses frères : dans Eschyle, il va même jusqu’à s’attribuer tout l’honneur de la victoire. Et comme développé précédemment, il se réconcilie au final avec les Olympiens, pour le plus grand plaisir de ses compères Héphaïstos et Héraclès (qui lui doit, dans certaines versions, son immortalité).

Bien sûr que les mythes évoluent, et lorsque tu évoques « d’illustres penseurs » qui ont repris le thème, là je suis content, je ne les connais pas, donc parlons-en, voyons comment le mythe est resté vivace en s’éloignant de ses origines. Ce qui m’a surpris et me "dérange" encore, c’est quand tu avances au-delà de l’interprétation qui a pu changer, des faits mythiques absents des sources : a partir de quel moment le mythe, qui a un aspect collectif, devient un fantasme individuel ? C’est une liberté littéraire, mais ce n’est pas de l’histoire.

bardal a écrit :
je ne suis pas sûr que ce soit très important, ni qu'il faille ouvrir un fil sur ce point.

Au contraire, parlons-en ! Je ne voulais pas te vexer ; j’avais l’impression que ça ne reposait pas sur grand-chose, mais tu dis t’appuyer sur « d’illustres penseurs » : parfait, confrontons ! Pour une fois qu’on aura l’occasion de suivre un mythe vivace sur trois millénaires…


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Message Publié : 28 Mars 2011 19:01 
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Polybe
Polybe

Inscription : 01 Fév 2011 18:14
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ouh là, ouh là, cool, cool, ce n'est qu'un débat, de surcroit pas sur une réalité historique, mais sur un simple mythe, sur des mythes devrais-je dire, car chaque épisode du mythe de prométhée est décliné en plusieurs versions, souvent contradictoires, variant selon les auteurs, les époques les lieux...
même la filiation de prométhée est variable... fils de japet et de thétis (version la plus fréquente), fils de cronos et de gaïa (donc frère caïn de zeus pour d'autres), accoucheur d'athena pour d'autres encore, enfant d'hera.... chaque version portant sa propre morale, et fixant le plus souvent de glorieuses origines au peuple de l'auteur... c'est une des fonctions des mythes...

je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'il faille tenter de mettre un peu d'ordre dans tout celà, de le figer en dogme (ce qu'à mon avis tu tentes de faire sous couvert d'érudition), car c'est ce foisonnement de variations, donc d'interprétations, qui fait à mon humble avis la grandeur et la richesse de la mythologie grecque qui, comme l'inconscient freudien, ne se satisfait pas d'une chronologie ordonnée et cohérente, ni d'une interprétation monovalente des personnages et des évènements; c'est justement parce qu'elle se prête aux fantasmes personnels comme aux principes moraux et politiques généraux que la pensée grecque est féconde.

par contre, ce qui revient de façon itérative et méthodique dans toutes les versions du mythe est clair:

- c'est Prométhée qui fixe la condition humaine faite de dénuement et de faiblesse, mais aussi d'intelligence et de liberté

- son conflit avec zeus est primordial, essentiel, permanent, envahissant dans tous les aspects du mythe

- son intelligence (sa "ruse") met en échec de façon permanente le plus puissant des dieux, et même enchaîné sur le caucase, le foie déchiré, il réussi encore à le mettre en difficulté

Deux points m'intéressent cependant dans tes remarques (je laisse de côté la morale veule et soumise d'Eschyle, pesante comme une chappe de plomb, à faire fuire): certes, prométhée a rejoint le camp des dieux de l'olympe, mais c'est faute d'avoir réussi à convaincre les titans d'employer l'intelligence et la ruse dans leur combat, ce n'est pas par soumission à zeus; cette histoire d'espérance est aussi intéressante, trois interprétations étant possibles (et je pense qu'il ne faut pas choisir, sauf à réduire la portée du mythe); la première interprétation-traduction est "insouciance du lendemain", baume qui aide les hommes à supporter leurs maux ; la deuxième pourrait être la méconnaissance de l'avenir (contrairement à prométhée qui lui a le don de divination), incapacité paradoxalement puissamment libératrice, puiqu'elle les oblige à se construire un avenir; la troisième est l'espérance, immense force d'entreprendre; il faut garder, conjointement et en synergie, ces trois interprétations qui portent la complexité et la force de la démarche prométhéenne, quoique j'aie une petite tendresse pour la seconde, qui résume parfaitement la puissance du mythe.

Dernier point: aucun autre mythe n'a suscité autant d'interprétations d'autant d'auteurs de toutes natures (philosophes, hellènistes, poètes, écrivains, sociologues, psy, politiques ...) que le mythe de prométhée; depuis la quasi totalité des auteurs grecs (seul Homère manque à l'appel) jusqu'aux plus modernes (Bachelard, S.Weil, Leroi-Gourhan, Levi-strauss, Sartre, Arrendt...) en passant par J. de Maistre, F.Andrieux, P.Calderon, Goethe (et à sa suite Beethoven), Lord Byron (bien... byron), Voltaire, E.Quinet, A.Gide... j'en oublie sûrement énormément... il est vrai que la révolte contre la tyrannie est universelle, en fait foi la situation internationale actuelle.


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