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Message Publié : 22 Mars 2010 23:11 
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Polybe
Polybe

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L'auteur musulman Youssef Girard a récemment publié cet article affirmant que la France a tenté d'éradiquer l'islam en Algérie, particulièrement au début de la période coloniale... à la fois dans le but de christianiser l'Algérie, et par crainte que la contestation ne s'organise à partir des mosquées.

Il me semble qu'il y a eu 2 phases: Au 19ème siècle il y a une réelle tentative de désislamiser (peut-être plus que christianiser) l'Algérie, puis devant l'échec relatif de cette tentative, l'objectif est devenu d'affaiblir l'islam qui devenait un moteur de la contestation.

Citer :
Eradiquer l’Islam : politique française dans l’Algérie colonisée
Par Youssef Girard


(...) Cette politique d’éradication de l’Islam fut particulièrement prégnante en Algérie après l’invasion française de 1830. Charles X partit à la conquête de l’Algérie avec le soutien du Pape et de l’Eglise catholique ce qui transformait l’action de l’armée française en une lutte de la chrétienté contre l’Islam dans la filiation directe des croisades. Débarqué à Alger, le général de Bourmont, s’adressant aux aumôniers militaires au cours d’une cérémonie religieuse, déclarait : « Vous venez de rouvrir avec nous la porte du christianisme en Afrique. Espérons qu’il y viendra bientôt faire refleurir la civilisation chrétienne qui s’est éteinte » [1].

Nonobstant cet esprit de croisade, le 5 juillet 1830, la convention signée entre le général de Bourmont et le Bey d’Alger, engageait la France à respecter la liberté de tous les habitants de l’Algérie, leur religion et leur propriété.

Deux mois après la prise d’Alger et malgré la convention signée par le général de Bourmont, le général Clauzel inaugura une politique de lutte contre la religion musulmane en la privant de ses moyens d'existence par la confiscation des biens habous. Environ deux millions d'hectares de terre furent confisqués et plusieurs dizaines de mosquées furent fermées. Un grand nombre de cimetières furent labourés afin de les transformer en terres arables pour les colons. Les religieux, qui refusaient de faciliter ces confiscations, furent voués à l'internement et à l'exil, comme le mufti malékite Belkebabti qui fut déporté puis emprisonné en Corse avant d'être expulsé à Alexandrie en 1848 [2].

Dans sa politique de terre brûlée, la France détruisit nombre d’édifices du patrimoine architectural de l’Islam algérien. Un plan visant à la destruction d’une grande partie de la ville d’Alger fut conçu dès octobre 1830. Cette politique visait à l’européanisation de la capitale algérienne en facilitant sa colonisation par les occidentaux fraichement débarqués. La mosquée as-Sayyida fut détruite en 1832 par les services du génie lors de la création de la place du gouvernement. La même année, la mosquée Ketchaoua, bâtie en 1794 par le Dey Baba Hassan, fut transformée en lieu de culte catholique. Par la suite, les principaux édifices islamiques d’Alger furent détruits : le mausolée de Sidi Abdelkader al-Djilani, la mosquée Mezzo-Morto, construite vers 1685 par al-Hadj Hussein, un Italien converti à l’islam, la mosquée Khédar-Pacha, la zaouïa Ketchaoua, édifiée en 1786 par al-Hadj Mohamed Khodja Makatadji, la mosquée ach-Chemaïn, la mosquée d’Aïn al-Hamra, la mosquée Ben Négro, la mosquée d’al-Mocella, la zaouïa de Sidi Amar at-Tennessi, construite au XVème siècle.

Le résultat de cette politique d’éradication de l’Islam de la ville d’Alger était clairement remarquable dans le paysage : en 1830 Alger renfermait 13 grandes mosquées, 109 petites mosquées, 32 « chapelles » et 12 zaouïas. En 1862, il ne restait plus que 4 grandes mosquées, 8 petites et 9 « chapelles » [3].

(...)
Dans les autres villes d’Algérie, la même politique d’éradication de l’Islam fut menée par la destruction d’édifices religieux. Avant la conquête, Annaba comptait 30 mosquées et 2 zaouïas, toutes pourvues d’écoles. Suite à l’occupation de la ville, 22 mosquées disparurent dans les démolitions. Pour celles restées encore debout, seules 2 avaient conservé une école. La mosquée Abou Merouane, centre de rayonnement culturel et scientifique construit au XIème siècle, fut confisquée et interdite aux fidèles musulmans. Les calligraphies ornant la mosquée et la médersa furent détruites. Après avoir usurpé l’édifice, les autorités françaises le transformèrent en hôpital militaire. Dans la même ville, le mausolée de Sidi Brahim at-Toumi et ses mosquées, construites au XVIIème siècle, furent confisqués et interdits d’accès à la population musulmane. Les lieux devinrent une sorte de cantonnement permanent pour l’armée d’occupation. A Bejaïa, la mosquée de la Casbah fut transformée en hôpital.

Décrivant l’impact de cette politique sur les Algériens, en 1847, le général de Lamoricière expliquait : « une fois installés à Alger, nous avons pris les collèges pour les changer en magasins, casernes ou écuries. Nous avons fait main basse sur les biens des mosquées et des collèges. On prétendait appliquer au peuple arabe les principes de la Révolution française. Malheureusement, les musulmans n’ont vu là qu’une attaque brutale à leur religion et un manque de foi » [4].

Les écoles musulmanes, qui enseignaient le Coran et la langue arabe, disparurent progressivement sous la pression de l’administration française. La confiscation des biens habous soustrayait les sources de revenu qui permettait leur fonctionnement. La dispersion des enseignants du fait de la conquête privaient les médersas du personnel compétant nécessaire à leur activité. Dans un rapport officiel, l’administrateur civil d’Alger Genty de Bussy déclarait « savoir que plus de 80 écoles existaient à Alger avant la conquête, qu’elles ont été réduites de moitié par l’émigration des instituteurs, des grandes familles et par l’occupation de plusieurs classes, entendons de plusieurs mosquées » [5].


Les divers changements de régimes que la France connut au XIXème siècle, ne changèrent pas fondamentalement la politique que ses régimes et ses gouvernements mirent en place vis-à-vis de la l’Islam en Algérie. Suivant les mots de Gambetta affirmant que « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation », la République continua à soutenir l’Eglise dans sa politique d’évangélisation menée, notamment, par le fondateur de la société des Pères Blancs, le cardinal Lavigerie. En 1892, à la mort du cardinal Lavigerie, la République française lui organisa des funérailles nationales en récompense des services rendus à la chrétienté.
(...)

L'article en entier sur ce lien:
http://ism-france.org/news/article.php? ... pe=analyse


[1] Intervention de Messaoud Boukadoum à l’assemblée nationale française le 20 août 1947, in. Djamel Eddine Derdour, De l’Etoile Nord-Africaine à l’indépendance, Alger, Ed. Hammoud, 2001, pages 143-151
[2] Sellam Sadek, « Conquête de l'Algérie : crimes de guerre et crimes contre l'humanité », in. Parler des camps, penser les génocides, Paris, Albin Michel, 1999.
[3] Mahsas Ahmed, Le mouvement révolutionnaire en Algérie, De la 1ière guerre mondiale à 1954, Alger, el-Maarifa, 2007, page 334
[4] Hadj Ali Smaïl, « La mission civilisatrice, un processus de décivilisation », El Watan, 26 février 2007, URL :
[5] Ibid.


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Message Publié : 22 Mars 2010 23:43 
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Polybe
Polybe

Inscription : 12 Sep 2007 15:16
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Edit:
Je voulais dire:
Citer :
Il me semble qu'il y a eu 2 phases: Au 19ème siècle il y a une réelle tentative de désislamiser l'Algérie, puis devant l'échec relatif de cette tentative, l'objectif est devenu de contrôler l'islam qui devenait un moteur de la contestation.


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Message Publié : 23 Mars 2010 10:24 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 14 Avr 2005 10:11
Message(s) : 2079
L'attitude de la IIIème république vis à vis du catholicisme n'a rien à envier cette soit disant politique vis à vis de l'Islam. C'est même la première fois que j'entends parler de cette dernière.

Une simple citation de cet article me fait douter du sérieux du reste
Citer :
Charles X partit à la conquête de l’Algérie avec le soutien du Pape et de l’Eglise catholique ce qui transformait l’action de l’armée française en une lutte de la chrétienté contre l’Islam dans la filiation directe des croisades.

_________________
« Étudiez comme si vous deviez vivre toujours ; vivez comme si vous deviez mourir demain. » Isidore de Séville


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Message Publié : 23 Mars 2010 11:57 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 05 Déc 2009 16:42
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Isidore a écrit :
L'attitude de la IIIème république vis à vis du catholicisme n'a rien à envier cette soit disant politique vis à vis de l'Islam. C'est même la première fois que j'entends parler de cette dernière.

Une simple citation de cet article me fait douter du sérieux du reste
Citer :
Charles X partit à la conquête de l’Algérie avec le soutien du Pape et de l’Eglise catholique ce qui transformait l’action de l’armée française en une lutte de la chrétienté contre l’Islam dans la filiation directe des croisades.


Cette citation m'a également fait tiquer. Selon mes sources (Munro Price - Louis Philippe - 2009), c'est essentiellement la crise politique de 1829 / 1830 qui a conduit le Gouvernement Polignac à préparer l'invasion d'Alger afin de gagner en popularité. Une autre raison, valable, consistait à stopper les raids des pirates algériens. Il y avait enfin des embrouilles commerciales sur le prix de la fourniture de blé à Napoléon en Egypte en 1798 et sur des concessions en Algérie, avec ce fameux soufflet du Dey d'Alger au consul (selon Munro Price, le Dey frappe à trois reprises la manche du consul avec son chasse mouche, tirant cette anecdote de Bertier de Sauvigny, La Restauration, 1955).


Bref, l'ouverture de l'article reproduit semble extrêmement simpliste. Et contestable: pourquoi placer la religion au coeur des conflits, surtout quand elle semble n'avoir qu'un rôle secondaire de légitimation ?



Maintenant je découvre, comme toujours avec une certaine horreur, l'ampleur des destructions et donc des humiliations liées à la politique coloniale en Algérie. Mais il m'a toujours semblé que ces politiques étaient plus le faits des colons eux-mêmes et de leurs appuis gouvernementaux en métropole.


Parler de politique française d'éradication de l'Islam est une conclusion bien plus tranchée que les développements qui y amènent. Veut-on jeter de l'huile sur le feu ?


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Message Publié : 23 Mars 2010 15:51 
Comme vu dans un autre topic, la présence française n'a fait que renforcer l'appartenance à l'Islam chez les Arabes et les Berbères.


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Message Publié : 23 Mars 2010 19:10 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 16 Jan 2010 19:18
Message(s) : 2873
La France en 1830 avait été encouragée à intervenir par les différents états européens qui pour les raisons les plus diverses ne voyaient que des intérêts y compris les Anglais (Wellington pensait que les Français s'y casseraient les dents et que de toute manière ça éviterait à l'armée française de s'engager en Europe...La Russie ,que ça affaiblirait l'Empire Turc : elle proposa même des "conseillers militaires"....)


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