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 Sujet du message : Les marchands au XIIIe siècle
Message Publié : 13 Déc 2003 15:08 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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En DEUG, j'avais rendu un devoir sur "les marchands au XIIIe siècle". Malgré ses défauts (j'avais en particulier négligé l'aspect "humain" du marchand), ce travail peut peut-être vous intéresser. A tout hasard, je vous le livre.

Les marchands au XIIIe siècle.



Le Moyen Age central est l'époque où l'économie occidentale redémarre. Amélioration des rendements agricoles dégageant des surplus pour les villes, décloisonnement dû aux défrichements et à une réduction progressive de l'anarchie féodale des Xe et XIe siècles, autant de conditions nécessaires au renouveau du grand commerce et enfin réunies à partir du XIIe siècle et surtout au XIIIe.
Une nouvelle classe, issue de celle des laboratores, émerge pour accompagner ce renouveau du commerce. Ce sont les marchands, qui constituent véritablement la clé de voûte du système économique, et qui accumulent un tel pouvoir en ce domaine qu'ils sont bientôt poussés sur la scène politique.
Il semble nécessaire d'examiner en premier lieu le grand commerce et les voies qu'il emprunte, puis de se pencher sur le rôle qu'occupent les marchands à la base de l'économie et enfin sur leur intervention de moins en moins occasionnelle dans la sphère politique.


I. Le grand commerce.

1. Les pôles méditerranéen et hanséatique.

Deux zones occupent une place essentielle dans l'économie européenne du XIIIe siècle : l'espace méditerranéen et l'espace hanséatique, centré sur la Mer du Nord et la Mer Baltique.
La Mer Méditerranée, inévitable lieu d'échange pendant l'antiquité grecque et romaine, le demeure, ou plutôt l'est redevenu après le fractionnement intervenu au cours de l'Antiquité tardive et du Haut Moyen Age. Les agents qui font parvenir en Europe les richesses orientales sont avant tout des Italiens : Génois, Vénitiens, Pisans, mais aussi des Provençaux (Marseillais) ou des Catalans (Barcelonais). Sans être à l'origine de ce renouveau des échanges entre l'Orient et l'Occident, le mouvement des croisades, lancé en 1095, fut un facteur indéniable du décollage des cités italiennes, par le rôle notable qui leur y fut accordé : ravitaillement des Etats Latins du Levant, transport des croisés à partir de la 3e croisade, avantages économiques et même territoriaux pour Venise après la création de l'Empire latin de Constantinople en 1204… Par l'intermédiaire des Arabes, qui circulent également dans l'Océan Indien, les marchands européens ramènent des produits exotiques et luxueux : épices indiennes, parfums, soie ou porcelaine de Chine, tapis de Perse etc. Cette richesse va permettre aux cités italiennes de développer une véritable proto-industrie, à la pointe de l'économie européenne.
La seconde zone maritime d'échanges est plus récente, car elle ne commença à se développer qu'avec le mouvement d'expansion scandinave (Vikings vers l'ouest et Varègues vers l'est) du IXe au XIe siècle, en un temps où pillage et commerce étaient souvent le fait des mêmes personnes. Développée à partir du XIIe siècle, la Hanse teutonique ou germanique, association de marchands allemands menée par Lübeck, s'inscrit dans ce même espace, à savoir la Mer Baltique et la Mer du Nord, profitant de la christianisation de la péninsule scandinave et des terres bordant l'est de la Baltique : Prusse, Lituanie, Courlande, Livonie, Estonie, Novgorod, Finlande. La Hanse multiplie au XIIIe siècle ses comptoirs en dehors de l'Allemagne, où Lübeck, Hambourg, Brême sont ses centres les plus actifs : Londres, Bruges, Novgorod, Danzig, Riga ou Bergen accueillent ainsi des marchands hanséatiques. Ils ramènent des terres nordiques vers l'Allemagne et l'Occident divers produits : bois des vastes forêts de Suède ou de Russie, fourrures, fer, ambre qui fait la richesse de l'Ordre Teutonique, poisson enfin (hareng notamment), denrée si précieuse pour l'Occident chrétien où les jours maigres sont nombreux.

2. Les productions du royaume.

Dans le royaume de France, l'amélioration des rendements agricoles, dû notamment à la diffusion de l'assolement triennal et de la charrue, a permis de dégager une main d'œuvre pour l'agriculture non vivrière ou pour l'industrie naissante, orientées vers l'exportation dans le cas des plus grandes villes.
Ainsi, la production de pastel, ou guède, dans le Haut Languedoc permet le décollage de Toulouse qui fait le lien entre l'Atlantique par la vallée de la Garonne et la Méditerranée, la foire de Beaucaire (sur le Rhône) servant de point de rencontre entre les producteurs toulousains et les drapiers, notamment italiens. La même production dans la vallée de la Somme fait d'Amiens un grand centre de l'industrie drapière, en relation directe avec le foyer flamand.
Certaines régions côtières et ensoleillées se sont orientées vers la production de sel : dans les Charentes ou la basse-Loire autour de Guérande, par exemple. Ce sel est notamment convoité par les marchands de la Hanse, qui ne peuvent amener en Occident du poisson nordique sans moyen de le conserver. Mais plus généralement, il sert à toute personne, car la viande (du porc essentiellement) est destinée à être consommée au cours de l'année entière qui suit l'abattage de l'animal.
De nombreuses régions se sont orientées vers la production d'un vin de qualité. La médiocre viticulture bretonne ou normande, par exemple (nécessaire ne serait-ce que pour l'eucharistie), disparaît au profit de l'importation de vin d'Ile-de-France, de Bourgogne, de la Loire. Assez tôt, le Bordelais se consacre à l'exportation vers le royaume d'Angleterre.
Une autre forme de production, proto-industrielle, apparaît enfin, notamment en Flandre. Il s'agit essentiellement de l'industrie du drap, alimentée à la fois par le pastel de la Somme ou d'Artois et par la laine importée d'Angleterre. Le cas de la Flandre, où le rôle économique et politique de la classe marchande est quasiment comparable à ce qu'il est en Italie, nous retiendra plus longuement dans les prochains chapitres.

3. Les foires.

Tous ces courants commerciaux se rencontrent en certains endroits où des marchands venus de contrées diverses peuvent s'échanger leurs produits et passer des contrats d'approvisionnement régulier. Ces échanges se déroulent dans le cadre de foires, favorisées par les pouvoirs locaux en raison de retombées fiscales fort intéressantes.
Les plus fameuses de ces foires sont celles développées au XIIe siècle par les comtes de Champagne à Bar-sur-Aube, Troyes, Provins et Lagny. Ils y offrent protection aux marchands par diverses mesures : conduit ou sauf-conduit, c'est-à-dire protection physique des routes grâce à des patrouilles, des escortes ; police, assurée par des officiers comtaux et consistant en la surveillance des activités, des poids et mesures ou encore en l'entretien des halles ; justice, appliquée par un tribunal spécial qui juge aussitôt les litiges et dont le comte est garant des sanctions, applicables partout en Occident. Le cycle des foires étant ininterrompu, les marchands restent en Champagne, et on voit s'installer des intermédiaires permanents au service des grandes maisons italiennes.
D'autres foires se déroulant dans le royaume ont également un grand rayonnement : la foire du Lendit, au nord de Paris, la foire de Beaucaire au sud du sillon rhodanien, la foire de Chalon-sur-Saône développée par le duc de Bourgogne.
Après 1280, les foires de Champagne commencent à décliner pour diverses raisons : retournement de la conjoncture, concurrence des autres foires, début de la guerre entre France et Angleterre, réutilisation de la voie maritime par Gibraltar (la première liaison Atlantique-Méditerranée a ainsi lieu en 1277).


II. La clé de l'économie.

1. Domination des petits producteurs.

Dans de nombreuses villes, notamment dans le nord du royaume, les marchands dominent la production artisanale tournée vers l'exportation. Le Verlagsystem, ou système de la fabrique, fait la force des marchands-drapiers flamands : d'un bout à l'autre de la chaîne de production textile, le marchand qui a acheté la laine à un éleveur anglais en reste le propriétaire jusqu'au moment où il vendra son drap lors d'une foire. Entre-temps, il a pu en confier le travail à des artisans spécialisés ou à un maître tisserand qui aura réparti lui-même le travail entre ceux-ci. Dans tous les cas, l'artisan est entièrement à la merci du marchand, qui lui impose un rythme de travail contraignant, un salaire souvent bas. Dans certains cas extrêmes, comme celui de Jean van Boinebroke, de Douai, la domination est encore plus poussée, le marchand étant propriétaire des métiers à tisser, des logements.
Même si elle permet un dynamisme certain de l'industrie, cette domination est fort mal ressentie par les artisans, qui se solidarisent et arguent du rôle essentiel de leur savoir-faire pour imposer un système réglementé, celui des métiers jurés. Evidemment, les marchands s'opposent à sa constitution, surtout en Flandre où les intérêts en jeu sont considérables.

2. Innovations.

Les marchands sont à l'origine de nombreuses innovations techniques, par la pression qu'ils exercent sur les producteurs, obligés de faire du zèle pour éviter le chômage. Plus directes et plus vérifiables sont les innovations apparues sur le terrain des opérations financières.
Le change, tout d'abord, nécessaire aux marchands étrangers se rencontrant lors d'une foire. Les comtes de Champagne ont beau favoriser l'usage du denier provinois dans leurs foires, de nombreuses monnaies circulent de fait. Toutefois, la monnaie n'étant pas fiduciaire, le change se fait assez naturellement. Une pièce a une valeur égalant celle de la quantité de métal précieux qu'elle renferme (en fait, le monnayeur surévalue légèrement la valeur de la pièce afin de compenser les frais de frappe ; une trop grande surévaluation valut à Philippe le Bel des accusations de faux-monnayage). Ainsi, il suffit au changeur de vérifier la pureté du métal par le son qu'elle émet en heurtant une table (banca en italien) et de vérifier le poids de la pièce à l'aide d'un trébuchet. Les "Lombards", permanents italiens dans les grandes villes marchandes, se spécialisent dans cette activité, ainsi que les Juifs qui sont quasiment cantonnés dans les activités bancaires par divers édits royaux depuis le règne de Philippe Auguste. Ces opérations de change coûtent bien sûr une commission, et sont donc loin de constituer la solution idéale au problème de la diversité monétaire, surtout lorsque les sommes en jeu sont importantes.
C'est pourquoi, sur l'initiative de marchands italiens, la lettre de crédit est introduite dans les foires françaises. Surtout utile entre des marchands aux relations régulières et en contact avec de nombreux marchés, elle permet au vendeur d'être payé plus tard par des produits de son client ou par ce que celui-ci en aura retiré, dans la monnaie que désire le créancier, lors d'une vente future. Ce système, ancêtre du chèque, sera utilisé par les Templiers, permettant aux croisés d'embarquer pour la Terre Sainte sans exposer leur argent aux attaques des pirates mauresques et de disposer à l'arrivée de l'équivalent de la somme déposée dans une commanderie templière d'Occident en échange d'une lettre de crédit.


III. Rôle politique des marchands.

1. Le patriciat urbain.

En de nombreuses villes de France, le pouvoir municipal est confisqué par le patriciat, qui remplace l'élection annuelle d'échevins par une nomination à vie par cooptation, ou réduit le corps électoral aux plus anciennes familles ou aux plus grands propriétaires.
Mais rares sont dans le royaume les villes où, comme c'est le cas pour de nombreuses cités italiennes ou allemandes, la classe marchande détient la plénitude du pouvoir politique. En vérité, quasiment seule la Flandre connaît cette situation. Dès 1128, lors de la crise de succession qui suivit l'assassinat du comte Charles le Bon, les deux rivaux Guillaume Cliton et Thierry d'Alsace durent concéder leurs premières chartes de "liberté" aux grandes villes du comté : Bruges, Douai, Arras, St-Omer et d'autres n'obtinrent certes pas une indépendance politique, mais obtinrent tout de même plus que des privilèges économiques : garanties contre la fiscalité comtale (tonlieux et péages), reconnaissance de leurs associations commerciales (guildes) mais aussi militaires. Ces dernières, les milices urbaines, devaient être utilisées au service du comte, mais n'était-il pas dans l'intérêt des communautés urbaines de voir régner la paix du comte ?
A la fin du XIIIe siècle, les marchands sont devenus plus puissants et leur sens politique s'est développé : voyant que leur zone d'intérêt économique englobe Paris, ils prennent position pour le roi contre le comte, formant ainsi le parti des leliaerts, c'est-à-dire partisans des fleurs de lys. Il est vrai que cette opposition entre partisans du roi et du comte recoupe trop précisément l'opposition, sociale, entre marchands et artisans pour être vraiment politique, mais le retournement du patriciat brugeois contre le gouverneur français Jacques de Châtillon lui permet d'éviter l'affrontement social avec le peuple et de canaliser la colère de celui-ci dans une lutte "nationale" (même si Gand ne rallia pas le mouvement anti-français déclenché lors des "Matines de Bruges" le 18 mai 1302).

2. "Lutte des classes" à la fin du XIIIe siècle.

Au cours du XIIIe siècle, l'emprise du patriciat, du popolo grasso, sur la vie urbaine s'est fortement accru et est devenu de moins en moins supportable pour le menu peuple, le popolo minuto. Accumulation de la propriété foncière urbaine et suburbaine, richesse affichée par de luxueux hôtels, domination de la vie économique, accaparement des charges municipales et frein à la constitution de métiers jurés, autant d'éléments propres à irriter un peuple qui ne veut pas avoir arraché, parfois par la violence, des chartes de franchise et de commune à ses anciens maîtres pour en retrouver de nouveaux, issus de ses propres rangs.
Ainsi, on voit se multiplier à la fin du XIIIe siècle des grèves et émeutes dirigées contre le patriciat. Parfois un patricien ou un clerc modeste prend la tête du parti populaire : Henri de Dinant à Liège dans les années 1253-1255 par exemple. Même s'il ne faut pas prendre pour argent comptant les jugements moralistes des chroniqueurs, qui seront tout aussi injustes avec Etienne Marcel ou les Van Artevelde, et voir dans ces meneurs populaires des "envieux" et des "ambitieux", il ne faut pas non plus ignorer une démagogie certaine qui est loin d'être absente de l'esprit de ces révoltes.
Mais le facteur essentiel qui manque au peuple pour que sa lutte contre le patriciat ne soit pas perdue d'avance, c'est une réelle solidarité. Or il n'y en aucune entre les artisans impliqués comme maîtres ou valets dans le système corporatif qui se met en place au XIIIe siècle, et la masse des manœuvres salariés qui y échappent, soumis aux fluctuations du marché du travail, proposant leurs bras chaque jour sur la place d'embauche.




Avec le renouveau des échanges interrégionaux et internationaux et de l'économie en Occident au Moyen Age central, la classe nouvellement constituée des marchands prend les affaires en main et domine la production artisanale. Progressiste en certains domaines, quand elle favorise l'innovation technique ou financière, ou quand elle se range dans le camp de l'Etat moderne et centralisateur en germe, elle sait également se montrer un élément fortement conservateur, dans le domaine social ou au sujet du partage du pouvoir municipal.
Rouage désormais essentiel de l'économie et de la société de l'Occident, la classe marchande prend même dès les dernières années du XIIIe siècle un rôle politique de tout premier plan, qui annonce les prises de pouvoir de van Artevelde ou d'Etienne Marcel dans le courant du XIVe, ou encore Jacques Cœur, argentier de Charles VII, au XVe.

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Ad augusta per angusta
"Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être..." Goethe


Dernière édition par Fabien de Stenay le 19 Jan 2004 13:12, édité 1 fois.

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Message Publié : 13 Déc 2003 17:29 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 10 Juil 2002 10:44
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Bon exposé, du moins si on lit tout, ce qui nécessite une petite dose de courage :wink: . Non, je te charrie.

Comme je le disais, ton exposé est assez complet quoiqoue parfois quelque peu imprécis, mais cela est certainement dû au fait que tu l'as résumé.

Il est vrai que tu n'as pas insisté sur le côté humain et sociologique de cette classe mais ton approche me semble tout à fait valable.

Bravo et encore merci. :honneur:

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"La culture de la pomme de terre est un témoin géographique de la découverte de l'Amérique, comme celle de la betterave est une conséquence du Blocus continental"
* L.-E. Halkin


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Message Publié : 08 Jan 2004 7:28 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 03 Fév 2003 12:34
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Merci pour ce texte, qui est trèes intérressant, et qui donne envie d en savoir plus ( donc mission réussie...bravo)
Puis je me servir de ton texte, en te citant, pour l'imprimer et le diffuser à quelques membres de mon association, qui, j en suis persuade, seront intérressés?
Merci d avance
Cordialement


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Message Publié : 08 Jan 2004 20:31 
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Jean Froissart
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Inscription : 30 Juil 2003 21:44
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Je m'associe à Ericgomer pour saluer ta contribution, Fabien.

Si elle est incomplète, elle n'en est pas moins intéressante (que celui qui oserait la critiquer prenne son stylo et fasse mieux...). En tous cas moi j'ai pris beaucoup d'intérêt et de plaisir à lire ton exposé.

ça m'a donné envie d'approfondir le sujet, et j'ai trouvé ceci : "Les marchands au Moyen-Age", par Henri Jorda, maître de Conférence en Sciences Economiques à l'Université de Reims

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Message Publié : 11 Jan 2004 10:43 
Bonjour Fabien

Ce que je viens de lire me parait constituer une excellente synthèse (par rapport à mes connaissances personnelles) sur les marchands en tant qu'acteurs économiques et politiques.
Je ne le trouve pas imprécis comme le dit Karolvs, mais simplement synthétique. A partir de ton texte, il est évident que l'on pourrait développer, mais je pense que ce n'était pas le but.

Comme tu l'écris, c'est domage d'avoir oublié l'aspect humain, social, et surtout religieux. N'oublions pas l'importance de Dieu à cette époque et la politique de l'église dont l'influence était considérable à tout point de vue, y compris par rapport à l'argent.

J-F


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Message Publié : 11 Jan 2004 10:52 
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Polybe
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C'est encore moi

Je m'aperçois que j'avais oublié de me connecter. J'ai plutôt l'habitude des forums ou la connection est obligatoire pour poster. Désolé...

J'ajoute que je m'intéresse plus particulièrement aux marchands du Languedoc (XIIème XIVème). Ce qui ne signifie pas que je sois un expert.

cordialement

J-F


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Message Publié : 11 Jan 2004 17:08 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 21 Fév 2003 9:00
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Je ne suis pas sûr que ce qui manque soit la question religieuse... Celle-ci est présente dans tous les événements de la vie médiévale, mais ça ne justifie pas qu'on en parle à propos de tous les sujets qu'on aborde. D'ailleurs la dimension religieuse apparait lorsqu'il décrit les produits du commerce et leur utilisation liturgique.

Cela dit, je me permet de répéter ce que j'avais dit dans un message effacé par le "grand chanbardement" de fin décembre.
Je ne sais pas quel était l'intitulé concret exact, mais peut-être êtes-vous de temps à autre tombé dans le hors sujet, lorsque vous parlez du commerce international ou du royaume de France en particulier, dès lors que le sujet n'était pas "le commerce au XIII siècle". C'est pour cette même raison que vous avez peut-être un peu oublié la dimension sociologique du marchand, la prosopographie de ce groupe social.

Deuxièmement:

Citer :
En de nombreuses villes de France, le pouvoir municipal est confisqué par le patriciat, qui remplace l'élection annuelle d'échevins par une nomination à vie par cooptation, ou réduit le corps électoral aux plus anciennes familles ou aux plus grands propriétaires.


Vous dites que le pouvoir a été "confisqué", mais cela suppose que le pouvoir en place jusque là ressemblait à quelque chose de démocratique... Je ne suis pas sûr que ce soit le cas. Il n'y a pas de doute qu'après l'octroi de chartes de franchises, le pouvoir n'est pas pour autant passé au peuple. Au Moyen Age la valeur de déférence envers les élites est un fait, et il est clair que les élites ont joué un rôle dans la gestion de la ville dès le moment où celle-ci sortait du pouvoir seigneurial. D'ailleurs les élites commerçantes ont été les vrais acteurs de ces chartes de franchises, par l'argent donné pour les obtenir...

J'espère que vous ne m'en voulez pas pour ces petits commentaires... ils ne sont là qu'à but constructif, et je suis ouvert à toute critique de ma critique :wink:

Keikoz

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Message Publié : 11 Jan 2004 18:15 
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Polybe
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Inscription : 11 Jan 2004 0:41
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keikoz a écrit :
Je ne suis pas sûr que ce qui manque soit la question religieuse... Celle-ci est présente dans tous les événements de la vie médiévale, mais ça ne justifie pas qu'on en parle à propos de tous les sujets qu'on aborde.

Bonsoir
Ma réponse manquait peut-être de documentation. Sur ce thème, j’ai pris connaissance voilà quelque temps de « Marchands et banquiers du Moyen Âge » de Jacques Le Goff. (PUF) Ce livre m’avait beaucoup intéressé, notamment en ce qui concerne l’aspect religieux.
Il est divisé en quatre chapitres : L’activité professionnelle, Le rôle social et politique, L’attitude religieuse et morale, et enfin le rôle culturel.
L’auteur accorde une place importante à l’attitude religieuse.
Difficile de résumer en quelques mots :
Le marchand est condamné par définition : décret de Gratien Homo mercator nunquam aut vix potest Deo placere « le marchand ne peut plaire à Dieu – ou difficilement »
Pourquoi ? Le désir du gain, la soif de l’argent sont condamnés (cf. Saint Thomas)
Donc dans la doctrine, nous avons un problème… mais l’église va s’adapter très vite en raison de la nécessité économique et aussi en raison de son impuissance face à cette évolution.
Un passage m’avait beaucoup intrigué :
Citer :
pénitence finale : C’est surtout à la fin de leur vie et au moment de la mort que les riches marchands manifestaient leurs sentiments religieux. Certains même abandonnaient leur métier, leurs richesses, entraient dans les Ordres, se retiraient dans un couvent pour y finir leurs jours. (et l’auteur de citer : Werimbold de Cambrai début XIIème, doge Sebastiano Ziani à Venise en 1178 Baude Crespin, banquier d’Arras début XIVème, etc.)…

Les marchands avaient tendance à se comporter laïquement (si tant est que ce qualificatif soit possible à l’époque), mais l’église les récupérait souvent avant la fin de leur vie d’une manière ou d’une autre.
Tout celà est selon moi suffisamment significatif pour ne pas en faire l’impasse.

Cordialement
J-F

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Jean-François


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Message Publié : 11 Jan 2004 19:55 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 21 Fév 2003 9:00
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C'est vrai je n'avais pas tenu compte de ce problème, celui de la justification morale et religeuse par rapport à la morale chrétienne. Au passage il me semble que saint Thomas voyait la chose par un biais assez modéré: pour lui le marchand pouvait légitimement tirer un revenu de l'achat et de la vente, qui devait rémunérer son travail de transport et distribution des marchandises, et donc, au total, il reconnaissait l'utilité sociale des marchands. Par contre ce revenu ne se justifiait que dans une certaine limite, dès lors qu'il visait à entretenir le marchand et non pas à l'enrichir. Malheureusement je ne sais absolument pas dans quel texte de saint Thomas est exprimée cette idée...

En fait je pensais pour ma part que vous faisiez simplement référence au patronage des ghildes par des saints, ou leur activité religieuse

Keikoz

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Message Publié : 11 Jan 2004 21:01 
keikoz a écrit :
En fait je pensais pour ma part que vous faisiez simplement référence au patronage des ghildes par des saints, ou leur activité religieuse
Keikoz

Je comprends mieux votre réaction. J'estime que cet aspect a une importance bien moindre au regard des tendances de l'histoire. Néanmoins, je ne crois pas qu'il faille l'occulter : elle traduit la permanence de l'attachement à la religion, même si le comportement du marchand tend vers la laïcité. Jacques Le Goff nous dit encore que les livres de commerce commencent tous par ces lignes :
Citer :
au nom de Notre-Seigneur-Jésus-Christ et de la Sainte-Vierge Marie Sa Mère et de toute la Sainte Cour du Paradis, et. etc.

Sur un autre registre et pour compléter, je dirai que Damien aurait pu également évoquer :
- les progrès de la connaissance de l'écriture et des langues dites vulgaires,
- une meilleure connaissance de la géographie,
- la nécessité absolue de bien maîtriser le calcul
- l'évolution de la comptabilité. (je crois me souvenir que la comptabilité moderne : la comptabilité en partie double, est née en Italie vers la fin du XIIIème siècle)

De toute façon, c'est un thème très complexe à maîtriser.

Pour information, à lire également :
Commerces et Marchands de Toulouse (vers 1350- vers 1450) de Philippe WOLFF. éditions PLON 1954

Cordialement

J-F


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Message Publié : 11 Jan 2004 21:07 
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Polybe
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L'invité, c'est moi !
:evil: encore non connecté alors que la visualisation du message m'indiquait le contraire ! Grrrr...
erreurs : remplacer "elle traduit" par "il traduit" et "Damien" par "Fabien"

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Jean-François


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Message Publié : 24 Mars 2011 8:49 
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Pierre de L'Estoile
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Bonjour,
Si je puis me permettre, dans le sort que vous avez réservé aux foires de champagne, j’aurais quand même glissé un mot sur cette « proto mondialisation » qu’elles étaient.
Il existe une magnifique correspondance, entre autres, entre la société des Tolemei (Mercanzia, guilde des marchands de Senne) et les marchands Siennois dans des foires comme Provins ou Saint Ayoul. Si vous parvenez à mettre la main dessus, vous y verrez des mentions de produits venant des quatre coins du monde connu (par exemple : la cire de Venise ou de Tunis et d’autres produits venus d’Angleterre, de Flandre etc.)
De la même manière, on peut y voir l’habileté des marchands italiens à jongler avec les diverses devises de ce que l’on peut déjà appeler un « marché économique ». Voyez le par vous-même en lisant cet extrait :
« le Sterling s’échange à 59 sous par marc les bons deniers de Fribourg en argent à 57 sous 6 deniers par marc ; le tari d’or à 19 livres 10 sous par marc ; […] La monnaie du Mans vaut un 15e , c’est-à-dire 15 sous du Mans équivalent à deux sous tournois. La monnaie meslée vaut un 15e et demi . »
D’ailleurs, sauriez vous qui était responsable de l’étalonnage des monnaies dans les différentes provinces françaises ?
Bien sûr, la dissertation est un exercice synthétique. Mais disons que c’est le prétexte pour discuter de ce sujet intéressant.
Donc, pour relancer ce sujet trop rapidement, à mon goût, délaissé :
Que diriez-vous de le relancer en parlant de cette « proto mondialisation » et ce protectionnisme dont les marchands italiens étaient en pointe ?
Quels privilèges avaient-ils acquis, et dans quelles conditions,pour faciliter leur commerce dans les foires de champagne ?
À vous et bien à vous.

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et tout le reste n'est que littérature


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Message Publié : 24 Mars 2011 19:34 
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Jean Froissart
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Inscription : 30 Juil 2003 21:44
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Eh bé ! Il vient de loin ce sujet ! Du fond des âges (2004 !) me rappeler combien le temps passe vite ! :P

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Message Publié : 25 Mars 2011 9:34 
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Philippe de Commines
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Inscription : 22 Sep 2005 18:53
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Bonjour

A noter également, un axe qui prend de l'ampleur à la fin du XIIIème siècle, le commerce en Mer Noire et l'ouverture de comptoirs principalement italiens (Génois et Vénitiens).

Un commerce italiens qui entretient des rapports avec les Mongols -> soie et épices par les routes mongoles, fourrures, cuir, cire, miel, blé, poisson, sel, caviar et alun en provenance de Crimée, ambre des pays scandinaves. En échange, l’Occident y exporte des toiles (de Champagne et de Lombardie) et des draps (de Lombardie et de Flandre).

Bien à vous.

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Hugues de Hador.


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Message Publié : 25 Mars 2011 16:10 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile
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Inscription : 09 Juin 2010 14:22
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Intéressant, intéressant.
Toujours concernant les foires de champagne,il est intéressant de voir comment les marchands italiens en 1264 voient dans le déplacement d'argent lié à la croisade du roi Charles en Italie (avec des sommes astronomiques) comme une opportunité à saisir pour les guildes locales (mercazias). Par contre, dans les échanges épistolaires on voit aussi que cet événement est censé entraîner une dévaluation du dernier à provins : étonnant ! En effet, à l'époque n'existe pas la « main invisible » d'Adam Smith ; pas de régulation naturelle du marché, j'explique cela la manière suivante : pour une masse monétaire réduite, il faut maintenir les échanges avec le numéraire disponible. La dévaluation est inévitable car on a besoin de liquide et la seule façon de remédier à cette fuite sans toucher aux prix est de multiplier la monnaie disponible. Je sais que ce sont les comtes de champagne qui assurent le suivi de l'évolution des prix et des devises. Mais qui est à l'initiative des réévaluations monétaires ? Par ailleurs, il semble que les foires de champagne - originairement dévolues au commerce - soient petit à petit devenu des centres de change. Est-ce que vous auriez des renseignements à ce sujet... Si il y a une bibliographie, je suis évidemment preneur.
À vous et bien à vous.

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