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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 25 Août 2020 15:12 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Barbetorte a écrit :
Enfance austère, peut-être, mais vie de château tout de même :

Va pour la vie de château !

Pour en revenir à l'Histoire, les Mémoires d'outre-tombe m'ont également intéressé par les relations - oh ! combien talentueuses, ce qui ne gâte rien -, de ce témoin attentif d'événements assez exceptionnels. J'ai déjà cité dans un autre fil ce qu'il écrivait de la prise de la Bastille. Un autre exemple :

Les séances de l’Assemblée nationale offraient un intérêt dont les séances de nos chambres sont loin d’approcher. On se levait de bonne heure pour trouver place dans les tribunes encombrées. Les députés arrivaient en mangeant, causant, gesticulant… Les séances du soir l’emportaient en scandale sur les séances du matin : on parle mieux et plus hardiment à la lumière des lustres.
La salle du Manège était alors une véritable salle de spectacle, où se jouait un des plus grands drames du monde. Les premiers personnages appartenaient encore à l’ancien ordre de choses ; leurs terribles remplaçants, cachés derrière eux, parlaient peu ou point.
A la fin d’une discussion violente, je vis monter à la tribune un député d’un air commun, d’une figure grise et inanimée, régulièrement coiffé, proprement habillé comme un notaire de village soigneux de sa personne. Il fit un rapport long et ennuyeux ; on ne l’écouta pas ; je demandai son nom : c’était Robespierre.
Les gens à souliers étaient prêts à sortir des salons, et déjà les sabots heurtaient à la porte.


[Mémoires d'outre-tombe, Première partie – Livre 5 – Chapitre 13].


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 25 Août 2020 18:52 
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J'ai eu une fois un élève qui devait étudier un texte où Chateaubriand racontait les soirées au château... Bon sang, quel père épouvantable...

Vie de château, mouais... :rool:

_________________
Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 25 Août 2020 19:16 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Tout à fait de votre avis, Pierma !
Les pages que Châteaubriand consacre au caractère de son père et aux soirées à Combourg sont, à cet égard, édifiantes.
Il reconnaît toutefois que cela lui a forgé le caractère et que les nuits passées dans sa chambre dans une tour éloignée dont il était le seul occupant, après que son père lui ait demandé, l'air soupçonneux : "Monsieur le chevalier aurait-il peur ? ", l'avaient pratiquement immunisé contre ce sentiment.


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 26 Août 2020 21:33 
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Marc Bloch
Marc Bloch

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Un petit détour par le siècle dernier :


"Mitterrand, au contraire, sculptait avec soin. Il s'inspirait de deux modèles: Chateaubriand à cause de l'histoire, de l'ampleur du style, du sens du portrait qui «griffe» au double sens du mot: qui égratigne et porte une marque inimitable"

https://www.lefigaro.fr/livres/2016/01/ ... langue.php


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 27 Août 2020 7:46 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Parmi les portrait qui égratignent, celui de Louis XVIII :

Egoïste et sans préjugés, Louis XVIII voulait sa tranquillité à tout prix : il soutenait ses ministres tant qu’ils avaient la majorité ; il les renvoyait aussitôt que cette majorité était ébranlée et que son repos pouvait être dérangé ; il ne balançait pas à reculer dès que, pour obtenir la victoire, il eût fallu faire un pas en avant. Sa grandeur était de la patience ; il n’allait pas aux événements, les événements venaient à lui.
Sans être cruel, ce roi n’était pas humain ; les catastrophes tragiques ne l’étonnaient ni ne le touchaient pas : il se contenta de dire au duc de Berry, qui s’excusait d’avoir eu le malheur de troubler par sa mort le sommeil du roi : « J’ai fait ma nuit ». Pourtant cet homme tranquille, lorsqu’il était contrarié, entrait dans d’horribles colères ; enfin ce prince si froid, si insensible, avait des attachements qui ressemblaient à des passions : ainsi se succédèrent dans son intimité le comte d’Avarai, M. de Blacas, M. Decazes, Mme de Balbi, Mme du Cayla ; toutes ces personnes aimées étaient des favoris.
Louis XVIII nous apparut dans toute la profondeur des traditions historiques ; il se montra avec le favoritisme des anciennes royautés. Se fait-il dans le cœur des monarques isolés un vide qu’ils remplissent avec le premier objet qu’ils trouvent ? Est-ce sympathie, affinité d’une nature analogue à la leur ? Est-ce une amitié qui leur tombe du ciel pour les consoler de leur grandeur ? Est-ce un penchant pour un esclave qui se donne corps et âme , devant lequel on ne se cache de rien… Plus le favori a été bas et intime, moins on peut le renvoyer, parce qu’il est en possession de secrets qui feraient rougir s’ils étaient divulgués : ce préféré puise sa double force dans sa turpitude et dans les faiblesses de son maîtr
e.
[Mémoires d'outre-tombe, Troisième partie – Livre 1– Chapitre 4].


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 27 Août 2020 8:05 
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Polybe
Polybe

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Un petit complément :
https://www.persee.fr/doc/bude_1247-686 ... _28_4_4261


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 27 Août 2020 8:43 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux
Intemporel

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 27 Août 2020 20:02 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 13 Juin 2017 15:04
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.
L'enfance de Chateaubriand ne fut ni triste ni solitaire. Ce fut l'enfance d'un nanti de province avec des parents tout à fait dans le ton de nos campagnes : taiseux et non démonstratifs, alors début XIXè...
Destiné à la Marine, il fait des études décousues puis retour à Combourg : il songe à se faire prêtre, il n'a pas 20 ans.
Il écrit même que sans cette distance et les moments de solitude qu'il s'octroyait, jamais il n'aurait été attiré par l'écriture.
Il est inséparable de sa soeur Lucile, s'attache aux idées de la Révolution pour -à 23 ans- partir pour l'Amérique (grande saignée pécuniaire des parents...), s'éloigner de sa "foi bretonne" et commencer "Les Natchez".

Beaucoup plus difficiles seront les années d'exil (1792-1800). Il a rejoint l'Armée des Emigrés, vacciné par ce dont accouche la RF. Blessé à Thionville, il traverse quasi mourant la Belgique et se réfugie à Londres. Là, c'est la dèche ! Il connait la faim, le froid, leçons et traductions ne suffisent pas à joindre les deux bouts. La nuit, il travaille sur "Essai sur les Révolutions" où il s'exprime sur ses désillusions et ses doutes. En 1798, après le décès de sa mère et sa soeur, il revient à la religion d'où le "Génie du Christianisme" qui parait en 1800 à Londres déjà abandonnée par l'écrivain qui rejoint la France.

On peut comprendre ses coups de griffes concernant Louis XVIII qui ne lui accordera pas les postes escomptes et estimés dus. Ce qui n'empêche pas l'écrivain de suivre le monarque pendant les Cent-Jours. Il sera ministre de l'Intérieur puis pair de France mais aucun ministère cette fois.
Chateaubriand entre alors dans le cadre des éternels opposants et devient un des chefs de la droite, revendiquant le pouvoir pour les Ultras. Il fait chuter Decazes via son journal "Conservateur", après l'assassinat du duc de Berry.
Pour l'éloigner le roi le nomme ambassadeur à Berlin (j'ai un doute sur sa 1ère ambassade...), puis Londres. Ministre des Affaires Etrangères, il s'empresse de monter l'expédition d'Espagne.
1824, on se passe de ses services ce qui le fait retourner chez les opposants (Hugo aura décidément suivi la trajectoire) : il combat Villèle. L'âge l'ayant un peu calmé ainsi que les bouderies de Mme de Récamier : il publie ses travaux.
S'il condamne les Ordonnances, il se met à la disposition de Charles X, acceptera des missions à Rome et à Prague.
Il estime sa vieillesse mélancolique mais chaque jour le voit chez Mme de Récamier où il donne lecture des Mémoires d'Outre-Tombe : elle est devenue aveugle et lui à moitié paralysé.

C'est donc non seulement une vie bien remplie mais dont plus d'un envierait l'enfance provinciale. J'ai été plus qu'étonnée de lire que son père acceptait chaque soir le baiser de ses deux enfants. L'isolement était le fait du château, son père taciturne s'était réservé une tourelle ; sa mère pieuse avait pris la chambre du dessus : restait donc aux enfants le reste du château et comme il était courant dans ces familles, les enfants jouissaient d'une aile différente de celle du couple.

Je songe à "René" dont certains passages auraient enchanté un homme tel Diederichs B) : Chateaubriand lui-même qualifiera ces années en prise avec la nature et une totale liberté de "joyeux délires".

**


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 6:36 
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Je dois avouer que j'aime le rythme ternaire qui donne à la phrase sa profondeur et sa sonorité. Je suis servi avec Chateaubriand. Je retrouve aussi ce rythme chez de Gaulle, et parfois chez Malraux.

_________________
Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 10:19 
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Grégoire de Tours
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Châteaubriand " revendiquant le pouvoir pour les Ultras ", je ne suis pas certain de vous suivre, Rebecca. En relisant ce qu'il écrit à propos du Conservateur :

Le Conservateur. La révolution opérée par ce journal fut inouïe : en France, il changea la majorité des chambres ; à l’étranger, il transforma l’esprit des cabinets. Son influence fut telle que son nom a survécu à son existence : les Tories ont pris le nom de Conservateurs, nom qui n’est pas dans la langue anglaise ; l’anglais dit Preserver.
Je savais que la démocratie triompherait à la longue ; mais pensant que la légitimité était encore nécessaire à la France et que l’aristocratie était plus analogue à la légitimité, je voulais d’abord faire exercer la liberté par l’aristocratie. J’avais raison pour sauver à la fois le trône, la chambre des pairs et la propriété. Les passions et l’inintelligence firent avorter ce projet.
Ainsi les royalistes me durent l’avantage de sortir du néant dans lequel ils étaient tombés auprès des peuples et des rois. Je mis la plume à la main des plus grandes familles de France. J’affublais en journalistes les Montmorency et les Lévis ; je convoquai l’arrière-ban. Je fis marcher la féodalité au secours de la liberté de la presse. Cela tenait du prodige et ne se reverra jamais… Mais il arriva qu’après avoir mené mes chevaliers à la croisade constitutionnelle, aussitôt qu’ils furent devenus princes d’Edesse, d’Antioche, de Damas, ils s’enfermèrent dans leurs nouveaux Etats avec Léonore d’Aquitaine, et me laissèrent me morfondre au pied de Jérusalem dont les infidèles avaient repris le saint tombeau
. [Mémoires d'outre-tombe, Troisième partie – Livre 1– Chapitre 9].

Je crois plutôt que son souci était la liberté de la presse, qui constitue le seul réel contre pouvoir dans un régime parlementaire tel que celui qu'il avait vu à l'oeuvre en Angleterre.
Mais nous quittons là le sujet de ce fil...


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 11:22 
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"faire exercer la liberté par l’aristocratie" ! 8-|

La liberté trouvait là un curieux promoteur, misant sur de bien curieux militants ! :mrgreen:

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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 12:02 
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Jean Froissart
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.
L'orgueil démesuré de Chateaubriand -qui lui aliéna de nombreuses personnes- est tel qu'à le lire il est le parangon de la liberté retrouvée, c'est à lui que l'on doit la Restauration et s'il fait antichambre et voit passer "... le vice appuyé sur le bras du crime...", c'est tout simplement parce-qu'il est présent comme solliciteur et, n'obtiendra pas (contrairement à Talleyrand et Fouché) ce qu'il souhaite. Ceci vous remet le tout en perspective.

S'il fallait toucher -à travers les Mémoires d'un homme- la vérité de son existence et non les rêves inaboutis, les souffrances comme autant de bornes à l'élévation spirituelle et autre puis voir ce mélange comme "vérité", ceci se saurait.
Châteaubriand donnera sa démission à l'arrivée de Polignac et pour cause : il sait qu'il n'aura rien.
La démission lors de la nouvelle de l'assassinat du duc d'Enghien avait un peu plus d'étoffe mais il avait déjà fait le pas de trop, ce ne fut -au final- qu'une reculade...
Ajoutons à ceci que ses essais dans cette ambassade furent désastreux, il ne pouvait supporter la tutelle de Fesch. La fin d'Enghien arriva fort à propos.
On verra l'écrivain jouer de relations assez étranges afin de se faire rayer de la liste des émigrés etc.

Lire Chateaubriand est plaisir mais il faut savoir sortir du livre lorsque l'on évoque l'homme.
Pensez-vous qu'avec le "Mémorial", on a fait le tour de Bonaparte puis Napoléon ? IL existe une marge, une large marge et cette large marge est souvent l'essentiel.
:wink:
.


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 12:29 
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Jean Froissart
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.
Jean-Marc Labat a écrit :
Je dois avouer que j'aime le rythme ternaire qui donne à la phrase sa profondeur et sa sonorité. Je suis servi avec Chateaubriand.

Il est donné en exemple-type.
Si vous vous attardez un peu vous constaterez que dans la narration, exempte de l'introspection romantique, Chateaubriand peut avoir des phrases d'une longueur retrouvée chez tous les écrivains de ce siècle.
On ne peut passer à côté pour donner l'image d'un foisonnement.
L'alternance désert/foisonnement est une image couramment utilisée depuis le XVIIe.
Le mouvement nait d'une phrase courte, suivie d'une plus longue : le décor est planté et là commence la narration.
C'est une pose agréable pour le lecteur.
Bien souvent elle anime -par son choix : description, analyse d'un caractère, césure dans le style etc.- la lecture. Parfois, c'est une pause bien méritée. ;)
Chateaubriand se veut l'acteur de sa destinée et là, ce rythme est tout à fait adéquat.

**


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 13:13 
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Grégoire de Tours
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Dire c'est à lui qu'on doit la Restauration me semble exagéré. Jusqu'à preuve du contraire, je considère que la première a plutôt été l'oeuvre de Talleyrand, et la seconde celle de Fouché ; du moins si j'en crois les historiens que j'ai lus (Louis Madelin, Jean Tulard et Emmanuel de Waresquiel).

Cela dit, pour en revenir à l'objet de ce fil, il n'était pas dans mes intentions d'évoquer l'homme en tant qu'acteur de la vie politique, domaine évidemment très ouvert à la controverse et pour lequel je n'ai pas d'avis plus autorisé qu'un autre. Je ne connais pas ce que des contemporains dignes de foi et assez bien placés pour en juger, ont pu écrire sur lui, et au fond, cela m'est un peu indifférent.
Je me borne a apprécier la qualité littéraire de ses Mémoires et ne boude pas mon plaisir lorsque de plus l'auteur aborde, ici ou là, un sujet qui touche au domaine qui me passionne, à savoir l'Histoire. Que ce soit vérité ou non, cela regarde les historiens, et je n'en suis pas.

Je vous concède volontiers un point, quand même. A la lecture des mémoires, on constate assez rapidement qu'au tournant de ces deux siècles dans lequel il s'est trouvé " comme au confluent de deux fleuves ", il n'a croisé qu'un seul homme digne de sa considération : Napoléon. Il lui consacre quand même à peu près le quart de l'ouvrage...

Allez, promis : je ne vous importunerai plus avec mes morceaux choisis tirés des Mémoires. Enfin, plus après ce dernier, juste pour la route :

Grâce à l’exorbitance de mes années, mon monument est achevé. Ce m’est un grand soulagement ; je sentais quelqu’un qui me poussait ; le patron de la barque sur laquelle ma place est retenue m’avertissait qu’il ne me restait plus qu’un moment pour monter à bord… Les scènes de demain ne me regardent plus ; elles appellent d’autres peintres : à vous, messieurs.
En traçant ces derniers mots ;, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse, après quoi je descendrai hardiment, le Curcifix à la main, dans l’Eternité.


Ainsi s'achèvent les Mémoires d'outre tombe... Chapeau l'artiste !


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 Sujet du message : Re: Le style de Chateaubriand
Message Publié : 28 Août 2020 16:03 
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Jean Froissart
Jean Froissart

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.
b sonneck a écrit :
Dire c'est à lui qu'on doit la Restauration me semble exagéré.

J'entends bien mais Chateaubriand l'écrit presque et le fait comprendre entre les lignes.
On ne peut évoquer Waresquiel sur "Histoire de la littérature".
J'imagine que ce n'est pas tant le plaisir pris à lire ceci ou cela qui a initié ce créneau mais la compréhension de la littérature.
Il devient alors inévitable de bien connaître la vie de l'auteur.
Reportez-vous au sujet "France, mère des Arts..." et vous pourrez constater que sans la connaissance du cheminement personnel de l'auteur, on en arrive à des interprétations assez fantaisistes.
On ne se permettrait pas ceci en histoire. La littérature serait-elle une moindre matière qu'elle n'oblige à un quelconque travail d'analyse au-delà du "j'aime / j'aime pas" ?
Serait-ce de la sous-culture ?

Citer :
... au domaine qui me passionne, à savoir l'Histoire...

Vous faites tout de même la différence entre Hugo ("... il neigeait bla x 3...") et le récit d'un historien concernant la Campagne de Russie ?
C'est identique pour la littérature. Il faut disséquer tout en introduisant une vision qui se rapproche le plus de l'imaginaire de l'écrivain (le style donne le ton) et faire la part des choses avec les réalités rencontrées dans sa vie.
Je vous accorde que ceci "casse" un peu mais une fois le tout dépoulpé, il reste la qualité de l'expression. Ceci efface le travail antérieur.

Citer :
Allez, promis : je ne vous importunerai plus avec mes morceaux choisis tirés des Mémoires. Enfin, plus après ce dernier, juste pour la route :

Ceci ne m'importune pas d'autant que la boucle est bouclée. Encore un voyage pour François-René, un peu moins oriental cette fois.
;)
.


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