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Message Publié : 27 Jan 2008 9:58 
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Même si je réponds assez tard à la question, j'aimerais apporter ma contribution aux réponses déjà données.

Je suis d'accord avec Jean-Claude, la révocation de l'édit de Nantes n'est certainement pas le meilleur acte que le souverain ait pû faire.
Seulement, étant donné le caractère de Louis XIV, déjà faisant preuve jeune d'une tolérance limitée à quelconque endroit, ainsi que son éducation fortement catholique ( les rois se devaient je crois de défendre la religion de leur pays, qui pratiquement tous considéraient comme seule religion à avoir au monde pour les peuples), et sa dernière maîtresse et épouse, Madame de Maintenon, qui, même si elle ne l'a peut-être pas vraiment influencé, l'aura fait réfléchir par son catholicisme pur et dur, on peut dire que le souverain avait tout de même quelques motivations bien à lui et qui apparemment lui suffisaient. Je pense qu'il croyait bien faire étant données toutes ses raisons.

Ce qui, je suis d'accord, n'est qu'une maigre excuse et n'effacera jamais les persécutions qu'ont subis les protestants, mais qui j'espère sera pris en compte.


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Message Publié : 27 Jan 2008 11:45 
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Thucydide
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Il est bien facile de juger avec nos valeurs d'hommes du XXIe siècle. sauf que ce n'est pas le travail des historiens et que l'on aboutit par ce biais à des anachronismes flagrants. Comprendre les faits, c'est d'abord se replacer dans l'époque et cerner au plus près les mentalités. Comprendre n'est pas justifier mais permet de replacer les faits dans leur contexte.
Quelques points donc :
- on ne peut comprendre la révocation de l'Edit de nantes sans avoir conscience combien les français de l'époque sont imprégnés par le fait religieux et par leurs croyances. toutes les études testamentaires sont sur ce point en convergence et le Salut est une préoccupation majeure pour tous.
- le roi est comptable du Salut de ses sujets. Et il y croit comme fer, comme tous ceux qui l'entourent. Se refuser à admettre un tel point, c'est tomber dans le calcul politique permanent et le machiavélisme systématique. elément essentiel à la religiosité du roi, le serment du Sacre, par lequel il a juré d'extirper l'hérésie de son royaume. d'aucuns le lui rappelleront suffisamment. Ne pas le faire, c'est mettre en danger son propre salut. On sait d'ailleurs qu'un siècle plus tard, pronoçant ce même serment, Louis XVI se contentera de bredouiller des mors incompréhensibles quand viendra ce passage relatif à l'hérésie.
- pour le roi, l'unité religieuse n'est donc pas qu'une question politique, il lui appartient de remettre ses sujets sur le droit chemin. La tolérance religieuse n'est d'ailleurs nulle part dans l'esprit du temps, la france constituant même une anomalie au regard des autres états, Espagne, Italie, Empire, où règne toujours le "Cujus princep, cujus religio" avec les mouvements de population qu'il a entraîné au siècle précédent, Provinces Unies qui en ce domaine font très fort niveau intolérance ou Angleterre, pays dans lequel le droit de pratiquer la religion de son choix est à géométrie variable. On peut certes regretter que la France n'ait pas poursuivie dans l'esprit de tolérance, on peut aussi le comprendre.
- il n'y a qu'à lire les témoignages de tous ces feux de joie qui se sont allumés partout dans le pays à l'annonce de la signature de l'Edit de Fontainebleau pour comprendre combien le Roi est sorti grandi auprès de l'écrasante majorité de ses sujets. La plupart des travaux récents sur le sentiment d'unité nationale qui s'est fortement installée dans le royaume dans la dernière partie du règne mettent l'accent sur la révocation et l'unité religieuse comme catalyseur.
- comme cela a été signalé plus haut, la perception actuelle du mouvement migratoire a beaucoup été corrigée. pas seulement parce que l'on a commencé à s'intéresser au mouvement migratoire inverse des catholiques persécutés aux provinces Unies et en Angleterre (80.000 ?). L'exemple de l'évolution de l'économie de sedan par exemple va à l'encontre de l'idée longtemps admise sur ce point. d'autres territoires en revanche ont fortement souffert.
- l'Edit de Fontainebleau n'est signé que parce qu'à tort, le Roi pense que l'Edit de nantes n'a plus lieu d'être, tout simplement parce que les mesures prises depuis de nombreuses années font qu'il n'y pour lui pratiquement plus aucun protestant en france. Pour lui, les récalcitrants sont partis et en 1685 il croit encore en la réalité des conversions des Nouveaux catholiques. la lecture de tous les mémoires montés des provinces avant la signature de l'Edit de Fontainebleau est assez édifiante sur ce point.

Voila pour ces quelques éléments d'éclairage. Juste revenir sur un point, celui du centralisme louis quatorzien. il faudrait peut être aussi réfléchir un peu et s'informer ailleurs que sur le Point, comme cela a été dit. Réfléchir et m'expliquer comment on peut mener une politique de centralisme avec une vingtaine d'intendants ayant chacun une moyenne de 2 ou 3 subdélégués ? Comment M. de Pomereu, par exemple, 1er intendant arrivant en Bretagne avec ses malles par la diligence de Paris aurait pu conduire avant l'heure la politique centralisatrice jacobine.
Toutes les études récentes sur les etats provinciaux, les gouverneurs, les parlements, et les élites locales, montrent l'étroite coopération (on admet désormais l'idée de compromis avec les élites), bien éloignée de la vision développée par l'historiographie du XIXe siècle et du début du XXe...
.


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Message Publié : 27 Jan 2008 16:22 
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Bonjour,
Jean-Claude a écrit :

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cela. Depuis les années 60 et les travaux de Scoville, repris et répandu par Yardeni, on sait que l'exil des protestants a certes été un grand coup au prestige royal, mais il n'a pas été la saignée que l'on a cru. En effet, les historiens ont souvent repris aveuglément les mémoires de Vauban et ceux des intendants pour l'éducation du duc de Bourgogne en 1698-1699, mais également les historiographes réfugiés, ce qui a eu pour conséquence d'exagérer les pertes pour la France et les gains pour le Refuge. Et il ne faut pas perdre de vue que bien souvent ce sont des indigents qui partent, ce qui ne fait subir à l'économie française aucun préjudice.


Je viens de découvrit ce fil et bien entendu il m'intéresse beaucoup. Je ne suis pas un spécialiste de la période " grand siècle ", mais je me suis intéressé à la venue des huguenots français à Berlin. Je peux dire qu'ils ont laissé une trace indélébile dans tous les secteurs de la société.
Si je me suis permis de vous citer, Jean-CLaude, c'est que je pense que l'apport des huguenots français sur la vie, la société berlinoise fut immense. Ce n'est pas à vous que je vais apprendre que la majorité de ces exilés venaient de la région messine et qu'ils s'étaient installés dans une banlieue berlinoise, où ils firent pousser des légumes inconnus ici (ex :l'asperge qui est devenu le légumes roi pour les berlinois) l'endroit a garder sa vocation maraîchère.
Je ne parle pas de l'architecture, de la joaillerie etc... même dans le dialecte berlinois. Voir ici les bâtiments relatant ce souvenir Französicher Dome, l'hôpital " la Charité ", Französicher Gymnasium etc..
Donc je pense une immigration bénéfique à tous points de vue, surtout pour la ville et le Brandenburg, qui sortaient exsangue de la guerre de trente ans.

Cordialement.

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Message Publié : 27 Jan 2008 16:48 
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Voila qui me parait replacer les choses à leur place.

Ce ne sont pas des 'indigents' ou des gens 'sans feu ni lieu' qui ont émigré mais des 'gens d'arts et Métiers'.

C'est a dire des gens possédant un savoir faire technique permettant de vivre de leur travail et souvent dans des activités lucratives.

Soulignons que beaucoup d'historiens soulignent que l'échec de la colonisation en Nouvelle France est due à l'impossibilité d'envoyer un population de gens de métiers autant qu'à la faiblesse de la Marine pour assurer les liaisons.

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"FORTUNA PERIT, FAMA MANET"


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Message Publié : 27 Jan 2008 17:43 
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Citer :
Voila qui me parait replacer les choses à leur place.

Ce ne sont pas des 'indigents' ou des gens 'sans feu ni lieu' qui ont émigré mais des 'gens d'arts et Métiers'.

N'extrapolez pas de la situation sociale et professionnelle de tous les émigrés protestants à partir des quelques 4 à 5000 huguenots qui se sont installés à Berlin, déjà citadins en France pour la plupart, aux 20 000 qui se sont installés ailleurs en Brandebourg, dans les campagnes, et encore moins aux 40 000 réfugiés dans les Etats allemands, sans parler des 200 000 au total qui quittent la France.
Et même pour Berlin, pour avoir, sous la direction on ne peut plus compétente de Jean-Claude, justement, visité à Metz en janvier 2007 l'exposition "Huguenots : de la Moselle à Berlin, les chemins de l’exil" , j'ai pu constater grâce aux documents exposés (objets de la vie quotidienne, documents d'archives, notamment les registres de naissances, mariage et sépultures) que la population huguenote était socialement très hétérogène; bien sûr, il y avait des lettrés et des artisans qualifiés, et il est logique que ceux-ci aient laissé des traces dans une ville dont ils représentaient une proportion très importante de la population, mais ils étaient loin de constituer la majorité des émigrés. De plus, (mais Jean-Claude pourra me reprendre sur ce point) il me semble qu'en ce qui concerne les huguenots plus que d'autres populations, il ne faut pas confondre instruction et statut social: beaucoup de pauvres protestants étaient plus instruits que la moyenne; la descendance de beaucoup d'entre eux, pauvre à l'origine, a pu évoluer favorablement, et participer à terme, aux XVIIIème et XIXème siècles, au rayonnement de Berlin tel que l'évoque Rapentat.

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Message Publié : 27 Jan 2008 19:21 
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Bonsoir,

Plantin-Moretus a écrit :
la population huguenote était socialement très hétérogène; bien sûr, il y avait des lettrés et des artisans qualifiés, et il est logique que ceux-ci aient laissé des traces dans une ville dont ils représentaient une proportion très importante de la population, mais ils étaient loin de constituer la majorité des émigrés.


Tout à fait d'accord avec vous, d'ailleurs Frédéric-Guillaume, le Grand Electeur, fait appel aux étrangers pour repeupler ses territoires dévastés par la guerre de trente ans, viendront des Hollandais et des autrichiens et aussi des français.
Si beaucoup de huguenots français sont venus après la révocation de l'édit de Nantes, c'est en partie grâce à l'édit de Potsdam qui leur propose de s'installer à Berlin-Brandebourg en leur proposant des conditions intéressantes
- immunité fiscale pendant quatre ans
- mise à disposition de maison désertée et de matériaux de construction
- inscription gratuite dans les corporations
- dispense de loger les soldats
On peut dire que pendant une centaine d'années, les français constitueront une minorité privilégiée, ils ont leur propre administration juridique et ecclésiastique. Un conseil " français " nommé par le souverain, qui s'occupe de la colonie. En 1709, un édit de naturalisation accorde aux huguenots l'égalité civique. Je pense que tout était réuni pour que ces " immigrés " se sentent le mieux possible et s'intègrent rapidement.

Cordialement.

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Message Publié : 27 Jan 2008 19:25 
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Philippe de Commines
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Je suis heureux de voir ce sujet remonter. Votre message, Ericc, est passionnant de bout en bout, mais je crois que vous vous focalisez trop sur des concepts très théoriques. Quand vous invoquez les testaments, certaines études montrent justement que les craintes relatives au Salut se font de plus en plus rares au XVIIe siècle (une étude sur les testaments de Loudun est en cours à ce propos).
La coexistence confessionnelle est un fait majeur et son étude montre que, très loin de l'intransigeance des clergés des deux bords et du pouvoir royal, il y avait des possibilités de vie commune et paisible. Un colloque, tenu à Lyon sur ce sujet en septembre 2006, le montre bien et ses actes paraîtront, sans doute en 2008, aux PU de la Sorbonne.
Mais je voudrais revenir sur ce passage de votre message:

Ericc a écrit :
La france constituant même une anomalie au regard des autres états, Espagne, Italie, Empire, où règne toujours le "Cujus princep, cujus religio" avec les mouvements de population qu'il a entraîné au siècle précédent, Provinces Unies qui en ce domaine font très fort niveau intolérance ou Angleterre, pays dans lequel le droit de pratiquer la religion de son choix est à géométrie variable. On peut certes regretter que la France n'ait pas poursuivie dans l'esprit de tolérance, on peut aussi le comprendre.


Comme je l'ai dit, je suis plutôt d'accord avec vous, même si je pense que vous vous placez trop sur le plan des idées. Mais sur ce point, il manque un élément important, qui explique que la Révocation ait paru aux hommes du temps comme une erreur et un acte inhumain (et j'insiste, ce sont les hommes de l'époque, protestants comme catholiques, qui le disent, donc on ne peut objecter un quelconque anachronisme): c'est que le principe cujus regio, ejus religio n'est pas respecté par Louis XIV. En effet, ce principe s'accompagne invariablement de ce que l'on appelle le jus emigrandi, le droit de quitter son pays pour rallier un pays dont le prince professe sa religion. Or l'édit de Fontainebleau exclut de façon explicite cette possibilité, ce qui apparaît aux yeux des huguenots totalement injuste. En lisant de nombreux témoignages, on se rend compte que la décision aurait sans doute été acceptée si le roi avait autorisé les départs. Mais cette décision force les protestants à être fidèle à leur foi ou à leur roi. Et cette alternative est très douloureuse pour des réformés qui, depuis que le roi est le seul garant de leur existence légale (en 1629 les places de sécurité son démantelées), sont parmi les plus fervents soutiens de l'absolutisme (même après la Révocation, des pasteurs comme Elie Merlat continuent à louer le roi de France).
De plus, dernier point qui achève de rendre la Révocation intolérable, c'est la ruse de Louis XIV. Car si l'on regarde bien, la Révocation ne force pas les réformés à se convertir. Mais on expulse les pasteurs (sauf s'ils veulent émigrer), on interdit le culte et, donc, on interdit aux réformés (y compris la famille des pasteurs qui partent) de quitter le royaume. Louis XIV est certain qu'ainsi, les conversions se feront simplement et naturellement. Mais c'est parce qu'il pensait comme un catholique, qui ne peut se passer ni de son clergé, ni de son culte. Or c'est tout à fait possible pour un réformé (en tout cas un certain temps). C'est ce qui amène le roi à employer la force et la dragonnade pour arriver à ses fins en 1686, ce qui achève de rendre la décision inique et brutale.


Enfin, j'aimerais répondre au message de Rapentat. Je suis bien évidemment entièrement d'accord avec vous. Pour avoir passé toute une année à étudier à Berlin sur l'apport des huguenots messins pour préparer une exposition (et je suis ravi qu'elle ait marqué Plantin-Moretus qui la cite), je crois pouvoir dire que cet apport fut décisif. Mais ni Metz comme lieu de départ, ni Berlin comme lieu d'arrivée ne sont représentatifs du mouvement général que fut le Refuge huguenot. Mes modestes travaux ont eu d'ailleurs pour but de montrer que, contrairement à ce qu'on peut dire, avec Scoville et Yardeni, sur la faiblesse de la perte économique française après la Révocation, ce fut une autre histoire dans le cas particulier de Metz, qui perd en 20 ans plus de 17% de sa population, essentiellement dans les domaines de l'artisanat et du commerce, accentuant l'évolution de Metz de ville commerçante en ville de garnison (ce qu'elle est plus ou moins restée jusque dans les années 1990).

Désolé pour ce message un peu long et merci à ceux qui l'auront lu jusqu'au bout :oops:

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Message Publié : 27 Jan 2008 19:27 
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Philippe de Commines
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Inscription : 26 Déc 2005 21:13
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Rapentat a écrit :
l'édit de Potsdam qui leur propose de s'installer à Berlin-Brandebourg en leur proposant des conditions intéressantes
- immunité fiscale pendant quatre ans
- mise à disposition de maison désertée et de matériaux de construction
- inscription gratuite dans les corporations
- dispense de loger les soldats.


Et puis, surtout peut-être, le droit de pratiquer leur culte en français et selon les principes de la Discipline des Eglises réformées de France.

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Message Publié : 28 Jan 2008 12:44 
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Thucydide
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Jean Claude, mon intervention n'était pas développée (pas de temps, hélas de trop m'impliquer dans vos débats), je souhaitais juste rappeler quelques faits qui me semblent essentiels à la compréhension de l'événement qui est en fait assez complexe dans ses ressorts et aboutissements et qui forme un tout. Les pistes données me semblent en effet importantes et parfois oubliées, c'est la raison pour laquelle je les ai indiquées, mais je ne prétend pas du tout qu'elles sont à elles seules la clé de la compréhension. Et encore une fois, elles ne sont pas destinées à émettre un jugement de valeur sur la révocation...

De même vous serez d'accord pour dire que l'Edit de Fontainebleau ne peut être appréhendé sans toutes les mesures préalables prises durant les cinq années précédentes. Encore une fois, c'est un tout.

Ce que vous dites est effectivement très intéressant, et demontre surtout une nouvelle fois, la diversité des situations dans le royaume qui rend assez difficile les généralisations simplificatrices. C'est valable pour cette question, c'est aussi valable pour beaucoup d'autres.
J'aimerais effectivement prendre connaissance de l'étude sur Metz. Vous devez probablement connaître celle sur Sedan, très éclairante et qui s'inscrit en faux sur la vision traditionnelle de la ruine économique, avec une reprise progressive des avant 1685, des activités protestantes par les catholiques, suivie d'une coexistence pacifique après 1685 mais avec un rapport de force inversé. Une une situation donnée, à un endroit donné...

De même quant aux lieux de "coexistence pacifique", là encore, diversité des situations. on en trouve effectivement, mais il en est d'autres (la région de Nimes notamment) où on est loin du compte avec une haine féroce des catholiques vis à vis des huguenots.

Sur l'appréciation de la révocation, petite divergence entre nous car je pense effectivement que sur le moment, on est très majoritairement loin de la voir comme une erreur et un acte inhumain et que les témoignages d'approbation de très nombreux "corps" ne sont pas des formules de rhétoriques forcées. Il me semble que ce n'est que progressivement dans les années qui suivent que la perception va se modifier, conduisant aux mesures prises à la fin du siècle : tout tourne alors, vous avez je crois raison de le signaler, sur les conversions "forcées" et sur le problème de conscience qui s'y trouve lié. Il est d'ailleurs intéressant de noter le décalage entre l'Eglise de France qui à chaque assemblée du clerge remettait la question sur le tapis et qui exulte en 1685, et l'accueil plus mesuré de Rome, justement en raison de cette question de la sincérité des conversions (bien que ce ne soit pas la seule raison comme en témoignent les travaux de l'assemblée de 1685 sur la profession de foi).

-Ainsi, vous avez raison de mentionner que l'Edit n'oblige pas à la conversion forcée. La sincérité des conversions est au coeur je pense de la question, tant pour la prise de décision de 1685 que pour le revirement ultérieur. Il est intéressant de relever les dépêches adressées au St Siège par Mgr Le Camus annonçant les 50.000 conversions "sincères " des Huguenots du Dauphiné, celles du Nonce Ranuzzi annonçant 400.000 conversions "sans recourir à la violence", sans parler on l'a je crois évoqué, des multiples dépêches triomphantes qui proviennent des intendants. Question : à quel point le Roi, ses ministres, le haut Clergé, le nonce, ont pu être si dupes de la réalité des conversions ?? je pense que nous ne pouvons y répondre, mais que ceci constitue un élément de compréhension des événements conduisant à la révocation.

Sur les testaments, je reste sceptique, me basant sur Vovelle, Chaunu, mais aussi sur mes propres dépouillements qui concernent une catégorie bien spécifique de la population (officiers de judicature). Que Loudun montre autre chose, soit, mais :
- n'est il pas hasardeux de généraliser sur le seul exemple de Loudun, qui me semble présenter une certaine spécificité ?

D'accord sur le fond quant au principe du jus emigranti, mais le Cujus regio n'est-il pas spécifique à l'Empire et dans ce cas en quoi Louis XIV y serait-il tenu ?
Encore une fois, je ne livre pas là d'interprétations globales, mais uniquement des pistes de réflexion...


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Message Publié : 28 Jan 2008 14:32 
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Merci pour ces précisions très intéressantes.

Comme beaucoup d'historiens amateur j'ai souvent lu la référence les émigres vers la Prusse et la perte de personnes qualifiées qui en est la conséquence

Votre message dit que l'exemple de Metz n'est pas forcement significatif.Pourquoi?

D'autres régions ou le Protestantisme était répandu ont elle été touchées par ce phénomène d'émigration? Je pense en particulier aux régions du Sud du Royaume.

D'autres Pays ont ils "bénéficié" également de cette émigration religieuse forcée.

Merci d'avance our vos lumières

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Message Publié : 28 Jan 2008 17:16 
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Philippe de Commines
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Ericc a écrit :
D'accord sur le fond quant au principe du jus emigranti, mais le Cujus regio n'est-il pas spécifique à l'Empire et dans ce cas en quoi Louis XIV y serait-il tenu ?
Encore une fois, je ne livre pas là d'interprétations globales, mais uniquement des pistes de réflexion...


Je réponds juste sur ce point, car finalement il est inutile de débattre sur le reste, qui est question d'interprétation et essentiellement dépendant du lieu d'où l'on observe (et étudiant le cas messin, il est évident que je ne puis prétendre à l'exemplarité, tant la communauté huguenote du lieu est pleine de particularismes liés aux conditions de rattachement de la ville à la France).
Mais donc pour en revenir au point du jus emigrandi, je suis d'accord avec vous, Louis XIV n'avait pas à l'appliquer. Mais il a souvent mis en avant le principe cujus regio, ejus religio. Or le jus emigrandi faisait partie intégrante de ce principe. Donc là, il y a une certaine part de mauvaise foi chez Louis XIV et, en tout cas, je ne faisais qu'imaginer une réaction moins excessive des huguenots si on leur avait laissé le choix de l'émigration.

Enfin, je termine quand même par la vision qu'ont les gens de la Révocation. Certes, il faut peut-être quelques années aux catholiques pour se rendre compte de l'erreur de Louis XIV (Vauban en est le meilleur exemple), mais certains catholiques, parfois des passeurs et même certains ecclésiastiques sont outrés (un exemple dans un article d'Yves Krumenacker, « « Un des mes amis, catholiques romain… », catholiques et protestants au temps des dragonnades », dans De l’humanisme aux Lumières, Bayle et le protestantisme : mélanges en l’honneur d’Elisabeth Labrousse, Paris, Universitas, 1996, p.67-75).

Pour le cas messin, je me permets de vous renvoyer à une série d'études réunies par Philippe Hoch, Huguenots. De la Moselle à Berlin, les chemins de l’exil, Metz, Éditions Serpenoise, 2006, 270p., qui a été publiée parallèlement à l'exposition du même nom.
Pour ce qui est de Sedan, je ne connais bien que l'ouvrage de Marc SCHEIDECKER et Gérard GAYOT aux éditions Champion. Mais effectivement, cela me semble un cas tout à fait intéressant.

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Message Publié : 28 Jan 2008 17:18 
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Philippe de Commines
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Roch donzella a écrit :
Comme beaucoup d'historiens amateur j'ai souvent lu la référence les émigres vers la Prusse et la perte de personnes qualifiées qui en est la conséquence

Votre message dit que l'exemple de Metz n'est pas forcement significatif.Pourquoi?


Vous m'avez mal compris. Je dis justement que le cas de Metz n'est pas représentatif à cause de départ de gens très importants et des retombées négatives pour la ville et positives pour le Brandebourg-Prusse. Le cas général, démontré par Yardeni après Scoville, c'est au contraire une économie française qui se remet fort bien de la Révocation et une économie brandebourgeoise qui n'en profite finalement pas tant que cela (je renvoie pour cela aux travaux très précis de Steffi Jersch-Wenzel).

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Message Publié : 28 Jan 2008 17:22 
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Merci pour ces préisions...

Cette discussion m'a donné envie d'en savoir plus sur ce sujet que je connais mal car je suis originaire d'une région ( la Corse) ou la Réforme a été pratiquement inconnue et qui ,de plus, n'etait pas française à l'époque de la Révocation de l'Edit de Nantes.

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Message Publié : 17 Sep 2008 14:12 
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Grégoire de Tours
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Une conférence à écouter ici :
1685 - La révocation de l'Edit de Nantes
Jean-Louis QUANTIN, directeur d'études à l'EPHE
Ouvrages récents : "Papes; princes et savants dans l'Europe moderne" - Ed. Droz (2006); "Le rigorisme chrétien" - Ed. Du Cerf (2001).


http://www.forumuniversitaire.com/confe ... t=Histoire


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Message Publié : 18 Sep 2008 4:23 
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Jean Mabillon
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Tiens, ce fil passionnant m'avait échapé...
Quelques remarques complémentaires:
- il convient de remettre cette Révocation dans son contexte, c'est-à-dire celle d'une volonté centralisante d'unification religieuse. On parle beaucoup de la Révocation (c'est un sujet médiatique) mais on parle beaucoup moins d'une autre intolérance religieuse, qui aura en réalité beaucoup plus de conséquences au XVIIIème siècle: la tentative de mise au pas du jansénisme. Louis XIV élague les branches "de droite" et "de gauche" pour obtenir un arbre homogène et uni. La Révocation est donc moins une intolérance vis-à-vis des Protestants (intolérance bien réelle tout de même) qu'une volonté de mise au pas de tous les courants religieux divergeants.
- la Révocation a tout de même eu également une conséquence positive: lors de la Guerre d'Espagne, les armées françaises étaient comme un poisson dans l'eau dans la péninsule ibérique très catholique, ce qui explique la victoire finale. A comparer avec les désastres des troupes napoléoniennes "athées" dans cette même Espagne un siècle plus tard.
- la Révocation a été bien vécue par l'immense majorité de la population. Louis XIV n'est donc pas allé contre la volonté populaire mais il l'a accompagnée.


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