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Message Publié : 29 Avr 2008 20:57 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 29 Avr 2008 20:48
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N'ayant pas lu ce livre, je trouve toutefois démesuré les propos qu'on en tire, surtout que édition limitée (4000 exemplaires) peu de fait l'ont vraiment lu!

Je voudrais qu'on en tire des conclusions pas seulement fondées sur les articles qui le commente et ne pas mélanger débat historique et choc des civilisations puis prétendus messages laissés sur le net (cela va loin:)

Ayant été l'élève de Sylvain Gouguenheim à l'université de Paris 1, je garde en tête un professeur passionant, gentil, agréable et ouvert, qui ne saurait être l'extrémiste que certains en font!

Edit pour le message précédent : avant de juger il faut lire le livre. Je ne l'ais pas fait mais il faudrait le faire avant de s'avancer!
Si le but de l'auteur est d'expliquer qu'il existait une autre filière de la conservation du savoir hellénistique en occident, cela ne signifie pas qu'il nie tout échange entre islam et occident!


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Message Publié : 29 Avr 2008 21:35 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 05 Jan 2008 16:29
Message(s) : 1807
Localisation : France
La dernière phrase du texte publié dans Telerama, malheureusement, rend suspect l'ensemble de l'article :

Telerama a écrit :
Certes. Mais pourquoi avoir légitimé dans cette collection de référence une thèse qui nourrit – même si Gouguenheim, s’en défend – le choc des civilisations ?


Est-ce à dire qu'il est plus important "de ne pas désespérer Billancourt", en version 2008, que de débattre du sujet en cause ?


L'article du NYT est équilibré, mais reste très superficiel.

Pour me faire une opinion, je vais lire le livre, et j'attendrai ensuite une critique "contre" sérieuse, détaillée et argumentée, publiée dans une revue scientifique (et pas un magazine télé), ou sous forme de livre, et qui ne contiendra pas de biais idéologique. Je parie d'ailleurs qu'une critique de ce type sera plus nuancée...

_________________
Les facultés de conceptualisation de l'empereur Constantin paraissent avoir été très limitées ; malgré de longues séances, les évêques ne semblent pas avoir réussi à lui faire bien comprendre la différence qui séparait l'orthodoxie de l'arianisme. (Y. Le Bohec)

Bref, un homme "au front étroit mais à la forte mâchoire" (J.P. Callu)


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Message Publié : 29 Avr 2008 21:53 
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Plutarque
Plutarque
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Inscription : 05 Nov 2006 13:27
Message(s) : 135
Artigas a écrit :
Le caractère purement ''scientifique'' de cet ouvrage semble être plus que discutable... :rool:

Si l'auteur a voulu démontrer que la civilisation islamique n'a rien apporté à l'Occident chrétien, il se fourvoie complètement. Quid de l'interprétation de la métaphysique d'Aristote par Averroes, des études d'Avicenne par exemple?


S. Gouguenheim n'est pas non plus le dernier des Béotiens...
Et je me joins au témoignage de Nogaret : pour l'avoir déjà rencontré, c'est un universitaire tout ce qu'il y a de plus sérieux, érudit, agréable. Je ne sais pas ce qu'il en est de ses opinions politiques, peu importe, mais il ne colle pas vraiment avec l'image des vrais profs fascistes (et pas pour rire ceux-là) que j'ai pu voir à l'université...

Si le livre cherche effectivement à remplir un but politique ou "idéologique" (je ne l'ai pas encore lu), critiquons. Cela semble être le cas, soit.
Mais semble seulement : en attendant d'en avoir le coeur net, autant éviter les accusations ad hominem.
Laisser à Gouguenheim, qui nie, le bénéfice du doute, ce serait par exemple, comme le fait en partie de Libera dans sa verte tribune, estimer que sa démarche relève manifestement de la facilité et de la non honnêteté intellectuelles : construire un spectre de toutes pièces pour mieux le pourfendre.
Il serait peut-être plus sage d'en rester à ce niveau, celui du texte, en attendant que chacun l'ait lu, et de ne pas verser (trop) facilement dans les supputations sur d'éventuelles nébuleuses d'extrême droite.
Pas de procès sans instruction.

Ce qui est très dommage surtout, c'est que la controverse intellectuelle, ici, ne puisse se jouer selon une autre partition que celle, dégradante, et pour l'histoire comme discipline et pour les personnes concernées, du scandale médiatique.
Et là, tout de même, cela prend des proportions considérables...
Il faudra en rediscuter.

_________________
"L'insécurité, voilà ce qui fait penser."
Albert Camus


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Message Publié : 29 Avr 2008 22:40 
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Inscription : 20 Juin 2003 22:56
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Localisation : Provinces illyriennes
Citer :
c'est que la controverse intellectuelle, ici, ne puisse se jouer selon une autre partition que celle, dégradante, et pour l'histoire comme discipline et pour les personnes concernées, du scandale médiatique.

Humm... Ce que nous critiquions déjà ailleurs serait-il sur le point de faire acte d'autorité ?
Mais, que diable ! aurions-nous besoin que des aigres-fins nous apprennent à penser au mépris même de nos intelligences respectives ?
Qu'on lise cet ouvrage et qu'on en rediscute ensuite. C'est relativement indisposant de lire ces attaques par journaux interposés ! Et depuis quand un journaliste est forcément compétent en matière d'histoire ? :rool:
A force de lire des critiques et de les commenter, nous allons tout simplement oublier de lire l'ouvrage concerné... :'(
C'est pourquoi, je préfère m'abstenir sur cette question et ne pas vendanger du vide.

_________________
Un peuple sans âme n'est qu'une vaste foule
Alphonse de Lamartine


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Message Publié : 30 Avr 2008 0:43 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 14 Avr 2005 10:11
Message(s) : 2079
[quote] Si, comme c'est tout de même très vraisemblable mais demeure à vérifier, Sylvain Gouguenheim est vraiment l'auteur de ces messages, cela éclaire d'un jour nouveau et peu flatteur sa thèse. Qu'il assume au moins ses positions plutôt que de dire que ses intentions ne sont pas islamophobes. [/quote]

Florian, vous sortez ici du débat sur le fond... Comment pouvez vous dire qu'il est "très vraisemblablement" de Sylvain Gougenheim ? Avez vous le début du commencement d'un début de preuve ? Ceci est le premier point.

Deuxièmement vous pouvez en tant que citoyen avoir les positions politiques que vous voulez en tant que citoyen. Mais en tant que chercheur ce sera sur vos travaux que vous devez être jugé et pas sur vos positions citoyennes. Son

Dois je lire les travaux des historiens des années 50 en fonction de leur adhésion au PC ? Quand Vincent Geisser formalise le plus tôt le concept d'islamophobie, dois je le critiquer comme un proche de la LCR ? Jugeons sur pièce...

De plus si le livre n'est pas très convainquant sur la partie arabe c'est sur la partie européenne qu'il me séduit le plus et qu'est son principal intérêt. Mais malheureusement il a desservi sa thèse. Je suis ainsi assez étonné qu'il ne fasse pas mention du Gutas. Mais néanmoins il s'appuie sur Urvoiy et Brague qui sont des spécialistes reconnus et démontre la faible importance des Maisons de la Sagesse aussi bien que Gutas.

Mais une chose me pose question : pourquoi faire de ce livre en particulier un scandale ? De plus Le Monde et Télérama se distinguent pour traiter le sujet. Ces deux titres appartiennent au même groupe...

Enfin combien de personnes ont vraiment lu le livre ?

_________________
« Étudiez comme si vous deviez vivre toujours ; vivez comme si vous deviez mourir demain. » Isidore de Séville


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Message Publié : 30 Avr 2008 5:13 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 30 Avr 2008 5:01
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Moi aussi je suis étonné qu'il ne parle pas du livre de Gutas et je suis étonné qu'il fasse scandale. Sur mon blog (à cette adresse: http://lespitzjaponais.hautetfort.com/), j'ai commenté brièvement ce que l'auteur avance côté arabe et il reprend des choses à présent bien connues, même s'il force le trait . Les arguments employés contre ce livre sont assez étranges (un commentaire sur Amazon ou une présence sur occidentalis !), je suis le premier à ne pas être d'accord avec certaines idées avancées par le livre, ne serait-ce que parce qu'elles me paraissent hâtives ou prématurées, mais j'essaie d'argumenter par rapport à mes connaissances. On a tout intérêt à prêter une oreille attentive à ceux qui ont des connaissances dans la matière (côté latin ou côté arabe), ce qui prendra un peu de temps car ils ne publieront peut-être pas leur compte-rendu tout de suite, qu'à se fier à des coups médiatiques.

Ce qui est sûr c'est que cela fait vraiment drôle qu'un livre sur l'époque médiéval fasse autant de bruit alors que d'habitude, c'est plutôt un public restreint qui est touché !


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Message Publié : 30 Avr 2008 6:15 
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Localisation : Paris
La pétition de Libération

Citer :
Oui, l’Occident chrétien est redevable au monde islamique


Historiens et philosophes, nous avons lu avec stupéfaction l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim intitulé Aristote au Mont- Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Seuil) qui prétend démontrer que l’Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l’héritage grec au point de dire qu’elle «aurait suivi un cheminement identique même en l’absence de tout lien avec le monde islamique». L’ouvrage va ainsi à contre-courant de la recherche contemporaine, qui s’est efforcée de parler de translatio studiorum et de mettre en avant la diversité des traductions, des échanges, des pensées, des disciplines, des langues. S’appuyant sur de prétendues découvertes, connues depuis longtemps, ou fausses, l’auteur propose une relecture fallacieuse des liens entre l’Occident chrétien et le monde islamique, relayée par la grande presse mais aussi par certains sites Internet extrémistes. Dès la première page, Sylvain Gouguenheim affirme que son étude porte sur la période s’étalant du VIe au XIIe siècle, ce qui écarte celle, essentielle pour l’étude de son sujet, des XIIIe et XIVe siècles. Il est alors moins difficile de prétendre que l’histoire intellectuelle et scientifique de l’Occident chrétien ne doit rien au monde islamique !

Il serait fastidieux de relever les erreurs de contenu ou de méthode que l’apparence érudite du livre pourrait masquer : Jean de Salisbury n’a pas fait œuvre de commentateur ; ce n’est pas via les traductions syriaques que ce qu’on a appelé la Logica nova (une partie de l’Organon d’Aristote) a été reçue en Occident ; enfin, et surtout, rien ne permet de penser que le célèbre Jacques de Venise, traducteur et commentateur d’importance, comme chacun le sait et l’enseigne, ait jamais mis les pieds au Mont-Saint-Michel ! Quant à la méthode, Sylvain Gouguenheim confond la présence d’un manuscrit en un lieu donné avec sa lecture, sa diffusion, sa transmission, ses usages, son commentaire, ou extrapole la connaissance du grec au haut Moyen Age à partir de quelques exemples isolés. Tout cela conduit à un exposé de seconde main qui ignore toute recherche nouvelle - notons que le titre même de son livre est emprunté à un article de Coloman Viola… paru en 1967 ! Certains éléments du livre sont certes incontestables, mais ce qui est présenté comme une révolution historiographique relève d’une parfaite banalité.

On sait depuis longtemps que les chrétiens arabes, comme Hunayn Ibn Ishaq, jouèrent un rôle décisif dans les traductions du grec au IXe siècle. De plus, contrairement aux affirmations de l’auteur, le fameux Jacques de Venise figure aussi bien dans les manuels d’histoire culturelle, comme ceux de Jacques Verger ou de Jean-Philippe Genet, que dans ceux d’histoire de la philosophie, tel celui d’Alain de Libera, la Philosophie médiévale, où l’on lit : «L’Aristote gréco-latin est acquis en deux étapes. Il y a d’abord celui de la période tardo-antique et du haut Moyen Age, l’Aristote de Boèce, puis, au XIIe siècle, les nouvelles traductions gréco-latines de Jacques de Venise.» La rhétorique du livre s’appuie sur une série de raisonnements fallacieux. Des contradictions notamment : Charlemagne est crédité d’une correction des évangiles grecs, avant que l’auteur ne rappelle plus loin qu’il sait à peine lire ; la science moderne naît tantôt au XVIe siècle, tantôt au XIIIe siècle. Le procédé du «deux poids, deux mesures» est récurrent : il reproche à Avicenne et Averroès de n’avoir pas su le grec, mais pas à Abélard ou à Thomas d’Aquin, mentionne les réactions antiscientifiques et antiphilosophiques des musulmans, alors que pour les chrétiens, toute pensée serait issue d’une foi appuyée sur la raison inspirée par Anselme - les interdictions d’Aristote, voulues par les autorités ecclésiastiques, n’ont-elles pas existé aux débuts de l’Université à Paris ? La critique des sources est dissymétrique : les chroniqueurs occidentaux sont pris au pied de la lettre, tandis que les sources arabes sont l’objet d’une hypercritique. L’auteur enfin imagine des thèses qu’aucun chercheur sérieux n’a jamais soutenues (par exemple, «que les musulmans aient volontairement transmis ce savoir antique aux chrétiens est une pure vue de l’esprit»), qu’il lui est facile de réfuter pour faire valoir l’importance de sa «révision».

Au final, des pans entiers de recherches et des sources bien connues sont effacés, afin de permettre à l’auteur de déboucher sur des thèses qui relèvent de la pure idéologie. Le christianisme serait le moteur de l’appropriation du savoir grec, ce qui reposerait sur le fait que les Evangiles ont été écrits en grec - passant sous silence le rôle de la Rome païenne. L’Europe aurait ensuite réussi à récupérer le savoir grec «par ses propres moyens». Par cette formule, le monde byzantin et les arabes chrétiens sont annexés à l’Europe, trahissant le présupposé identitaire de l’ouvrage : pour l’auteur, l’Europe éternelle s’identifie à la chrétienté, le «nous» du livre, même quand ses représentants vivent à Bagdad ou Damas. La fin du livre oppose des «civilisations» définies par la religion et la langue et ne pouvant que s’exclure mutuellement. L’ouvrage débouche alors sur un racisme culturel qui affirme que «dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. […] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie […] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu’elles défient presque toute traduction». On n’est alors plus surpris de découvrir que Sylvain Gouguenheim dit s’inspirer de la méthode de René Marchand (page 134), auteur, proche de l’extreme droite, de Mahomet : contre-enquête (L’Echiquier, 2006, cité dans la bibliographie) et de La France en danger d’Islam : entre Jihad et Reconquista (L’Âge d’Homme, 2002), qui figure en bonne place dans les remerciements. Il confirme ainsi que sa démarche n’a rien de scientifique : elle relève d’un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables.

Les premiers signataires:

Cyrille Aillet, Maître de conférences (MCF), histoire de l’islam médiéval, Un. de Lyon II
Etienne Anheim, MCF, histoire médiévale, Un. de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines
Sylvain Auroux, Directeur de recherches au CNRS
Louis-Jacques Bataillon (Dominicain), Commission Léonine pour l’édition critique des œuvres de Thomas d’Aquin, comité international pour l’édition de l’Aristote latin
Thomas Bénatouïl, MCF, histoire de la philosophie antique, Un. de Nancy II
Luca Bianchi, Centro per lo studio del pensiero filosofico del Cinquecento e del Seicento, CNR, Milano
Joël Biard, Professeur, philosophie médiévale, Un. de Tours
Patrick Boucheron, MCF, histoire médiévale, Un. de Paris I, IUF
Jean-Patrice Boudet, Professeur, histoire médiévale, Un. d’Orléans
Alain Boureau, Directeur d’études, histoire médiévale, EHESS
Jean-Baptiste Brenet, MCF, Philosophie médiévale, Un. de Paris X
Charles Burnett, Professor, history of arabic/islamic influence in Europe, Warburg Institute, London
Philippe Büttgen, Chargé de recherches, CNRS, Laboratoire d’études sur les monothéismes, Villejuif
Irène Caiazzo, Chargée de recherches, CNRS, Laboratoire d’études sur les monothéismes, rédactrice en chef des Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge
Barbara Cassin, Directrice de recherches au CNRS, dir. du centre Léon Robin
Laurent Cesalli, Assistant scientifique, Un. de Freiburg-im-Breisgau
Joël Chandelier, Ecole française de Rome (Moyen Âge)
Riccardo Chiaradonna, Professore associato, filosofia antica, Università di Roma III
Jacques Chiffoleau, Directeur d’études, histoire médiévale, EHESS
Jacques Dalarun, Directeur de recherches, CNRS, IRHT
Isabelle Draelants, Chargée de recherches, CNRS, UMR 7002, Un. de Nancy II
Anne-Marie Eddé, Directrice de recherches, CNRS, directrice de l’Institut de Recherches et d’Histoire des Textes (IRHT)
Sten Ebbesen, Institut du Moyen Age Grec et Latin, Copenhague
Luc Ferrier, Ingénieur d’études, histoire médiévale, CNRS, CRH (EHESS)
Kurt Flasch, Professeur émérite à l’Université de Bochum
Christian Förstel, Conservateur en chef de la section des manuscrits grecs, Bibliothèque Nationale de France
Dag N. Hasse, Institut für Philosophie, Lichtenberg-Professur der VolkswagenStiftung
Isabelle Heullant-Donat, Professeur, histoire médiévale, Un. de Reims
Dominique Iogna Prat, Directeur de recherches, histoire médiévale, CNRS, LAMOP
Charles Genequand, Professeur ordinaire, philosophie arabe, Un. de Genève
Jean-Philippe Genet, Professeur, histoire médiévale, Un. de Paris I
Carlo Ginzburg, Professore, Scuola Normale Superiore, Pisa
Christophe Grellard, MCF, Un. de Paris I
Benoît Grévin, Chargé de recherches, CNRS, LAMOP.
Ruedi Imbach, Professeur, philosophie médiévale, Un. de Paris IV
Catherine König-Pralong, Maître assistante, philosophie médiévale, Un. de Lausanne
Djamel Kouloughli, Directeur de Recherches au CNRS (UMR 7597)
Max Lejbowicz, Ingénieur d’études honoraire, CNRS, UMR 81 63, Univ. de Lille III
Alain de Libera, Professeur ordinaire, Un. de Genève, Directeur d’études à l’EPHE (Ve section)
John Marenbon, Professor, History of Medieval Philosophy, Trinity College, Cambridge
Christopher Martin, Professor, Philosophy department, Auckland University, Visiting Fellow All Souls College, Oxford
Annliese Nef, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris IV
Adriano Oliva (Dominicain), Chargé de recherches, CNRS, IRHT, Commission Léonine pour l’édition critique des œuvres de Thomas d’Aquin, comité international pour l’édition de l’Aristote latin
Christophe Picard, Professeur, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I
Sylvain Piron, MCF, histoire médiévale, EHESS
David Piché, Professeur adjoint, Département de Philosophie, Univ. de Montréal
Pasquale Porro, Professore ordinario di Storia della filosofia medievale, Universita di Bari
Marwan Rashed, Professeur, philosophie ancienne et médiévale, ENS Paris
Aurélien Robert, Membre de l’Ecole française de Rome (Moyen Âge)
Andrea Robiglio, Phil. Seminar, Univ. Freiburg-im-Breisgau ;
Irène Rosier-Catach, Directrice de recherches au CNRS (UMR 7597), Directrice d’études à l’EPHE (Ve section)
Martin Rueff, MCF, Théorie littéraire et esthétique, Un. de Paris VII
Jacob Schmutz, MCF, philosophie médiévale, Un. de Paris IV
Valérie Theis, MCF, histoire médiévale, Un. de Marne-la-Vallée
Mathieu Tillier, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. d’Aix-Marseille
Luisa Valente, Ricercatrice, Filosofia medievale, Università di Roma – La Sapienza
Dominique Valérian, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I
Eric Vallet, MCF, histoire de l’islam médiéval, Un. de Paris I.

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Message Publié : 30 Avr 2008 6:32 
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Inscription : 10 Avr 2002 17:08
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Ayant été l'élève de Sylvain Gouguenheim à l'université de Paris 1, je garde en tête un professeur passionant, gentil, agréable et ouvert, qui ne saurait être l'extrémiste que certains en font!


De toute façon, juger une œuvre ne revient pas à juger une personne: on peut être très sympathique et dire des âneries. Le débat n'est pas à ce niveau.

Citer :
Edit pour le message précédent : avant de juger il faut lire le livre. Je ne l'ais pas fait mais il faudrait le faire avant de s'avancer!


Je précise que pour ma part, je l'ai lu (et en ait d'ailleurs ici même recommandé la lecture à tous car c'est un ouvrage qui a le grand mérite de faire réfléchir) et que je l'ai d'ailleurs largement cité ici même dans mes critiques.

Citer :
Laisser à Gouguenheim, qui nie, le bénéfice du doute, ce serait par exemple, comme le fait en partie de Libera dans sa verte tribune, estimer que sa démarche relève manifestement de la facilité et de la non honnêteté intellectuelles : construire un spectre de toutes pièces pour mieux le pourfendre.


J'ai fait plus haut la même remarque que Libera, citation à l'appui: il me semble difficilement contestable que Gouguenheim se taille un adversaire sur mesure pour mieux le détruire ensuite, le problème est que c'est un adversaire fantasmé.

Citer :
Florian, vous sortez ici du débat sur le fond... Comment pouvez vous dire qu'il est "très vraisemblablement" de Sylvain Gougenheim ? Avez vous le début du commencement d'un début de preuve ? Ceci est le premier point.


Effectivement, et je l'ai dit, on n'en n'est pas sûr. Mais avouez que c'est surprenant, et que la disparition des dits messages (vieux de plusieurs années) ces derniers jours les rend encore plus suspects.

Citer :
Deuxièmement vous pouvez en tant que citoyen avoir les positions politiques que vous voulez en tant que citoyen. Mais en tant que chercheur ce sera sur vos travaux que vous devez être jugé et pas sur vos positions citoyennes. Son


Je suis entièrement d'accord, et j'irai même plus loin: on n'a pas à le juger sur un message posté sur internet c'est-à-dire de manière vraisemblablement assez rapide et irréfléchie. En tant que chercheur et internaute, il va de soi que j'ai pu poster ici même des messages dont je pourrai dire le contraire dans une étude rédigée de manière scientifique et dans un temps tout autre. Le problème ici n'est donc pas un délit d'opinion (Gouguenheim a le droit d'être nationaliste et islamophobe) mais un manque d'honnêteté intellectuelle: pourquoi cacher ses opinions politiques quand elles semblent pourtant un maillon essentielle pour comprendre la thèse de l'auteur (avouez que tout le passage du livre, très long, qui vise à prouver la validité de la notion d' "identité", passage au demeurant très intéressant, est éclairé d'un jour nouveau compte tenu du contexte politique français et de ce qui semble être les convictions politiques de l'auteur). Les historiens communistes n'ont jamais caché leur appartenance au parti.

Citer :
De plus si le livre n'est pas très convainquant sur la partie arabe c'est sur la partie européenne qu'il me séduit le plus et qu'est son principal intérêt.


Je suis à peu près du même avis, mais en même temps, ce qu'il dit pour l'Occident n'est pas franchement révolutionnaire (où l'on retrouve l'ennemi en carton qu'il se fabrique): quel historien sérieux a dit que les études classiques et l'intérêt pour l'Antiquité avaient totalement disparu d'Occident au Moyen Age ? Qui a dit que les musulmans avaient de leur propre initiative transmis à l'Occident l'héritage grec ? Personne.... et c'est bien là le problème du livre de Gouguenheim.

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Message Publié : 30 Avr 2008 12:46 
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Inscription : 10 Avr 2002 17:08
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Localisation : Paris
Contrairement au Monde et au Figaro, Libération a fait appel à un historien de métier pour rendre compte du livre de Gouguenheim. Voici donc la recension de Jean-Yves Grenier (directeur d'étude à l'EHESS):

Citer :
Aristote au Mont-Saint-Michel, savant et ambiguë

L'auteur de ce livre assure que l'héritage grec de l'Occident chrétien doit peu à l'islam, contrairement aux affirmations répandues.
Par Jean Yves Grenier

Quelle est la dette de l’Europe chrétienne à l’égard de la civilisation musulmane ? Aucune, ou presque, répond Sylvain Gouguenheim dans ce livre à la fois savant et polémique. La partie la plus solide de son argumentation consiste à s’inscrire en faux contre une idée très répandue dans l’historiographie selon laquelle l’essentiel de l’héritage de la Grèce classique a été transmis à l’Occident par l’intermédiaire des savants arabo-musulmans.

Ces derniers ont traduit les auteurs de l’antiquité du grec vers l’arabe et ces manuscrits, nombreux dans l’Espagne musulmane, ont ensuite été traduits en latin par des clercs et des savants chrétiens. L’auteur ne conteste bien sûr pas cette transmission, bien attestée, du savoir grec par la rive sud de la Méditerranée mais il considère que son importance a été beaucoup exagérée. La chrétienté médiévale aurait en effet eu une connaissance de la philosophie, de la science et de la médecine grecque grâce à un mouvement de traduction directe du grec vers le latin, « étonnant effort pluri-séculaire dont la constance et l’opiniâtreté témoignent de l’intime conviction que là résidait la matrice de sa civilisation ». La langue grecque, qui fût celle de la rédaction des Évangiles, n’a jamais perdu de son prestige au cours du Moyen-Âge, bien au contraire, même si sa connaissance a presque disparu. Une hypothèse centrale de l’auteur est que les relations entre le monde latin et l’Empire byzantin ont été plus importantes que ne le laissent supposer les sources disponibles. A Rome, on rencontre beaucoup de Grecs et de Syriaques et les monastères orientaux sont nombreux. Les livres y circulent et la bibliothèque du Latran, enrichie par les papes successifs, fut un centre de redistribution des œuvres grecs grâce à l’activité de nombreux copistes. Des traductions du grec au latin sont réalisées même si la plupart ont été perdues. Rome n’est pas unique et Sylvain Gouguenheim insiste sur la personne de Jacques de Venise, clerc italien qui vécut longtemps à Constantinople avant de devenir moine au Mont-Saint-Michel. C’est là qu’il traduisit en latin une bonne partie de l’œuvre d’Aristote du grec au latin, et ce dès le début du XIIème siècle, soit plusieurs décennies avant que la même opération ne se fasse à Tolède à partir de la version arabe. Le succès de ces traductions est considérable, des copies circulant en France du Nord en Angleterre et en Allemagne. La demande des abbés, des théologiens voire des légistes est forte ce qui prouve l’intérêt suscité par la physique et la métaphysique aristotéliciennes bien avant la fin du Moyen-Âge.

Les renaissances culturelles successives y puisent leur inspiration et elles ne seraient guère envisageables sans la mobilisation du savoir grec. Les clercs carolingiens, désireux d'avoir des textes précis pour réglementer la foi et l'Eglise, s'efforcèrent de mieux maîtriser le latin et sa grammaire, c'est-à-dire les principes de la logique, et Aristote fut ici d'un grand secours. Quant à la renaissance scientifique du XIIIe siècle, c'est la mobilisation du savoir antique qui la rendit possible.

Du côté du monde musulman, le tableau est bien différent. Sylvain Gouguenheim insiste sur le rôle plutôt passif des lettrés par rapport au savoir grec. La plupart d'entre eux ne connaissaient d’ailleurs pas le grec et ils furent initiés à ces auteurs grâce aux Syriaques (chrétiens orientaux) qui les traduisirent dans leur langue dès le IVe siècle, puis en arabe à partir du VIIe siècle et de l'occupation musulmane. La médecine arabe doit ainsi beaucoup à la médecine syriaque qui lui a donné, via les traductions, l'essentiel de son vocabulaire. Un personnage comme Hunayn ibn Ishaq, le "prince des traducteurs", illustre bien le multiculturalisme assez fascinant de ce milieu syriaque : arabe nestorien (donc chrétien), maîtrisant parfaitement l'arabe, le syriaque et le grec, il traduisit avec beaucoup d'intelligence la quasi-totalité de l'oeuvre d'Aristote.

Arrivé à ce point, Sylvain Gouguenheim élargit beaucoup sa problématique en s'interrogeant sur le lien entre islam et savoir grec. Son idée principale est que la Grèce était un monde radicalement étranger à l'islam, pour des raisons politiques (antagonisme avec l'Empire byzantin) et surtout culturelles. L’islam ne s'intéressa au savoir grec que dans la mesure où il était en accord avec les principes énoncés dans le Coran. Nul problème pour l'optique ou les mathématiques, domaines dans lesquels excellèrent les savants musulmans arabes et perses, mais pour le droit ou la philosophie, l'héritage grec dut passer au crible des principes religieux. L’analyse du mu'tazilisme est un bon exemple de la façon dont argumente notre auteur. Ce courant religieux du IXe siècle, défenseur de l'idée du libre arbitre de l'individu, est souvent présenté comme une réaction rationaliste contre certaines formes primitives de l'islam. Pour l'auteur, il ne s'agit en fait aucunement d'un thomisme avant la lettre mais plutôt du souci de mettre au service de la foi les ressources de la raison car, du fait de l'absolue rationalité du Coran, la philosophie peut aider à en comprendre le sens caché. Les mêmes raisons expliquent la très faible influence de la pensé politique d'Aristote. Le contraste est net avec la situation de l'Occident latin où les légistes des souverains ont au contraire mobilisé la Politique pour se soustraire au pouvoir temporel d'une papauté alors envahissante.

A travers la question de l’héritage grec, Sylvain Gouguenheim non sans raison met au cœur de sa réflexion les processus différents d’autonomisation des activités intellectuelles par rapport au religieux. D’évidence les deux mondes chrétien et musulman sous cet angle s’opposent. Mais cette grille de lecture n’est pas sans ambiguïté. S’il est en effet bien certain que la longue histoire culturelle de l’Europe est marquée par une lecture sans cesse remaniée de l’héritage de l’antiquité gréco-romaine, il est tout aussi certain que la pensée grecque a beaucoup moins fécondé la civilisation arabo-musulmane, elle-même influencée de son côté par des traditions orientales que l’occident n’a jamais connu. Constater cette différence ne doit pas conduire à opposer de façon caricaturale un orient islamique limité dès ses débuts aux principes coraniques et un occident chrétien très tôt tourné vers la rationalité. C’est finalement l’ultime paradoxe de cet ouvrage que de procéder à un jugement comparatif sur deux civilisations en usant du critère de l’hellénisation du savoir, procédé que l’auteur lui-même dénonce avec justesse dans les dernières pages comme une dérive ethnocentrique qui « dénature la civilisation musulmane ».


Le quotidien fait également écho à la polémique en cours sous la plume d'Eric Aeschimann:

Citer :
Aristote, un détour arabe contesté

Une nouvelle affaire secoue le milieu des historiens, autour d’une question d’apparence très pointue. Il s’agit de savoir à qui l’Occident chrétien doit d’avoir reçu l’héritage du rationalisme grec, et en particulier les textes d’Aristote, dont la diffusion en Europe à partir du XIIIe siècle joua un rôle décisif dans la préparation intellectuelle de la Renaissance. Aux Arabes, ainsi qu’on le dit souvent, parfois en simplifiant ? Ou à une «filière grecque»qui, de Byzance jusqu’aux monastères du XIIe siècle, conserva, fit circuler et, finalement, traduisit les grands auteurs de l’antiquité ? C’est en soutenant la deuxième thèse que l’historien Sylvain Gouguenheim a déclenché la polémique. Sorti début avril au Seuil, son livre, Aristote au Mont Saint-Michel, a suscité de vives réactions, notamment sous la forme d’une pétition signée par 54 historiens et philosophes que Libération publie aujourd’hui en pages Rebonds (lire page 32). Au moins deux autres textes, dont un «Appel aux enseignants, élèves et anciens élèves» (Ecole normale supérieure de Lyon), circulent actuellement.

Au-delà de la querelle d’historiens - les faits présentés par Gouguenheim comme des nouveautés sont connus depuis longtemps et l’importance qu’il leur accorde est contestée -, la vivacité des réactions s’explique par les conclusions auxquelles parvient l’auteur, lorsqu’il affirme, par exemple, que l’islam n’a non seulement pas eu le rôle qu’on lui prête, mais n’a pas su mettre à profit les penseurs grecs pour son propre développement en raison d’une incapacité structurale à accéder à une certaine forme de rationalité. La présence d’un essayiste ouvertement islamophobe parmi les personnes remerciées au début de l’ouvrage a alimenté une polémique qui prend parfois, dans le livre de Gougenheim autant que chez certains de ses détracteurs, des airs de procès d’intention mutuels.

Dans un entretien au Monde , Sylvain Gouguenheim s’est dit «bouleversé» et se défend de toute «critique de la civilisation arabo-musulmane».

«Le livre allie, sur un sujet délicat, deux risques : celui de la vulgarisation et celui de la polémique», reconnaît Laurence Devillairs, qui a supervisé la publication du livre dans la collection l’Univers historique, au Seuil. Hier, dans un communiqué, la maison d’édition a rappelé que sa vocation a toujours été de laisser «s ’exprimer des points de vue divergents, voire opposés», et s’est dit prête «à accueillir les auteurs qui […] souhaiteront, dans le respect de leurs adversaires, apporter leurs contributions au débat.»

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Message Publié : 30 Avr 2008 19:15 
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Philippe de Commines
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Si j'ai bien lu, le texte de JY Grenier me semble aller dans le sens de l'auteur, sur le fond.

PS : j'ai lu quelque part que l'ouvrage serait épuisé et en attente de réimpression. C'est inexact : il est disponible sur Amazon, et dans ma petite fnac de quartier, il y en avait 5 exemplaires cet après-midi.

_________________
Les facultés de conceptualisation de l'empereur Constantin paraissent avoir été très limitées ; malgré de longues séances, les évêques ne semblent pas avoir réussi à lui faire bien comprendre la différence qui séparait l'orthodoxie de l'arianisme. (Y. Le Bohec)

Bref, un homme "au front étroit mais à la forte mâchoire" (J.P. Callu)


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Message Publié : 30 Avr 2008 19:48 
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Philippe de Commines
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En relisant tout ce fil, je note les extraits suivants qui me font bondir ; j'avais dû les survoler trop vite la première fois :

Alain de Libera a écrit :
Le « creuset chrétien médiéval », « fruit des héritages d’Athènes et de Jérusalem », qui a « créé, nous dit Benoît XVI, l’Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l’Europe », est d’un froid glacial,
[...]
Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » et aux caves du Vatican.


Qu'est-ce que c'est que cette histoire de froid glacial ? Est-ce à dire que la culture gréco-romaine est d'un "froid glacial" ? Qu'elle mène à la fermeture et au fascisme ?
Je ne comprends pas ce type de propos à l'emporte-pièce, purement idéologique, de la part de quelqu'un qui se dit historien et philosophe.
Ca ne nous intéresse pas de savoir quel est son fantasme d'Europe idéale. On attend de lui, dans le rôle qui est le sien, de nous faire connaître au plus près la vérité historique. Et si ladite vérité ne colle pas avec son idéal ou ses opinions, soit il change d'opinion, soit il change de métier...

quant à :
Alain de Libera a écrit :
nous les bons chrétiens soucieux de ré-helléniser le christianisme pour oublier la Réforme et les Lumières. Je ne suis pas de ce nous-là.

Là je suis perdu pour de bon. D'une part, qu'est ce que ça vient faire là ? Et d'autre part, il ne m'avait jamais semblé que les Lumières étaient en réaction ou en opposition à l'héritage philosophique grec, j'ai dû rater une marche quelque part...

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Les facultés de conceptualisation de l'empereur Constantin paraissent avoir été très limitées ; malgré de longues séances, les évêques ne semblent pas avoir réussi à lui faire bien comprendre la différence qui séparait l'orthodoxie de l'arianisme. (Y. Le Bohec)

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Message Publié : 30 Avr 2008 22:25 
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Citer :
Si j'ai bien lu, le texte de JY Grenier me semble aller dans le sens de l'auteur, sur le fond.


Comme je l'ai déjà dit, la thèse de fond est convaincante et difficilement contestable car elle se contente finalement de dire une banalité: le Moyen Age occidental n'est pas un âge de sombre obscurantisme et l'Occident n'a pas été sorti de sa pseudo-torpeur par une intervention volontaire et magnanime du monde musulman. Comment peut-on être contre cette thèse? Ce qui fait problème, c'est le dénigrement de l'Islam auquel l'auteur a recours pour la défendre.

Citer :
j'ai lu quelque part que l'ouvrage serait épuisé et en attente de réimpression. C'est inexact : il est disponible sur Amazon, et dans ma petite fnac de quartier, il y en avait 5 exemplaires cet après-midi.



C'est tout à fait vrai: j'en ai vu des exemplaires dans toutes les librairies parisiennes que j'ai visité ces derniers jours.

La référence au ministère de l'identité nationale n'est pas tout à fait hors-sujet car comme je l'ai signalé, Gouguenheim consacre un long (et intéressant) passage de son livre à expliquer en quoi la notion d'identité est une réalité, et une réalité importante pour l'historien.

Citer :
On attend de lui, dans le rôle qui est le sien, de nous faire connaître au plus près la vérité historique.


Sur un tel sujet (l'identité de l'Europe), je ne crois pas qu'on puisse prétendre atteindre des "vérités", et encore moins une "vérité historique". N'est-il pas préférable (comme le fait Libera) d'annoncer la couleur plutôt que, comme Gouguenheim, de prétendre délivrer une "vérité" historique en cachant les convictions politiques qui la sous-tendent?

Citer :
Là je suis perdu pour de bon. D'une part, qu'est ce que ça vient faire là ? Et d'autre part, il ne m'avait jamais semblé que les Lumières étaient en réaction ou en opposition à l'héritage philosophique grec, j'ai dû rater une marche quelque part...


Lorsqu'il parle d'une ré-hellénisation du catholicisme, il veut je pense parler d'un retour aux sources (avant les "déviances" modernes).

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Message Publié : 01 Mai 2008 8:48 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 13 Jan 2007 20:12
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Huyustus a écrit :
quant à :
Alain de Libera a écrit :
nous les bons chrétiens soucieux de ré-helléniser le christianisme pour oublier la Réforme et les Lumières. Je ne suis pas de ce nous-là.

Là je suis perdu pour de bon. D'une part, qu'est ce que ça vient faire là ? Et d'autre part, il ne m'avait jamais semblé que les Lumières étaient en réaction ou en opposition à l'héritage philosophique grec, j'ai dû rater une marche quelque part...

Je pense aussi à une allusion aux nouvelles recherches sur les origines du christianisme amorcées à la Renaissance, en particulier le retour aux sources en langue hébraïque, afin de ne pas se contenter du passage _ et forcément de l'altération _ par le latin et le grec, mais de pouvoir confronter les différentes versions des mêmes textes et réfléchir au(x) sens qu'on peut en tirer. La Réforme en particulier, suivie par les Lumières, ont cherché à mettre en avant les origines sémitiques du christianisme, en réaction au catholicisme tridentin accroché aux seules sources gréco-latines (voir à ce propos Une difficile fidélité, catholiques malgré le concile en France, XVIe-XVIIe siècles, de Thierry Wanegffelen, qui étudie magistralement les mécanismes qui poussent des adversaires_ catholiques, luthériens et calvinistes_ à se refermer sur une seule doctrine, simplement parce que celui d'en face présente une alternative, et que c'est celui d'en face !).
Cependant, il est vrai qu'il s'agit d'un jugement un peu rapide sur ce qu'est la Réforme et ce que sont les Lumières (qui ont aussi leur côté très rigide et fermé de la Raison triomphante, celui-là même qui donne la Flûte enchantée avec son image d'une femme hystérique toujours prête à se plaindre, crier et hurler mais certainement pas à réfléchir ni agir ! Pourtant, quelle belle musique !).

Mais plutôt que de chercher à savoir qui a transmis quoi à qui, ce qui est somme toute assez facile à déterminer, je trouve plus stimulant de s'interroger sur les choix faits par les différentes civilisations de s'intéresser à tel ou tel trait d'une autre civilisation, et de l'intégrer à la sienne propre : des choix qui n'ont rien d'évident, ni d'unanime, ni de définitif, qu'on peut revendiquer comme ayant toujours fait partie de soi, tant on y adhère, ou sur lesquels on peut revenir. En d'autres termes, que signifie revendiquer exclusivement l'héritage "gréco-latin" à notre époque ? Est-ce que ça a le même sens pour un homme du XIIe siècle ou pour un autre du XVIe ? Et qui est donc concerné par la question et par un ensemble de valeurs ? Une classe de lettrés ou toute une population ? Et si c'est toute une population, comment adhère-t-elle à cet ensemble de valeurs ? etc, etc, etc...

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Message Publié : 01 Mai 2008 9:33 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 30 Avr 2008 5:01
Message(s) : 5
Citer :
Plutôt que de chercher à savoir qui a transmis quoi à qui, ce qui est somme toute assez facile à déterminer, je trouve plus stimulant de s'interroger sur les choix faits par les différentes civilisations de s'intéresser à tel ou tel trait d'une autre civilisation, et de l'intégrer à la sienne propre : des choix qui n'ont rien d'évident, ni d'unanime, ni de définitif, qu'on peut revendiquer comme ayant toujours fait partie de soi, tant on y adhère, ou sur lesquels on peut revenir. En d'autres termes, que signifie revendiquer exclusivement l'héritage "gréco-latin" à notre époque ? Est-ce que ça a le même sens pour un homme du XIIe siècle ou pour un autre du XVIe ? Et qui est donc concerné par la question et par un ensemble de valeurs ? Une classe de lettrés ou toute une population ? Et si c'est toute une population, comment adhère-t-elle à cet ensemble de valeurs ? etc, etc, etc...

Ces questions sont tout à fait pertinentes, je suis tout à fait d'accord avec vous mais si vous me le permettez je mettrais quand même un petit bémol pour les traductions en arabe quand vous dites ce qui est somme toute facile car on est loin d'avoir bien compris ce qui a été au juste traduit (si l'on prend en compte tous les philosophes et scientifiques). Si nous n'avons aucun doute sur certains textes d'Aristote par exemple, le cas est plus confus pour Platon et une foule d'autres auteurs. On est loin d'avoir fini l'inventaire.

http://lespitzjaponais.hautetfort.com/


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Message Publié : 01 Mai 2008 16:34 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 01 Déc 2007 12:34
Message(s) : 707
Huyustus a écrit :
En relisant tout ce fil, je note les extraits suivants qui me font bondir ; j'avais dû les survoler trop vite la première fois :

Alain de Libera a écrit :
Le « creuset chrétien médiéval », « fruit des héritages d’Athènes et de Jérusalem », qui a « créé, nous dit Benoît XVI, l’Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l’Europe », est d’un froid glacial,
[...]
Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » et aux caves du Vatican.


Ce que Alain de Libera semble vouloir affirmer en l'occurence à travers ces extraits, c'est le fait que l'héritage, les racines de l'Europe ne sont pas uniquement chrétiennes. Ce que l'actuel Pape semble penser fortement. Et ceci est une forme de sectarisme plus que prononcé, une vision de la notion de ''civilisation européenne'' plus que restreinte et surtout fausse.

L'Europe a des racines paiennes, grecques, latines, juives, musulmanes... L'Europe en tant que ''civilisation'' a connu ses différents apports au fil des siècles. Et n'avoir qu'une seule et une unique sorte de vision fortement centrée sur le Christianisme, basée sur des socles judéo-grecques est une erreur historique.

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''L'histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir, mais, associée à l'indépendance d'esprit, elle peut nous aider à mieux voir.'' Paul Valéry


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