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 Sujet du message : Camp de Conlie
Message Publié : 07 Juin 2021 22:13 
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Grégoire de Tours
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Pour ne pas faire dévier le sujet sur les discours de De Gaulle, j'ouvre ce sujet sur un aparté concernant l'épisode de Conlie

Rebecca West a écrit :
Je n'ai pas changé d'avis quant au personnage de Gambetta. Le camp de Conlie pèse un peu dans la balance, je l'avoue.

Je ne connaissais pas cet épisode. Comme il n'y a que des allusions sur le forum, mais pas d'explication, j'ai lu la courte page wikipedia et surtout le site qui y est consacré. Rappel des faits
http://www.loire1870.fr/pages/pa_bret/camp.htm#resp1

Le camp dit "de Conlie", près du Mans, était l'endroit où les recrues de Bretagne devaient se rendre pour leur instruction. Il s'est révélé totalement invivable, insalubre et fut progressivement évacué avant d'être détruit par les Prussiens 3 mois après sa création.

Il y a deux scandales: le premier concerne l'armement inadéquat, des fusils vétustes, des munitions ne correspondant pas, et l'équipement des soldats. Pour cette raison, lors de la bataille du Mans les 11 et 12 janvier 1871, les Prussiens font un carnage dans les rangs bretons.

Avant cette bataille, il y a le second scandale, qui concerne le camp lui-même. Si le jeune ministre Gambetta a failli en n'envoyant pas les armes nécessaires, on ne peut lui imputer la responsabilité de ne pas savoir construire un camp militaire en bon ordre. Il y a des officiers dont c'est le job.

Or, en ce cas, c'est le général Keratry qui décide d'implanter le camp à cet endroit, en hiver, sur des terres labourées, sans baraques construites à l'avance, sans chemins empierrés, sans tenir compte du temps qu'il fait dans la Sarthe en Novembre qui va transformer le camp en bourbier insalubre en moins de deux semaines. Keratry n'a pas prévu d'instructeurs qualifiés dans ce camp d'instruction, qui auraient pu encadrer la construction du camp, ni une instruction préalable des recrues dans leurs départements d'origine. Trois semaines après, quand il constate que ce beau b*rdel qu'il a créé commence à lui tacher le plastron, il démissionne tranquillement et va se mettre bien au sec pour le reste de l'hiver. Avec des généraux comme ça, point besoin d'ennemi.

Déposition du général Gougeard (Rapports, tome XI, Enquête parlementaire. n°1416J 1873 - (Cerf et fils, Versailles, 1873) - Séance du 11 juin 1872.
« Conlie n'est pas une position militaire sérieuse ... Elle est encore moins une position pour un camp d'instruction.
Les eaux n'ont pas d'écoulement, les terres sont fortes et argileuses, de sorte que la boue est quelque chose d'inimaginable".

La seule décision à prendre après la démission de Keratry fut l'évacuation de son camp, qui a tardé. Là encore, Gambetta est coupable de ne l'avoir pas ordonnée. C'est un marin, le Capitaine de Vaisseau Marivault, qui hérite du mer*dr*ier de Keratry. Il fait une première évacuation en urgence, en découvrant l'insalubrité du camp, un mois après l'inauguration par Keratry, puis une évacuation progressive.

En moins de 3 mois d'existence, entre le 10 novembre 1871 et le 13 janvier 1871, ce sont environ 180 recrues qui ont succombé à des maux dus à l'insalubrité, sur 60 000 soldats bretons qui ont séjourné au camp.


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 07 Juin 2021 23:01 
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Il a beaucoup été dit que Gambetta ne voulait pas armer les Bretons, de crainte qu'ils ne deviennent par la suite une nouvelle Vendée en révolte contre la toute jeune république.

Dès lors, l'intérêt pour ces soldats devait être au plus bas.

Les Bretons ont créé une chanson de protestation contre leur sort. Quand Marivaux à pris son poste, il a été accueilli par les cris "Dar Guerr" (orthographe ?) et les a félicité pour leur volonté de combattre. En réalité ça signifiait "A la maison", en breton.

Episode qu'on retrouve au début de la chanson :

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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 4:09 
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Il y eut une commission d'enquête dont voici le rapport:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... k=107296;4

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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 5:10 
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Le rapport de cette commission est accablant pour Gambetta, et plus indulgent envers Keratry. Sa démission est clairement montrée comme résultant de l'escalade de ses échanges avec Gambetta, lui reprochant les promesses d'armement non tenues, ne lui donnant pas les moyens de son commandement, etc.

Keratry se préoccupe des armes. Mais il ne se préoccupe pas dans ses échanges avec Gambetta de considérations la viabilité du camp au jour le jour, directement liée à son choix du lieu. Or, c'est bien cela qui rendait la vie des Bretons extrêmement pénible:

Après un automne beau et sec, "on ne songeait pas que l'hiver allait amener le froid et la pluie" (...) "Aux brumes et aux premières pluies d'hiver avaient succédé les glaces, les neiges, les verglas, et ensuite d'affreux dégels, dont les eaux ruisselantes, inépuisables, ne pouvant être absorbées par un sous-sol argileux, détrempaient si complètement la couche supérieure du sol, que cet humus semi-liquide, remué déjà par un labour récent, délayé par les pieds de cinquante mille hommes, finit par former un vrai cloaque. On n'y pouvait faire un pas sans enfoncer à mi-jambe. Non seulement l'exercice y était impossible, mais les corvées indispensables pour les vivres, l'eau, le bois, la paille, y devenaient d'une difficulté extrême." (p. 64)

A cela s'ajoute l'impéritie des responsables du commissariat à l'équipement, typiquement inaptes à constater un cas particulier et à adapter leur réponse:
"on a beaucoup parlé des sabots de Conlie. Ce n'est pas seulement à cause de la boue qu'une partie des mobilisés bratons se chaussaient de la sorte; c'est parce qu'ils ne trouvaient de souliers assez grands (...) Les fournisseurs militaires calculaient en effet leurs plus grandes pointures sur les besoins ordinaires des soldats de 21 à 25 ans; ici, il s'agissait d'hommes de 40 ans, dont le pied s'était élargi à l'aise dans des sabots; les plus grands souliers qu'on leur offrait étaient pour eux des souliers de demoiselle. Ce fut un des besoins les plus vivement ressentis au camp de Conlie." (p. 51)

Quand on sait l'importance de bien chausser une armée, cet élément ajoute au problème précédent, en l'amplifiant.

A cela s'ajoute le choix de n'avoir pas construit de baraquements et d'en rester à de simples tentes, n'offrant aucune protection contre la pluie, l'humidité permanente et le froid. Il était impossible de garder le rare armement disponible au sec, et à l'abri de la boue.

On imagine ces pauvres soldats tirés de leurs foyers et de leurs travaux pour aller épuiser leurs forces dans ce bourbier glacial pour tenter d'apprendre la manoeuvre militaire et surtout effectuer inlassablement les corvées nécessaires rendues de plus en plus difficiles.


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 5:58 
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Pierma a écrit :
Episode qu'on retrouve au début de la chanson :
...


On oublie qu'il y a de véritables trésors comme le bagad Tri Yann. Non seulement la chanson intitulée Kerfank (la ville de boue) rappelle les faits historiques tels qu'ils sont restés dans la mémoire des Bretons, mais en plus il semble qu'aurait pu être écrite à l'époque, dans un mélange français-breton populaire. On se demande si à sa sortie en 1978 le public avait saisi toutes les références de la chanson.


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 10:50 
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Jean Froissart
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.
Au-delà des décédés à l'intérieur du camp, il faut avoir en tête que tous n'ont pas retrouvés la "maison" vivants.
Ensuite, il y eut encore des décès dus à des maladies ou à l'aboutissement de l'état général.
Concernant certaines maladies, ceux qui s'en revinrent laissèrent parfois un trait en contaminant sur leur passage.
*-*


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 11:11 
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Un épisode de l'évacuation de décembre fut fraternel: les habitants de Rennes ont accueilli 15 000 soldats un temps dans leurs foyers. Ils ont été émus par l'état des soldats déguenillés et transis avec leurs fusils couverts de boue.


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 11:26 
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Il est notoire que les soldats levés, pas seulement les Bretons, étaient mal vêtus, mal chaussés, mal armés et que tout manquait. Il n'est pas facile d'improviser une armée à partir de rien.

Les Allemands, au cours de cette guerre, subirent plus de pertes du fait de maladies que par le feu français, cela relativise les décès du camp de Conlie. A cette époque, les maladies sont fréquentes dans les concentrations d'hommes, et les soins sont empiriques. La révolution pastorienne est encore à venir.

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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 11:52 
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GustavedeBeaumont a écrit :
Pierma a écrit :
Episode qu'on retrouve au début de la chanson :
...


On oublie qu'il y a de véritables trésors comme le bagad Tri Yann. Non seulement la chanson intitulée Kerfank (la ville de boue) rappelle les faits historiques tels qu'ils sont restés dans la mémoire des Bretons, mais en plus il semble qu'aurait pu être écrite à l'époque, dans un mélange français-breton populaire. On se demande si à sa sortie en 1978 le public avait saisi toutes les références de la chanson.

Il me semble bien que Tri Yann la désigne comme une chanson née à Conlie.

(L'anecdote sur les mots "Dar Guer" vient d'une explication de leur part. Dans un concert live, ou sur la pochette de l'album, j'ai oublié.)

Pour leur public il font sur la pochette de l'album un peu d'explications historique rapide, mais évidemment très incomplète.

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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 16:48 
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L'efficacité de carnot en 1793 laisse songeur.

Les républicains de 93 étaient ils meilleurs que ceux de 70 ? ou la guerre était elle devenue un art plus difficile ?


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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 17:11 
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Jerôme a écrit :
L'efficacité de carnot en 1793 laisse songeur.

Les républicains de 93 étaient ils meilleurs que ceux de 70 ? ou la guerre était elle devenue un art plus difficile ?


Mais Carnot s'appuie sur un armée de métier déjà existante qui encadre les bleus. Les sous-officiers n'ont que peu émigré et tous les officiers n'ont pas tous déserté. Les vieilles troupes de la monarchie combattent l'ennemi. De plus, l'armement est moins compliqué.

En 1870, quasiment toutes les troupes sont prisonnières en Allemagne , il ne reste plus grand chose mis à part le corps de Vinoy qui se retrouve coincé à Paris, les troupes de dépôt et quelques régiments en Algérie et à Rome. Une armée moderne ne s'improvise pas et les Républicains de 1870 avaient oublié que l'amalgame avait permis les succès de 1794. Le mythe de la levée en masse prôné par les Républicains du temps de l'empire n'était qu'un mythe, il fallait une combinaison qui n'existait pas en 1870. La leçon sera comprise, les troupes seront désormais instruites. Être soldat ne s'improvise plus.

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 Sujet du message : Re: Camp de Conlie
Message Publié : 08 Juin 2021 17:37 
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Jean-Marc Labat a écrit :
Jerôme a écrit :
L'efficacité de carnot en 1793 laisse songeur.

Les républicains de 93 étaient ils meilleurs que ceux de 70 ? ou la guerre était elle devenue un art plus difficile ?


Mais Carnot s'appuie sur un armée de métier déjà existante qui encadre les bleus. Les sous-officiers n'ont que peu émigré et tous les officiers n'ont pas tous déserté. Les vieilles troupes de la monarchie combattent l'ennemi. De plus, l'armement est moins compliqué.

Et pour l'armement compliqué, l'artillerie, ce sont bien les vieilles troupes royales qui assurent le service. A Valmy le gros de l'action a été la canonnade avec les Prussiens, il me semble de plus que la France disposait déjà de l'artillerie Gribauval.

En revanche, sous la Révolution ils n'y aura pas d'amalgame dans la marine : les officiers nobles émigrent en masse. (parce que la fraternité, l'élection des officiers et autres procédés ne sont pas acceptables face aux nécessités de la discipline navale, toujours très strictes ? Je ne sais pas.)

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